img001

Divines antilopes.
Alain EMERY.
Note : 4,5 / 5.
Quel cirque la vie*
Après « Canaille & Compagnie », c'est le second recueil de nouvelles d'Alain Emery que je lis. Nous nous somme rencontrés dans le superbe petit port du  Dahouët dans les Côtes d'Armor. Rencontre très amicale sous un beau soleil breton (eh oui, cela existe!) Nous avons longuement parlé de ce style littéraire que nous apprécions tous les deux, lui comme auteur, moi comme lecteur, la nouvelle.
« Barnum » fait penser à la « World Compagnie » où des hommes sont chargés de préparer des licenciements collectifs au nom de la rentabilité et des bénéfices des actionnaires. Mouse et Wagner sont de ceux-là, avec leurs chauffeur, garde du corps et exécuteur de basses œuvres, ils sillonnent les routes. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et parfois une fin tragique!
« La cuisine des anges » ou les mécomptes de Perrault. Calomnié, il en restera toujours quelque chose, alors faire la sourde oreille par intérêt n'est pas un problème, sauf peut-être d'arithmétique !
Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, on pense au proverbe « L'homme est un loup pour Lou ». L'appareil photo remplace le fusil chez l'homme prédateur, Lou, ancienne actrice, gloire nationale en fin de vie et de carrière remplace l'antilope... Le prédateur sort toujours gagnant. Un très beau texte.
« Chinook », c'est un vent de folie qui souffle sur la vie d'un homme. Écrivain à succès, imbu de sa personne et de son personnage, une femme et quelques gâteries vont le réduire en miettes, le transformer en loukoum ou en pâte de fruit. Hé oui, monsieur l'écrivain, l'amour est souvent une question d'humilité, alors quand on en est dépourvu..... Un autre très beau texte.
« Tout l'or du monde » n'a jamais rendu la vie à qui que ce soit! Un homme pense qu'il l'a appris à ses dépends, mais beaucoup trop tard!
Il est également question de courrier dans ce recueil, « Lettres mortes » entre les lettres d'un noble et celles d'un gueux, pour qui le préfet prendra t-il fait et cause? L'épouse d'un défunt écrit à la maîtresse de celui-ci qui a écrit un livre sur son mari.
Les chiens ont leurs places dans ces récits. « Chiens entre eux », récit très noir qui se passe dans un endroit encore plus sombre que le récit, « Amigo » nous parle de la rencontre entre vagabonds sous le soleil de Catalogne.
Des personnages souvent pathétiques, en bout de course, d'autres portant leurs secrets comme un lourd fardeau, un autre facétieux jusqu'à la mort. Une galerie d'hommes et de femmes, souvent ni meilleurs, mais aussi parfois pires que la moyenne du genre humain.
Bourne est mort avec « Les illusions en moins ». Sa vengeance contre les gens qui l'ont méprisé de son vivant sera posthume. Son seul ami veille sur ses dernières volontés, avec beaucoup de zèle. La cupidité est un vilain défaut, pour Bourne ce ne fut pas une découverte.
Un général et son majordome, Vieux Général, vieille baderne repue de morts et de gloire. Sottise et vanité, mais un homme, un jour, sonne à la porte.....
Un enfant et sa mère dans « Sortir du silence », la vie en quatre dates pour le fils, à huit, onze et quinze ans et aujourd'hui, le retour dans la maison familiale et ce secret qui le poursuit. Et cette phrase :
-Désormais, je suis là, entre le temps révolu et celui qui me reste et comme je songe à chacun de mes gestes, je n'en regrette aucun.
Le résumé de deux existences gâchées.
Un Français au Paraguay, les gens se rappellent sa présence, sa bonté mais aussi sa mort. Un homme a trahi les siens, naguère gibier, il est devenu chasseur, et le fusil dorénavant est entre ses mains. Le bonheur est-il à ce prix? Une femme, ancienne danseuse de tango, se refuse à vieillir, mais le poids des ans est là. Un enfant assistant au procès de son grand père, un homme est menacé d'un fusil, mais l'assaillant ne tire pas, enfin pas sur lui, mais ce geste le poursuivra toute sa vie. Un vagabond est accusé d'un double crime, c'est un coupable idéal et pourtant....
J'aime beaucoup ce recueil, car il n'est pas évident que dans ce genre de livre, toutes les nouvelles soient de bonne qualité, ce qui est le cas ici. Certains récits donnent un petit air sud-américain et espagnol à ce livre et apportent un peu de soleil à ces histoires ayant un côté bien noir qui correspond souvent au genre humain. Pour les lecteurs, qui comme moi, affectionnent le genre nouvelles noires, un livre à découvrir.
Extraits :
- J'ai une trogne de brute. Une tête d'assassin.
- Crier ne sert à rien. Pleurer non plus. Personne n'entend plus personne.
- Dans les petits pays, la méchanceté est une lèpre qui nous occupe. Nous sommes des gens de sentences.
- A ses côtés, un bouquet éclatant de pilules mortifères.
- Juste après, sa carapace de nurse anglaise s'est entrouverte sur un sourire de garce absolue....
- A nos débuts, je la croyais à mes pieds. Elle n'était qu'à mon chevet.
- Signé : Le Bourne, qui rigole rien que d'y penser.
- En somme, je suis une ordonnance qui joue les majordomes. Tête basse, je fais mon temps.
- Au fil des siècles, notre sang indien s'est dilué au leur et peut-être sommes-nous moins vivants qu'autrefois.
- Vanel, à s'allonger sur l'encolure de sa bête, n'était plus qu'une ombre courbe.
- C'était la pire des bauges. Ce soir-là dans la lumière parfumée brasillait des trognes à faire peur. Amarrés à leurs timbales, ils buvaient sans sursaut, comme on écope au milieu des naufrages.
Éditions : La Tour D'Oysel (2009).
*Allusion à la première nouvelle du recueil « Barnum ».
Autre chronique de l'auteur :
Canaille & Compagnie.