19 juillet 2008
McKINTY Adrian / Le Fils de la Mort.
Le Fils de la mort.
Adrian McKINTY.
Magouilles & Manipulations.
Note : 4, 5 / 5.
Troisième roman de cet auteur natif d'Irlande du Nord, ce livre est la suite de « A l'automne je serai peut-être mort » que j'ai lu il y a quelques années.
Michael Forsyth est depuis cinq ans assigné à résidence et gardé par la police. Pour se changer les idées, il décide de partir à Ténériff. Ses plages, son soleil le paradis sur terre. Sauf qu'un match amical de football est programmé d'un côté, un club anglais de l'autre, un club irlandais ; l'amitié séculaire qui lie les deux pays aurait dû inciter les organisateurs à la prudence! Suite à des heurts la police intervient, et Michael se retrouve en prison!
Et là son cas s'aggrave à la vitesse grand V, car le chef de la maffia irlandaise de New-York aimerait bien avoir une petite conversation avec lui, pour lui rappeler qu'il a tué son lieutenant et témoigné contre certains membres de son gang. L'Espagne ne lui en veut pas trop, quelques années de prison pour hooliganisme. Mais les espagnols pourraient signaler à leurs homologues mexicains qu'il est en prison chez eux et l'extrader sans problème. Et là la vie risque d'être plus que difficile pour un « Gringo » comme lui! Les services secrets britanniques lui offrent une porte de sortie, mais pas forcément une situation de tout repos!
L'IRA est sur le point de signer un cessez le feu, en Irlande cette décision est en règle générale bien acceptée, il semblerait que quelques cellules dormantes aux États-Unis pensent l'inverse et s'apprêteraient à commencer une vague d'attentats sur le sol américain.
Alors notre héros, avec l'aide du FBI et des services secrets britanniques, doit infiltrer une des plus puissantes organisations irlandaises « Les Fils de Cuchulainn ». Les membres de cette cellule sont d'ex-partisans de l'I.R.A. qui furent chassés de celle-ci et d'Irlande.
Commence alors pour Michael une aventure pour le moins mouvementée, mais passionnante pour le lecteur. Un bon roman bien noir, du sang, des larmes et des personnages convaincants, Michael Forsyth est un héros plutôt sympathique, enfin dans ce livre-ci, ce qui n'étais pas le cas dans le premier.
Samantha représente les services secrets britanniques, toujours aussi retors pour tout ce qui concerne L'Irlande. Elle est prête à tous les sacrifices, celui de son corps en particulier( qu'elle a fort beau d'après l'auteur).
Kit, dont il sauve la vie dans une mise en scène digne d'un mauvais scénario d'Hollywood, est la fille du leader des « Fils de Cuchulainn » ; elle est son passeport et sa carte d'entrée dans ce groupe.
On se demande d'ailleurs ce qui motive l'intérêt de tout ce beau monde pour ce groupuscule, qui semble à première vue composé de personnages vieillissants. Touched est un tueur sadique. Avec son chef Gerry, ils rêvent de représenter encore quelque chose et de pouvoir peser sur le processus de paix, mais leur époque est révolue, le pragmatisme est à l'ordre du jour.
Le schéma classique des ouvrages de cet auteur, L'Irlande où il est né, L'Amérique où il réside, avec la vie de la pègre irlandaise aux Etats-Unis. Ou comme dans cet ouvrage l'histoire d'une cellule républicaine sur le sol américain. Encore un savant mélange des deux, avec une plongée au coeur de la maffia irlandaise et au sein des organisations irlandaises qui servaient de soutiens logistiques et financiers à l'IRA.
A noter que l'auteur encore un fois fait un clin d'oeil à la littérature irlandaise en donnant comme fausse identité à son héros Brian O'Nolan qui est le vrai nom de Flann O'Brien. Les services secrets le rebaptisent Sean McKenna, ce qui fait effectivement plus sérieux. Autre hommage à la littérature W.B.Yeats et H.D.Thoreau, qui n'avait pas une haute opinion de la côte de la Nouvelle-Angleterre où l'auteur situe son roman.
Extraits :
- Ils ont évité le chaos et le chaos les a évités.
Peut-être la plupart des hommes sont-ils ainsi faits.
Pas moi.
- New-York. Une ville déjà tellement décrite qu'on sait à quoi elle ressemble sans y avoir jamais mis les pieds.
- Les yeux de Samantha étincelaient impérieusement, sa voix était celle de Thatcher juste avant de lancer l'invasion des Malouines.
- .... et les rumeurs sur ses activités sexuelles, l'Irlande du Nord est la seule carte avec l'économie que le président Clinton puisse jouer pour entrer dans l'histoire.
- Les British ont peut-être conquis l'Inde et remporté deux conflits planétaires, mais leur suffisance et leur incompétence ont causé beaucoup de morts.
- ...encore plus imprévisible que Gerry-d'où son surnom de « Touched », c'est-à-dire « cinglé »-....
- Alors vous avez catalogué Gerry comme un vieux Provo que l'IRA veut, soit éliminer, soit forcer à rentrer dans le rang. C'est ça?
- On devinait qu'elle était anglaise ; la dernière créature aussi grande et aussi blanche aperçue dans le Massachusetts, c'était Moby Dick.
- Il y a deux villes voisines dans le New Hampshire, l'une nommée Derry et l'autre Londonderry.
- On ira dans le sens de l'histoire et du fric, de l'influence, du pouvoir, Sean!
- Pourrait-elle me tuer?
Pourrais-je la tuer?
Éditions :Série Noire / Gallimard
Titre original: The dead yard (2006)
L'avis de JML.ici
Commentaires
merci beaucoup encore
Thank you for your review of Le Fils de la Mort. This was a book I had been planning for a long time. My wife is from Boston and I have spent every summer there since 1991. It's interesting that as the people of Ireland become less radicalized, the Irish of Massachusetts became MORE SO. They want to prove that they are more Irish than the Irish. I like Boston but I wish they could "move on" the way my people in Northern Ireland have managed to do so.
Again, many thanks for the review. For this book, I worked very closely with my translator Patrice who lives in Normandy and is a true gentleman and a scholar.
au revoir
Adrian...
Irish!
Hello Adrian,
For Irish descendants, I read that very often they idealize their birth country. I think for most of the emigrated people, they have the same feeling.
I hope that your new books will be translated in French very soon. Meanwhile, I'm going to read again « Dead, I well may be » (« A l'automne je serais peut-être mort ».
Slan
Yvon
Bloomsday Dead
Yvon
I think Gallimard are bringing out the third and last Michael Forsythe novel next year "Bloomsday Dead" It's going to be very difficult to translate because of the allusions to James Joyce, but I know Pat will do a good job.
"Fifty Grand" my new book for Henry Holt wont be out in French for at least two years. Sorry about that. In a few weeks I'm going to post chapter 1 of that book on my blog:
http://adrianmckinty.blogspot.com/ for anyone who is interested. If someone can translate it for me I'll post the translation too.
Again, many many thanks.
Vive les celtes!
Adrian...
Vive internet ! Et merci à toi et à Adrian McKinty pour ces échanges.
A Frontignan j'ai eu la chance de croiser un autre auteur d'Irlande du Nord, Colin Bateman, dont j'avais adoré le dernier roman (Turbulences catholiques), et qui est aussi intéressant et drôle à l'oral qu'à l'écrit.
Il doit y avoir quelque chose dans le Guiness et/ou le Jameson qui rend l'Irlande aussi riche en écrivains passionnants.
Polar Irish!
Salut JML.
Pour la qualité des auteurs irlandais, la Guinness et le Jameson peuvent être une solution.
Hervé Jaouen dans son livre « La cocaine des tourbières » suggère autre chose, plausible aussi!
Ciaran Carson, lui pense que c'est une chose rarissime, qui peut se boire ou se fumer « Le thé au trèfle »
« La cocaïne et la nicotine, je peux bien vous le dire à présent, ne sont que deux ersatz du "Thé au Trèfle", dont ces deux auteurs faisaient grand usage.(Conan Doyle et Wilde) »
Pour les auteurs de romans policiers irlandais, en plus d'Adrian McKinty, Ken Bruen et Colin Bateman (que je connais moins) je rajouterai : Paul Carson, John Connolly ( que j'aime beaucoup), Eoin McNamee avec « Le trépasseur » très noir, Hugo Hamilton avec « Déjanté » sans oublier dans le genre policier classique Bartholonew Gill ainsi que Julie Parson pour les femmes. Je ne parle que de ceux que j'ai lus.
A bientôt.
Yvon
PS. Pour les discussions intéressantes c'est surtout Adrian qu'il faut remercier!
Bloomsday!
Hello Adrian,
For the « Bloomsday », I remember having watched old pictures of the first of the serie in 1954 on TV and on the Net. I don't know if we saw dead people, but drunk ones, yes (in French : je ne sais pas s'il y a eu des morts, mais des ivres-morts oui) !! Even before the start of ceremonial!
If I did well understood, I just have to learn English!!!!
Kenavo
Yvon
Lucky you !
Yvon, how lucky you are to get comments from the writers themselves. It must be a wonderful reward and you really deserve it for giving such a marvellous outlook on Irish literature.
Now I must read Mr McKinty, mustn't I ?
Bises.
Compliments!
Bonsoir Danielle,
Désolé mais je vais répondre en français, car tu le parles très bien il me semble!
Merci pour les compliments, mais je ne pense pas tous les mériter, loin s'en faut! Car il me semble que pour la première chronique que j'ai fait d'un livre d'Adrian, tu m'avais donné un coup de main quand j'étais un peu emberlificoté et que je ne savais pas bien comment m'en sortir.
Sinon ses livres sont en vente libre dans toutes les bonnes librairies, donc tu peux très bien les lire.
Bises.
Yvon
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