Miss Bella Donna.
Daniel MORVAN.
Note : 4 / 5.
Assassin en herbes!
J'ai découvert cet auteur dans le recueil de nouvelles édité pour les 20 ans du festival du livre de Bretagne de Carhaix. Son très étrange texte « Rose et le bûcheron noir » m'avait fortement intrigué! Né à Morlaix en 1955, il est journaliste, il écrit également pour « Armen » où il s'occupe de la chronique littéraire.
En peu de temps, trois femmes droguées et violées sont découvertes aux environs de Nantes. Ce qui intrigue les policiers, c'est la méthode employée pour droguer ces femmes, un mélange de belladone et d'autres plantes hallucinogènes! D'ailleurs pour l'une d'elles, une jusquiame noire est retrouvée dans sa gorge! Une nouvelle race de délinquants sexuels vient de faire son apparition, le violeur écologiste! Ce qui désarme un peu les policiers chargés de l'enquête. Ceux-ci, Cédric et Fleck, interrogent des spécialistes des plantes, surtout à fumer, et petit à petit en apprennent plus, mais si peu! Les victimes portent leurs initiales tatouées finement sur un sein, autre perversion du tueur . Elle se nomment Anaïs, Betty et Carlotta, et l'alphabet est encore long!
Au cours d'une soirée branchée où elle est personnellement invitée, Awen, qui s'est fait accompagnée de Cédric, apprend qu'une chanteuse irlandaise la réclame comme coiffeuse! Pour le célèbre festival de rock de Paule, dans le Finistère, cette chanteuse se nomme Diane O'Neill, et la course poursuite peut commencer dans le cadre d'un rassemblement gigantesque! Tous les personnages étant sur place, envoyez la musique!
Les policiers, Cédric Elie Sibéril de Kersaint, et son supérieur, le commissaire Octavio Fleck, sont chargés de l'enquête, qui les plongent dans un monde qui leurs est inconnu! Ils préfèrent comme euphorisant le liquide que la fumée! Awen, coiffeuse, a été élevée dans une famille adoptive à Ouessant, est-elle si innocente qu'elle en a l'air, en effet Cédric découvre chez elle des substances prohibées?
Les deux rescapés de mai 1968, Erwan Le Déguignet, ex-journaliste halluciné spécialiste des plantes hallucinogènes et le « Grand Fanch » ex-beatnick, ayant séjourné aux U.S.A, poète et chanteur (toute ressemblance avec un personnage ayant réellement  existé ne me semble pas fortuite du tout!) amènent leurs contributions.
Lannurien, ancien marin remplace Anthony qu'Awen n'aimait pas comme coiffeur. Ses mains dénotent pour sa profession, mais il a travaillé sur des bateaux de croisières, Awen le trouve sympathique.
Angel travaille dans le ciel, sur les pylônes du festival, de là-haut, il voit tout, en particulier le drame qui se prépare. Hans, un vieil hippy allemand rescapé de Woodstock, fume son joint tranquillement, religieusement, un peu revenu de tout, il croisera l'assassin. Des mexicains basanés, un sombrero sur le nez, le côtoieront également. Malheureusement pour eux et pour deux jeunes filles innocentes, les décoctions offertes par notre herboriste, feront qu'ils auront un sacré coup dans le nez, ajoutez un journaliste du "Cultivateur du Perche", vous aurez une partie de la faune d'un festival!
Cette lecture me conforte dans mon opinion, l'écriture est très particulière, ce qui n'est pas pour me déplaire, bien au contraire. L'histoire est structurée en deux parties, avec l'ajout de nouveaux personnages. Nous suivons en particulier le cheminement de l'assassin, ses errances, et les signes avant coureurs de sa folie meurtrière. L'auteur nous amène en voyage, enfin dans les monts d'Arrée et sème des indices qui nous égarent. La soirée ultra-branchée dans l'île de la Madeleine à Nantes est très bien décrite avec une faune bigarrée, futile et prétentieuse. Quelques phrases ou descriptions sont très poétiques. Un bon roman et une intrigue originale.
On trouve aussi dans ce livre quelques références littéraires, Beckett, Hunter Thompson et Kerouac. Pour ce dernier, je ne suis pas surpris, il est souvent cité par les auteurs de cette génération.
Extraits:
- La seule chose dont il n'avait pas rêvé, être un flic, ce qu'il était maintenant.
- Vingt-sept ans plus tard, Awen est de celle dont la beauté vous pourfend dans la rue.
- Il y a l'Awen de l'île qu'on devine là-bas de la côte par beau temps. La femme du dehors et l'îlienne du dedans.
- Cédric était trop impressionné, la reine de Saba en personne l'avait invité sur sa couche.
- La mandragore éclot sous les potences.
- Dans le poison et le viol, il atteint avec sa victime la fusion absolue.
- Si j'étais une fille, j'aimerais mieux m'appeler Zita que Diana par les temps qui courent.
- Et pour appeler les choses par leur nom, nous avons affaire au pacte de l'alphabet sanglant.
- Oh, un vieux truc « Satori à Paris ». Un écrivain américain vient à Paris pour retrouver les origines de son nom breton.
- Ce n'est pas son meilleur bouquin, Kerouac était tellement imbibé sur la fin. Je pense qu'il y a l'intuition de sa mort dans ce bouquin.
- Pauvre Jack.
- Hormis les Rolling Stones, qui ne se déplaçaient pas pour moins d'un million, on pouvait tout s'offrir. Neil Young, Lou Reed, tout le monde.
- Il se dit que les paysans du centre Bretagne avaient même réussi à faire venir l'océan jusqu'à chez eux.
- ...ils auraient été heureux comme dans les poèmes de René-Guy Cadou, d'un bonheur bref et fragile...
- Il ressemblait à ces paysans qu'on voit aux foires aux chevaux dans le Donégal.
- Ce qu'elle n'aimait pas dans l'amour c'était l'éternité.
Éditions : Latitude Ouest (2002)