29 novembre 2009
BLONDIN Antoine / L'ironie du sport
L'ironie du sport.
Antoine BLONDIN.
Note : 5 / 5.
Le sport....................Jadis!
En ce temps de veaux gras pour certains sportifs et de vaches maigres pour les tenants d'une certaine étique sportive, relisons Antoine Blondin. La poule aux œufs d'or et le cochon de payant, fable moderne ayant pour cadre un stade, ces arènes modernes.
J'ai déjà ici parlé d'Antoine Blondin pour son ouvrage « Sur le Tour de France ». J'appréciais particulièrement sa verve, son franc-parler et son humour teintés de poésie. De 1954 à 1982, il a écrit sept cents chroniques pour le journal « L'équipe », certaines sont réunies dans ce livre. Du tour de France de 1954 qui sera son premier aux championnats d'Europe d'athlétisme en 1982, le tour est bouclé, du vélo à la cendrée, salut l'artiste.
Je ne connais du bobsleigh que quelques images vues à la télévision, Blondin y consacre quelques lignes écrites pendant les J.O. d'hiver de Cortina d'Ampezzo. Il parle d'un dénommé Robin, qui était pilote du double français, qui a refusé de partir pour la seconde manche, victime d'une angoisse insidieuse, son copain Grosso approuvait-il ce choix? C'était l'époque où cette spécialité était parfois une course à la mort, les dénommés Fould et un champion du monde Hendricks l'ont appris à leur dépends.
Un peu de gaité, un après midi au « Vel d'Hiv » pendant les 6 jours de Paris, la rencontre inopinée entre un père qui devait être à son travail au ministère et un fils qui était censé être à l'école! Sur la piste, les coureurs chassaient la prime têtes baissées, sur un podium Minou Drouet déclamait un poème, commentaire de Blondin :
-….récitait un morceau de sa composition, dans ce style finaud, hermétique et bretonnant qui a assis son triomphe auprès de classes populaires.
Dans mes souvenirs et dans ceux de Blondin figurent le Racing Club de Paris (l'ancien), équipe de foot qui jouait tous ses matchs à l'extérieur! Pour un RCP-Rennes, par exemple, le public était en grande majorité breton, et nordiste pour la venue de Lille.
De Roland-Garros à Paris-Roubaix, la gouaille de Blondin rendait le sport aux hommes et aux femmes, des soeurs Press* à Wilma Rudolph, de Michel Macquet à Guy Texereau.
Les personnages sont les spectateurs vus au détour d'un virage, aperçus au sommet d'un col. C'est ce gamin impertinent dans un article le bien nommé « Cépage est sans pitié » qui dit à Blondin : -« Dites, je vous ai vu passer au pied du Chioula dans cette auto rouge. Vous dormiez avec le chapeau sur la tête. Qu'est-ce que vous teniez! »
Cette Madame Louise, poissonnière qui accompagnait son mari au stade et qui veuve, y retourne malgré tout, l'auteur lui rend un hommage tout en délicatesse : -Ses bijoux ordinaires sont des écailles scintillantes abandonnées à l'annulaire.
Les sportifs aussi, bien sûr, certains restent dans les mémoires, Anquetil, Bobet, Kopa, Poulidor, Hinault mais d'autres sont passés de la gloire à l'oubli, un petit mot sur un Breton, Fernand Picot surnommé « Le réduit breton » en raison de sa petite taille, mais qui finit en 1956 second du classement par points du tour de France.
On sent, mais encore de manière diffuse, que les problèmes de dopage et d'argent approchent à petit pas, Blondin le souligne dans quelques-uns de ses articles.
Un petits florilège des noms des chapitres:
Du pin et des jeux; De la chambre d'appel à la femme de chambre; On aime d'abord l'ovale...pour sa rondeur; L'affaire est dans le sacre; L'épée dans l'airain, et un dernier pour la route, L'Aimar au diable etc....
Une image pour le jeune homme que j'étais (Jadis!), une nageuse américaine Shirley Babashoff dont la plastique ne me laissait pas indifférent. Je l'ai vu la première fois (sur un écran de TV) à Munich, puis quatre ans après à Montréal. Pour elle ce ne fut pas la ruée vers l'or. Malgré huit médailles elle n'a jamais été championne olympique en individuelle, dommage. Mais je me rappelle encore d'elle, par contre je n'ai aucun souvenir des lauréates! Une pensée émue pour Lilian Board, seconde du 400 mètres de Mexico derrière Colette Besson en 1968, puis double médaillée d'or aux championnats d'Europe d'Athènes en 1969, morte d'un cancer en 1970 à 22 ans.
D'autres souvenirs également, Christine Caron, croisée à la piscine de Pantin, un certain match de football, « C.A.Montreuil / Aix en Provence », quel intérêt me direz-vous? la présence dans l'équipe méridionale d'un certain Henri Michel.
Il est rare qu'un journaliste sportif soit également un poète dans l'âme, doublé d'un éternel adolescent, Blondin était tout cela. Et il faut aussi se souvenir quel grand écrivain il fut. Enfin, cela fait du bien de retrouver le sport comme il devrait toujours être!Mais je dois faire maintenant partie des vieux ronchons dont la devise est « De mon temps »
Une parodie de Jacques Brel, encore :
Adieu, l'Antoine je t'aimais bien tu sais.
Extraits :
- Je peux bien le dire, mon grand regret est de ne pas m'être vu passer.
- Il racontait cela dans un livre intitulé : L'enfant chargé de chaînes, qui doit bien avoir quelque rapport avec la bicyclette....
- Mais je me sens à ma juste place. Car je crois à la nécessité des sportifs en veston.
- Pour lui, le sport dépasse son aspect ludique pour un aspect éthique : il cesse d'être un jeu pour devenir une morale. (Écrit en 1954! Note personnelle.)
-La neige possède les privilèges de l'éponge.
- L'amateur, au contraire, ne doit rien conserver que de louable dans son dessin. Par conséquent il ne gagnera pas plus d'argent, victorieux ou vaincu.
- …...mais, hélas, les années de champagne comptent double.
- Elle au moins n'attend pas un miracle du petit Jesoss, le soutien-gorge qui vous fait gagner d'une poitrine.
-...ignorant que l'étape Luchon-Pau aura la saveur mouvementée du dernier métro et que le rire, aussi, est parfois jaune.
Éditions : François Bourin. (1988) / Bouquins: Robert Laffont (1991)
* Tamara et Irina Press, leurs plastiques m'impressionnaient également,mais pas pour les mêmes raisons que Shirley Babashoff. Lanceuses de poids et de disques, elles régnèrent longtemps sur ces deux disciplines.
06 novembre 2009
FABRE Dominique / Les prochaines vacances
Les prochaines vacances.
Dominique FABRE.
vu par Olivier MASMONTEIL.
Note : 3 / 5.
Retour.
J'aime beaucoup le concept de cette série, un écrivain et un illustrateur, qui oeuvrent de concert. Annie Saumont, Marie Le Drian, Dominique Mainard, Jean-Noël Blanc ou Henri Bauchau, par exemple ont écrit des nouvelles dans ce but.
Le narrateur se souvient de la famille Di Maglio, leur fils Nicolas s'est tué le premier jour où il roulait sur sa moto, achetée après des années d'économie. Nicolas était plus jeune que lui, ils se rencontraient parfois sur les terrains de football. Le père bouleversé par tant d'injustice, regrette de ne pas être mort à sa place. Il perd goût à son travail, et décide de tout quitter! Son épouse Eliane doit pour vivre reprendre l'épicerie-bar de leur petit village des Alpes.
Il est professeur à Paris, et un jour Eliane reprend contact avec lui, elle vient de recevoir une lettre avec l'adresse d'un hôtel à Paris, pourrait-il se renseigner? Il accepte, mais Di Maglio n'est plus là! Les mois passent, Eliane téléphone de plus en plus souvent, et un jour Tony, l'ami d'enfance et de chantier, lui annonce qu'il a peut-être une piste, et qu'il arrive à Paris pour quelques jours, rendez-vous est pris!
Le narrateur vit seul sur Paris, son amie l'a quitté, il connaît la solitude, ayant vécu de foyer en foyer. Il se trouve un peu contre son gré au milieu d'un drame dont il n'est pas partie prenante. Sa vie est une longue quête de son identité, son absence de racines, il semble avoir reporté sur Eliane un amour enfantin.
Di Maglio est rongé par le remords au point de tout quitter pour une existence des plus précaires, travaillant au jour le jour.
Eliane a porté le deuil, mais pour elle, malgré la difficulté, la vie cahin-caha a repris le dessus.
Tony, le copain de chantier, l'ami d'enfance de Di Maglio, est lui aussi un solitaire, deux fois marié, deux fois divorcé. Grâce à ses connaissances dans le monde du bâtiment, il espère retrouver Di Maglio.
J'ai l'impression d'être passé à côté de ce livre. C'est bien écrit, le thème, le désespoir d'un père après la mort de son fils, est un sujet grave, mais quelque part je n'ai pas adhéré à ce livre. Peut-être est-il trop loin de mes lectures habituelles?
Un mot des illustrations qui sont très réussies avec en particulier la représentation de ciels souvent tourmentés et très sombres. Des paysages de montagne ou des vues de Paris, évoquant la route ou le chemin de fer, le voyage, le retour vers l'enfance.
Extraits :
- Elle a décidé que ce n'est pas une façon de continuer pour elle.
- J'aurai du mourir avant, il a répété à Tony.
- J'aime beaucoup Tony. J'aime ses grosses mains et ses boîtes de galettes Pleyben où il range des photos qu'il a prises sur des chantiers.
-Ses yeux aussi avaient changé, son regard, dans la mesure où c'est possible, je ne sais pas.
- Sur le coup je me suis senti proche d'elle comme jamais je ne l'ai été de ma mère ou d'une autre personne de ma famille.
- La route comme le long ruban noir d'un deuil, évidemment.
- Il est pourtant facile de se perdre.
- Nous ne savons que mentir aux gens qui nous ressemblent, jamais aux autres.
- Les morts ne nous reprochent rien, la plupart du temps. Parfois ils nous regardent, c'est tout, et c'est bien suffisant.
Éditions : Les éditions du Chemin de fer. (2008)
29 octobre 2009
GUILCHER Rozenn / La fille dévastée.

La fille dévastée.
Rozenn GUILCHER.
Note : 4 / 5.
Souffrance et errance !
Ce livre fait partie des sorties très récentes, le 13 octobre, il me semble. Donc pour une fois, je vais parler d'une nouveauté. Rozenn Guilcher est une auteure née à Brest dont c'est le premier roman. Il vaut mieux prévenir que guérir, mais âmes sensibles s'abstenir! Ce livre est très dur, très réaliste sûrement et à ne pas mettre entre toutes les mains.
Ce roman est divisé en trois parties, « Enfance », « Déchéance » et « Délivrance ». Le ton est donné! L'enfant, la petite fille, n'est pas prénommée Désirée, de cela nous sommes sûrs. Pour le reste, pas de prénom, ni elle (nous le saurons, mais vers la fin du récit), ni sa mère! Où sommes-nous? A quelle époque? Tout cela reste un mystère. Deux personnages, deux narratrices, plaintes et complaintes, les voix se juxtaposent, se rejoignent, puis s'éloignent. Le sentiment dominant, l'angoisse, la peur de rentrer trop tard, de mal faire, l'enfermement physique dans le placard, l'enfermement moral et mental. Un univers tragique au possible, et malgré tout une sorte de résignation qui confine à l'amour chez cette petite fille. Toute vie commence par la naissance, toute non-vie aussi d'ailleurs. La mère est seule dans une chambre, puis l'abandon du bébé déposé dans un coin de parc enneigé. La vie dépend alors d'un chien que son maître promène, puis la mère reprend l'enfant, pas par amour ou par remord, juste pour éviter les poursuites judiciaires! Ainsi va la vie, et dans le cas présent, non pas le meilleur, mais le pire! Trois étapes, trois parties, la naissance, les dix-huit ans, les trente ans, la violence verbale, la cruauté également, le traitement infligé aux animaux de compagnie de l'enfant . L'alcool, seul point commun entre elles, les litres de mauvais vin que l'on partage, la fille couchant la mère les mauvais soirs. Le fait d'être deux, simplement deux, mais depuis toujours, pas d'amies, de relations, un huis-clos amour-haine entres ces deux femmes, l'une dont l'autorité baisse, l'autre qui cherche à affirmer un semblant de personnalité et pourquoi pas vivre enfin!
Dieu est, si je peux m'exprimer ainsi, le seul personnage masculin du livre, sorte de confesseur, le seul à qui l'on parle, parfois. L'écriture comme thérapie, la fille tente de s'en sortir de cette manière, en de vaine tentatives de déculpabilisation, et de justification. Il y a en italique dans le texte des poèmes et divers écrits, lignes de désespoir, sombres comme la nuit de la naissance! Des titres en forme de confession, de cri pour vaincre la pire ennemie, l'angoisse, « Tu as vécu sous la terre », « Tu ne mérites que ça » « Ils cousent la bouche des morts », « On entre en vous comme dans un moulin » « Chez moi c'est ailleurs ». Et ailleurs, c'est vague, mais loin, et il faut encore attendre....
Ce livre n'est pas pour les tenants d'un certain classicisme, le style est volontairement rapide, genre coup de poing, la ponctuation, à part le point, est quasi inexistante et les phrases n'ont pas toutes un verbe, etc.....Une dernière précision, ce roman donne envie d'être lu à haute-voix!
Une découverte et une œuvre marquante, sorte d'OVNI littéraire qui frappe l'imagination. Je pense qu'il faut un certain courage pour écrire cette histoire, et question lancinante, en refermant ce livre, quelle est la part de vécu dans tout cela ?
Extraits :
- Et lorsqu'elle avait un léger retard elle s'entendait dire « Tu as traîné ». Plus tard « Tu es une traînée ».
- Violence. Mais jamais frappée. Juste des mots anodins et soupirs et regards.
- Et la force se multiplie par deux : l'autre dans sa rage vous dans l'adoration.
- Un autre embryon se serait fait la malle dans le trou des chiottes.
- Car Dieu est comme le service social : il ne voit pas tout.
- L'enfant il a bien fallu lui trouver un prénom. Un seul prénom ça suffit.
- La vraie réponse c'est que ma douleur la faisait davantage exister en mère sacrificielle. Pouvait consoler.
- Tu n'es pas laide, non, enfin.
- C'est pourquoi l'écriture est une telle liberté. C'est pourquoi.
- Et l'angoisse vous prend. Vous ne savez comment venu.
- Elle traîne en ville. Elle promène son errance et la traîne par les cheveux quand elle ne veut plus avancer.
- Je préfère qu'elle se débrouille avec sa propre mort la sienne de l'intérieur.
- La parole l'alcool, même principe : saouler. Ne dit-on pas : « Tu me saoules ?»
- C'est pareil quand je demande pour mon père. Tout devient abîme et torture. Il ne faut pas en parler non plus. Surtout pas.
- Se cogne contre le radiateur en fonte. Le mur non. Pas assez dur pas assez pointu.
- Toutes ces blessures tout ce sang. À panser penser. Tous ces pansements.
- Reproduit le même schéma fusion-rejet. Trop d'énergie ce combat incessant pour reconstruire. Où sont mes fondations. Les ai-je laissées en mère?
Éditions : Sulliver (2009)
08 octobre 2009
MALTE Marcus / Toute la nuit devant nous.

Toute la nuit devant nous.
Marcus MALTE.
Note : 4 / 5.
Retiens la nuit*
Ayant, il n'y a très longtemps, beaucoup apprécié « Intérieur nord » du même auteur, je récidive avec encore un recueil de nouvelles. Ces récits sont plutôt longs, trois en tout pour 125 pages.
La nuit devant nous, mais au matin, la nuit est derrière nous, et on ne peut pas toujours parler de bonne nuit! Nuits blanches ou nuits noires?
« Le fils de l'étoile ». Meslet a onze ans, garçon solitaire, les vacances sont pour lui une corvée et les colonies de vacances, un cauchemar! Heureusement il fait la connaissance de François aussi refermé et silencieux que lui. Au nom du proverbe qui dit : « Qui se ressemble s'assemble », il se lie d'amitié. La nourriture de la colo a plutôt des effets dévastateurs sur les intestins de Meslet. Ce qui un matin lui vaut les sarcasmes des autres membres de la chambrée. Vengeance divine, ils tombent malades, sont hospitalisés en urgence et le meneur passe de vie à trépas. La fin des vacances est agréable pour nos deux amis. Ils se retrouvent l'année suivante, le château qui les accueille est encore plus en ruine que l'année précédente, certaines parties étant même interdites, car hantées! François annonce à son ami que sa mère est morte. Hélas, encore une fois ils sont dans le collimateur des autres. Muriel, une des accompagnatrices, ne semble pas particulièrement les apprécier, surtout Meslet plus jeune et qui ne se défend pas. Un jour qu'elle est particulièrement odieuse, François glisse à l'oreille de son ami : « T'inquiète pas, elle ne t'embêtera plus! » Le lendemain matin, après une nuit d'orage, Muriel a disparu.... La nuit suivante sera pour Meslet celle du passage à un monde très différent du sien!
« Des noms de fleurs ». Ils s'appellent Cynthia, Virginie, Marco, entre eux ils se sont donnés des noms de fleurs, Rose, Iris, Lys ou Chardon Ardent. Les fleurs, c'est la beauté, la pureté, l'amour, la nature, l'odeur, la vie. La beauté irradie, l'atome aussi! Quatre jeunes rêvent de changer le monde. Que faire pour vraiment marquer les esprits ?
« Le père à Francis » est une belle histoire qui me rappelle plein de souvenirs, la vie d'un petit club d'une cité de la ville de Marseille. Ce football là, celui de mon enfance, des adultes bénévoles qui ne comptaient pas les heures, des gosses comme nous qui prenions le métro et le bus, un casse croûte dans la poche. Nous ne rêvions pas de carrière, ni d'argent. Une histoire qui est celle de millions d'enfants partout en France. Bravo et merci de rendre hommage à tous ces « Pères de Francis » qui ont permis à beaucoup d'entre nous de rester des gosses avec quelques repères pour plus tard.
Deux enfants en colonie de vacances, pas réellement faits pour ce genre de vie en communauté, seule une sorte de solidarité peut rendre leurs vacances plus supportables. Mais pour François, la solidarité n'est pas un vain mot! Quatre adolescents à peine sortis de l'enfance, mais quel monde leur laisserons-nous? La pollution, l'atome, une terre irradiée. Déjà désabusés, ils se demandent comment faire bouger les choses! Un coup d'éclat, d'accord mais lequel? Une cité, des minots, un homme dévoué, Marseille et le football, même si certains glissent sur des pentes savonneuses, c'est beau le sport à ce niveau-là!
L'écriture est toujours très belle. J'ai trouvé ce livre moins désespérant que« Intérieur Nord », sûrement grâce à la nouvelle qui clôt ce recueil, qui malgré tout, pour moi est une histoire remplie d'espoir et de bonté.
Il est vrai également que les tranches d'âge des personnages devraient laisser une grande place à l'avenir. Avenir que semblent refuser les protagonistes de « Des noms de fleurs » ; ne sont-il pas un peu lâches malgré leur courage ? Car il est évident que leur geste ne solutionnera pas le problème de l'écologie mondiale.Extraits :
- Une certaine forme, un avatar de bonheur, c'est vrai.
- Quand même, cette phrase, ces mots, j'aurais dû me méfier.
J'entends encore ce rire, parfois, trente ans après, je suis obligé de m'asseoir pour ne pas chavirer.
- Sa tombe, comme sa loge, était toujours fleurie.
- Je m'appelle Rose.
Je ne veux pas vivre sur une Terre irradiée.
- On pourrait croire qu'ils dorment, on pourrait croire qu'ils sont morts mais ils respirent et les yeux bleus d'Iris sont grands ouverts.
- Elle a poussé son premier cri tandis que le nuage radioactif passait lentement au-dessus de sa tête.
- C'est seulement maintenant que j'y pense. Maintenant c'est trop tard.
- Après les autres clubs, presque ils se battaient pour venir jouer chez nous.
- Á force, ils nous connaissaient tous et peut-être qu'on était le club le plus célèbre de Marseille. A part l'OM c'est sûr.
- Après, ce même jour, il y a Tapie qu'est venu me voir. On l'appelle comme ça parce qu'il fait toujours le barbeau et se la joue homme d'affaires.
Éditions : Zulma.(2008)
*Chanson langoureuse !
Autre chronique de cet auteur :
Intérieur Nord.
27 septembre 2009
Le COZ Pierre / L'Autre Versant du jour.

L'Autre Versant du jour.
Pierre Le COZ.
Note : 4 ,5 / 5.
Ici ou ailleurs!
Un auteur, né dans le Finistère, que je découvre par ce recueil de nouvelles qui s'est vu décerner le « Prix Prométhée de la Nouvelle* » en 2007. Le genre de découverte complètement inattendu, un ouvrage inconnu, la consonance du nom breton et la question rituelle, pourquoi ne pas le lire? Disons tout de suite qu'il n'est ici aucunement question de Bretagne, tout se passe plus au sud, entre Toulouse et l'Afrique, avec une incursion à Paris.
Ce livre commence par une série de courts textes intitulés « Cités interdites », que nous visiterons en suivant les pérégrinations d'un homme. Les cités ( mot plus évocateur que celui de ville) en question sont méditerranéennes ou africaines, de Marseille à Dakar en passant (c'est le mot qui convient le mieux) par Marrakech et Taroudannt. L'histoire est somme tout assez banale, cet homme veut fuir l'Occident ; à Marseille il rencontre un dénommé Fad, qui lui propose de le rejoindre au Maroc en lui offrant un travail spécial, mais lucratif. Alors vogue l'aventure....J'ai par moment pensé à Jack Kerouac dans l'évocation des départs et des nuits trop arrosées.
Restons au soleil dans « La vue de Tolède », le soleil n'est malheureusement que dans le ciel, pas dans la vie.« Le tombereau de Couperin » est une histoire d'amour et une excellente nouvelle. Rachel aime Kristoff, mais elle ne supporte pas de ne pratiquement rien savoir de sa vie antérieure. Qu'a t-il fait pendant les quinze ans qui ont séparé son départ de Pologne et maintenant? Obsédante question!
« État de siège » est un texte très fort, comment dans un monde dévasté par la guerre vivre quasiment en vase-clos une grande passion pendant que les gens meurent dans la ville? Une histoire poignante qui se passe dans un monde qui peut paraître lointain, mais qui sera sûrement le nôtre.
Paris sert de décor au récit « Le Haut-Pays », Julie et Paul s'aiment et déambulent dans la capitale. Le temps d'une année, changeant de quartier, d'habitude, de lieux de résidence, le mouvement continu de deux êtres avides de découvertes. Mais dans l'ombre de la bibliothèque nationale, ils découvrent le Haut Pays où ils habiteront un jour peut-être?
« Les amants du Tage » est un court texte que j'ai trouvé très énigmatique, où il est question de port et bateaux à quai. Mais un jour ces navires partiront....
Ce livre se termine par une lettre de l'auteur à Guy Rouquet, créateur de l'Atelier Imaginaire, association à but non lucratif qui permet la promotion de jeunes auteurs francophones. Pierre Le Coz emploie un mot qui, je pense, définit très bien ce recueil : « errance ».
Un homme veut vivre son rêve, fuir l'Europe, ou se fuir lui même, le voyage, l'alcool, les rencontres, mais la curiosité est un vilain défaut. Un enfant de neuf ans muré dans son silence au sein d'une famille aimante, mais un jour l'épouse, la mère n'en peut plus....Des couples qui se quittent, séparés par le doute ou la mort, l'homme congédié prend le premier train, encore plus au sud vers des horizons nouveaux. Un autre quitte un pays en guerre pour retourner chez lui, mais seul. Dans une autre nouvelle, c'est la femme seule qui rejoint le lieu des rêves à deux. Tous les personnages de ce livre ont en commun une grande solitude, voulue ou subie, car la mort aussi réclame son dû.
« Cités interdites » est un court roman policier écrit comme une poésie. Les descriptions des cités sont belles, il y a une scène où notre « héros » rencontre une femme, ils boivent et finissent la nuit ensemble. C'est très bien écrit, décrit avec pudeur, et au matin l'homme épuisé dit à sa compagne « Tu es un paradis ». Merveilleux compliment, je pense. La question obsédante de ce livre est « Où vivre », l'endroit de sa naissance? Le lieu où la vie vous a mené? Dans ce lieu que vous pensez avoir choisi? Mais avons-nous réellement le choix? Être en mouvements, partir, voyager, est-ce une finalité en soi?
Une découverte, pour quelqu'un comme moi, grand amateur de nouvelles.
Extraits :
- Sous sa braise liquide, la mer semblait couver un incendie.
- Il le savait : l'aube révélerait un monde où tout serait de nouveau en place, les tours et les immeubles, les usines et les centres commerciaux.
- Est-il possible qu'il put résider toute sa vie dans cette prison d'air et de rues?
- Ainsi se soignait-t-il de sa vieille maladie de l'errance.
- Parler, c'est commencer de mourir, c'est consentir au temps, à l' inexorable de son écoulement sans retour.
- Les morts ne savent pas qu'ils sont morts. Ils ne sont plus là et ils ne sont même pas ailleurs.
- Pour lui, elle restera dans sa mémoire la Ville rouge, celle où l'espace de quelques saisons, il avait cru trouver son destin.
- L'insurrection les avait mariés aussi sûrement qu'un prêtre ou qu'une réclusion dans la même cellule.
- La ville autour de lui était comme une cité fantôme abandonnée par les chercheurs d'or.
- C'était une de ces nuits d'été où l'air stagne comme une eau invisible au-dessus des toits.
- Elle n'osait lui dire qu'il n'était poète que lorsqu'il cessait d'écrire.
- Ils sont venus ici, dans cette ville où le temps s'écoule autrement, où l'été était un sursis.
- Ils savent pourtant que les heures ordinaires reviendront.
Éditions : Les éditions du Rocher. (2007)
* Ce prix est décerné tous les ans par « L'Atelier Imaginaire » dont le site est ici.
24 septembre 2009
LOZEREC'H Brigitte / Trait pour traits.

Trait pour traits.
Brigitte LOZEREC'H.
Note : 4 /5.
Portraits de famille.
J'avais, il y a quelques temps, été impressionné par le roman « L'intérimaire » de cet auteur, que je n'ai plus lu depuis des années. Donc je pourrais presque parler de redécouverte. D'entrée de jeu, j'ai été attiré par la présentation de ce livre, et comme ma seconde passion après la lecture, c'est la peinture, c'était l'occasion de renouer avec l'œuvre de Brigitte Lozerec'h.
Mathilde est désormais une femme heureuse, ses talents de peintre sont reconnus. Elle est mariée à un peintre lui aussi célèbre. Que de chemin parcouru depuis son arrivée en France quelques années auparavant, avec sa mère, veuve avec trois enfants, elle et William son frère jumeau, et Eugénie la plus jeune. Le déracinement est total, le français qu'il faut se réapproprier, la fortune envolée, fini le temps des précepteurs et autres professeurs à domicile. Pour les deux aînés, cela sera la pension, et par de surcroit dans un établissement religieux pour Mathilde. Cette ambiance étriquée la marquera pour longtemps, et la laissera un peu déboussolée. Surtout que pendant ses absences, sa jeune sœur mettra la main mise complète sur sa mère et sa grand mère. Pendant ce temps, William, lui, découvrira la liberté, mais c'est un garçon et l'époque est plus simple pour eux. Pour Mathilde, il reste la peinture, mais ce n'est pas un métier en ce début de siècle, surtout pour une toute jeune fille. Elle est très vite amoureuse de Frédéric qui est un peu plus âgé qu'elle ; ils se marièrent, mais n'eurent pas d'enfant...Mais dans ce bonheur sans tache, une personne s'interpose, Eugénie..... Pourtant le succès est là, l'argent, les voyages, la gloire . Et la vie continue, des zones d'ombres du passé ressurgissent suite à la découverte par William d'anciennes lettres. Qui fut réellement ce père anglais? Beaucoup de questions restent sans réponses, mais le peu de réponses apporte un éclairage nouveau sur la vie de la famille en Angleterre.La guerre approche, et avec elle de grands bouleversements........
Beaucoup de personnages féminins dans ce livre, à commencer par Mathilde Lewly, un premier déracinement à la mort de son père suivi d'un départ pour la France, le passage d'une grande demeure à un appartement parisien, de très longs séjours en écoles religieuses.
Frédéric Thorins est passé du rôle de professeur à celui de mari, il aidera Mathilde dans sa carrière tout en développant la sienne propre.
Eugénie, sa jeune sœur, ayant vécu seule, réclame l'attention générale, jalouse et colérique, elle ne supporte pas d'être une sorte d'ombre de son aînée, voulant peindre, car Mahilde peint! Faut-il revenir dans le passé pour trouver les causes de cette animosité?
La mère se remarie et a un autre enfant, ce qui semble l'éloigner encore plus de Mathilde. La grand-mère très dure et moraliste est très sévère, la tante Dylis, femme affranchie qui vit en France depuis de longues années. Volontairement ou en exil? Un des seuls personnages féminins montrant dans la famille un peu de chaleur humaine.
La vie au début des années 1900 en France, mais pas selon le schéma classique. Ici le personnage principal est franco-anglaise, artiste-peintre fréquentant une sorte de bohème avant gardiste, mais qui souffre des mêmes maux que le commun des mortels.
Les pages sur l '« école » de Clichy »et ses habitudes nous font pénétrer dans ce monde soi disant non-conformiste et interlope des créateurs de l'époque. Il est fort probable que, la drogue en plus, les comportements soient les mêmes aujourd'hui.
Un livre intéressant se déroulant à une époque où, pour une femme, les obstacles étaient très nombreux, en particulier dans une famille étouffante avec une sœur envahissante. Oser se lancer dans une carrière artistique demandait un certain courage. Cet ouvrage a certainement du nécessiter beaucoup de travail dans le monde de la peinture et dans l'étude du début des années 1900.
Extraits :
- J'avais entendu depuis des années : « la plus grande doit céder, Mathilde, ne la fais pas pleurer... »
- Une Mathilde souterraine s'est mise à vibrer après ce refus.
- Il fallait apprendre à admettre l'inadmissible.
-Elle semblait se réjouir de mon errance en ces lieux et savourer mon malaise, en châtelaine qui reçoit ses pauvres.
-Derrière cette gaieté se cachait des peines, des manques et des solitudes. Je l'ai appris au fil du temps.
- Qu'elle disparaisse une bonne fois ! Ai-je demandé in petto à Dieu ou à diable. Il n'est plus question de morigéner comme une enfant.
- Je démêlais mal la déception, le dédain et le chagrin chez ma mère.
- Seulement je ne voulais pas qu'elle me dévore pour échapper à sa vacuité.
- Le créateur n'a rien à dire sur son œuvre, il lui suffit de l'avoir faite.
-Elle m'a coupée au milieu de ma tirade : «C'est un homme, lui.... »
- J'avais au cœur une colère inouïe, mais toujours inavouable.
Éditions : Belfond (2009)
Le site de l'auteur, ici.
06 septembre 2009
BRIEUC Michelle / De l'une à elles.
De l'une à elles.
Michelle BRIEUC.
Note : 3,5 / 5.
Le piège de la vie*.
Recueil de 7 nouvelles d'un écrivain que je découvre à cette occasion. J'ai lu ce livre deux fois, dont la seconde après avoir rencontré l'auteur au cabaret littéraire du festival interceltique de Lorient.
« Moi, Hugo Voltzky, né à Prague ». Suite à un accident, Hugo, pianiste virtuose, a perdu la mémoire. Magda qu'il a découvert plusieurs années auparavant veille sur lui.
Dans la baie de Calvi, elle se remémore sa vie, son mariage avec un artiste italien, son veuvage, puis sa rencontre avec Hugo. Grâce à elle et à son influence dans le monde musical, sa carrière prend de l'essor. Mais Hugo a d'autres projets pour lui-même!
« Sang de femme » est une nouvelle très réaliste, dramatique même. Elle raconte la vie d'une femme, Lison, qui quitte tout par amour ; la lune de miel se terminera mal, très mal. Elle deviendra SDF, connaîtra l'alcool, les coups, les viols, la déchéance. Nous suivons le naufrage d'une vie ou de ce qu'il en reste. Un récit qui fait froid dans le dos.
« Solstice d'Hiver». Une nouvelle bouleversante de simplicité, de pudeur et de nostalgie. Une saison froide, que vivent ensemble Clotilde et Léa ; pour l'une d'elles, le crépuscule de la vie approche à grands pas. La tante et sa nièce ont réuni leurs deux solitudes, se souvenant des temps anciens où la maison était pleine d'enfants, puis de petits-enfants.......
«L'espérance au cœur». Louise naît dans une campagne froide et grise. Très jeune, ses parents la placent dans une maison bourgeoise, une amie lui fait découvrir la différence des classes. Puis elle est embauchée dans une usine et commence une carrière de militante syndicaliste. Une nouvelle qui comme son nom l'indique est pleine d'espérance!
« La Jeune Fille aux Hortensias» est un tableau qui orne le mur de la maison où vit la narratrice. Son père mourant lui désigne le portrait, mais ne peut malheureusement donner plus d'explications. Alors, elle s'adresse à Mado qui a toujours travaillé ici. Celle-ci, d'abord réticente, lui expliquera que cette femme est sa mère qu'elle croyait décédée.....
« Le Banc des Vendanges ». Dominique rentre au bercail, rappelée par sa mère. Les deux femmes ne s'entendent guère, Dominique considérant qu'elle a été évincée de la gestion du domaine vinicole de ses parents. Pour quel motif sa mère la rappelle t-elle?
« Quai de Gare» un trio classique, un homme, une femme et une gare! Les gares sont des lieux à part, le bonheur des retrouvailles ou tristesse des départs, lieu de rencontre ou de déchirure, pour Moune et Louis, c'est un lieu de rendez-vous. Ne serait-il pas temps pour nous d'envisager la vie autrement ?
Les personnages principaux sont des femmes très souvent meurtries par la vie.
Magda a façonné Hugo, mais cela est-il suffisant pour le rendre heureux ?
Lison est devenue une ombre de la rue, silhouette que l'on remarque même plus tellement elle semble faire partie du paysage urbain.
Pour Clotilde et Léa, la solitude est-elle plus facile à vivre à deux ?
Louise, fille de la campagne, deviendra militante des droits ouvriers. Le beau portrait d'une battante.
Dominique fera le trajet inverse, elle grandira au milieu des vignes, puis partira à la ville.
Moune devra-t-elle se contenter encore longtemps de cette vie de rendez-vous amoureux entre deux trains?Un bon recueil bien écrit, des destins de femmes, la solitude qui souvent les entoure et les vies dramatiques de certaines. Il est dommage, du moins à mon avis, que les deux dernières nouvelles soient moins convaincantes que les autres. Mais ne boudons pas notre plaisir, cinq nouvelles de très bonne qualité commencent ce livre.
Extraits :
- Les souvenirs sont douloureux lorsqu'ils ne sont plus partagés.
- L'honneur, mon enfant, l'honneur d'un pays se traduit par les actes de ses hommes.
- Elle fait partie de celles que l'on nomme, poliment, les exclues.
- Souvent immature, à force de violence de précarité, elle se fuit jusqu'à se fondre dans une dégradation inexorable.
- La mort les ronge jusqu'à devenir l'ultime secours d'un temps passé pour rien.
- Elle tient bon, elle n'a pas encore fini de vivre et sa lucidité balance entre l'espoir et l'angoisse.
- La vie est longue, geint-elle.
- Elle repense à son père, sa mère, à tous les siens qui crient misère dans le silence de leur résignation ou la colère de leurs souffrances inaudibles.
- Ma vie violente mon corps, mon esprit, mon âme peut-être.
- Tant de mots quand, subitement, je ne sais plus rien de moi, de nous.
- Ma mère, bien que toujours élégante, m'apparut un peu ratatinée, le cheveu moins bouclé, le regard fort autant que le froid, les traits tirés.
-Les quais de gare ont ceci de particulier qu'ils dépouillent les voyageurs de l'identité, dans l'indifférence et l'ennui.
- La nostalgie, c'est comme les sables mouvants : il ne fait pas bon s'y enfoncer.
Éditions : Les ateliers de Porthos (2009).
* Phrase extraite de la nouvelle « Sang de Femme »
19 août 2009
CHAIGNE-BELLAMY Jacqueline / L'ouvrier de la 11e heure.
L'ouvrier de la onzième heure.
Jacqueline CHAIGNE-BELLAMY.
Note : 4,5 /5.
« C'est la lutte finale ».
Une des découvertes de cet été, double découverte, ce livre et l'auteur que je connais de vue depuis plus de dix ans, sans savoir qu'elle écrivait! Ce roman est son cinquième, mais le premier que je lis.
Roger, la retraite venue, semble fuir Paris. Que lui reste t-il? Son épouse Madeleine l'a quitté, il voit à chaque élection le Parti Communiste s'affaiblir, ses anciens camarades sont partis ou ont abandonné la politique. Lui-même doute de lui et de ses convictions, quand il voit la société actuelle! Reprendre son existence en mains pour les dernières années de sa vie, pourquoi pas?
Il a le coup de foudre pour une modeste maison de la campagne ariègeoise, l'achète et vient y vivre. Son installation n'est ni simple, ni compliquée, c'est un brave homme de commerce agréable se pliant volontiers aux coutumes locales. Peu à peu ses voisins s'habituent à sa présence, il se lie d'une improbable amitié avec le curé, homme cultivé, mais un peu désabusé lui aussi. Ainsi trois années passeront, mais la solitude pèse de plus en plus à Roger. Madeleine devient une absente qui lui manque cruellement. Une visite à Paris pour un récital de poètes communistes va renouer le dialogue entre les deux ; Madeleine qui habitait à l'hôtel accepte la proposition de Roger : reprendre la vie commune.
Alors une seconde vie commence, je vous en laisse la surprise.....
Tous les personnages de ce roman semblent avoir raté un moment de leur vie, par conviction ou par doute dans la foi, ou par la perte d'un travail.
Roger est tout à son combat politique, les camarades sont sa vraie famille, il est quelque part admirable d'entêtement, mais s'est-il soucié de Madeleine? Le départ de celle-ci et son installation en province, le temps libre dont il dispose, les questions sans réponses lui font appréhender la vie d'une manière différente. Une remise en cause difficile pour cet homme qui se rend compte que son combat fut vain.
Madeleine, son épouse, n'a pas su faire comprendre à Roger que ses convictions politiques prenaient trop de place dans sa vie, de meetings en réunions, leur vie personnelle sans enfant fut celle de deux personnes vivant sous le même toit, sans plus.
Franck Lachaux, le prêtre, se reproche la désaffection de son église, le monde moderne étant plus porté sur les plaisirs rapides que par une longue et fastidieuse pratique religieuse.
Mr Labaye, citadin chômeur, qui revient vivre dans la demeure familiale. Il vit très mal sa situation professionnelle et fait diverses petites choses pour améliorer sa situation financière.
Melle Faure, assistante sociale, célibataire ; son métier, c'est sa vie, parfois, elle aussi se demande si la tâche n'est pas au dessus de ses forces!
Pour les plus anciens, Roger et Madeleine comme pour le prêtre, la question est : « tout cela a été vécu pour qui ou pour quoi? » Chacun semble tirer un constat d'échec de son existence.
Ayant eu des membres de ma famille et des amis communistes et militants convaincus,j'ai beaucoup apprécié la description que donne l'auteur de Roger. Les membres du Parti étaient convaincus de détenir la seule vérité qu'il soit. Ils balayaient allègrement de la main toutes critiques, Budapest ou Prague était pour eux des non-événements ou de la propagande capitaliste. Malgré que je n'ai pas été toujours d'accord avec eux pour tout, j'ai énormément de respect pour ces hommes et ces femmes et pour le combat qu'ils ont mené. Je me souviens de certain dimanche matin où j'allais livrer l'Humanité Dimanche, ce qui ne m'empêchait pas de jouer au football l'après midi pour un patronage catholique!
J'ai beaucoup apprécié ce livre que je trouve très bien écrit, car il parle de gens qui sous des aspects très ordinaires, sont des gens de cœur, plein d'une humanité rafraîchissante. Bref, des gens bien, très bien.
Un livre que je recommande chaleureusement.
Extraits :
- La maison ressemble à sa mère. Effacer dans le décor que lui a façonné le temps, elle paraît ridée, courbée sous le poids des souvenirs.
- Les années ont passé et, comme l'amour de Madeleine, l'espérance morte.
- Nous allions en prison pour la défense de nos idées et le service du bien commun. Nous en étions fiers.
- Il considère le bien familial comme le sang d'une race. Pour rien au monde il se déferait du sien : il aimerait mieux mourir de faim!
- Il était à son avis grand temps d'affranchir les populations rurales de l'obscurantisme clérical.
- Roger ne songe pas à partir. Parfois il lui arrive de se sentir heureux.
- Le baiser de Madeleine et sur sa joue, la chanson de Brel dans son cœur : « Madeleine est mon Noël...» Et son passé et son avenir, son nouveau monde assurément !
- Femme silencieuse qu'il découvre aussi sagement bavarde !
- « Et vous curé, qu'avez-vous fait pour garder les enfants au village ? La montagne qui les a vus naître serait-elle moins attirante que leurs boîtes de nuit ? »
-Mon Père, Roger a trop lu quand je n'étais pas là. Je le crois plus souvent en compagnie de ses amis- penseurs ou poètes- qu'en la mienne. Avec Baudelaire, il désespère « d'un monde où l'action n'est pas la sœur du rêve ».
- L'amour, mon Père, n'a que faire de lucidité, de possessions ni de prérogatives. Comptes et bilans lui sont de mortels ennemis.
- C'était la même chose au parti : une foultitude de noms familiers, des gestes pareils à des oiseaux de paix. Échoué en Ariège, Roger croyait y faire le deuil de ses illusions.
Éditions : L'Harmattan (2009)
02 août 2009
BOURVEN Yann / Le dérèglement.

Le Dérèglement.
Yann BOURVEN.
Note : 4,5 / 5.
Rangement et dérangement!
Second livre de ce jeune auteur né à Rennes que je lis. Très différent dans sa structure que « Mon héroïne », ma précédente lecture, et étant un amateur de nouvelles (ou de courts textes) noires et un peu décalées, j'ai beaucoup plus apprécié.
Des récits fulgurants, et même si les textes ne sont pas violents en eux-mêmes, on sent que la vie peut basculer, que la folie est là sous-jacente, entre les lignes.
« Le Chien » nous raconte une chasse à l'homme pourchassé par une meute de villageois dont son propre père! Il ne comprend pas les raisons de cette haine, pour lui c'était un acte d'amour, mais pour les autres, non.....« Le Pêcheur » réunit quatre personnages qui ont chacun un rôle à jouer, un pêcheur, un écrivain, une sirène et une bouteille! Une bouteille à la mer sauvera t-elle les hommes? « L'Actrice » est la narration de la vie d'une femme, hier au sommet de sa gloire, ayant joui de la vie, avec excès. Aujourd'hui sa carrière terminée, au chevet de son père mourant, elle tente de se réconcilier avec lui! « L'enfant au yeux rouges et les huit ombres qui ont marqué l'histoire » parle pêle-mêle de Marie et de Joseph, et de Jésus mais aussi d'un enfant, d'un fou, mais ne cherchez pas une vérité biblique dans ce texte! « Période 2016-2018 » chaque existence d'un homme à ses périodes, mais qui peut nous dire ce qui nous attend plus tard? « Le poème » est l'Ombre absolue, mots uniques et multiples. Je suis......
Beaucoup de personnages, mais tous sont à la limite de la raison, excessifs loin de la norme classique. « La Tueuse et le Fuyard » est une dissertation sur le mal et la mort, un très beau texte. Un cinéaste se meurt, mais la caméra tourne encore.... Une femme seule accouchant d'un cauchemar le long d'une voie ferrée sinistre. Les amours de Pluton et de Proserpine sur une péniche, cela sonne comme une chanson enfantine, mais ce n'en est pas une!
Paris devient une ville personnage mêlant amour et haine dans « Retour à la non-réalité » et dans un long poème « Bordeline ». Paris est également le point de départ de la nouvelle qui donne son titre au livre. Mais une chanson et un reste de whisky font s'évader les pensées du narrateur.
Quatorze textes en cent-sept pages ne permettent pas de flâner en route, donc l'écriture est incisive, précise, dénuée de fioriture. Elle est parfois choquante, souvent osée, les histoires et les propos quelquefois très immoraux, mais je reconnais que j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce livre. J'étais suite à la lecture de « Mon héroïne » pas très enthousiaste pour commencer celui-là, mais cela n'a pas duré, je pense que l'auteur est très à son aise dans ces courts récits, qui traite une multitude de sujets très diversifiés.
« Un genre de serpent littéraire » qui commence ce livre (et qui en quelque sorte le finit) en est une très bonne introduction. Une découverte pour les amateurs de littérature hors des sentiers battus.
Extraits :
- ... les puissants arrogants finiront dans un lac de sang, tu l'entends c'est l'écho de toutes les révolutions qui ont échoué...
- ... demain je retrouverais ma tendre égarée mais pour le moment j'écris sans pour autant vivre en paix.
- Le Fuyard: La vie est une autoroute déserte alors j'essaie de me cacher derrière ces mots beaucoup trop sombres.
- ... c'est la fin, mais mes crocs de clous vous infecteront, je me répandrai, je vous terrasserai, salauds, tétanos béni et rage de beauté !
- ... comme je t'aime lorsque tu serres entre tes bras décidés le vent voilé des songes et des corps enfin abattus....
- ... dans son sourire de pirates il y a des dents qui manquent et des pleurs intérieurs, à moins que ce ne soit la pluie qui s'amène...
- ... léchouilles de goulot et simples paquebots juste le temps de perdre son temps.... extraire des mots qui évoquent cette terre nourricière.
- ... je le sais je le vois souvent s'éclater avec des hommes et des femmes lors de partouzes insensées, j'ai installé une caméra microscopique tout au bout de son gland violet !
- ... les mères de familles sont des astres sanglants et pleurent souvent quand elles se réveillent : je suis une femme seule, et mon monde n'est pas encore né.
- Mais malheureusement toutes les villes se ressemblent les hommes se cabrent comme des chevaux enragés mais ils ne font qu'imiter les rebelles qui sont morts pour rien depuis bien longtemps.
- ... j'écrase les fougères je broie les genêts et je détruis les cabanes des paysans-cimetières insulte la Bretagne qui stagne sous un climat océanique même température toujours la même douleur et l'ennui......
- ... j'allume la chaîne j'écoute ce vieux Neil Young et ma fenêtre à des accents d'auto-stop.
Éditions : Sulliver (2009)
Autre chronique de l'auteur :
Mon héroïne.
18 juillet 2009
NICOLINO Fabrice / Le vent du boulet.

Le vent du boulet.
Fabrice NICOLINO .
Note : 4 / 5.
Pastaga, puissance maximum!
Encore un écrivain que je découvre par le biais de ce roman, fortement inspiré d'un grave accident dont les causes exactes sont toujours mystérieuses vingt ans après. En effet, le 15 février 1989, un immeuble ancien « La Maison des Têtes » s'écroule : bilan 13 morts et une quarantaine de blessés. Où est la vérité?
Frédéric Tran est au bord du gouffre. Ancien journaliste d'investigations, la vie l'a fortement marqué. La seule chose qu'il contemple est le fond de son verre. Antoine de Bei, un ami avocat, lui propose, à la demande de familles de victimes de reprendre l'enquête sur l'explosion d'un immeuble de Toulon, dont l'enquête semble avoir pris une tournure pour le moins étrange! La version officielle parle d'une explosion due au gaz, et la responsable est clairement montrée du doigt, Monique Lourens qui, en voulant se suicider au gaz, a causé la déflagration. Circulez, il n'y a plus rien à voir! Mais certains témoins parlent d'odeur de poudre et non pas de gaz! Pourquoi certaines victimes sont-elles arrivées dénudées à la morgue? Où sont passés leurs vêtements? Ange et Angélica Bardini, ainsi que Marina Lourens, aimeraient que Fred reprenne l'enquête. Mais certaines personnes ne semblent pas d'accord avec cet état de fait. Fred et Marina qui vivent une aventure torride (c'est la chaleur! ) en sont victimes, lui est tabassé et elle violée! Fred tue le violeur, mais le cadavre et la voiture disparaissent comme par enchantement! L'enquête est de plus en plus risquée, les morts se suivent, mais ne se ressemblent pas toujours. Fred parle à un membre influent du milieu toulonnais, lequel est découvert mort quelques heures plus tard! Qui se cache derrière tout cela? Fred abandonne, il part en Bretagne couler des jours heureux avec Marina, loin du tumulte méditerranéen...
Mais un élément nouveau pourrait bien changer le cours des événements et peut-être apporter une piste nouvelle, alors retour vers la Grande Bleue....
Frédéric Tran est le prototype du contre héros à la mode dans le genre buveur (que dis-je grand buveur). Il semble attirer vers lui tous les avatars du roman noir. Il est incompris, tabassé, amoureux d'une femme à problèmes, bref tout pour avoir une vie calme et tranquille. Son havre de paix est la Bretagne, et en cela je le comprends.
Pour Marina Lourens, le décès de sa mère Monique n'est pas naturel, elle réfute la thèse du suicide, et refuse de se soumettre aux conclusions policières. Mais c'est également une femme décrite comme instable par ses amis. Très connue, elle paraît avoir collectionné des amants plus ou moins haut placés et pas toujours très à cheval avec la légalité.
Les Bardini, Ange et Angélina, s'interrogent également sur la mort de leur fille Louise, eux aussi veulent la vérité même s'ils doivent souffrir pour cela. Un psychiatre écologiste et homosexuel, expert devant les tribunaux, un policier pur et dur, sorte de croisé des temps modernes. Plein d'autres personnages hauts en couleurs, mais pour la plupart avec des secrets d'alcôves ou professionnels à effrayer les honnêtes gens. Pourtant pour la plupart ils détiennent une part du pouvoir dans ce grand port de guerre méditerranéen qui, au vu de la nouvelle situation dans le monde, voit son importance stratégique aller en augmentant. Et dans les mêmes proportions, l'argent et les affaires vont en fructifiant, avec toute une faune prête pour le partage. Des hommes politiques véreux, des flics ripoux, des journalistes corrompus et aux ordres, bref les eaux de la Rade sont bien troubles et le panier à crabe très agité. Et omniprésentes dans l'ombre, l'armée et la marine qui, directement ou indirectement, font vivre la plus grande partie de la ville, et qui méritent ici, très bien son surnom de « Grande muette ». Un livre qui m'a permis de me rappeler de bons souvenirs, ayant passé de nombreuses vacances scolaires dans cette ville, il y a bien longtemps.....
Un bon roman relatant un fait divers pour le moins étrange, vu les tentatives d'enfouir cette histoire aussi vite que les bulldozers ont détruit les ruines de l'immeuble, stoppant toutes tentatives d'enquêtes scientifiques sérieuses. La classe politique varoise en prend pour son grade (dans une ville de militaire, c'est un signe distinctif!) et je suis persuadé que c'est en dessous de la vérité!
Un regret malgré tout, l'auteur ne soigne pas l'image de marque de Fred en le transformant en journaliste ivre tous les jours , ou presque, de son séjour toulonnais.
Extraits :
- Je suis toujours vivant, c'est déconcertant. Je ne suis pas sûr de pouvoir compter dessus bien longtemps.
- Il ne faut pas haïr dans une telle société pacifiée comme la nôtre. C'est barbare.
- Mais il n'y a pas que les beatniks, les hippies, les rappeurs et Mickey qui franchissent l'Atlantique.
Les flics vérolés et les politicards corrompus aussi.
- Il n'empêche, la peine de cette femme pesait aussi son poids de fonte.
- J'avais toujours détesté la Côte d'Azur, le Midi, Nice et son requin, Toulon et ses marsouins, Hyères et ses maquereaux, Saint-Tropez et ses maquerelles.
- La chimie, fieffée salope, est parfois la meilleure amie de l'homme.
- Oh, merdouille, quelle vie, quand on ne meurt pas pour de vrai.
- La Bretagne me fait l'effet d'un nouveau monde.
- À quoi bon rêver sa vie, si on doit se réveiller ?
Éditions: Fayard Noir (2009)









