Morts_fines___Morlaix

Morts fines à Morlaix.
Isabelle AMONOU.
Note : 4 / 5 .
Le roman d'une famille.
Je ne connais pas du tout cet auteur, née à Morlaix et vivant près de Rennes. « Morts fines à Morlaix » est son premier roman. Un second « Fournaise » a été édité depuis.
Début mai 1968, nous sommes à Morlaix, un pharmacien est retrouvé mort. À cette époque où la province considère que Paris est à feu et à sang et que la guerre civile proche, la thèse du suicide arrange tout le monde, sauf une jeune inspectrice de police Françoise Levasseur. Alfred Lebreton, son épouse Pauline et leur fille Laura forment une famille apparemment sans histoires, membres de la bourgeoisie locale. Pourquoi chercher plus loin! Trente ans plus tard, l'affaire est oubliée, mais Pauline est retrouvée assassinée. Françoise Levasseur est encore en poste à Morlaix, et elle est toujours persuadée que la mort d'Alfred n'est pas due à un suicide. Thèse qui lui semble renforcée par l'assassinat de Pauline. Pauline avait embauché Michel Cotten, biographe, pour mettre de l'ordre dans ses mémoires. Elle dictait celles-ci, puis lui faisait parvenir les cassettes. Quelques-unes étaient prêtes avant sa mort, mais la police les saisit avant lui. Cela permet à Françoise de les écouter avec un soin très particulier, et petit à petit de connaître la vie de cette femme, qui ne fut pas aussi calme qu'on aurait pu le penser. L'enquête avance plutôt doucement. Du fait de ses activités, dans le journalisme et dans des clubs sociaux, Pauline rencontrait beaucoup de monde. Mais d'après une voisine, un homme venait souvent la voir les derniers temps. Après recoupements, il s'avère qu'il s'agit de Michel Cotten, est-ce son empreinte que la police a trouvée sur les lieux ? Un soir, il invite Laura au restaurant, et ose enfin le geste dont il rêve depuis des années. Il essuie une fin de non-recevoir des plus cinglantes.
Mais le proverbe dit que parfois femme varie...... Mais une autre question se pose : que sont devenues certaines des cassettes enregistrées par Pauline avant sa mort?
Michel Cotten est écrivain, mais d'un genre un peu particulier. Il gagne sa vie en racontant celles des autres . Il s 'essaye parfois à la littérature, romans et nouvelles, mais sans grand succès. La mort de Pauline lui rappelle des souvenirs parfois douloureux. Il était en effet très proche de Laura, sa fille. Mais la vie ne l'a pas épargné, il se remet doucement de problèmes d'alcool et de divorce. Ces différentes rencontres ne vont-elles pas de nouveau le faire retomber dans ses anciens problèmes.
Laura Lebreton, l'amour de jeunesse de Michel, est devenue un écrivain célèbre. Elle vit seule, et financièrement elle ne paraît pas avoir de problèmes particuliers. Et pourtant, son comportement est pour le moins déroutant.
Pauline Lebreton, sa mère, s'est remariée et est devenue journaliste, son second mariage s'est avéré rapidement une erreur, que l'on ne peut pas qualifier de jeunesse.
Albert Lebreton, pharmacien mort en mai 1968 : il était le symbole d'un homme qui avait réussi, devenant un notable apprécié dans cette ville du Finistère. Alors pourquoi cette mort, et pourquoi Françoise Levasseur a-t'elle des doutes sur la cause de ce décès ?
Thomas Lebreton est né après la mort de son père, il vend du sommeil à une clientèle aisée, il a peu d'estime pour sa mère et sa soeur et il semble abuser de certaines substances qui lui sont faciles d'accès.
Françoise Levasseur, l'inspectrice de police, se souvient du contexte de la mort de ce pharmacien. Les autorités avaient, semble-t-il, d'autres chats à fouetter que d'enquêter sur ce qui semblait être un suicide. Trente ans après, elle cherchera à faire la lumière sur le décès de son épouse. Avec Vincent son supérieur, alors que tout les oppose, ils cherchent, fouillant la moindre piste.
Des écritures croisées, nous retrouvons par exemple Michel Cotten chez le docteur Broux, son psychiatre. Il se remémore sa jeunesse et ses relations avec Laura, gâchées, de sa part, par une timidité maladive. Mais il n'est pas le seul client de ce psychiatre ! Il écrit à Laura, mais garde cette correspondance. Nous suivons également le manuscrit d'un roman policier que Laura est en train d'écrire, fiction ou pas?
L'auteur nous offre en supplément, en début de certains chapitres qui coïncident avec un jour nouveau, une leçon de pharmacopée concernant la morphine. Je ne suis pas assez scientifique pour vous en faire un résumé. Un très bon roman, avec une intrigue qui tient en haleine, mais qui réclame beaucoup d'attention, car l'auteur ne respecte pas forcément l'ordre chronologique des événements.
Extraits :
- C'est insensé, je le sais, mais je ne parviens pas à t'oublier.
- Gauche caviar, celle-là, pas comme Vincent, plutôt droite champagne.
- Elle semblait épuisée, au bord de la rupture nerveuse. Je l'ai laissé parler.
- J'ai changé de milieu, comme on dit, j'ai intégré la bourgeoisie bien-pensante d'une petite ville de province.
- ... le type n'a pas aimé la façon dont je parlais de Kerouac, et pourtant....
- Les morts finalement étaient toujours des gens extraordinaires... quand ils sont morts.
- Je préfère encore avaler des pesticides, des nitrates et autres saloperies bien de chez nous.
- Ma vie est vraiment mal faite. Depuis que je ne bois plus, je n'ai plus de femme.
- Absurdement, tout à coup, me sont venues à l'esprit les paroles de la chanson de Brel....
ils ont nagé si bien, ils ont nagé si loin, qu'on ne les revit plus...
Faut dire, qu'on ne nous apprend pas à se méfier de tout....
- Parce que je le manipule. Et je n'aime pas ça.
Éditions : An Tu All Ar Mor. (2004).
Ce roman a obtenu le grand prix 2005 du « Goéland masqué » au festival du roman policier de Penmarc'h.