FOURIER Claire / Les silences de la guerre.

Les silences de la guerre.
Claire FOURIER .
Note : 4,5/ 5.
Les silences et les non-dits....
Troisième lecture de cette auteure bretonne, après « Métro Ciel » et « Je vais tuer mon mari ». Ce livre est un hommage à l'oeuvre de Jean Vercors, écrite il y a soixante dix ans « Les silences de la mer ».
Nous sommes dans le Finistère au bord de la mer, en 1943. Glaoda, jeune fille de vingt ans étudiante à Rennes dont les cours sont suspendus rentre à Gwitalmézé près de Brest chez son père veuf. Là-bas, comme partout, l'occupant prend ses quartiers et parfois pour ne pas dire souvent ses aises !
Les relations entre Glaoda et Hermann semblent couler de source, elle jeune fille en éveil, lui plus mûr mais les deux sont des érudits et beaucoup de choses les rapprochent. Par contre la tension entre le père et l'officier allemand est très finement analysée, la méfiance réciproque entre les représentants de deux pays en guerre, l'un est l'occupant l'autre l'occupé sur ses terres et dans sa propre demeure. Aucun des deux ne voulait cette guerre, mais ils doivent la subir avec plus ou moins de désagréments. L'un est résistant, l'autre le sait et doit même l'arracher des griffes de la Gestapo ! La résistance bretonne s'organise et s'intensifie, la mort de l'abbé Perrot pose bien des interrogations et jette des militants extrémistes bretons dans les milices nazies. Les troupes russes et ukrainiennes remplacent les soldats allemands jugés trop laxistes, mais la vie malgré toute ces contraintes continue hélas à tous points de vue de plus en plus difficile....
La guerre hélas reprend ses prérogatives.... l'Allemagne nazie est vaincue, les résistants de la dernière heure paradent et tuent......
Glaoda Ruzcoat jeune fille que rien ne prédisait à connaître un si grand amour dans des conditions pour le moins difficile ! Les frontières séparent mais l'art et la mer réunissent. Un personnage très attachant et fort malgré les circonstances.
Son père veuf, vétérinaire, résistant, avare de paroles mais qui au contact d'Hermann devient plus loquace, il n'en reste pas moins très mystérieux, sa fille pensant même à une maitresse pour expliquer ses absences nocturnes !
L'officier allemand Hermann Christaller qui aurait pu être né suédois, l'histoire l'a fait naitre allemand, anti-communiste viscéral les ayant vu à l'oeuvre dans les pays Balkans, il n'est pas nazi, juste un homme instruit perdu dans une guerre qui le dépasse. Il rêve d'un monde meilleur, un endroit de paix et d'amour, en ces temps troublés. C'est surtout un artisan, un homme de travail pas de guerre il parle avec beaucoup d'admiration du peintre Caspar David Friedrich et Gloada de l'artiste suisse Charles Cottet qui a beaucoup peint la mer.
C'est très bien écrit, plein de finesse et de pudeur, l'histoire qui pourrait-être banale, une jeune fille succombant au charme du « locataire » allemand est une situation connue et souvent décrite en littérature.
A noter, quelques pages en italique qui concernent l'aspect historique de la guerre dans la ville de Brest, le rôle de la STO et de l'Organisation Todt dans la vie quotidienne des Brestois pendant ces temps troublés avec en plus les raids de l'aviation anglaise et la construction du Mur de l'Atlantique. Mais parfois les notes sont plus personnelles, comme un autre regard sur l'histoire avec un H majuscule mais aussi sur ce qui semble être des souvenirs anciens.
J'ai beaucoup apprécié ce livre car il m'a donné envie de faire des recherches sur plein de domaines différents, le duché de Poméranie par exemple, balloté au gré de l'histoire, tour à tour Danoise, Suédoise, Allemande, Russe , Polonaise! La peinture, les écrivains et philosophes sont également souvent évoqués, ainsi que le massacre de Katyn, dont on découvre seulement maintenant une part de la vérité.
J'aime beaucoup la phrase d'Hermann disant à Glaoda:
-Je te montrerai mon pays dans ton pays.
Extraits :
- « Regarde bien, Glaoda, disait mon père, où que tu ailles tu ne verras rien de plus beau, rien de plus somptueux. »
- Cela me rappelle mon pays.... décidément tout ce pays me rappelle le mien, dit l'officier sans me regarder.
- Ma grand-mère était une femme vive, pleine de fantaisie, un tantinet extravagante.
- La plus grande intelligence consisterait à ne pas faire la guerre du tout, lançai-je.
Hélas, « le paradis est à l'ombre des épées », Mademoiselle.
- Chacun était agacé et intéressé par l'autre.
- Je vous l'ai dit vous le voyez : je suis un travailleur manuel..... j'ai été recruté dans le génie.... Je ne suis pas de la Wehrmacht, et encore moins de la police.
- J'étais une Bretonne de vingt ans pleine de mystère. J'étais fraîche et pleine de santé. J'étais bonne cavalière.
Surtout j'étais amoureuse.
- La mer d'Iroise et la mer Baltique brassaient les mêmes flots, soulevaient les mêmes vagues, et nous commandaient d'y nouer notre destinée.
- La Gestapo est une police ordinaire, monsieur Ruzcoat, mais la Wehrmacht est une armée....ni plus ni moins d'honneur que dans une autre armée.
Éditions : Éditions Dialogues (2012)
HERROU Laurent / La matière des rêves.

La matière des rêves.
Laurent HERROU.
Note : 4 / 5.
L'écriture des songes.....
Recueil de 25 nouvelles, chiffre appréciable, mais qui nécessite à mon goût une lecture étalée sur plusieurs jours. Ce livre est le sixième de cet auteur vivant à Paris que je découvre avec cette lecture.
Mettre des mots sur les rêves, les décrire, expliquer des pensés et des images fugaces, des sensations agréables ou angoissantes. L'auteur réfute d'entrer le mot « cauchemar », alors essayons d'y voir plus clair ou plus sombre parfois. Une phrase de la quatrième de couverture nous prévient :
-« J'ai vécu plusieurs morts, j'ai parfois vécu la même répétée, multipliée ».
La mort n'est pas omniprésente mais son ombre plane plus ou moins lointaine. La nouevlle donnant son titre au livre donne le ton, l'angoisse est palpable, le sommeil agité, la cage se rétrécit et son occupant semble lutter en vain.... « Terre meuble » est l'histoire de Pauline qui aime la terre au point de s'enterrer juste pour voir ? Mais elle aime aussi la vie et l'amour physique ! Tom lui est un homme qui aime bien visiter ses anciens patients, imaginons une rencontre...Ce serait merveilleux de joindre l'utile à l'agréable....mais les bonnes choses de la vie ont une fin et le corps revient à la terre.
« Les cages » est une histoire de famille, d’emprisonnement, de mort et d'animal domestique..La route est longue pour aller à l'enterrement du père et dans la voiture close, le temps s'écoule au rythme des kilomètres... « L'inconnu » : nous suivons quelque temps un homme dans sa vie quotidienne et dans son quartier. Il semble connaître tout le monde, mais se connait ou se reconnait-il lui même ? Le pétrole et « Le paradis », ce n'est pas évident a priori et pourtant Marge et Paul vous diront que c'est grâce au premier qu'ils ont connu la seconde ! Une histoire aussi belle qu'étrange . Un voyage interplanétaire, un être humain sur qui tout le monde compte, un surhomme plutôt...l'espace défile, les radiations attaquent, le pilote déploie des trésors de bravoure, oublie la souffrance et enfin la Terre...et une autre histoire commence. Ce recueil se termine par deux nouvelles aux titres qui peuvent sembler inversés, « Une vie » et « Les abattoirs » tout est ainsi résumé, la vie, la mort....l'une à la fin de l'autre, inéluctable.
Un homme liquide qui retourne à son élément....un capitaine Crochet d'opérette, un père qui maltraite ses fils, peu de gens ordinaires...mais rêve t'on de choses banales ? Une femme et un homme....est-il besoin d'un miracle ? Parfois si ! Jeannot lui depuis l'âge de 14 ans pense à la mort, la sienne alors quand elle arrive...il est pourtant surpris ! L'écriture est très belle, les nouvelles sont originales et malgré tout, j'ai eu à la première lecture un sentiment très mitigé...raconter les rêves peut en effet ressembler à une gageure ! Certains textes ne font pas une page, d'autres presque trente, chose relativement déroutante ! Pour l'auteur comme pour le lecteur, et tant que tel il est nécessaire de s'adapter, de prendre son temps et de lire en oubliant pas mal de certitudes accumulées au fil du temps ! J'ai la pénible sensation de ne pas avoir rendu la qualité de ce livre, mais aussi le sentiment de ne pas en avoir saisi toutes les finesses. Un rêve, si l'on peut s'exprimer ainsi, pour une période de notre vie qui nous rattrape toujours :
« J'ai rêvé que j'étais vieux ».
Extraits :
- La cage diminuait encore – Alice au pays des phobies.
- Je n'utilise pas le mot cauchemar. Il ne me vient pas.
- Elle aimait manger, elle aimait faire l'amour.
- Ils avaient souri à la formule : c'était la mort qui les avait réunis, il n'y aurait pas de fin à leur amour éternel.
- Les hommes sont bêtes, elles se le répètent assez souvent. Les hommes sont bêtes, il ne comprendrait pas.
- C'est une véritable obsession, disait-on autour de lui. Mais ça va forcément lui passer, avec les femmes et la vie.
- Après quoi, la vie continua, paisiblement – du moins la mort.
- Ce n'était pas un vol, c'était une incarnation.
- Je veux dire que Florence incarnait quelque chose qui résonnait en moi. Il me ressemblait sans que je le sache.
- La mort consommée, la mort établie, la mort enregistrée, comprise. Admise.
- Mais il n'y a pas de Dieu.
Juste un centre et un tout.
- Mais elle se précipita dans les bras de Paul et sa nudité jeune et saine rencontra la sienne.
- À travers les carreaux brisés, le soleil baignait à la scène d'une lumière paradisiaque.
- La mort inéluctable.
- La mort administrée, la mort intentionnelle. Planifiée, décidée.
- Ce public lâche, inutile comme un vol d'oiseaux en dessus d'une agonie.
Éditions : Jacques Flament éditions (2011). Collections « Marges ».
CHOPIN Alain / Flaubert est un blaireau.

Flaubert est un blaireau.
Alain CHOPIN .
Note : 4 / 5.
L'école est finie....*
Auteur né comme moi dans les Côtes d'Armor (du Nord à l'époque), professeur de français dans des lycées professionnels dans le nord (de la France et non pas de la Bretagne), il nous narre par petites touches ses expériences professionnelles.
Ce récit commence par une préface d'Hervé Hamon dont je sors cette phrase :
- Et c’est ce qu’il nous offre, au fil de portraits, de courtes scènes – le best of d’une carrière.
La vie d'un prof en lycées professionnels, sûrement pas meilleure, ni pire que les autres !
Des élèves ici comme ailleurs, avec leurs doutes ! Souvent habillé de la même manière, il est difficile de ne pas se fondre dans la masse. Contre cet état de fait, l'arrivée en retard en cours semble être une des solutions ; Samir et Nadia ont choisi cette manière de faire ! Un petit moment de gloire éphémère ! Ont-ils conscience en agissant de la sorte de manquer du plus élémentaire respect vis-à-vis de tous les autres membres de la classe! Il semble que ce laissez-aller soit admis par tous , professeur inclus!
Le théâtre révélateur de talents insoupçonnés, où même les maladresses ont de la classe....Par contre parfois la classe ou même la moindre bienséance manque, aussi bien du côté de la stagiaire que chez les élèves....Un cours de « nanalogie » n'est pas une sorte de travaux pratiques réservés uniquement aux filles, la question rituelle du lundi matin « Avez-vous passé un bon Week-end ? ».
Quelques séances de cinéma avec l'humour potache qui va avec : Jérémy seul garçon dans la salle, sur l'écran « Les liaisons dangereuses » ! L'art et la manière de se faire charrier tout un après-midi !
Des personnages en veux-tu en voilà.....des jeunes bien sûr et souvent ce besoin de se faire remarquer peut-être pour paraître exister ! Nadège et ses incessantes questions, Adeline et Cyndi qui avaient toujours une conversation sur le feu, Thierry et son rat, blanc et éduqué soit, mais rat malgré tout, alors la prof d'espagnol n'appréciait pas !On fait aussi la connaissance d’Alison qui malgré son prénom est nulle en anglais (et cela ne la dérange pas du tout) mais bonne en flirt, nouvelle discipline scolaire ? Autres temps, autre mœurs, nous étions il y a très longtemps nuls dans les deux matières, mais on progressait plus vite dans la seconde....Alison aussi....Giloura comme l'auteur le dit si bien, le baromètre de son attitude donne le degré d’intérêt qu'elle accorde au cours ! Siham et son don pour la lecture, pour Sarah c'est le dessin malgré une blessure ancienne, un fan de foot qui parle de haine pour les voisins du 62, oubliant que sur le terrain peut-être qu'aucun joueur ne vient du Pas-de-Calais ! De très beaux portraits : celui d'Hafida, de Myriam, la visite d'un écrivain, une bière du nord, la montre d'un élève.....ces toutes petites choses qui donne à la vie un parfum de fête.... La fête pour Kevin ce n'est malheureusement pas souvent le cas...ni pour Éléonore le jeune stagiaire avec la classe des électriciens ! A Paris, l’absence des uns fait le bonheur de certaines gourmandes aux ventres vides !Parfois quand c'est possible l'auteur nous donne des nouvelles de ses anciens élèves au gré de leurs rencontres.
L'écriture mélange allégrement un certain classicisme, c'est le professeur qui écrit, mêlé à un style plus jeune et plus débridé, employé par les élèves.
Et la littérature dans tout cela, me direz-vous ! Ils aiment Ubu, son côté novateur et son langage un peu ordurier, Shakespeare, pourquoi pas ?
Je me pose malgré tout la question, le monde a énormément changé en 50 ans. Nous n'avions pas, notre génération, tous les moyens mis à la disposition des élèves de maintenant, pas de calculatrices, mais nous étions capables de faire plusieurs opérations de tête ! Nous pouvions en moyenne situer Brest et Strasbourg sur une carte...certes tout n'était pas rose, mais il me semble qu'avec un certificat d'étude, nous savions plus de choses de culture générale que certains bacheliers de maintenant !
A noter une très intéressante postface écrite par l'auteur.
Extraits :
- À la prof d’espagnol, elle avait dit : « Je suis une fille des cités, Madame, et c’est pas vous qui allez me faire changer ».
- Je prends sur moi pour lui répondre à chaque fois, c’est le début de l’année, je suis encore en bonne forme.
- Je crois qu’elles se donnaient des nouvelles de leurs amies et de leurs ennemies – il y avait des rivalités terribles entre filles dans cette classe.
- Je m’en suis toujours tiré. J’ai eu des classes dures avec lesquelles j’ai dû batailler, parfois pendant plusieurs mois.
- Ça a été avec la stagiaire ? Vous avez bien travaillé ?
Oui Monsieur, super.
Vous avez trouvé un thème ?
Oui, Monsieur. On a choisi pour ou contre violer la stagiaire.
- Ils se parlent, par voie épistolaire, mais les mots sont ceux de Kressmann Taylor.
- Voilà. Noir. La lumière se rallume dans la salle, applaudissements…peu nourris… seulement nous… je me retourne : personne. La salle est vide.
On les récupère dans les cafés autour du théâtre.
- On a l’impression que tout cela ne nous concerne plus. Le temps passe lentement, de plus en plus, on s’ennuie. On a envie que ça se termine. Temps mort.
- Mes élèves – 17-18 ans - connaissent déjà le désir, l’amour, la rivalité, la haine, le malheur, la séparation, la joie, le plaisir.
- Nous réfléchissions ensemble à ce que voulait dire enseigner, au sens de notre métier, dans une société qui se transformait rapidement.
- Mais quand même,toujours recommencer, sans se laisser impressionner, résister, penser avec sa propre tête dure de Breton, rester singulier, par plaisir, par envie de vivre… et basta !
- Je découvre ce que l’on nomme aujourd’hui la diversité qui n’existait pas non plus en Bretagne où il n’y avait que des Bretons.
Éditions : Dialogues. (2010).
*Chanson de Sheila ou constat de décès de l'école d’antan?
PRILLEUX Frédéric / Robert est de retour !

Robert est de retour.
Frédéric PRILLEUX (Coordonné par).
Note : 4,5 / 5.
Robert est revenu *
Douzième et dernier opus.....Toutes les bonnes choses ont une fin (enfin plus rapide que les mauvaises). Les participants pour cette dernière aventure ont pour noms, Michel Alomène, François Braud, Philippe Faucher, Denis Flageul, Michel Gicquel, Jérome Guingouain, Lournig Gwaskell, Arnaudle Gouëfflec, Jean-Hugues Oppel et Ludmila Safyane, seule représentante de la gent féminine !
Robert est de retour...et l'inspiration aussi ce recueil est à mon goût, un des meilleurs, mais je n'oblige personne à partager mon opinion.
Un personnage récurrent nommé Robert reviens..oui mais d'où ? On se doute bien que ce n'est pas de colonie de vacances, ni d'un séjour au club « Med ». Les Robert en question (qui ne vont pas toujours par deux) créent par avance une certaine tension là où ils sont attendus (j'ai dis attendus, pas accueillis à bras ouverts, faut pas exagérer malgré tout).
Après une préface un peu mélancolique, tombons sur Robert à bras raccourcis car ne vous faites pas d'illusions, celui qui très souvent en prendra plein la gueule, c'est lui notre Bebert national (même sans omnibus!) Car les Robert ici ont un don...faire que rien ne soit simple et qu'en plus tout se complique !Une commissaire en chef et enceinte se penche sur le cas de Robert....lui, il a une philosophie..retenir la leçon. Et depuis sa naissance des leçons, il en a eu sa part !
Un Robert Beauf...fan de foot, un brin sauvage, chauffard assassin, bref le mec qui ne mérite aucune pitié, pour le reste qu'il se débrouille avec son corps et son âme !
« Big Bob Story » m'a fait penser à un album de Lucky Luke....la haine entre les O'Hara et les O'Timming ! Retour en Bretagne, la vie suit son cours mais voilà.... « Big Bob » est de retour et il y aura des comptes à régler....car les mauvais comptes ne font pas les bons amis...et si la famille s'en mêle ! Une fin explosive !
« Matin gris » Grisaille de sortie, les murs des cités et les uniformes des défenseurs des lois....oui mais ces dernières ne servent-elles pas les excès de certains de ces hommes ?
« Arrée sur l'image » le décor est planté et pas forcément pavé de bonnes intentions ! La Bretagne, l'Irlande, l'I.R.A, les Basques, les barbouzes en tous genres et Robert...et un dernier reste d'humanité !
Un Robert vaut mieux que deux tu l'auras...mais Georges qui préfère les seins au saint de son prénom tombera sur un os, pôvre Georges...la vie est pleine de désillusions ! Anne, une femme un peu désemparée attend le retour de voyage de Robert son époux..; revient-on vraiment de ce genre de périple???? Si oui pour combien de temps ? Un Robert qui a des trous de mémoire, non, pas des trous, des gouffres, des failles abyssales...pourquoi un nœud dans mon mouchoir...si au moins je m'en souvenais...d'autres rigolent, le bonheur des uns fait....Un dénommé Robert doit passer dans un village, la nouvelle se répand comme une trainée de poudre, certains notables sont pour le moins très mal à l'aise..et font subitement preuve de courage....et deviennent bavards...le train arrive et un homme en descend..
Un boulanger, brave homme pétri de bonnes intentions, sa femme le mène-t-elle à la baguette ? Enfin pas mal d'hommes rêvent de lui pétrir les miches ! Et puis dans la vie on ne mange pas que du pain blanc, les temps sont un peu bâtards quelquefois, sans croûte, pas de mie !Mais sans sel dans la vie, pas de pêchés !
Avec ce recueil une belle histoire prend fin...aventure que j'avais pris en route mais dont j'ai lu les douze opus. J'ai même participé au voyage en train de « Tout le monde descend » en envoyant une nouvelle ! Je suis resté à quai..normal je n'avais pas composté mon billet ! Et je pense que je lis mieux que j'écris.....
Extraits :
- J'ai dérogé à ma première règle, je me suis laissé aller à pleurer.
- L'âge mur. Qui précède évidement l'âge pourri.
- Le match est terminé. Les Girondins ont perdu. Robert ne fera pas la fête ce soir.
- Alors tout saignait. Les femmes se harpissaient et les hommes se titanaient. Une vraie corrida.
- Tout cela viendrait après. Après le drame. Comme une compensation.
- Le maintien de l'ordre a fait place à la sécurisation ; des années d'errements politico-médiatiques ont produit cette merveille polysémique !
- On a vite fait de se décatir. Suffit d'y aller au petit blanc et à la clope matinale. Avec un rien de pizza la-dessus et on se dilate, on se gondole, on devient super-moche.
-On entend scander le nom de Long Kesh, prison de la honte, il y a des cris de soutien à l'I.R.A et des appels passionnés : « Tiens bon, Bobby ! »
- Il ne reste plus rien. Plus rien d'avant et plus rien de moi. À part moi.
- Je me dis que j'aurais dû me marier moi aussi. Il aura au moins en ça en plus : une femme à lui presque tout seul.
Éditions : Terre de brume. Granits noir (2011).
*Sur l'air de Mathilde (Jacques Brel).
Intégrale des chroniques :
Billets brulés.
5.
Le onzième commandement.
Le Rose et le Noir.
Mes chers voisins.
À saisir.
RDV au pied de la statue.
Dans le Panneau !
Tout le monde descend !
Il y a pas de sots métiers !
Photo de famille :
BRUN Valérie/ Les papillons noirs.

Les papillons noirs.
Valérie BRUN .
Note : 3,5 / 5 .
Ainsi va la vie.....
Treize nouvelles pour cette jeune auteur, historienne travaillant à l'éducation nationale.C'est son premier recueil publié. Treize, un chiffre porte bonheur ?
« Monsieur HB » de lui on ne peut pas dire qu'il a mauvaise mine, non, il est moyen, ni trop gras, ni trop maigre. Et puis on aime bien suivre ses tribulations.
« La bande à Ludo » c'est le rêve d'un jeune garçon, en faire partie....mais l'examen de passage n'est ni scolaire, ni protocolaire. Et une foi que l'on est admis dans le saint des saints est-ce une bonne chose ? Un souvenir d'enfance comme on en a peu ou prou connu.
La guerre, et ses prises de position, deux hommes, l'un est comme beaucoup plutôt neutre, l'autre est ouvertement du côté des occupants...et quand des questions d’intérêts personnels entrent en jeu..... la loi est au plus fort de l'époque.
« Pas de cadeau » est une nouvelle d'actualité, nous sommes à Mayotte ou là aussi la loi du plus fort est toujours la meilleure, mais pas la plus humaine.
« Évasion du Cambodge » l'amour est toujours le plus fort....souvent, mais pas tout le temps, la vie nous le rappelle parfois...
« Comment lui dire » nous parle d'une femme en retard, encore une fois pour rentrer chez elle.....l'angoisse qui l'assaille, elle sait le mari qui attend, les questions et les soupçons qu'elle comprend....mais d'où vient-elle ? Un des plus beaux récits de ce recueil.
« L'inconnue du tram B » un amour transi et trahi....Une pensée pour le beau poème d'Antoine Pol chanté par Brassens « Les passantes » qui commence par ces mots « À la compagne de voyage.... »Les transports ne sont pas toujours en commun.
« La dernière danse » est une histoire qui laisse sans voix.Des copains d'école se réunissent pour un anniversaire, la fête bat son plein. Un peu à l'écart Marie se souvient de cette époque qui pour elle était le temps des désillusions. Mais une autre surprise l'attend ce soir, elle n'est vraiment pas belle la vie ! Gardez-moi de mes amis, mes ennemis je m'en occupe. Une des meilleures nouvelles du recueil !
Et puis quelques lignes en guise de final et un dernier verre pour la route....un peu d'optimisme pour clore la lecture.
Des gens ordinaires, une écrivain, un petit garçon épris de liberté, deux frères que tout oppose, une sans-papiers dans un commissariat, une mère meurtrie, une veuve qui se veut femme libérée bien avant l'heure....Une vieille femme solitaire, elle est divorcée, ses enfants sont loin, une carte pour Noël et puis plus rien, misère morale et pécuniaire. Tous un jour ou l'autre ont vu leur destin basculer et jamais en bien ! Un battement d'aile du destin et la noirceur de la vie arrive beaucoup plus vite qu'on le pense....
La mort est très présente dans ce recueil, des enfants plusieurs fois, alors le lot de chagrin qui en découle, pour certaines femmes par contre la mort du mari n'est pas une source de tristesse, car la vie continue dans cette nouvelle située juste avant la Révolution française. Un peu d'humour et de libertinage avec le comte de la Trifouille, le bien nommé ?
De bonnes histoires, bien servies par une écriture simple, qui se lisent très bien.
Extraits :
- Le plus difficile est d'inventer des récits sans être certain qu'ils aboutiront. Le cimetière pour histoires déborde de narrations inachevées.
- J'étais avant tout un être épris de liberté.
- Hier, j'ai pris ma décision, le temps de la haine est révolu.
- Ils ont raison sur un point, tout a commencé à cause d'un autre.
- Je ne comprends pas ce qui nous arrive. Comment fais-tu pour être absent et pourtant si présent ?
- Les hommes rivalisaient de charme, revêtaient leurs plus beaux atours, minaudaient mieux que leurs épouses. Les femmes, fardées, poitrines avenantes, jouaient de leurs attraits.
- Vous connaissez sûrement ce même ennui, cette même léthargie, ce courage qui nous manque pour nous libérer des chaînes invisibles qui nous entravent.
- Mais, cette fois-ci, elle refusait de monter sur l'autel du sacrifice.
- Un autre jour, elle aurait refusé d'y croire, cette frayeur aurait été anecdotique, mais à présent qu'elle est fatiguée de se battre contre les misères qui hantent sa vie, elle en tremble, perd tout discernement.
Éditions : Jacques Flament éditions (2011).
Collection Chrysalides.
BALAERT Ella / Pseudo.

Pseudo.
Ella BALAERT .
Note : 4 / 5.
Cachez-moi ce pseudo que je ne saurais connaître !
J'ai rencontré Ella Balaert il y a quelques années maintenant, à Lorient où elle était venue parler de son livre « Canaille Blues ». Je suis très content de lire ce nouvel ouvrage, mais entre temps elle a écrit plusieurs livres pour la jeunesse.Internet et ses surprises.....parfois bonnes (cela arrive), souvent mauvaises (cela arrive aussi!).
Jeudi 05 février....
Le message d'un antiquaire attire l'attention de Sophie, qui s'empresse de le faire suivre à ses deux amies Alice et Jeanne. Un homme capable de faire rire dans une petite annonce pour la vente d'un meuble est une denrée rare ! Alors commence pour les trois femmes un jeu. Correspondre avec ce mystérieux Ulysse, chacune à leur tour par l'intermédiaire d'Eva Corbin, créée pour l’occasion ! Combien de temps ce petit jeu va-t-il durer ? Les paris sont ouverts...une semaine, plus...Il faut soigner les détails, le physique d'Eva pour le cas où ! Car le problème surgira un jour ou l'autre! Les discussions entre les trois amies, petite ou grande ? blonde ou brune...... ? Une famille, mariée, des enfants, des parents ?
Les échanges de mails commencent d'un ton badin, Ulysse manie style d'écriture et un humour à l'ancienne à l'image de son prénom....pourquoi ce petit nom d'ailleurs? Cela éveille la curiosité des dames....Un quiproquo fait qu'Eva ne donne pas de nouvelles pendant plusieurs jours, donc une refonte des jours de garde s'impose, plus de place pour l'improvisation ! L'une d'elles, un jour, décide de « rompre » cette correspondance, mais l'autre la reprend le lendemain.....Les interférences de la vie quotidienne sont aussi un problème, car non content de correspondre, les trois femmes se rencontrent, s'invitent et quelques fissures dans l'amitié des trois acolytes se font jour. Quelques piques ou petits conseils pas bien prodigués et de ce fait pas trop appréciés ! Certaines tentatives de rapprochements ne sont pas non plus jugées opportunes. Le jeu continue, le cap du premier mois est passé, les allusions et tentatives de se connaître mieux se font plus précises, la séduction également. Les mails se croisent et s'entrecroisent entre Ulysse et Eva, mais également entre les trois amies. Mais certaines correspondances ne sont pas intégralement partagées....Cela ne va-t-il pas trop loin, faut-il arrêter avant que cela ne prenne des proportions trop importantes.....Jeanne ayant rencontré un collègue de travail, certaines pensent qu'il vaut mieux couper court, d'autres amusées veulent aller plus avant....à leurs risques et périls peut-être.....cette correspondance durera en tout trois mois, avec son lot de bonheur et d'incompréhension et de faux fuyants.
Un étrange jeu du chat et de la souris qui dans sa version moderne est le jeu du chat grâce à une souris.
Les femmes, Jeanne la musicienne, perpétuelle amoureuse et bien entendu sortant d'un chagrin d'amour ! Le but des deux autres est de lui faire oublier ses dernières turpitudes avec un Breton nommé Yves (ouf!). Cette correspondance la met mal à l'aise, trop prude parfois, elle semble réticente puis manifeste un certain enthousiasme !
Alice célibataire, enfin divorcée serait plus juste, joueuse, à qui on ne la fait pas... elle semble régenter son monde et ses amies, enfin un peu....mais elle aussi a ses moments de profonde solitude. Son travail l'absorbe, mais sa vie sentimentale est une suite de poker menteur qui ne tourne pas toujours à son avantage.
Sophie, qui reproche à son mari, célèbre chirurgien de l'aimer de trop et qui est prête à lui annoncer qu'elle est la maîtresse d'Ulysse juste pour voir la réaction ! Mais elle dépend financièrement de lui et a des goûts de bourgeoise oisive.
Trois femmes très différentes qui se prêtent à des degrés divers au jeu de la séduction par écrans interposés.
Leur création internet Eva Corbin, personnage ambiguë car aux multiples facettes, changeant au gré des plumes qui la font vivre....ce qui parfois lui confère un caractère pour le moins imprévisible !
Un homme Ulysse, sorte de digne représentant d'une éducation à l'ancienne, belle et fine plume, cajoleur, mais il y a beaucoup de pudeur en lui malgré tout, il se dévoile peu malgré les suppliques et la curiosité d'Eva, enfin d'une des Eva ! Est-il réellement dupe du jeu qui se joue de l'autre côté de l'écran ! N'est-il pas lui aussi manipulateur ou manipulé par les messages qu'il lit ou écrit. Il se prête au jeu car l'anonymat de l'écran autorise toutes les audaces !
Beaucoup de mails sont savoureux et plein de retenue, mais demandent aussi une lecture entre les lignes, un échange entre Ulysse et Eva au sujet des desserts aboutit comme c'était prévisible à la pomme....comme allusion non dissimulée au fruit défendu ! Une approche originale du monde d'internet dont nous sommes tous, moi blogueur et vous lectrices et lecteurs, des acteurs et utilisateurs journaliers au point parfois de souffrir de manque ! Vite oublié en se plongeant dans la lecture !
Mais tout n'est pas rose, ni si innocent que cela dans ces échanges virtuels !
Extraits :
- De Sophie
À Alice
Voici ce que je te propose : on invente un personnage, une femme, qui serait intéressée par la console de cet antiquaire. On la fait répondre à la petite annonce.
- De : Sophie
À : Jeanne ; Alice
Ça y est les amies, C'est parti ! Notre Eva Corbin existe : elle vient d'envoyer son premier message.
- De Ulysse
À : Eva
PS. Vos compliments me flattent. Mais il est vrai, quelque soit le domaine, l'arabesque et la volute sont la vie même.
- De : Alice
À : Sophie ; Jeanne.
Oh la la, C'est un poète, notre Ulysse ? En tout cas, on n'est pas tombé sur un simple... très peu pour moi, et tant pis si je mets les pieds dans le plat de sa flasque.... Heureusement, dès demain, c'est à ton tour d'incarner Eva, Jeanne !
- De : Alice
À: Sophie ; Jeanne.
Les mêmes mots, à trois heures de l'après-midi ou à trois heures du matin, n'ont pas le même sens.
- De : Ulysse
À : Eva
Mais trois, quatre jours sans réponse à mon premier précédent message. Quelle punition ! Je pleure mon paradis perdu, et depuis quatre jours, je travaille dans la douleur. Comme Adam, chère Eva... En pire.
- De:Sophie
À : Alice ; Jeanne
Il faut décider de cela très vite : je sens que le terrain de la conversation entre Eva et Ulysse, va devenir un peu plus tendre et confidentiel, comme le souhaite Jeanne depuis un moment.
- De : Alice
À : Sophie.
Amusant, ton dernier échange avec Ulysse..... On dirait deux âmes soeurs de chaque côté du miroir qui n'osent pas encore franchir le mur du tain..... ce n'est pas comme notre Jeanne : elle me paraît mûre et prête à le rencontrer. Physique, j'entends.
- De : Alice
À : Jeanne.
P.S. Sophie avec Ulysse ? Tu délires, ma parole ! Ou la jalousie t'égare....Outre la vraisemblance de la situation, je te rassure tout de suite : Ulysse n'est pas du tout son genre.
- De : Sophie
À : Alice
Mais je m'interroge : as-tu quelque chose à te faire pardonner ? Où est le piège, et où le mensonge ?
Éditions : Myrapode (2011).
Autre chronique d'Ella Balaert :
Canaille Blues.
Site de l'auteure, ici.
Une autre chronique ici :
http://www.actualitte.com/critiques/monde-edition/critiques/pseudo-d-ella-balaert-1696.htm
LÉOTARD Axel / Maîtresse Cathy, l'insoumise.

Maîtresse Cathy, l'insoumise.
Axel LÉOTARD .
Note : 4 / 5.
Les coups et les couleurs.....
Après les livres de Lydia Lunch, la grande prêtresse d'une certaine sexualité très libérale, revenons dans notre douce France, enfin douce, c'est à voir.
En préambule l'auteur, photographe de son état, fait la connaissance de Maîtresse Cathy dans le but de faire un album photos. Au fil des rencontres l'idée de ce livre s'imposera bien vite. Cathy se raconte et comme le souligne Axel Léotard, sa vie est un exemple, ni à suivre, ni à proscrire, c'est la sienne et elle l'assume avec courage et fierté. Bravo Madame.
Si certaines personnes débarquent par hasard ici et que cette chronique gène, elles peuvent revenir dans quelques jours voir des anciens textes ou me rayer purement et simplement de leurs visites.
Cathy se raconte simplement, les circonstances qui l'ont amenées à la prostitution, un viol qui déjà lui fait toucher du doigt le monde, il y a les prédateurs et les victimes, elle ne fera jamais partie de la seconde catégorie, c'est une évidence. Enfant solitaire, mais vivant dans une famille heureuse, son destin n'a rien de sordide. Une première proposition chiffrée et acceptée, elle décide d'abandonner ses études et d'embrasser le plus vieux métier du monde, en province pour débuter et faire ses premières armes avec une naïveté déconcertante ! Elle annonce la nouvelle à ses parents ; la première réaction fut brutale ! Puis son père devient son conseiller financier..le meilleur qu'elle n'ait jamais eu ! Elle poursuit son apprentissage, les policiers incrédules, les filles qui n'y vont pas de « mains mortes », les macs qui offrent leurs protections, et même une période de ce que l'on appelle « L’abattage ». Elle reconnaît que la patronne Gina était une mère maquerelle avec qui elle a énormément appris, mais elle était entourée de filles envoyées dans une sorte de stage de rééducation par leurs souteneurs !
Nous suivons pendant de nombreuses années ses « amours », même si ce terme le lui plaît pas vraiment, ses excès en tous genres et ils furent nombreux, ses drames comme tout un chacun, ses changements de vie, ses mises au vert dans la France profonde. Sa passion pour le bodybuilding qui l’amènera vers d'autres joies, mais d'autres prises de substances pour le moins illicites. On découvre aussi, et c'est plus surprenant une femme lucide, qui demande à ses clients d'apporter avec eux les objets de leurs fantasmes ! Étonnant ! Son « Donjon » sera ainsi équipé !
Le personnage principal est bien évidement Cathy, maitresse femme et bien plus encore. Sa vie et son oeuvre, sans fausse pudeur, ni artifices. D'un viol dans les Landes à son statut de dominatrice très courue dans le Paris des années 1990. Sa famille a un rôle primordial, son père qui gérera son argent en toute connaissance de cause, sa mère toujours à ses côtés, son frère fidèle dans les époques les plus dures. Un exemple, je pense, très rarissime de tolérance. Un portrait de femme libre, qui assume ses choix et ses vies qui furent nombreuses en peu d'années, prostituée, dominatrice, alcoolique, droguée, sportive et dopée. Au risque de surprendre, j'ai une certaine admiration pour cette femme qui s'est sortie de tout et uniquement par elle-même.
Quelques hommes bien sûr, Gabriel le plus important, tour à tour, grand frère, amant, guide et mentor, celui avec qui elle reconnaît avoir été la plus heureuse. Jacques, le boxeur aussi a beaucoup compté, son suicide l'a laissé désemparée. D'autres par contre ont laissé des souvenirs plus que mitigés !
A signaler que ce livre est composé de chapitres, entrecoupés, et c'est plus original, de « séances », décrivant certaines des moments de travail qui ressemblent, du moins à mon goût, plus à de la torture qu'à des moments de plaisir. La nature humaine est ainsi faite, et il n'est question ici que de traitements librement consentis par des hommes majeurs.
L'écriture est simple, mais précise, sans trémolos, ni misérabilisme, mais sans glorification non plus. Un témoignage impartial et captivant, mais qui ne doit pas nous faire oublier une réalité beaucoup plus sordide, car Cathy reste, je pense, un exemple marginal.
Son témoignage sur le monde des trottoirs parisiens est très pertinent car vécu de l'intérieur. Son désenchantement sur la rue Saint Denis, et le trottoir en général, correspond, les dates le prouvent, à l'apparition massive de la drogue dans la société française et donc dans le monde de la prostitution avec son corolaire d'insécurité.
Extraits :
- 1974, année entre deux mondes où les remèdes de bonne femme côtoient le modernisme et la libération des moeurs.
- Mais elle sait maintenant qu'il existe deux camps : celui des prédateurs et celui des proies. À choisir, elle sera prédatrice.
- Il remercie la maîtresse.
- Cathy veut travailler, gagner de l'argent, beaucoup d'argent, parce que dans toute société capitaliste et libérale, l'argent est autant une source de pouvoir que de liberté.
- Au fil des années, les clients ont autant été une source de profit qu'un soutien psychologique. Ils ont même été d'une aide manuelle ou technique.
- Ici, on boit, les clients surtout. Le bar appartient à René Juillet qui aura la maladresse de se faire tuer l'année suivante.
- L'hôtel est proche de son lieu de travail, elle vit la nuit, dort le jour, appartient à cette faune devenue invisible une fois le soleil levé et pourtant indispensable au battement du coeur de la ville.
- Un énorme village où tout le monde se connaît, un énorme village qui tire son profit du sexe.
- Quand il voulait un truc particulier, je leur disais : « Je te fais ce que tu veux si tu viens avec le matériel dont on a besoin la prochaine fois. »
- J'avançais à découvert, curieuse ayant les moyens de tout....
- Il a dit qu'il voulait ressentir la mort, qu'il voulait savoir ce que cela faisait d'être suspendu à une potence. Il a dit qu'il n'avait pas peur de la douleur.
- Elle sait la drogue, comme elle sait l' alcool. Mais la vie n'est-elle pas un voyage à sens unique ?
- L'image de cette femme ayant gagné suffisamment d'argent pour ne jamais prendre le métro jusqu'à plus de 40 ans m'amuse.
- Et le sexe dans tout ça ?
Je ne vais pas te dire que j'aime le sexe, ce serait faux. J'aime les gens, et c'est un métier de rencontres.
Éditions : La musardine (2011).
Autres chroniques des éditions de « La musardine »
JOURDAN Eric / Portrait d'un jeune seigneur en dieu des moissons.
MISSEAU Antoine / Tokyo rhapsodie.
ASSIÉ Philippe / L'empreinte du lézard.

L'empreinte du lézard.
Philippe ASSIÉ.
Note : 4,5 / 5.
Errances d'ici ou d'ailleurs.
Saut dans l'inconnu avec ce roman dont je ne connais ni l'auteur, ni la maison d'éditions, bien que celle-ci soit basée à Lorient ! De l'auteur, tout ce que je sais est qu'il est décédé en 2010 et que ce texte est son premier roman. À noter, la superbe couverture avec cette magnifique photo.
Un homme Wha, sa vie son oeuvre.....la route, les joies, mais aussi les peines et ce conseil :
-La route a ses règles : ne perd jamais ton sac de vue, ne rate pas une occasion d'avancer, fais gaffe à ce que tu bouffes.
Le mythe Jack Kerouac est mort hélas, bien avant Kerouac lui-même..la route est toujours là tentante, mais aussi très dangereuse.
Deux chemins, un ici, l'autre en Afghanistan, la vie, la route, espoir et difficultés mêlés, solitude d'un hiver isolé par la neige, les amitiés fidèles. Un village rebaptisé Nanadai, hommage rendu par sa mère à une fille morte dans un accident de voiture. Le bouche à oreille pour ne pas trop divulguer son emplacement réel, pour éviter les intrusions trop nombreuses. Solutions extrêmes, mais pas forcément du goût des autorités, la dégradation des voies de communications pour tenir à l'écart chasseurs et bûcherons.....
Mais même ici dans cette communauté, le nerf de la guerre reste l'argent, l'amour libre, et tout le reste a malgré tout un coup financier même réduit à son strict minimum.....Le sexe débridé n'empêche pas les chagrins d'amour......
Les saisons passent, la vie suit son cours, la neige et le soleil....les menus déplaisirs et les grands plaisirs, le monde moderne est loin....le bonheur, enfin un peu, beaucoup de simplicité, mais dans la vie hélas, tout se paye.....Ils voulaient l'amour et la paix, ils eurent la mort et la guerre....Que reste t-il de ce mouvement pacifiste et contestataire aujourd'hui....peu de choses, il me semble.
Beaucoup de personnages, le plus attachant est à mon goût, Lélia, l'amie de jeunesse, sauvageonne, un peu sorcière, pleine de croyances anciennes héritées du monde païen, personnage oh combien attachant...ombre salvatrice, inspiratrice d'un certain retour à la nature qu'elle comprenait.
Wha, le narrateur, qui regarde le monde d'un œil lucide, mais le début de son aventure se nomme Laurence, je n'en parlerais pas je laisse ce soin à l'auteur :
-des yeux noirs à allumer un mort, une bouche pour tailler des pipes au diable, avec ce putain de grain de beauté juste au-dessus des lèvres comme Angélique marquise des anges....
Pas étonnant que la vie de Wha se transformera en enfer ! Lui permettant de survivre seul au cœur d'un hiver particulièrement froid et neigeux...Charko un jeune poulain survivra lui aussi. Avec le temps, Wha devient une sorte de patriarche, le seigneur de Nanadai.
Les copains, Olivier, le dragueur, profiteur dans un milieu de gens plutôt partageurs, alors piquer les femmes des autres n'est pas un problème, flambeur, il dissipera tout, la poudre blanche lui fera perdre définitivement la tête. Il y a aussi Ramsès l’autochtone qui l'âge venant après des années d'abstinence deviendra obsédé sexuel... Enfin il y a d'autres femmes, Kate la superbe irlandaise dont tous les hommes tombent amoureux, sauf un....enfin pas assez pour lui être fidèle.....Bernie qui revient de loin, de très loin...
Malgré tout ce que l'on peut dire ou faire ; hippies pleins de bonne volonté prêchant l'amour et la paix, certains côtés peu reluisants des hommes ressortent malgré tout, le côté possessif d'Olivier par exemple vis à vis de Kate ; certaines compromissions en acceptant de participer à des trafics dangereux, ou de vivre aux dépends d'une femme riche et perdue suite au décès de sa fille, etc....
Qu'est-ce qui a foiré ?????
Certainement l'intrusion des drogues dures et leur banalisation même dans les couches les plus populaires, ouvrant la voix à la situation actuelle....Un chanteur qui se drogue, c'est un artiste, cela aide pour la création.....et après....l'enfer !
Je ressens à la lecture de cet ouvrage un certain désenchantement de la part de l'auteur et aussi de la part de toute une génération qui s'est quelque part perdue en oubliant ses rêves qui d'ailleurs tenaient plus de l'utopie. Un retour vers le passé, c'est bien, mais cela laisse un drôle de goût dans la bouche....
C'est très bien écrit, simple mais efficace, sorte de testament de l’utopie hippie, le monde est beau, gardons-le comme il est et rendons le meilleur encore......les faits malheureusement sont plus forts que les idées.
Un alphabet classique pour la période contemporaine, mais en italique pour les retours en arrière, qui concernent la jeunesse et la période du séjour en Afghanistan, les deux se mêlant parfois dans un même chapitre.
Dans ce livre, il y a une playliste, que je signe des deux mains.....imaginez, « Old man et Harvest suivis (quelques pages plus loin pour éviter l'overdose) de « On the beach » J'étais jeune mais j'écoute toujours ces deux disques qui font partie de mon Panthéon musical !
Extraits :
- Éblouissant. Ébloui. Éblouissement. J'avance dans la résonance du gong.
- J'ai appris à chasser avec les chats, avec mes frères lézards, ai après l'occitan ambe aquelis del poble mèu que se sovenon de lor langa.
- La route peut être dure et c'est souvent le pays du bonheur, quasiment jamais celui du plaisir.
- On descendait des citernes de bière, le shit et l'acide abondaient, se vendaient, se donnaient.... une chronique de martiens.
- Voilà pourquoi si tu n'as rien à y faire, passe ton chemin. On y tutoie le harki de répugnante façon.
- La neige nous entoure et nous contient.......Seul le ruisseau suit son idée entre de gros ourlets blancs.
- L'Afghanistan- purgatoire et ses vents de poussière au-delà des vitres, assis dans le quartier des hommes, aux odeurs d'oignons doux.
- « La route » ça s'appelait. La route comme s'il n'y en avait qu'une.
- Il ne te veut aucun mal mais tu peux crever, il s'en fout....
- Lélia et Wha s'emmerdent le dimanche à dix ans.
- Lélia et Wha s'emmerdent le dimanche à quinze ans sur le bas-côté de la route.
- Mal aux hormones.
- Neil Young léger et tordu, complexe, léché, énorme !Et puis cette chanson, banjos-picking et gros temps marqués du talon de bottes sur un plancher, l'histoire d'un labyrinthe dite d'une voix déchirée, je n'ai jamais rien entendu d'aussi fort et je peux l'écouter un million de fois avec les poils debout!
- « En Irlande on dit que le regard d'une rousse peut fendre les pierres »
Éditions : « Le doryphore ». Coopérative éditoriale .(2011).
Site ici.
Playliste musicale ici avec en particulier « On the Beach» de Neil Young.
Lien pour le site Babelio.
ASTRUD Michèle / Vue sur la mer, rouge.

Vue sur la mer, rouge.
Michèle ASTRUD.
Note : 4 / 5.
L'art de la fugue.
Je rencontre Michèle Astrud depuis plusieurs années maintenant, à Carhaix et à Maurepas dans le cadre des salons littéraires, lieux de rendez-vous des blogueuses bretonnes (avec une pièce rapportée, moi !). J'avais bien aimé « Amitiés », mais un peu moins « J'ai rêvé que j'étais un garçon ». Voyons ce que sera la troisième expérience !
Une femme, jeune, presque encore une adolescente, fuit un hôtel de luxe, laissant derrière elle le cadavre d'un homme dont elle a vidé les poches....elle prend un train de nuit...vers une nouvelle vie, une nouvelle proie ?
Parfois elle téléphone à sa mère, qui lui parle de son père, sa sœur, son frère, sa famille qu'elle a fui un soir. Elle se remémore la dispute ; son frère, recalé à un examen, la prend à partie l'accusant de cet échec, lui reprochant un récent retour, qui semble t-il a perturbé la tranquillité du foyer. Tout le monde semble lui donner raison, alors elle part, gagne la gare et une station balnéaire déserte vue la saison.
Elle trouve très facilement un travail de serveuse dont sa plastique ne déplait pas au patron....
Elle raconte son histoire somme toute banale, des difficultés scolaires, son quasi-abandon des études sauf mathématiques, sa solitude à l'école comme à la maison, un conseil de discipline mal vécu par sa famille.
Et la fugue, puis une autre....elle donne des nouvelles, mais jamais son adresse, elle vit....travaille....cultive son secret....Plus de dix ans passent, mais un jour sa mère lui apprend la nouvelle ; son frère Antoine a disparu...pourrait-elle les aider à le retrouver ?
Michèle, qui est la narratrice de ce livre, est un être complexe, élève sans problèmes pendant des années, tout change, elle devient indisciplinée, arrogante, mal dans sa peau. Sa première fugue se fera avec un motard, chose que son frère lui reprochera comme excuse à son examen manqué. Sa mère, personnage aux deux facettes, effacée au premier abord, besogneuse mais c'est elle qui dirige son monde, chose que lui a abandonné son mari. Son frère Antoine et sa sœur Jeanne sont jumeaux, donc très soudés ; travailleurs ils réussiront dans la vie. Associés dans un cabinet dentaire, bien marié chacun de leur côté, ils sont le symbole de la réussite familiale. Mais la disparition d'Antoine brise cette image idyllique...et dix ans plus tard le drame ressurgit ! Mais est-ce réellement la même fugue ? Trop de choses séparent le départ d'une adolescente mal dans sa peau et celle d'un homme plutôt favorisé par la vie.
C'est très bien écrit, descriptif mais pas trop, en particulier les paysages marins les jours de marées d'équinoxe sont en particulier très réussis.
De par sa profession l'auteur connait bien les problèmes des adolescentes, ce qui est particulièrement sensible dans la première partie du récit. Un peu comme dans « Amitiés » il y a sur la fin un côté un peu fantastique dans un endroit retiré, étrange pour une rencontre. Le choix des décors, trains, gare déserte, station balnéaire hors saison, bungalow isolé dans un paysage recouvert de givre, accentue le sentiment de solitude de Michèle et l'oppression qu'elle ressentait en famille. La solitude n'est-elle pas la dernière des libertés ?
Un bon roman plus proche de mes aspirations littéraires que « J'ai rêvé que j'étais un garçon » par exemple.
Extraits :
- Au jour le jour, la vie au présent, sans avenir. Les cendres se mélangent au sable, poussière grise et calcinée.
- La vision de la plage s'imprime dans le globe de mes yeux clos, teintée de pourpre.
- C'est une marée d'équinoxe, un vrai soir de tempête. Derrière moi, les remparts de la ville sur lesquels je m'appuie. Devant, l'océan s'agite, bouillonne, déploie une armée d'écumes.
- Je tressaille à chaque fois que j'entends ces mots : ton père, ton frères et ta sœur, qu'elle prononce pourtant à chacune de nos conversations. Comme un rituel, une gourmandise, qu' elle n'oublie jamais.
- Heureusement, ils n'ont pas encore d'enfants.
- Le patron du bar m'observe, me détaille, me soupèse. Transpercé par son regard goguenard, la veste rose fuchsia, ultra ajusté sur mon buste, en épais coton mêlé d'élasthane n' a pas plus d'épaisseur qu'un infime voile de soie.
- Le regard bienveillant du principal se détourna de mon visage et je me sentis de nouveau abandonnée, et glacée. Mon père avait déjà quitté la salle et attendait dehors en arpentant le couloir.
- C'est étrange, cette nuit rouge vous ne trouvez pas ? murmure-il. On dirait que la plage est couverte de sang, de débris, de corps suppliciés, déchiquetés. Comme après les batailles j'imagine.
- Mon poing se contracte. Je frappe le verre qui se brise. L'image tombée gît, face contre terre. De ma main blessée, recroquevillée, un filet de sang coule qui tache le papier glacé.
- Dès le matin, la querelle se rallumait dans la maison familiale. La hache de guerre n'était jamais enterrée.
- Nous passions nos journées à nous détester.
- Tu savais déjà te battre avant de partir.
C'était bien mon seul talent, c'est ce que tu veux dire ?
Éditions : Diabase (2011).
Autre chronique de Michèle Astrud .
Amitiés.
J'ai rêvé que j'étais un garçon.
BELEZI Mathieu / Les Vieux Fous.

Les Vieux Fous.
Mathieu BELEZI .
Note : 5 / 5.
Grandeur et décadence.
Écrivain que je découvre avec ce roman, ayant pourtant « Les solitaires » dans ma bibliothèque depuis quelques années. Né à Limoges, ce grand voyageur, installé dans le sud de l'Italie, a une bibliographie somme toute fournie sans être non plus impressionnante. Le thème de ce livre, les derniers jours de l'Algérie française, m'inspire pour des raisons personnelles.
Sur le bandeau qui entoure ce livre le ton est donné et le lecteur avertit :
- « C'est une histoire si révoltante que plus personne ne veut en entendre parler ».
Un homme et une petite armée à son service sont retranchés dans un vaste domaine aux environs de la capitale algérienne. Le leitmotiv de ce colon forcené est, et il le répète pour s'en convaincre « Ils ne m'auront pas »....et pourtant pour lui et ses semblables la fin est proche. Et ce ne sont pas les actions de ces extrémistes qui changeront l'histoire.
L'histoire justement, Bobby s'en souvient, enfin d'une manière qui l'arrange. Il dit : j'ai 140 ans l'âge de la conquête de l'Algérie, se comparant et se confondant avec l'histoire officielle. Il a participé à cette Histoire, lui et ses semblables ont travaillé, très dur c'est vrai, ils ont fait des sacrifices, certains et même beaucoup l'ont payé de leurs vies, mais maintenant....que valent leurs immenses domaines gigantesques, leurs très grandes richesses contre la volonté d'un peuple, même s'ils méprisent cette populace pouilleuse qui fera d'après eux retomber leur pays dans la plus noire des misères !
Le livre est divisé en plusieurs époques, la gloire et l'opulence des années de guerre en Europe par exemple et la période de ce que l'on peut appeler la bataille d'Alger.
Le personnage central de ce livre est Albert Vandel dit Bobby la baraka ou Bobby le caïd, sorte de Falstaff méditerranéen, mais aux ordres de personne. Il a pesé à un certain moment de sa vie, 14o kg, despote est le qualificatif le plus approprié pour le décrire. Il fut un militaire sanguinaire, faisant régner la terreur au nom de la pacification par le crime et le viol. Raciste, antisémite, pétiniste, régnant en souverain absolu grâce à son argent, organisant des fêtes fastueuses au milieu de courtisans et de courtisanes tout acquis à sa cause, c'est Versailles de l'autre côté de la Méditerranée. Les politiques lui mangent dans la main, les militaires et représentants des forces de l'ordre ont tables ouvertes, leurs épouses succombent à quoi, on ne sait pas, mais elles fréquentent assidûment sa couche. ! Il est conscient que cette époque est révolue et ses jours de magnificences comptés. Mais il est prêt pour un baroud d'honneur aussi fou qu'inutile ! Alors dans un dernier défi dicté par un cerveau chancelant, il organise dans sa superbe villa, son propre royaume avec une milice armée, formé de légionnaire déserteurs, prête à tout. Viennent à lui comme vers l'unique et dernier espoir tous les nostalgiques des colonies et de leurs vies passées, où ils avaient le droit de vie ou de mort sur le reste de la population.
À l'opposé Ouhria, jeune fille qui partage sa vieillesse et sa couche, souffre-douleurs pas si effacée que cela... Elle tente de canaliser la folie de son seigneur et maître car c'est il me semble leurs relations...mais avec un sentiment de grande tendresse vis à vis de cet homme, vieux, un peu sénile dans des agissements de maître du destin des autres alors qu'il ne commande même plus le sien propre.
Tout est démesuré dans ce livre, le personnage central, ses domaines, sa boulimie sexuelle, sa cruauté, son influence et son talent de manipulateur, car dans ce monde de pouvoir tout se négocie, s’achète et bien sûr se vend ! Ce livre est provocant, à cause de ce « héros », de part son vocabulaire, qui dans la bouche de Bobby représente très certainement les très mauvais côtés des colons dans leurs rapports avec les autochtones qu'ils exploitent et méprisent. Au nom du travail accompli et des années passées, la terre et le pays leur appartiennent. Tous ne furent heureusement pas comme cela ! Certains agissements de cet homme qui se sait au dessus des lois sont choquants et révoltants, le viol d'une femme par lui même et ses sbires pour la simple raison qu'elle est juive dépasse l’entendement, jeter son chien par la fenêtre du quatrième étage est une sorte de punition supplémentaire et gratuite ! Le supplice de deux « rebelles » fouettés à mort devant le personnel du domaine pour l'exemple est également monstrueux.
L'écriture est très particulière, ce qui n'est pas pour me déplaire, une phrase revient sans cesse, Albert Vandel, très lucidement martèle « Trop tard ».
Il est toujours trop tard, et ce livre rappelle une vérité qui nous est enseignée par l'histoire, si entre le pays colonisateur et le pays colonisé il y a la mer, pratiquement toujours le colonisé gagnera son indépendance. Pour en faire quoi ? C'est un autre débat !
Un roman terrifiant sur les dérives de la puissance et des moyens employés pour la garder, avec son cortège de passe-droits, de crimes et exécutions sommaires, de terrorisme et de contre-terrorisme.
Extraits :
- Je les fous dehors aujourd'hui même, nom d'un bordel ! Je tiens à la vie, moi ! Je veux vivre encore longtemps ! Et profiter de mes terres! De mes vins français ! De mes cigares cubains ! De ma nouvelle femme qui a traversé la Méditerranée pour que je jouisse nuit et jour de ses appâts !
- oui, c'est ce que je croyais, c'est ce que nous croyons tous à l'époque, nous les seigneurs de l'Algérie : être les éternels propriétaires de ce temps africain que nous avions si bien su conquérir et occidentaliser
- Foutez-moi la paix, M. Albert, je dors
- parce que nous avons ce pays dans le sang
- Vous lavez ma femme en fermant les yeux ! Et le premier qui bande ira chercher ses roustons dans la poubelle !
- mon braquemart roi, mon bâton de maréchal, mon épée de Damoclès infatigable
- les soldats poussèrent des cris, leurs mains se crispaient sur les fusils qui n'avaient pas servi depuis huit jours, ils avaient faim, ils avaient soif, et ils avaient envie de trousser des femmes
- il avait pour lui le bon droit de sa race supérieure
- D'où vient la cruauté sans égal des capotes bleues – pantalons rouges ?
- …. que le temps des miracles est révolu, nous savons que notre Algérie française n'est plus notre Algérie....
- C'est moi, Albert Vendel 1 er !
Éditions : Flammarion (2011).








































