L'homme des îles.
Tomas O'CRIOMHTHAIN (1856/1937).
Note: 5 / 5.
Dernier refuge.
Imaginez quelques îles perdues au large de l'Irlande, pas très loin certes, car visibles à l'oeil nu, mais si différentes. Les Blasket, ces dernières terres avant l'Amérique, le gouvernement irlandais a décidé de les évacuer en 1953, mais là sont nés ou ont vécu trois des plus grands écrivains irlandais de langue gaélique. Peig SAYERS*, Tomas O'CRIOMTHTHAIN et Muiris O SUILEABHAIN. Trois sur une population qui ne dépassa pas cent vingt, cent trente habitants! Les versions anglaises des noms pour les hommes sont Tomas O'Crohan et Maurice O'Sullivan. On peut y ajouter Micheal O'Gaoithin, fils de Peig Sayers qui mit sur papier les paroles de sa mère.
Au moment de son évacuation, seules vingt deux personnes y résidaient encore!
Ce livre, terminé en 1926 et publié en 1929, fut certainement le premier livre de renommée mondiale publié en gaélique.Tomas est paysan et pêcheur comme tout îlien, il est nécessaire d'avoir plusieurs activités. Les familles sont souvent nombreuses, mais beaucoup des enfants quitteront l'île pour partir, souvent en Amérique.Les naufrages, non provoqués (?) qui soulagent l'île de la misère en apportant des marchandises inattendues dans ces contrées, où l'auteur dit avoir eu l'âge adulte avant de boire du thé!Les habits bleus, honnis de la population représentent le pouvoir anglais, luttant contre l'alcool de contrebande et tentant de rafler le butin des naufrages.L'école et la nécessité d'apprendre l'anglais, mais les institutrices repartent pour se marier, et le poste reste vacant pour un temps indéterminé.L'habitat est en général petit et tout le monde cohabite, poulets, cochons, chiens et chats, seul l'âne reste dehors!La vie quotidienne simple, mais rude et la précarité de toutes choses ont amené les autorités à déplacer la population restante en Irlande, où elle s'est fondue petit à petit!
La vie et mais aussi son contraire la mort précoce, par maladie ou par la mer, grande dévoreuse d'hommes! Les îliens, société miniature, entraide, comme cette garde permanente signalant l'arrivée de tous bateaux, surtout ceux de l'administration anglaise!Les "continentaux", comme l'inspecteur scolaire aux quatre yeux, premier homme portant des lunettes que les enfants voient!
Une écriture sobre, certaines critiques parlent même de sécheresse, je pense que le but de l'auteur n'était pas d'écrire beau, mais vrai. On sent malgré tout une grande nostalgie, masquée parfois sous un humour naturel. Certaines expressions sont très imagées : "Le fond de l'écuelle" comme dit l'auteur, le dernier de la nichée. Ou toujours en parlant de lui même "Le veau d'une vieille vache".
N'attendez pas des héros au détour de ces pages, vous ne trouverez que des gens exceptionnels, mais modestes. Mais cette population fût une mine d'or pour les linguistiques du monde entier. Un témoignage indispensable d'un monde mort à tout jamais, l'île n'étant plus peuplée que de moutons et quelques bergers parfois.
Quelques lignes du poète Desmond Egan au sujet des Blasket :
- j'ai attendu du haut d'une falaise
quelque signe de la terre d'Irlande
ai commencé à comprendre pourquoi la médiocrité
n'a jamais été de mise ici
où la vie est un exil.
Éditions : Petite Bibliothèque Payot/ Voyageurs.
Titre original: An t'Oileanach (Titre gaélique).
A noter un excellent reportage sur cet auteur et les îles Blasket dans le Ar Men n°99.
* Voir la chronique.
http://eireann561.canalblog.com/archives/2006/05/10/1851294.html
Liste des ouvrages disponibles en français (à ma connaissance).

Peig par Peig Sayers (An Here)
Vingt ans de jeunesse par Maurice O'Sullivan (Terre de Brume)
L'homme des îles de Tomas O'Crohan (Payot)
Plus le recueil de poésie Peninsula de Desmond Egan (Fédérop)