Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

12 juillet 2008

ASTRUD Michèle / Amitiès

Amitiés.
Michèle ASTRUD.
Note : 4 / 5.
Vacances d'enfer!
Ce livre qui est estampillé « Récit » est la première oeuvre de cette auteur que je lise. Je n'ai d'ailleurs pas trouvé beaucoup de renseignements sur elle. Elle a écrit au moins deux autres ouvrages.
Une forte pluie et une fuite sur un toit vont-elles faire tomber à l'eau les vacances de ce couple? Il part pour dix jours chez des amis. La femme n'est pas très enthousiaste à cette perspective, en plus si cette maison qu'ils viennent d'acheter a des problèmes d'étanchéité? Mais elle cède à son mari et en voiture! Pendant le premier repos sur la route, un couple s'invite, Alain et Anna, à leur table, puis dans leur vie. Ils repartent ensemble au grand dam de la narratrice, mais par lâcheté ou par naïveté, Olivier accepte et les vacances dérapent. Un accident immobilise la route pendant des heures, Olivier garde les voitures et les enfants. Pour la narratrice les événements s'enchaînent, certains réels, d'autres paraissent tenir du cauchemar. Ces hommes avec elle près de la rivière, ses mains sur elle, Alain qui regardait la scène? Rêve ou réalité? Anna lui propose de faire une blague à son mari Alain. Persuadée de ne jamais revoir ce couple, elle accepte. Dans un petit village pris d'assaut, ils trouvent par miracle deux chambres, mais les gestes et les paroles deviennent de plus en plus ambigus. La solution pour Olivier et son épouse, la fuite au matin, la route et enfin les vacances, les vraies entre amis......
La narratrice est une femme plutôt sauvage, poussant son goût de la solitude assez loin. Sans réelles amitiés, elle accepte celle de cette femme complètement inconnue, mais se trouve prise dans une situation où ses sentiments deviennent confus et exacerbés.
Olivier, le mari, est conseiller technique dans un cabinet d'architecte. A-t-il pris pour lui le célèbre proverbe « Les cordonniers sont les plus mal chaussés ? ». Toujours est-il que le toit de la maison, que lui et son épouse viennent d'acquérir, n'est pas dans le meilleur état possible. Il parait très effacé, aveugle ou refusant de voir les manigances se déroulant autour de lui. Il acquiesce pour faire la route avec ce couple rencontré par hasard tout en le regrettant. Anna est enceinte, soumise, mais lucide, elle reconnaît un comportement irrationnel. Elle espère quitter son mari,  et est prête à lui mettre une autre femme dans les bras. Une lutte d'influence va l'opposer à son époux, qui des deux aura le dernier mot? La force de l'homme ou la ruse et la séduction de la femme? Alain, « beauf » intégral, violent envers les plus faibles que lui, couche volontiers avec tout ce qui bouge. Donc la narratrice ne serait pas pour lui déplaire, et il ne lui déplaît pas non plus.
Alexandre et Jannie sont les amis chez qui ils vont en vacances. Ils ont loué une maison comme dit l'auteur dans le style moderne, copie en moins bien de la demeure bourgeoise de « Mon Oncle » de Jacques Tati. Lui est en vacances pour perdre du poids, elle est une femme trop bien habillée pour le lieu! Ils semblent s'ennuyer, mais l'arrivée de leurs amis ne paraît guère changer le contexte.
Tous vont se retrouver confrontés à une situation qu'ils n'avaient pas prévue et qui laissera des traces.
Une atmosphère des plus étranges entre séduction et haine, entre soumission et domination. Un récit basé sur une ambiguïté permanente et les comportements de ce couple rencontré par hasard sur une aire de stationnement, qui dominent la situation et s'imposent progressivement.
Un livre qui me fait hésiter, certaines situations étant à la limite de la réalité, mais l'auteur, comme elle le fait avec ses personnages, joue avec des situations très ambiguës. L'amitié dans ce concept de vacances communes en prend un sérieux coup, mais n'est-ce pas souvent le cas? Les désirs sexuels peuvent aussi faire changer les gens.
Un livre à lire car très original et sans temps mort.
Extraits:
- Vous êtes téméraires. Dix jours avec des amis, c'est très long. Chapeau bas si vous réussissez à ne pas vous fâcher.
- Avec mon mari, l'idylle n'est plus vraiment parfaite. Je songeais plus à partir qu'à avoir un autre enfant.
- Après vingt-cinq ans, elles ne valent même plus la peine qu'on s'use les doigts à les caresser.
- Dans l'obscurité moite et épaisse, il a soudain un visage si attirant, son regard est noir, brûlant, dévorant.
- Non aucun risque, si je n'avais pas été là, il ne t'aurait sans doute pas effleuré. Il a besoin de spectateurs.
- Ces vacances sont un calvaire, un chemin de croix.
- J'ai l'impression que l'on me les a expédié pour expier mes fautes.
- Notre couple ordinaire avec sa petite fille erre dans un décor à la Jacques Tati, style « Jour de fête » version couleur.
- Aurais-tu mis à jour des tendance homosexuelles que tu ignorais?
- Nous sommes maintenant pris au piège. Accueillis comme des sauveteurs, nous ne pouvons que les décevoir.
- Pourquoi nous recevoir si mal?
- Est-elle une génitrice indigne et castratrice?
- Tu as l'âme d'une femme de chambre, tu as raté ta vocation me lance-t-il avec ironie, avant de s'allonger et de fermer les yeux.
- Tu te trompes, tu n'es pas plus coupable que les autres. Quand une amitié dégénère, il n'y a pas qu'un seul responsable, ce serait trop facile.
Éditions : Entre-Pont.( 2002).

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13 juin 2008

OLLAGNIER Virginie / Toutes ces vies qu'on abandonne.

Virginie OLLAGNIER.
Toutes ces vies qu'on abandonne.
Note : 3,5 /5.
Le patient inconnu.
Lu dans le cadre du Prix « Cezam ».
Premier roman de cet auteur née à Lyon en 1970, qui sera demain, samedi 14 juin, l'invitée de la médiathèque de Lorient.
Nous sommes à Annecy, le 4 décembre 1918, la guerre est finie, mais pas son cortège d'horreur.Claire est novice et infirmière. Avec d'autres, elle accueille les hommes qui rentrent du front. Mutilés à jamais, meurtris pour longtemps certains de ces hommes ont tout perdu, d'autres retrouveront une famille, mais pour combien de temps? Un blessé semble abandonné, transi de froid, pas lavé, pas nourri, il est figé dans un état second. Claire s'en occupe avec l'autorisation du professeur Tournier, responsable du service psychiatrie de l'hôpital. Dans la poche de son manteau, elle trouve une adresse.Claire amène son patient à l'asile où il bénéficiera d'un traitement plus adapté. Il s'avère qu'il n'est pas évident pour elle de concilier sa vie religieuse et l'envie de soigner et d'en apprendre plus sur cet homme. Elle se rend à l'adresse qu'elle a trouvé, mais les personnes qu'elle rencontrent ne le connaissent pas. Le malade commence à parler, à bouger, mais qui est-il?
A ce moment du récit, en italique une autre histoire commence, apparemment sans rapport avec la précédente, mais les jours passant, pendant que Claire s'interroge sur sa vie, l'histoire et l'identité du malade se font jour.Dans une guerre, il y a les dommages visibles, les morts, les mutilés et ce que le politiquement correct appelle les dommages collatéraux! Les non pris en compte dans les « chiffres »officiels, et dans ce roman, l'auteur nous emmène dans ces familles dont un fils est mort, ou alors un père est revenu, mais la vie hélas pour eux ne sera plus jamais la même, sera-t-elle encore une vie?. Le malade, peu à peu, ouvre les yeux, puis parle, il se rappelle la guerre, ses amis, et surtout une mystérieuse « Anna ». Qui est cette femme et quel est son rôle dans l'histoire de cet homme?
Claire Brazier est toute jeune, dix-huit ans, elle aime son métier et son sacerdoce, elle espère devenir religieuse, donc son dévouement est absolu. Mais la discipline n'est pas une de ses qualités premières, les soeurs du couvent s'interrogent, elle-même se remet en question. La vie civile et la psychiatrie ne sont-ils pas également des domaines où l'on peut aussi rendre service!
Le patient est le narrateur de sa propre vie, grâce à ses souvenirs d'enfance et de guerre qui lui reviennent pendant son traitement et nous faisons petit à petit sa connaissance.
Le Professeur Tournier est un pionnier. Il aime Claire qui lui rappelle sa fille qui s'est suicidée en apprenant la mort de son fiancé au front. Volontiers blagueur, c'est un homme d'une grande humanité qui soutiendra la jeune fille dans la recherche de la vérité sur cet homme. Un grand personnage masculin, ce qui fait toujours plaisir!J'ai bien aimé les soeurs, seconds rôles , avec les infirmiers. Certaines bonnes vivantes et pleines de compréhension, d'autres plus strictes sur les devoirs religieux de Claire, mais toutes d'une grande honnêteté envers elle.
L'écriture est agréable et la lecture aisée. Il traite plusieurs sujets, les débuts de la psychiatrie, la fin de la guerre, mais le combat qui continue pour des centaines de traumatisés, et les interrogations d'une jeune fille, la religion est-elle sa véritable vocation?Il est à remarquer que ce roman se déroulant sur vingts jours, le récit est très concentré, donc sans temps mort, ni fioritures inutiles. Évidement le lecteur pense immanquablement au film « Le patient anglais». Un bon livre, que je n'aurais pas lu sans le prix « Cezam », car il est quand même loin de mes lectures habituelles.
Extraits:
- Elle se disait que l'hiver était la saison qui convenait le mieux à la désolation.
- Claire les laissa, deux êtres fondus, l'un contre l'autre, secoués par les mêmes sanglots, dans la même angoisse.
- De quelle couleur étaient ses yeux? Qu'avaient-ils vu de si affreux qu'il ne souhaitât plus les ouvrir?
- Il était submergé et devait faire le tri entre ceux qui simulaient et les « mentaux » comme il disait.
- La guerre flétrissait tout.
- Son désir d'aider, de participer avait été encouragé pendant la guerre. La paix lui sembla lourde de contraintes.
- Elle trouvait leurs gestes empreints de mysticisme et les siens brouillons.
- Tu as souffert. Il est temps de te pardonner. De pardonner.
- « Il a l'air si fragile, comme un oisillon géant »
- Le nom le plus étrange est de loin « cuisse-de-nymphe-émue ».
- Avec eux, elle se devait de construire de beaux lendemains, le pardon des peuples, seule cicatrice possible à la guerre.
Éditions : Liana Levi.
La chronique de Joëlle est ici, celle de Sylire .

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10 juin 2008

BUCHER André / Déneiger le ciel.

Déneiger le ciel.
André BUCHER.
Note : 3,5 / 5.
Marche de nuit.
Lu dans le cadre du Prix« Cezam »
Auteur qui m'était inconnu avant cet ouvrage. Écrivain de ma génération, né à Mulhouse, il réside depuis des années dans la Drôme. La nuit de Noël chacun, face à la nature, recherche sa propre vérité, David est de ceux-là.
Nous sommes un 23 décembre dans la vallée du Jabron, la neige tombe, David en proie à une certaine lassitude n'a pas déneigé les routes pour la première fois depuis des années. Même pour son vieil ami Pierre, rude voisin de 75 ans, il n'a pas non plus fait l'effort, il se sent pris dans un lent, mais inexorable déclin physique.
Mais quand Antoine son fils de rechange est bloqué par la neige à trente kilomètre de là, c'est pour lui un signe. Il doit y aller, tel un vieux guerrier partant livrer son dernier combat, comme alors la quête du passé et du présent. Le corps et l'esprit cheminent en parallèle, l'un guidant l'autre. Les souvenirs affluent, l'épouse morte, tuée par un chauffard, la fille lui annonçant son divorce. Plus terre à terre, il voit la voiture de Muriel dans le fossé. Ayant une relation épisodique avec elle, il passera la voir au retour. Mais l 'ombre de Martine, la fille de Muriel, lui envahit l'esprit, tel un mirage, il lui semble la voir partout. Pourtant elle a disparu, nul ne sait comment. Il se remémore comment il remplaça un père parti, les relations entre les familles, les filles amies de longue date, leurs amours de jeunesse, le départ d'Antoine après une déception amoureuse. Mais il faut marcher, se réchauffer, chanter et même danser pour vaincre le froid et la fatigue. Un troupeau de vaches perdues semble attendre un hypothétique fourrage, la nuit devient de plus en plus froide. Il retrouve enfin Antoine, mais il faut maintenant rentrer, les deux hommes prennent le chemin inverse.......
Des gens ordinaires, présents ou disparus, hommes et femmes de chair et de sang, épouse et jeune fille morte ou disparue, tout ce beau monde tourne dans la tête de David et le suit pas à pas. Des éléments du passé resurgissent au cours de la solitude de cette nuit. Toujours le mystère de la disparition de Martine, est-il lui David en partie responsable de cette fugue?
Dommage que tout cela manque de profondeur, j'ai eu l'impression de survoler des personnages sans m'y attacher.
Un certain lyrisme de dégage de cette belle écriture. Les descriptions des paysages sont somptueuses. La nuit et la neige forment à eux deux un personnage étouffant le bruit et blanchissant la nuit.
Le conte de Noël est là , la naissance d'un enfant, les vaches et l'étable, même si tout cela est modernisé.
Un bon moment mais qui ne dépassera pas la fonte des neiges.
Petite remarque, qui j'espère sera bien prise par l'auteur et la maison d'édition : "Dans mon sac de voyage j'ai du Bourbon. Du vrai d'Ecosse".
J'ai certains doutes? Y a-t-il des spécialistes? Pour moi le bourbon est uniquement américain?
Extraits:
- L'hiver usait et abusait. Il exténuait les corps, les arbres, les plantes et les animaux.
- Ses journées se déroulaient vacillantes, semblables aux bougies d'anniversaire.
- Être seul, ce n'était rien. En revanche, se sentir isolé parmi les autres, c'était terrifiant.
- Dans l'obscurité, la perception des choses, des bruits devenait plus aiguë, amplifiée et même inquiétante.
- Des nuits de cette trempe vous réinjectait le sens de la survie.
- Ils jouaient une scène d'amour buissonnière.
- C'était sinistre. A peine une dizaine de feux anémiques, debout comme des quilles.
- "L'excès de douleur rit et l'excès de joie pleure".
- Comme si ce soir sa vie à lui était en jeu, que son salut dépendait de cette quête.
- La brume laissait perler quelques flocons emberlificotés dans sa toile.
Éditions : Sabine Wespieser.
Voir le compte-rendu de Sylire d'un petit déjeuner littéraire, et les chroniques de Cuné et de Joëlle.

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03 juin 2008

FOURIER Claire / Métro Ciel

Métro Ciel.
Claire FOURIER.
Note : 4 /5.
Transport et septième ciel!
Ce livre se compose de courts récits "Métro Ciel" et "Vague Conjugal".
Décidément, je collectionne les découvertes en cette 'année. Claire Fourier est née à la pointe du Finistère, ce livre est son premier ouvrage. Il date de 1996. Disons-le tout de suite, ce livre a un gros défaut, il est trop court, à peine cents pages, mais quelle qualité d'analyse et de narration!
"Métro Ciel" ou comment le métro transporte au septième ciel et plus encore.
Une femme écrit une lettre à un ami ( ou peut-être plus?), elle y raconte une relation adultère qu'elle a eu une semaine plus tôt, et sa découverte de la passion avec un P majuscule.Ce lundi matin, elle prend machinalement la clé d'un pied à terre qu'elle possède rue Raspail, elle part de chez elle, prend le métro à Saint Mandé Tourelles, elle a différentes choses à faire sur Paris, mais pas de plan établi. Une fois installée, elle regarde machinalement ses voisins, et là un regard l'hypnotise. Elle tente de résister, mais rien n'y fait, elle est subjuguée, ne voit plus rien des stations qui défilent. La place en face d'elle se libère, l'homme s'y glisse, le contact devient charnel. Alors nous suivons, tel un témoin consentant et attentif, la progression de leur aventure, de leurs ébats et de ce moment de pur bonheur. Mais la vie de tous les jours reprend le dessus.
"Vague conjugale" commence dans la douceur! : "Cette fois il ne va pas louper sa dose de chevrotine. Qui? Mon mari!"On pressent quelques problèmes de couple, et cela se confirme. Le récit pourrait s'appeler 'L'éloge de l'amant" tant celui-ci est magnifié , évidement au détriment du mari. Cette femme est en manque plus de tendresse et d'attention que de sexe, à mon goût. Mais la description qu'elle donne de son mari et son comportement ne peuvent la satisfaire. Un récit cru, qui parfois en fait trop, mais qui donne aussi à réfléchir, nous les hommes sommes loin d'être dans la vie quotidienne exempts de tout reproche!
Un femme Gabrielle, la cinquantaine, mariée et mère de trois enfants, succombant à un coup de foudre, qui changera sa vie, qui peut-être restera sans suite mais qui éprouve le besoin d'en parler à quelqu'un, de partager ce bonheur absolu.La même femme se lance dans un règlement de compte et des comparaisons peu amènes entre maris et amants!Mais peut-on comparer le rôle des deux?
La parole ici est donnée aux épouses, les hommes sont des ombres, au mieux des amants, un ancien qui sert de correspondant et au pire un mari qui ne fait plus, telle l'hirondelle, le printemps.
Une magnifique écriture, disséquant les moindres faits et gestes de cet homme et cette femme dans ce métro. Elle analyse également les sentiments de cette femme qui le dit elle-même, est "prise en otage par ce regard" .
Le second récit est lui écrit d'une manière toute différente, quasiment tout est dit dans un long monologue d'une phrase de 18 pages! L'analyse est plus féroce encore, ne laissant aucune chance à l'époux décrit ici comme, excusez- moi l'expression, un « peine à jouir »!)
Une découverte qui je pense ne restera pas sans suite.
Extraits :
- Quel hasard m'a fait prendre une clé presque oubliée?
- Peu à peu, il déréalise le wagon, estompe les formes environnantes.
- Mais dans le regard j'ai perçu une ombre craintive. Alors je freine le pas.
- Une coïncidence, un miracle. Il n'y a que cela aujourd'hui.
- Deux flammes de chair.
- Un miracle a-t'il lieu deux fois?
- Suis-je vidée, ou suis-je comblée?.
- Lui et moi on ne se résout pas à divorcer. Le sujet est dans l'air depuis 20 ans.
- Mon mari est sexuel, je suis sensuelle.
- Le sensuel est un civilisé.
-...c'est sûr ta Durandal est faite pour mon col de Ronceveaux...
- En France, les mères, les fiancées ne sauront jamais .
Éditions : Actes Sud. (1996)

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23 mai 2008

SILVAIN Pierre / Julien Letrouvé, colporteur.

Julien Letrouvé colporteur.
Pierre SILVAIN
Note : 3 /5.
Livres & secrets.
Roman sélectionné pour le prix « Cezam ».
Je ne connais pas du tout cet écrivain, pourtant prolifique, à la bibliographie bien remplie.
Nous sommes en 1792 et nous faisons la connaissance de Julien, alors qu'il va chez l'imprimeur Garnier pour acheter des livres, qu'il colporte dans l'Est de la France.Julien Letrouvé, comme son nom l'indique, est un enfant abandonné. Il est recueilli dans un village et est élevé en compagnie des femmes dans l'écreigne, endroit strictement interdit aux hommes. Une des femmes va lui faire découvrir la lecture. Nous le suivons dans son enfance campagnarde, garder les cochons et autres activités. Il se rappelle de quelques visiteurs, le collecteur de la dîme par exemple, et la ruse des villageois pour cacher leurs quelques biens.Le montreur de marmotte qui donnera à Julien l'envie de devenir colporteur, une vie simple en somme . En grandissant les femmes le chassent du cocon où il avait vécu jusqu' à présent. Il entre dans le monde dur des hommes.Commence alors une vie de marche et de solitude, des déplacements de ville en ville par n'importe quel temps, les veillées dans les fermes retirées. Le fêtes, les foires et les marchés vendant ses livres, symbole de la Révolution en marche. Mais hors de France, l'ennemi s'organise, la coalition prépare la guerre.Il est présent à Valmy, où l'auteur nous parle du côté peu glorieux de la guerre, la dysenterie qui frappe les armées prussiennes, les désertions nombreuses et de sa rencontre avec Voss. Ils partent ensemble, sympathisent et le prussien lui racontera le secret qui hante sa vie.
Julien est un homme qui lui aussi cache quelque chose. Il cherche également quelqu'un, une femme qui aurait un savoir que lui n'a pas.Voss, le soldat déserteur, deviendra le compagnon de route de Julien. En proie à d'horribles cauchemars, il avoue avoir assassiné un homme durant son passage dans l'armée.Homme érudit , il dit avoir fréquenté Voltaire et l'empereur Frédéric Le Grand. Il lit et pense parfois en français.
Un livre, court et bien écrit. Mais je suis un peu resté sur ma faim, et je ne pense pas en garder longtemps le souvenir. Je n'ai pas réellement compris la finalité de ce récit. La première partie traitant de l'enfance de Julien m'a beaucoup plus intéressé que la suite. Il est conseillé d'avoir un dictionnaire à portée de main.J'ai un sentiment mitigé à la fin de cette lecture, me demandant si je n'ai pas loupé quelque chose?
Extraits :
- C'était, ce n'était que le colporteur.
- Mais on n'en était pas encore arrivé aux jours maudits que les angoisses de M. Garnier anticipaient.
- D'un écureuil, l'enfant avait la rousseur foncée que le moindre rai de soleil dans le feuillage faisait flamber.
- Les mots aux mots s'ajoutant prenaient sens, il avait délaissé l'amusement puéril, une lumière, une pluie d'or allaient descendre sur lui, la fulgurance d'une révélation l'éblouir. Il écoutait.
- C'était cela, il ne pouvait s'empêcher de devenir un homme. Et il savait que l'étant devenu les femmes ne le prendraient plus dans l'écreigne. Il avait quinze ans.
- Il contracte à son tour, plus noblement qualifié de maladie des Prussiens « La courante ».
- Il venait de prendre conscience d'une chose qui le stupéfia : depuis un moment il ne pensait plus qu'en français.
- « J'ai eu peur, tu étais parti si loin dans les mots, mais tu es revenu ».
- La voix se tut, le soldat referma le livre, le replaça dans sa boite.
- Il parla de sa dernière nuit dans la compagnie des femmes.
- Elle était jeune, déjà fanée, le corps perdu dans des laines grises d'aïeule.
Éditions :Verdier.
L'avis de Sylire, ici

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20 mai 2008

COLLETER Solenn / Je suis morte et je n'ai rien appris.

Je suis morte et je n'ai rien appris
Solenn COLLETER.
Note : 5 / 5.
Sainte-Thérèse, priez pour eux!
Second roman de cette romancière finistèrienne. Et pour moi une découverte, et quelle découverte! Comment des humains, soit disant intelligents, future élite de la nation, peuvent-ils se comporter de cette manière et comment d'autres peuvent-ils accepter cela?
Laure est tout à son bonheur, elle est acceptée à Saint-Thérèse, école catholique de grande renommée, elle y rejoint Martin, son fiancé. En cette rentrée scolaire, le jour se déclinera de cette manière «  Tout à l'heure, il faisait beau » puis «  Tout à l'heure il faisait jour ».
Entre les deux, une coutume barbare, venant d'un autre temps, a commencé pour les nouveaux arrivés. Car malgré son interdiction, ici, au nom de l'unité, de l'entraide et de la discipline cette pratique semble tolérée, et même plus, encouragée. Les « bleus » sont livrés pendant une semaine à une bande de sadiques sûrs de leur impunité. Que la fête commence, les sévices sont compris dans les réjouissances !Laure, au cours de cette première nuit, voit un corps gisant par terre, il semble avoir été défenestré, elle pense à Leila, jeune algérienne, qui partage sa chambre. Elle tente d'alerter Martin, mais dans l'état d'épuisement qui règne personne ne l'écoute. Comme ils sont coupés du monde, elle ne peut chercher d'autre secours! Mais elle retrouve Leila à l'infirmerie, a-t-elle rêvé? Son esprit perturbé et choqué ne lui joue-t-il pas des tours?Entre deux cours et deux baignades dans le « Rio Crade » deux repas et tentatives de repos, Laure essaye de comprendre, elle enquête et dérange.
Laure semble être le seul personnage à avoir encore une conscience dans ce monde où les normes de vie classique n'ont plus cours, la loi du plus fort est la seule acceptée. Elle oscille entre révolte rentrée et peur, entre haine des autres et dégoût d'elle même . Sa vie n'est pas de tout repos entre une mère alcoolique, un père absent, elle doit assumer la charge de son jeune frère. Elle échappe de peu à deux agressions, comme tous les tortionnaires portent cagoules, reconnaître son agresseur semble improbable.
Martin, dont le père travaille dans cette école, est comme les autres élèves fatalistes, c'est une épreuve obligée, alors subissons-la, c'est comme cela!
Lebeau, est laid, myope, difforme d'une intelligence supérieure à la moyenne, il est le plus jeune. Bref tout pour faire une victime toute désignée.
Les cadres administratifs, qui sont liés par des secrets de jeunesse, se couvrent mutuellement. Les enseignants au pire s'amusent de tout cela, au mieux tournent la tête.
Une oeuvre terrifiante, pour tout ce qu'elle véhicule de lâcheté, de compromission avec soi même et avec les autres. Comment peut-on au nom d'une soi-disant tradition et d'un code de l'honneur, pour la grandeur d'une école permettre, et même encourager des agissements de cette sorte. J'ai choisi de ne pas parler des brimades et autres vexations subies par les « bizuts », mais l'imagination est dans ce cas très précis « au pouvoir ».
Les lettres majuscules employées pour les diatribes des « bizuteurs » semblent donner une puissance sonore à leurs hurlements .J'ai lu dans la presse qu'à part la trame policière tout avait été vécu et cela bien après l'interdiction de ces trop fameux bizutages! Et cela ne date pas d'un lointain passé, car l'auteur nous signale le cas d'un professeur ayant refusé la loi du silence qui fut muté d'office en 2006!
Une lecture très éprouvante, car comme c'est très bien écrit, on partage la vie de Laure et ses interrogations.
Extraits:
- Le bizutage est dur, a poursuivi un deuxième année. Mais il a fait ses preuves.
- Quels crétins, c'est cela l'élite de la nation?
- Ils sont beaux, les futurs dirigeants de la France! Des moutons paniqués, oui...
- Ils n'ont de pouvoir que tant que tu acceptes de leur obéir.
- Elle se tait, et elle commence à se haïr.
- Le bizutage est interdit depuis belle lurette...
- Ces heures passées debout, à piétiner, surveiller, hurler, punir. Elle n'a pas la vocation. Mais qui l'aurait?
A
llez, c'est pour la bonne cause.
- Tout le monde est complice. Tous ces étudiants, ces professeurs respectables vénèrent le bizutage.
- Pourquoi se soumettre au joug des fils à papa qui se sont érigés en tortionnaires et en donneurs de leçons?
- Le dérisoire orgueil de ce troupeau crasseux la dégoûte.
- De cette façon, le lycée est parvenu à ce chef-d'oeuvre de manipulation mentale.
- Les bizuts doivent mourir pour apprendre à renaître.
Éditions : Albin Michel.
Chronique de Cuné, ici, et celle de Laure, ici.

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06 mai 2008

BOUVIER Isabelle / Punaises

Punaises
Isabelle BOUVIER
Note : 4,5 / 5.
Humour noir et rires jaunes!
Ce livre, de cette auteure née à Paris en 1970, est son premier recueil de nouvelles, douze au total.
Certains titres : « Post- Morten » « Silence de mort » ou « Le visage de la mort » annoncent la couleur, c'est noir. Et il y a parfois un léger rayon de soleil, mais très passager!
L'eau purificatrice soit, mais elle n'efface rien dans la mémoire de certaines personnes, c'est ce que l'on découvre dans « La douche écossaise ». Le chaud et l'effroi! « Quand le chat est là, la souris tremble » ou méfiez- vous d'internet sans intermède. Il y a une vie ailleurs. C'est ce qu'apprendra à ses dépens Mélanie Edwards Creek, informaticienne de haut niveau répondant au doux pseudo de « Créature ».
« Les noces de glace », évidement cela jette un froid, quand des parents annoncent à leur fille qu'ils projettent de mourir ensemble!« Poubelles  blues» a pour personnage principal Franck. Il a vingt neuf ans et une vie tout ce qu'il y a de plus normale. Il trie des déchets dans une usine de retraitement. Son travail lui tenant à coeur, ce n'est pas un homme à le prendre par dessus la jambe et il est prêt a faire des pieds et des mains pour le garder. Mais Franck, malgré tout, garde la tête sur les épaules.Avoir de l'influence sur les choses et les gens, cela peut être agréable et parfois avantageux, mais si cette influence est néfaste, pour vous la vie devient un enfer.« Le visage de la mort » clôt la vie et ce livre.
Vous vous réveillez, dans ce que vous pensez être une chambre, mais vous êtes dans votre cercueil! Trois hommes se présentent, même morts, ils forment le comité d'accueil du cimetière chargé de préparer les derniers arrivés à leur nouvelle vie. Un problème se pose, vous ne vous rappelez pas de quoi vous êtes mort, et c'est ce qui arrive à Chantal et cela mérite une enquête!Deux femmes sont les protagonistes de        « Silence de mort », la chétive Mademoiselle Le Floche et la robuste Madame Taupin, sa peu discrète voisine du dessus dont la philosophie se résume à cette phrase : «  Je suis chez moi, je fais ce que je veux ». Madame Le Floche décide de tuer sa bruyante voisine. Une idée lumineuse lui traverse l'esprit, une panne d'éclairage dans l'escalier. La chute sera mortelle pense-t-elle, et elle le sera!Une femme d'âge mur mais riche, un mari plus jeune, c'est la trame de la nouvelle « Le pot de fleur » où l'épouse semble avoir découvert le pot aux roses?Un garçons de 5 ans qui aimerait savoir si réellement le Père Noël existe. Deux amies prêtent à faire beaucoup de sacrifice l'une pour l'autre, c'est le sujet de « Punaises » où une ville est la proie d'un tueur en série qui plante un pieu dans le coeur de ses victimes!Un neveu cupide prouve que d'avoir un pied dans la tombe peut être mortel!J'aime beaucoup les nouvelles surtout pour découvrir un auteur que je ne connais pas, et là je n'ai pas été déçu. C'est bien écrit, sans fioritures avec même une certaine sécheresse de ton qui convient particulièrement bien à ce genre de courts récits.
Jubilatoire pour ceux qui comme moi aiment ce style d'humour très noir.
Extraits :
- Errer? Comme des âmes en peine?
Euh! Ça c'est un cliché de vivants.
- D'ailleurs qui voudrait rester dans une tombe sombre, où il n'y a rien à faire pendant une éternité?
- Il a toujours eu le don, ou le malheur de passer inaperçu.....
- Peut-on réellement se fier à des personnes que l'on a jamais côtoyées, physiquement parlant, des personnes qui ne livrent même pas leurs vraies identités?
- La mort est un voyage si doux que l'on voudrait le faire à deux.
- Un suicide collectif dans la famille c'est original! rétorqua ironiquement la fille.
- Et puis en plus même si tu es là pour sauver la nature, elle ne te demande pas de te tuer à la tâche!
- Ma chérie, quant on ne sait pas tomber comme il faut, vaut mieux rester chez soi.
- Toujours cette petite phrase insensée « C'est les cons qu'il faut punaiser ».
- Et le clou du spectacle si je puis dire (il sourit de son trait d'humour) un pieu, en bois, taillé en pointe acérée!
- ...elle avait légué sa fortune à des oeuvres de charité.
Arthur n'était-il pas à lui tout seul une oeuvre de charité?
- Sa dernière demeure était plus luxueuse que celle qu'elle occupait de son vivant.
Tant d'années à économiser le moindre sou pour plus tard....
Éditions : Amers Éditions.

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18 avril 2008

BIHEU Jacqueline / 115 rue Boissy-d'Anglas

Rue_Boissy_d_Anglas

115, rue Boissy-d'Anglas.
Jacqueline BIHEU.
Note : 4
Paris s'éveille....!
Ayant travaillé plusieurs années Rue du Faubourg Saint Honoré, ce titre m'a interpellé au printemps des écrivains de Guidel qui se tenait ce 6 avril. Après avoir parlé avec l'auteur, je me suis laissé tenter bien que cela ne me paraissait pas bien être dans mes préférences littéraires. Ne cherchez pas le 115 de cette rue, il n'existe pas, l'auteur l'a inventé de toute pièce (de toute suite pour un hôtel!).
Dans une chambre, une femme se réveille péniblement d'une nuit, qui aurait dû être une nuit d'amour, son amant dort. Elle a décidé que ce serait la dernière nuit. Des mois qu'elle y pense et qu'elle s'y prépare. Il est temps de partir maintenant, après il sera peut-être trop tard. Elle regarde Romain dormir, voudrait partir avant son réveil, mais elle se presse lentement, se parle dans le miroir et fait le bilan de cette liaison. Est-elle réellement prête à cette rupture? Que reste-t-il des premiers temps d'une folle passion sexuelle plusieurs années après? Un amant vieillissant que son poste de cadre supérieur dans une grande compagnie d'état contraint à de fréquents déménagements. La narration de la vie des principaux personnages se croisent, le puzzle de plusieurs existences, leurs points de rencontres et aussi leurs points de ruptures se déroulent sous nos yeux .
Romain Baratin (cela ne manque pas d'humour!) est décrit par Clémentine comme un homme lâche, blessant sans états d'âme. Profiteur et jouisseur , il n'a aucun remord, comme si tout lui était dû. Misant tout sur sa carrière et les avantages que cela lui procure, il laisse son ménage au second plan de ses aspirations. L'alcool aidant, ses pannes sexuelles se font plus rapprochées. Mais ses apitoiements sur lui-même lui donnent bonne conscience, ses promesses ne durent que le temps que durent les roses. Un être peu sympathique au demeurant, mais, qui malgré cela, collectionne les conquêtes.Clémentine, sa maîtresse, a trouvé dans un moment de solitude profonde ce qu'elle pensait être l'homme qui lui redonnerait goût à la vie et confiance en elle, et aussi une plénitude sexuelle. Mais cet homme jaloux va petit à petit lui faire perdre la mesure, la meurtrissant physiquement et l'humiliant moralement. Aura-t-elle le courage de le quitter? Elle est à la fois attendrissante et agaçante. Mais c'est ainsi!
Anne Marie, son épouse, est prévenue par une lettre anonyme, à la Réunion où il vivait de la liaison de son mari avec une journaliste mère de famille. Femme forte, mais elle se réfugiera dans le silence, jouant, elle le reconnaît à l'autruche.
Un certain air de ressemblance avec « Chambre 411 » de Simona Vinci, mais en plus prenant. Une belle écriture et des personnages de femmes surtout, très attachants. Mais que de faiblesse et d'inertie chez Clémentine, qui est capable de manifester au sein d'un syndicat, mais accepte cette liaison sans espoir. Un constat social fait aussi le charme de ce roman. La machine à broyer l'homme est en marche, les surcharges de travail, le règne du « marche ou crève ». L'auteur par ce biais rend l'histoire plus actuelle, sortant de l'éternelle histoire d'amour. EDF-GDF en prend pour son grade dans la déshumanisation du travail « Travailler plus pour que certains gagnent plus ». Car de l'amour il y en a, mais il n'est pas réciproque hélas. Une belle découverte, et auteure à suivre donc.
Un dernier mot, je trouve que la présentation générale de ce livre est très soignée et très belle.
Extraits:
- Son corps crispé se redressa comme celui d'un animal blessé.
- Sa gorge était desséchée comme un oued.
- Il lui était apparu si sincère!
- Pour tout ce qui la concernait, elle s'en était remise à Romain.
- ...un Casanova de village à la plume figée, un inspirateur de passion qui n'avait su ni aimer, ni se faire aimer.
- A vrai dire il en parlait comme un médecin légiste qui tentait de disséquer l'insondable.
- Que leur restait-il à partager?
- Qui était-elle? Que faisait-elle? Peut lui importait! Il ne voulait pas s'attacher pour la vie.
- La convoitise est tellement plus délectable que la possession!
-...union intime célébrée dans l'église de Guebwiller, dédiée à Saint Léger....
- Cette femme là pouvait-elle devenir sa maîtresse ?
- Ainsi commençait à se mentir Romain Baratin.
- Mais les amants n'en étaient pas encore là.
- Une vie exempte de soucis matériels, sa présence, eh oui tout de même...!
- Il avait bien compris, ce Bonaparte de pacotille, que l'argent était un formidable levier pour manoeuvrer les consciences!
Éditions: Liv'Éditions.

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17 avril 2008

BOURVEN Josiane / La sensitive

La_sensitive

La sensitive.
Josiane BOURVEN

Des maux et des mots.
Note :3,5

Ce livre m'a été recommandé par la responsable du club de lecture de la médiathèque de Lorient, Josiane Bourven étant inscrite à cette même médiathèque. Et en route pour découvrir une nouvelle romancière. Colette pleure son fils Alban, son « Ange », fruit d'une relation qui fut, dans le contexte de l'époque, hélas pour elle sans lendemain. Nous découvrons leur vie, leur amour des mots, leurs joutes oratoires comme une antidote à leur solitude.La vie s'écoule, puis partiellement s'écroule lorsque Colette à l'hôpital où elle travaille, fait la connaissance de Charles, un malade. Commence alors une relation ambiguë avec un être pragmatique qui étudie les rats. Colette pour des attirances purement sexuelles tombe sous son charme, au grand regret d'Alban. Après un séjour à l'hôpital, Colette nous parle de sa vie, son enfance avec ses parents dans ce que l'on appelait « Les colonies », à Madagascar dans la ville de Diego Suarez.Son père est marin d'état, sa mère couturière, enfin amateur, pour réunir les femmes européennes et surtout papoter. Mais Colette commet la seule chose qui ne soit pas encore tolérée ,elle fréquente un noir. Cela fait les gorges chaudes de la communauté française et immanquablement, cela arrive aux oreilles d'Hugo Delmare, son père. Là le vernis se craquelle, le jeune homme, Bonnavanture, sera passé à tabac et toute la famille rentrera en France. Colette est enceinte et tous leurs courriers sont bloqués.Commence alors une autre histoire à Cadix, dont les protagonistes sont Consoline, Dolorès, Don Pedro, Angelo....
Colette, mère célibataire débordée, se donne corps et âme à son fils et à son travail. Sa rencontre avec Charles va bouleverser sa vie, la vidant de toute sa joie de vivre, cette tristesse sera encore plus vive après le décès de son fils. Elle semble perdre la raison, mais s'interroge sur sa relation avec Charles. Alban, fils sans père, devient l'homme de la maison. Fils d'un malgache, il subit toutes sortes de brimades dues à son statut de métis. La relation de sa mère avec cet homme le plongera dans une solitude mal vécue.Marina, l'amie, la confidente, la presque soeur, amie d'école à Madagascar, est venue s'installer en France.Charles, l'amant éleveur de rats, scientifique et philosophe, est un être étrange. Dominateur et grand adepte de la contradiction pour la contradiction, il aime les femmes mais ne croit pas aux sentiments amoureux. Son seul but dans la vie semble être d'avoir toujours raison.
Une écriture très lyrique, un récit étrange, entre vie de tous les jours et évasions dans l'imaginaire. L'auteur nous parle de sa vie comme d'une pièce de théâtre avec ses actes et ses entractes. Un livre où l'analyse des relations humaines, familiales ou amoureuses est très fouillée.Une oeuvre déroutante avec de nombreux retours en arrière ; pas évident à suivre, ce qui complique un peu la lecture, un livre qui au moment de cette chronique me laisse perplexe. Une histoire en forme de puzzle qui par bribes se reconstitue en cours de lecture.
Extraits :
- Parti? Oui, mort? Non! Pas au sens où on l'entend habituellement.
- La vierge, un peu folle descendue de son vitrail s'engluait dans le charnel.
- Elle aime le vent breton, son opulence et le troupeau docile de ses nuages qui enflent et se repaissent de tout le ciel.
- Plus surprenant, elle se laissait glisser ailleurs sans même lever le petit doigt pour contrôler le dérapage.
- Tu te rends compte celui-là n'a eu qu'une seule qualité, celui de te larguer ses spermatozoïdes batifolants.
- Il savoure la femme et non pas une femme en particulier.
- Et puis dans cette histoire, on avait complètement oublié l'humour. Interdiction formelle de rire.
- Ainsi les lettres de Colette flambaient dans le creux d'un vieux tonneau déjà plein d'archives calcinées.
- Où avait-elle failli? Il lui fallait recenser ses actes comme une fautive ignorant sa faute.
- « Ah, les goujats! Ils m'ont façonné une autre réalité comme si la mienne n'était pas assez lourde.
- Il m'a tout simplement sauvé des influences vertueuses de la religion.
Éditions : Éditions du Petit Véhicule.

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11 avril 2008

GOUIRAN Maurice / Train Bleu, train noir

Train bleu, train noir.
Maurice GOUIRAN

Note : 4
Les pépés flingueurs
Un livre lu dans le cadre du prix du livre « Cezam » et un nouvel auteur. C'est le moment des découvertes (pourquoi pas l'année, aussi d'ailleurs).
Deux trains, un en 1943, l'autre en 1993, une même destination : l'Allemagne. L'un est noir comme le désespoir de ces milliers de personnes partant vers une destination inconnue, mais qui sera tragique pour la plupart. L'autre est bleu comme l'espoir de Marseille de devenir le premier club français à être sacré champion d'Europe de football.
Dans cette horde de supporters, trois hommes ne sont en aucun cas du voyage pour le football, le foot ils s'en foutent. Ils se souviennent un demi-siècle plus tôt, les rafles sur Marseille, la participation des forces de l'ordre française et la déportation de dizaines de milliers de personnes. Tous les trois sont partis, mais sont parmi les rares qui en soient revenus. Ils revoient le vieux Marseille dynamité et rasé sous le prétexte que c'était un nid de bandits et de résistants. La vérité semble être toute autre, la police française sans le savoir a été complice d'une vaste opération immobilière, chassant les habitants de leurs maisons. Mais nos trois voyageurs ont un autre but que celui du football en effectuant ce voyage, une autre cible en fait. A la suite d'une émission télévisée, l'un d'eux à reconnu un militaire allemand, responsable de la mort de membres de leurs familles.
Puisque nous allons voyager avec eux, dans le même compartiment, faisons les présentations.
Trois français moyens, Marseillais jusqu'au bout des ongles ; ils étaient jeunes en cette année 1943.
Robert (Bert) a fait le voyage de 1943, il était déjà adulte et père de famille, prenant Miche qui est asthmatique sur ses épaules, il lui a permis de mieux respirer et lui a sans doute sauvé la vie. Son épouse et sa fille ont disparu et il ne s'est jamais remarié, beau garçon il a multiplié les conquêtes féminines. Docker, il a toujours vécu seul, mais l'âge et le pastis le rattrapent.
Michel (Miche) a sauté du train, espérant que sa mère saute également, mais elle ne l'a pas fait. Un autre jeune homme avait sauté avec lui, L'Esquinade. Ils regagneront Marseille, Miche avait onze ans, L'Esquinade quinze!
Ses cheveux ont valu à Miche le sobriquet de « Le Blond ». Casanier et timide, il se contente d'un emploi subalterne dans l'administration, il n'a ni regret, ni désir. Il est marié comme il le dit lui-même « C'est un peu terne sans problème, mais sans passion ».Georges (Jo) caché dans une armoire a vu ses parents arrêtés, il avait treize ans. Il sera arrêté quelques heures plus tard. Ayant récupéré une partie de l'argent familial, il soudoie un responsable qui met un autre nom a sa place, lui sauvant la vie. Il est maintenant riche et marié. Propriétaire d'une bijouterie, il n'a aucun problème financier.L'Esquinade lui refuse de participer à ce voyage, certes lui aussi a vu des membres de sa famille mourir, mais il ne veut plus se souvenir, ou feint de se désintéresser de la question.
Mais l'Histoire avec un H majuscule, celle qui ravive les souvenirs les contraint à quitter leur vie de tous les jours. Mais voilà les choses hier et aujourd'hui ne se déroulèrent pas exactement comme on le croyait hier, ni comme on le pensait aujourd'hui.
Trois narrateurs dans deux époques différentes, plus des articles de journaux et des rapports de la préfecture de police. Tous ces éléments obligent, et c'est tant mieux, à une lecture attentive. L'auteur n'est pas tendre avec le football et ses supporters, ni également avec les dérives monétaires qui ternissent ce sport.
Une intrigue originale pour un bon roman policier avec une fin pleine de rebondissements. Un auteur à suivre.
Extraits:
- Les trains sont seulement ce que les hommes en font.
- Le foot serait-il devenu l'opium de peuple?
- Thimothée était une gueule cassée et si la guerre lui ressemblait, ce devait être une vraie saleté la guerre.
- Marseille n'était plus qu'une gigantesque souricière.
- Oui, les vieux quartiers vont sauter.
- C'était chacun pour soi, vous comprenez.
- Les gens qui ont trop souffert ont du mal à décrire leurs détresses.
- Tous ces mecs zélés qui avaient fait simplement leurs boulot avaient fini par causer la mort de millions d'innocents.
- Il est reparti d'un pas lourd avec ses listes sous le bras.
On aurait dit qu'il avait cent ans.
- Tout s'est passé selon le plan établi.
Éditions : Jigal

L'avis de Joëlle, ici

Posté par eireann yvon à 22:14 - Littérature française - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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