img228

img225

Rencontre avec Colum McCann.
Ma première rencontre littéraire avec Colum Mc Cann remonte, si j'en crois mes anciennes notes, à avril 2001 avec « La rivière de l'exil ». J'achète régulièrement ses nouveaux romans, mais pour lui aussi, j'ai un peu de retard. A cette occasion (qui fait le larron), j'ai relu « Ailleurs en ce pays » qui est mon livre favori de cet auteur.
Les questions sont posées par Frédéric Ferney (animateur de feu Le Bateau Livre), qui m'a annoncé qu'il allait refaire de la télévision en ajoutant avec un grand sourire, « Vous n'êtes pas débarrassés de moi ». Enfin une bonne nouvelle!Colum McCann est très volubile et semblait particulièrement à l'aise.ColumYvon4
La discussion commence par son premier séjour américain, mais nous y reviendrons plus tard. Ses conceptions de la littérature et de l'écrivain sont pour le moins déroutantes, il se considère comme un « imposteur », et il préfère écrire sur des choses qu'il ne connaît pas, mais qu'il étudie longuement avant d'écrire. Il pense que si une personne écrit uniquement sur ce qu'elle connaît, elle a un livre et demi en elle, pas plus!  Pour « Zolti » par exemple, il a découvert l'univers des Tziganes en travaillant pendant un an, lisant tout ce qu'il trouvait à la bibliothèque de l'université. Il a vécu également quelques temps dans un camp de Tziganes en Slovaquie pour s'imprégner de cette culture. Il a constaté que ce « peuple » qui compte 12 millions de membres en Europe est très isolé pour ne pas dire méprisé. Il est à noter que pour eux la musique est beaucoup plus importante que l'écrit, ce qui explique l'absence relative de livres écrits par des Tziganes. La comparaison avec les 5 millions d'Irlandais est très marquante.Il ressort qu'il n'est pas très content de ce livre,malgré le succès obtenu. Il pense ne pas avoir exploité tout le matériel qu'il avait sous la main. Une anecdote (parmi d'autres) : lorsqu'il était enfant en Irlande, les mères disaient aux enfants pas sages « Si tu continues, les tziganes vont t'emporter ». En Slovaquie, dans le camp, la version est «Si tu continues l'homme blanc va t'emporter ». Ce livre a nécessité trois ou quatre ans d'investissement personnel.
Dans plusieurs de ses livres, il parle de la difficulté d'être un artiste, un vrai, comme Noureïev, Zolti, sa mère dans « Le chant du Coyote » et du prix à payer pour cela.
En parlant de « Danseur », il a beaucoup étudié, mais pour rester dans l'esprit de ce qu'il voulait, il s'est refusé à rencontrer des témoins de l'époque. Il dit avec pas mal d'humour que certaines personnes cherchent à savoir qui l'a renseigné!
Il nous narre un épisode de sa jeunesse qui l'a incité à écrire, il avait 8 ans quand son père Sean l'emmène à Londres voir son grand-père devenu alcoolique et qui avait abandonné toute sa famille. Après lui avoir remis les cigarettes et le whisky achetés sur le bateau, il regarde l'enfant et demande c'est qui? Sean répond : ton petit fils, Colum. « Encore un putain de McCann »,   fut la réponse du grand-père. Plus tard Colum demanda à son père la permission d'écrire sur son grand-père, le père accepta, mais Colum écrit en réalité sur son père!
McCann, qui réside à New-York, était comme beaucoup d'artistes opposé à la politique de Bush, et il nous raconte qu'il aurait voulu être seul dans une pièce avec celui-ci pour lui parler d'un mot qu'il ne semble pas connaître « empathie ». Pour cette femme, par exemple, qui fait son marché à Bagdad, en espérant qu'à ce moment là, un missile ne s'écrasera pas entre les étals.Il nous raconte la liesse populaire pour l'élection d'Obama, et sa promenade, avec sa famille dans les rues de New-York ce soir là.
Bien qu'il réside aux Etats-Unis, il reste profondément irlandais, même s'il écrit dans la langue de l'ennemi, mais il cite James Joyce qui lui aussi écrivait en anglais, et Swift pour une phrase dont je n'ai plus souvenance, mais que je remplacerai par celle-ci, du même Swift : - »Brûler tout ce qui vient d'Angleterre ..............sauf le charbon ».
La soirée se termine par où nous avons commencé et par où tout a débuté. A 21ans McCann quitte l'Irlande, et devient chauffeur de taxi à Boston. Puis il parcoure les États-Unis à vélo, pour un voyage à la Kerouac, dit-il! En 18000 kilomètres, il rencontrera l'Amérique profonde, des Amishes, des fous furieux à la Nouvelle-Orléans, un meurtrier en Californie, il dormait souvent à la belle étoile, parfois il était hébergé, et comme il le dit lui même quand il était amoureux, il ne dormait pas seul. Or, il aimerait que ses enfants suivent ses traces même s'il comprend l'angoisse des parents. Pour lui ce voyage initiatique est une grande leçon de vie. Il aimerait le refaire, mais l'âge......
Voilà un court résumé d'une conférence très enrichissante, malgré la barrière de la langue, mais qui est passée beaucoup trop vite.
Nous avons pu parler un peu avec Colum, qui est très accessible et très décontracté. Il a été très surpris quand après m'avoir dédicacé un livre, je l'ai remercié en gaélique!

ColumYvon3
Un mot pour féliciter la traductrice pour ses compétences et sa gentillesse.
Je persiste et signe :
- « Go raibh maith agat, Colum » .
Une soirée très agréable qui devait avoir une prolongation hier soir, mais au Pub! Le mercredi soir, donc au pub « Le Galway » de Lorient, endroit que je retrouvais avec plaisir, ayant pendant plusieurs mois pris des cours de gaélique avec une jeune irlandaise. Nous avons croisé Colum, pinte de Guinness en main! Sur fond de musique irlandaise.
Merci à Joëlle qui évidement avec « son chéri » était de la fête, et qui m'a envoyé ces photos.
A bientôt.
Yvon