Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

13 novembre 2009

JUHEL Fabienne / A l'angle du renard

A l'angle du renard.
Fabienne JUHEL.
Note : 4 / 5.
Le Rigoleur et le Renard
Lecture non sponsorisée.
La petite note en avant propos est juste pour signaler que je ne participe pas à une opération pseudo-culturelle sponsorisée par une chaîne de magasins dont la maison mère fut ou est encore en Bretagne. J'exprime ici un avis qui m'est personnel et qui donc n'engage que moi.
Les avis favorables sont nombreux, mais pas unanimes, et ayant fait la connaissance de l'auteur à Carhaix, je vais tenter l'aventure. Elle sera également présente à Riantec ce dimanche. A noter sur l'une des premières pages, quelques lignes de la chanson de Jacques Brel « Ces gens là », une de mes chansons préférées. Contrairement à ce que laisse entendre le titre de cette chronique, ce livre n'est pas une fable, loin de là.
Arsène Le Rigoleur habite seul dans la demeure familiale, son père est mort, sa mère en maison de retraite. Son seul réel ami est Yvan. Copains d'enfance, ils ont fait ensemble les quatre cents coups. Arsène vit au rythme des saisons et des travaux des champs, un couple d'habitants de la ville, les Maffart s'installent dans la maison voisine avec leurs enfants. Juliette, la fille, rend souvent visite à son voisin, qu'elle appelle « Tonton », le garçon Louis est plus réservé et plus dissipé, il embête la basse cour et chaparde des pommes. Arsène et Juliette de concert lui donnent une leçon, ce qui vaudra à Arsène une visite du père furieux. Arsène, avec l'accord de la mère, va faire les courses avec Juliette. Surprise, à leur retour les gendarmes les attendent, prévenus par la famille de la disparition de la fillette. Cette visite de la maréchaussée n'est pas la première pour Arsène! Puis Louis, jouant à l'espion, se met à suivre Arsène, commence alors entre eux une sorte de jeu du chat et de la souris. Arsène s'en amuse les premiers temps, mais le jeu devient lassant, l'enfant approchant d'un peu trop près certains secrets de la famille Le Rigoleur.......
Arsène Le Rigoleur nous dévoile petit à petit sa vie et celle des habitants de la campagne environnante, enfance dure, éducation stricte, les coups pleuvent plus facilement que les compliments. Il nous raconte son histoire avec détachement et un certain cynisme, comme si tout allait de soi. Son père est fasciné par les renards au point d'essayer d'en apprivoiser un. Décédé, il hante encore les murs de la ferme familiale, la mémoire d'Arsène mais il n'est pas le seul.La mère qui buvait est maintenant en maison de retraite. La boisson pourquoi? Yvan, le quasi-frère, marié, mais pas heureux, annonce un jour qu'il va vendre sa ferme ; coup de massue pour Arsène, pour qui une partie de son existence, de ses repères l'abandonne. Pour François, personnage invisible, mais omniprésent, nous ne saurons que plus tard qui il est. Les Maffart, Monsieur, Madame prénommée Marie, et les enfants Louis et Juliette font donc irruption dans la vie du bourg et dans celle d'Arsène. Si celui-ci s'entend bien avec Juliette, il n'en est pas de même avec Louis. Quant à Marie, le moins que l'on puisse dire est que son attitude est très ambiguë. Marion, jeune fille fréquentant les bals de la région, Marraine Ernestine qui l'a affublé de ce prénom qu'il déteste, Monsieur Lépervier, le droguiste chez qui son père l'envoie le 24 décembre acheter un martinet neuf (vous parlez d'un cadeau!), le ferrailleur, Louise, accoucheuse et faiseuse de cancan et d'anges aussi quand cela est nécessaire sont des personnages furtifs de cette histoire.Ce roman est étrange, oppressant, plein de silence, de non-dits et de secrets de famille. La vie dans les campagnes bretonnes, à l'époque où les transports étaient inexistants, les mariages avaient lieu dans un rayon de 25 kilomètres, ce qui donnait un monde en vase clos. Le renard est un symbole de ce genre de vie, car c'était un animal très présent dans les forêts.
Un extrait qui explique la présence du renard dans ce roman et qui me plait particulièrement :
-Et j'aurais préféré qu'on me laisse le choix. Arsène Le Luern par exemple. Le nom de jeune fille de la mère. Le Luern cela veut dire renard en breton. Le renard, ça c'est un nom. Un nom très convenable même.
Il me semble que le mot « Louarn » soit plus usité en Bretagne pour désigner un renard. Le nom de jeune fille de ma mère est Le Louarn. C'est un clin d'œil personnel.
Extraits :
- Car elle a fait aussi l'homme, son ennemi naturel. Ennemi juré. Ennemi mortel.
- Comme ça, tu vois, ils cassent les gènes de leur souche paysanne.
- La haine d'un môme, c'est quelque chose de terrible. Y'a pas pire. Je sais de quoi je parle.
- Tu me chatouilles, non mais tu es vraiment un rigolo toi !
- Il grommelle dans sa barbe, peut-être un juron en breton. Çà lui remonte parfois de son enfance. Le père d'Yvan était breton, un des terres.
- Yvan s'arrime à son silence.
- C'était sa stratégie de survie à la môme. Le silence, le jardin et ses dessins.
- Elle s'est tournée vers nous, les gens de la terre. J'ai opiné.
- Je lui apporte des nouvelles, celles dont on ne parle pas dans les journaux. Les humeurs des bêtes, l'air des jardins, le silence des pierres.
- De toute façon, c'était plus des cours, mais des mouroirs pour chars à bancs, semoirs et crémaillères.
- La mère d'Yvan, elle, s'est pendue dans son grenier. Y avait encore des poutres à l'époque.
- C'était pas fondé, rien de vécu, juste la haine ancestrale du paysan contre la maréchaussée, la haine du chien contre l'uniforme. Pas plus rationnel que ça.
- Et puis l'hiver est arrivé, avec lui, les mois noirs*.
- C'est Dieu qui l'a voulu. Il a donné, il a repris, disait la Mère. Mais reprendre c'est voler moi je trouve.
Éditions : Au Rouergue/La Brune. (2009).
* Du (noir) novembre. Kerzu (très noir) décembre.

Posté par eireann yvon à 22:15 - Littérature bretonne - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

Je ne te sens pas convaincu à 100 % ...
Moi, plus je pense à ce livre, plus je lui trouve des qualités (originalité notamment). Je ne l'ai pas classé dans mes coups de coeur mais je me réserve le droit, quand je ferai mon bilan de fin d'année, de lui changer de catégorie.

Posté par sylire, 14 novembre 2009 à 12:58

Ahhh Arsène Le Rigoleur, un vrai poème cet homme, rude, taiseux, breton quoi!
Comme Sylire, ce roman me revient souvent à l'esprit et chaque fois je l'aime davantage.

Posté par katell, 14 novembre 2009 à 14:30

j'adore ton intro ! et je regrette de ne pas avoir pu être avec vous à Carhaix...

Posté par gambadou, 14 novembre 2009 à 18:09

Convaincu!

Bonsoir Sylire.
J'ai bien aimé ce livre, mais « La peine du Menuisier » m'a plus marqué, plus ému également. Mais Arsène est un sacré personnage et je suis d'accord avec toi pour l'originalité de l'histoire.
Bises.
Yvon

Posté par Eireann Yvon, 14 novembre 2009 à 22:22

Breton !

Bonsoir Katell.
C'est vrai qu'il est plus breton que nature l'Arsène, mais sa froideur vis à vis de ses faits (et méfaits)
est poussée à l'extrême. Peut-être, plus tard, pourquoi pas une seconde lecture? Je pense voir l'auteur demain à Riantec.
Bises.
Yvon

Posté par Eireann Yvon, 14 novembre 2009 à 22:23

Intro!

Bonsoir Gambadou!
Je réagis à certains mails mielleux du style, « nous vous avons choisi parmi tant d'autres etc, etc ... ».
Je n'ai pas l'intention de transformer mon blog en caravane publicitaire style « Tour de France ».
Sinon, je te tiendrai au courant, mais il y a un salon littéraire à Maurepas au mois de mars. Ce n'est pas Carhaix, mais pour toi, c'est moins loin.
Bises.
Yvon.

Posté par Eireann Yvon, 14 novembre 2009 à 22:24

Yvon : donne lui le bonjour de ma part !
Bises

Posté par sylire, 14 novembre 2009 à 23:06

Sans Faute

Bonsoir Sylire
Je n'y manquerai pas !
Bises du soir
Yvon.

Posté par Eireann Yvon, 14 novembre 2009 à 23:23

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