Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

27 mai 2009

BOURVEN Yann / Mon héroïne.

Mon Héroïne.
Yann BOURVEN.
Note : 3,5/5.
Un auteur en quête de personnage.
Premier roman de cet écrivain rennais, né en 1978, que je lis. La découverte la plus totale. Précision : « Héroïne » est ici tout simplement le féminin de héros, et n'a rien à voir avec une poudre blanche prohibée.
Notre narrateur, Yann, qui vient de perdre son travail, alors que quelque temps plus tôt, sa petite amie l'avait quitté, se retrouve avec une denrée rare : du temps. Alors pourquoi ne réaliserait-il pas son rêve, écrire! Mais pour écrire, il faut un personnage principal! Nous partons donc à la recherche mi-réelle, mi-imaginaire de cette femme mystérieuse, « L 'héroïne ». Il la rencontre dans un bar une nuit. Maintenant il faut lui donner une enfance, une vie d'aujourd'hui, des amies, voire des amants. L'auteur dérive un peu dans des nuits alcoolisées, croise une faune nocturne, parle avec une prostituée, femme aux milles visages, qu'il rencontrera à nouveau. Les journées se traînent, les tentatives d'écrire ne sont pas toujours couronnées de succès.
Il éprouve un sentiment de rejet de la part des commerçants de son quartier, son propriétaire lui réclame de l'argent, la vie devient une épreuve, seul le rêve lui donne un semblant d'énergie!
Lisa lui révèle des choses douloureuses de son passé, l'inceste qu'elle a dû subir, puis sa vengeance! Est-ce réel, est-ce imaginaire? Sa mère qui lui téléphone tous les jours, ses sorties avec ses amies, et un soir sa réaction devant un homme qui pourtant lui plaisait. A son insu, une femme brune la suit parfois, dans quel but? Son boulot pour payer ses études et l'agression dont elle fût victime. Ses nuits avec son créateur, elle, le personnage, l' « Héroïne ». Les bars fréquentés au cours de ses tribulations nocturnes, les alcools consommés suivis de petits matins blêmes, rien d'une vie remarquable en fait! La visite un jour de sa mère complique encore un peu la situation. Elle vient la supplier de ne pas porter plainte contre son père? Mais l'oubli et le pardon sont-ils encore de mise? Le narrateur, plein d'espoir au début du livre, savoure enfin la liberté, la possibilité d'écrire, le rêve enfin réalisé. Mais il faut maintenant concrétiser face à une feuille blanche. Il sombre dans la déprime.  Lisa, rêve éveillé de Yann, vision funeste de la vie? Pour lui représente-elle l'espoir d'une vie meilleure, le début d'une carrière de grand écrivain ou au contraire le signe avant coureur de la déchéance? Une prostituée, qui, elle aussi, porte toute la misère du monde, les coups des clients, le vol de sa recette et pour finir les coups du souteneur. La mère de Lisa semble ne pas avoir aidé sa fille dans les moments où celle-ci en avait besoin, mais soudain elle éprouve le besoin de protéger son mari.
Que dire de ce livre? J'aime bien le style percutant et « éclaté» (pour employer un vocabulaire actuel), des phrases courtes, donnant un rythme soutenu, un vocabulaire très cru par moments. Et pourtant, j'ai un sentiment mitigé avec ce roman auquel je n'ai pas de gros reproches à faire. L'atmosphère est glauque, cela ne me gêne pas, je pense que l'impression de « No Futur », ce sentiment de désespoir m'a mis mal à l'aise. Un court instant de bonheur est-il encore possible? Mais je comprendrais parfaitement que d'autres lecteurs apprécient ce livre à sa juste valeur. Un roman dont il m'est difficile de parler, n'étant pas sûr d'avoir su l' appréhender, car si l'idée en soit est originale, par contre ce n'était peut-être pas le moment pour moi, mais j'essayerais d'autres romans de cet auteur.
Extraits :
- Oh non, si j'étais un dictateur culturel, genre Silvio Bourvenici.
- Elle fut pour moi un gri-gri, une meuf essentielle qui alimentait mon énergie créatrice.
- Elle doit juste faire du chiffre...Comme une employée normale, une secrétaire du trottoir....
-
Sur un trottoir, Breton imitait la mésange pendant que Desnos tapait des mains en pleurant...Sur le trottoir opposé, Céline boitait un peu, on attend du coin de l'oeil.... bref que du beau monde dans cette rue morte!
- Fabrique-moi du bonheur !
Je ne peux pas encore...Je ne suis pas bien....
CHANGE MOI!
- Je suis une muse, un truc comme ça ? M'a demandé Lisa.
Je n'en sais rien... tu m'en poses de ces questions !
Alors la marionnette t'emmerde !
- À cet instant, Lisa se trouve dans un repos mental proche du chou-fleur, mais du chou-fleur compréhensif.
- Lui, c'est clair, il ne cherche que le sexe, et rien de plus...
- Mon écrivain ! Oui ! Je retournerai le voir ! Je ne manquerai plus jamais un rendez-vous !
- C'est ça, écrire? Vivre en écrivant ? Pour moi, c'est se refléter douloureusement dans un miroir de mots....
Éditions : Diabase. (2003)
Le site de l'auteur, ici.

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23 mai 2009

VERNE Jules / Sens dessus dessous

Sens dessus dessous.
Jules VERNE.
Note : 2,5 / 5.
Pas renversant!
Second et dernier (pour ma part) titre pour le trimestre de la science-fiction organisé conjointement par la médiathèque de Lorient et le lycée Colbert.
Une grande étendue de terre, enfin le monde le pense, est à vendre dans l'Arctique. Personne n'ayant été si loin au nord de la planète, personne ne sait réellement ce que ces territoires réservent comme surprises, bonnes ou mauvaises. Après une mise aux enchères, une société américaine rafle la mise. Certaines clauses du contrat ne manquent pas de surprendre! Le but, chercher de la houille au pôle Nord! Mais l'Amérique triomphe, la vieille Europe ricane faute de pouvoir faire plus, les journaux se gaussent de ces américains pleins de dollars, arrogance et d'idées farfelues! Et celle-là est particulièrement originale, « Si tu ne peux aller au pôle Nord, fais venir le pôle à toi! » Bien vite l'opinion publique n'est plus tellement sûre que de changer l'axe de la terre soit une bonne chose. Les hommes d'affaires vantent les mérites d'une telle chose, mais personne ne peut tout prévoir , même pas les scientifiques, surtout pas eux! Alors, les deux principaux instigateurs du projet disparaissent dans la nature. Certainement pour aller au bout de leurs idées, mais où et quand?
Les personnages, pour certains, apparaissaient déjà dans plusieurs romans de Jules Verne. Le président Impey Barbicane et le capitaine Nicholl sont à la tête du Consortium qui a acheté l'Arctique. Le français Michel Ardan a participé avec eux à ce fameux voyage de « la Terre à la Lune ». J.T.Mason était le « Calculateur », mais c'est un homme désintéressé. Miss Evangelina Corbitt, veuve richissime, serait sensible au charme du savant. Une romance de la vieille école entre un savant dans la lune et la généreuse mécène apporte un côté fleur bleue à l'eau de rose au récit.
Par contre, malgré le côté sympathique que donne l'auteur des principaux initiateurs du projet, aventuriers ils l'étaient, hommes d'affaires ils le sont devenus hélas!
Un autre français, Alcide Pierdeux, est lui un scientifique et un mathématicien.
Ce livre a vieilli, mais pouvait-il en être autrement? Ce roman date de 1889! Le charbon décrit ici comme l'énergie de l'avenir a été remplacé par le pétrole. Jules Verne nous noie dans des envolées mathématiques aussi exaltées pour l'auteur qu'ennuyeuses pour moi, surtout que rien ne prouve leurs véracités!
Par contre je ne connaissais pas l'humour de Jules Verne, qui a quelques traits de plume assez caustiques. En parlant d'Alcide Pierdeux, il dit :
- Il était si ardent dans ses discussions qu'on l'avait surnommé Alcide sulfurique.
Le vocabulaire est aussi un source d'amusement :« Humbugs », puffisme, badauderie, des mots à ressortir dans une conversation pour avoir l'air un peu désuet! Et très ridicule!
Mais ce matin, comme les autres matins, la terre tourne, pas très rond parfois, et comme disait Francis Blanche devant une mauvaise actrice aux formes avantageuses :
- Et pourtant elle tourne........
Extraits :
- Et comment ces pauvres gens auraient-ils été payés ? En coquillages, en dents de morse ou en huile de phoques?
- Ce serait au plus offrant qu'appartiendrait cette calotte glacée du Pôle, dont la valeur marchande était au moins très contestable.
- Est-ce qu'on n'a jamais vu rire une locomotive, une machine élévatoire ou un steamer?
- On aurait entendu marcher une fourmi, nager une ablette, voler un papillon, ramper un vermisseau, remuer un microbe.
-D'ailleurs, Mrs Evangélina Scorbitt n'était plus de première jeunesse- ni même de la seconde – avec ses quarante cinq ans, ses cheveux plaqués sur ses tempes comme une étoffe teinte et reteinte, sa bouche trop meublée de dents trop longues dont elle n'avait pas perdu une seule, sa taille sans profil, sa démarche sans grâce.
- L'industrie est un animal « carbonivore »; il faut bien le nourrir.
- En attendant ce commandement que l'univers avait si bonne envie de leur lancer :
« À Charenton* !...Troisième pièce... feu !...
- C'était dans une île abandonnée du Pacifique de l'océan Indien ? Mais il n'y a plus d'île déserte de nos jours : les Anglais ont tout pris.
- Les gens menacés se divisaient en deux catégories : les asphyxiés et les inondés.
Éditions : Magnard Collège (2002)
*Expression que j'entendais dans ma jeunesse! Asile accueillant « Les insensés » depuis le 17ème siècle, celle-ci n'est plus véridique, Charenton faisant dorénavant partie de Saint Maurice.

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24 avril 2009

Le TELLIER Hervé / Sonates de bar.

Sonates de bar.
Hervé Le TELLIER.
Illustrations de Yoko UETA
Note : 4 / 5.
Le cocktail du Maestro!
Une centaine de courts écrits, une page et demie en moyenne. Dans pratiquement tous les titres, nous trouvons le nom d'un cocktail! Ce qui me laisse perplexe, car je ne savais pas qu'il y avait tant de mélanges possibles dans les boissons ! Moi, pour qui le Kir est déjà une invention du Diable (Pardon, du Chanoine!).
Un petit mot sur l'auteur, il est membre de l'Oulipo, et la première version de ce texte comportait initialement deux mille caractères par « sonates ».
La première phrase du livre, qui sert d'introduction, donne le ton : « Le ciel est trop haut, la terre est trop basse, le bar est juste à la bonne hauteur ». Anonyme.
Rencontrons les piliers du bar et de leurs histoires, Jay, Archie, le pianiste noir, et Rose, la serveuse sûrement blonde et mignonne!
La vie de tous les jours au Jay's Bar, où le patron, expert en cocktails, officie avec dextérité derrière son comptoir.
Angel est le personnage principal de « Le Barbotage la Mangeuse d'hommes ». La poitrine d'Angèle fait que tout homme en sa présence ne sait plus à quel sein se vouer! Son accompagnateur de ce soir n'échappe évidemment pas à la règle. Rose prend la narration à son compte dans « La couleur rouge du Bloody Mary », où une cliente frise l'incorrection, alors Rose ne prend pas de gants! Un sourire ne coûte rien, Madame! « La première ivresse de l'Américan Glory » est une histoire de famille et de garde d'enfant. Les mensonges des grands et les paroles des enfants font de dangereux cocktails. Jay a des coups de foudre et pas seulement quand il prépare des Manhattans! Une brune, un « Black Russian » et des regrets! Jay discute avec un écrivain en panne d'inspiration, il en résulte une histoire où les Martiens et les Vénusiens se combattent! Ils se reconnaissent facilement, les uns se nourrissent de Bronx et les autres de grenadine!
La vie et la mort dans cet espace où se croisent de nombreux destins. L'amitié profonde entre Jay et Archie. Les incidents parfois, bagarres et autres, quelques clients malgracieux, bref la vie et parfois son contraire, la mort!
Les personnages, enfin les clients, sont nombreux et variés. Ils ont pratiquement tous un point commun, il sont très attachants, parfois très solitaires, mais assez souvent, le Jay'Bar est un endroit de rencontre, de conversation serait plus près de la vérité. Un jeune homme qui oublie son livre, des amants qui ne seront jamais heureux, une jeune fille qui ne boit pas d'alcool. Des êtres aussi venant en couple, comme ces personnes âgées qui sont là pour parler un peu. Quelques belles femmes également, Sarah par exemple qui boit trop, mais observe les gens avec minutie. Un homme d'affaires au téléphone, un détective privé qui confond le Jay'bar avec le Bay'bar! M. Le Comte de Dracula qui rentre du Vampire State Bulding!Un plombier qui tombe à pic, Kate, l'infirmière qui arrive un peu déprimée un soir. Un fantôme qui commande un « London Fog ». Un couple dont l'histoire d'amour est au seuil de la rupture, la tristesse d'un rendez-vous manqué, les clients que l'on voie et qui soudainement disparaissent. Un homosexuel qui, après beaucoup d'hésitations, vient avec son ami. Un vieux chinois qui contemple les bulles dans son verre, Rapid Roy et ses amis, fans de voiture et qui carburent aux « Six Cylindres ».
Un livre rafraîchissant, remarquez, vu le nombre de glaçons qui défilent dans les boissons, c'est un peu normal! Les ligues bien pensantes et politiquement correctes, diront qu'il faut consommer avec modération, l'alcool soit, mais pas ce livre!
Je ne résiste pas à vous donner quelques titres de « Sonates » pour vous mettre l'eau (?) à la bouche! « L'Américano les yeux bandés », « Les amants du Blue Lagoon », « Last Exit to Gibson », « La magie rose du Pink Lady », « Deux Zombies pour deux amis ». J'aime beaucoup « Les idées noires de l'Irish Coffee » avec cette conclusion un brin désabusée.
- « Tu vois, l'Irish Coffee, c'est comme la vie. Au début, c'est fort et c'est doux, c'est noir et blanc, chaud et froid. Le temps passe, et puis tout devient tiède, fade et gris ».
Un mot sur les illustrations qui sont très belles, savant mélange de couleurs sombres, souvent du noir d'ailleurs, et de couleurs plutôt froides, qui vont très bien avec le récit qu'elles accompagnent.
Extraits :
- J'ai pensé à Marie et à moi, à tous ces faux départs et à mes vraies douleurs.
- J'ai sorti du frigo une bouteille de Champagne en souriant : nul ne résistait aux seins d'Angèle.
- Qui suis-je, moi, pour dire à Sarah d'arrêter de boire ?
-...c'était une balade irlandaise que tu aimais tellement, cette chanson d'immigrants qui parlaient de solitude et d'amour, de la lande du Connemara et des rues de Galway.
- « Après tout, c'est peut-être moi qui vous l'ai commandé, il y a 20 ans »
- Puis elle a dit : « tu crois que l'amour peut résister à ça ? » En désignant encore la ride naissante autour de ses yeux.
Éditions : Le Castor Astral. 2001.

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28 mars 2009

URIEN Emmanuelle / La collecte des monstres.

La collecte des monstres.
Emmanuelle URIEN.
Note 5/5.
A chaque jour suffit sa benne
.
J'avoue à ma grande honte qu'à part une nouvelle dans « Mes chers voisins » opus annuel de « La Noiraude &La fureur  du noir », je n'avais rien lu de cette auteure. Pourtant je suis, du moins je le pense, un bon public pour ce genre d'écrits. Ce livre est son troisième recueil.
18 nouvelles souvent courtes, mais allant droit au but, un monstre se cache dans toutes ces histoires, souvent il est banal, tranquille dans son coin, se faisant oublier.
Dans « Cas de figure 38 » il se cache sous un masque, cela fait moins peur aux enfants.
Quand on se prostitue pour payer ses études, on se donne des règles, c'est bien normal. Mais la première doit être de ne pas se moquer d'un éventuel client! Et de ne pas baisser sa garde!
Plaie d'argent n'est pas mortelle dit le proverbe, tout le monde le sait, les proverbes ont souvent un fond de bon-sens. Un grand photographe apprendra à ses dépends qu'un agent est là pour gagner de l'argent, et pas du tout pour prendre la pose.
Aminata est muette, mais elle entend très bien, trop bien même parfois. Au centre d'un cercle parfait, tracé sur le sol, il paraît que la magie fait une «Zone de silence ». Un dernier trait, un dernier bruit, et comme par magie enfin le silence, un silence de mort!
Travailler dans un zoo, cela paraît tout bête, mais quand on est observateur, il n'y a pas beaucoup de différence entre le comportement des humains et des babouins.
« Alice  attend » épouse de routier ou de marin, les femmes attendent, c'est bien connu! Mais parfois elle aimerait bien que ce soit elle qui puisse partir!
Une Juliette qui attend son Roméo, ce n'est pas nouveau, ni très original, mais quand la Juliette, parle de physique idéal, c'est peut-être se vanter. Pour Roméo, la réponse est tranchante et sans fioriture « Je suis l'homme qu'il vous faut ». Et pourtant il amène des fleurs...
Une femme est victime d'un accident, alors elle ruse pour obtenir des entretiens d'embauche. Un homme marche, encore et encore, il vient semble-t-il de Pologne, la guerre est finie, il se dirige vers l'île de Bréhat. Après avoir quitté l'enfer, retrouvera-t-il le paradis?
Innocent ou coupable, de toute façon pour cet homme qui sort de prison, il ne peut être que coupable, mais 5 ans c'est long, et dans la rue rien n'a changé, ceux qui l'ont envoyé en prison ont toujours pignon sur rue, lui, par contre sa vie est foutue.....
Un homme et une femme dans une voiture, sous la pluie, lui part refaire sa vie au Canada, elle lui reproche de l'abandonner. Alors sur le bord de l'autoroute commence ce que l'on appelle « laver son linge sale en famille » et depuis le temps, il est sale le linge.
Des femmes rongées par la maladie, comme Firmine dans « Leurre de gloire », ou la narratrice dans « La pas du crabe », un comptable qui s'appelle Noël, cela inspire confiance, enfin, cela devrait, un autre qui trouve une situation en or, un magistrat qui devrait mieux lire son courrier, une marathonienne qui court, cela parait normal mais que laisse-t'elle derrière elle?
L'écriture est très agréable, les nouvelles étant brèves, il n'y a pas de temps mort (Il n'y a d'ailleurs que le temps qui ne meurt pas!) ni de descriptions trop appuyées. L'auteure réussit le tour de force de nous surprendre très souvent avec des fins d'histoire absolument inattendues et parfois énigmatiques. Un choc et un coup de coeur, comment croire en l'espèce humaine après tout cela!
Tiens, je vais regarder le film « Freaks » de Tom Browning, là au moins les monstres ne le sont que physiquement!
Extraits :
-Ils sont tristes, les gens, ils ne gagnent pas à être connus, même comme ça, sous pli discret.
-Ce cliché, c'est une photo de la femme idéale. Et cette femme, c'est moi, c'est bien moi.
-Sophie, je te demande pardon. Peut-être qu'après tout je ne reviendrai pas.
-Il est vrai que, depuis, on a fait du chemin.
-La magie, ce n'est pas un jeu.
-Vue imprenable sur un enfer minable.
-Il se voudrait exempt des défauts qu'il lui reproche.
-Il m'a piqué mes clés hier soir au bistrot, et voilà le résultat. Pour une fois qu'il la ramenait...
-Mon mari m'a quitté après quelques semaines de contemplation navrée, sur de vagues excuses.
-On réclamait un peu moins ses faveurs, et plus du tout ses talents. De ce côté-là, ça ne change pas grand-chose.
-Et pour une fois dans ma vie, je suis à contresens.
-Il avait démontré que l'on pouvait vivre sans coeur.
- Nous ne sommes pas des monstres.
Éditions : NRF/Gallimard. (2007).
Le site de l'auteur, ici.

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27 mars 2009

ROUX Annelise / Peccata mundi

Peccata mundi.
Annelise ROUX.
Note : 4 / 5.
La camarde fait sa récolte.
Je ne connais pas cet auteur, à part un texte «  Toiles» dans le recueil de nouvelles, « À saisir ! », parution annuelle de « La Noiraude & La Fureur du Noir ». Native du Médoc, elle a écrit plusieurs romans noirs. Ce recueil ne comporte si l'on peut dire que cinq nouvelles.
La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, ouvre celui-ci, et donne le ton à ce livre. Un docteur intuitif Tanguy Martineau, dit l'Aviateur (allez savoir pourquoi ?) est appelé sur les lieux d'un viol particulièrement sauvage. D'entrée, il déteste Manuel Nozehec, un des policiers chargés de l'accompagner sur le lieu du délit. La victime est Diane Capian, une chanteuse. Ils sont accueillis par CoraWeber, agent et manager de l'artiste. Le coupable est très rapidement trouvé, mais trouvé mort. Il s'est en effet suicidé. Il travaillait sur la tournée de l'artiste, semblait être un homme sans problème. L'enquête dévoilera que ce crime n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît.
« La camarde ». Les rêves des uns ne sont pas forcément les rêves des autres, la mort a-t-elle aussi des rêves ? Dans cette histoire nous suivons un juge martiniquais, religieux et amateur d'horoscope, un carreleur serbe, une prostituée algérienne, un patron de bistrot proxénète. Pour le juge l'affaire paraît simple, Dzarcos, le carreleur a tué Malika l'algérienne dont il était le concubin. Mais le contexte est beaucoup plus sordide que cela, être serbe et regarder un certain France/Croatie dans le bistrot où travail votre amie, entouré de français avinés, n'est vraiment pas la garantie d'une soirée calme! La mort en ces jours-là n'a ni maillot ni nationalité. Une lettre, simple bout de papier, une écriture infantile donnera la solution..... Le rêve est devenu cauchemar! « Jeu de société familial ». Le Cluedo revu et corrigé par l'auteur, d'abord présentons la famille, sorte de capharnaüm bourgeois, pressons pour la présentation car la plupart seront morts sitôt que nous aurons fait connaissance. Mlle Éléonore, une énigme à tous points de vue, est-ce son nom et son prénom ? Est-elle américaine, si oui d'où? Nouvelle-Orléans ou Californie? Le colonel Raid, homosexuel mais qui se soigne, mais les traitements ne sont pas toujours efficaces. Mme Leclerc cuisinière souillon et radin, le docteur Kracker amicalement surnommé «Apéro» apparaissent et parfois disparaissent! Mme Rhymel, est-elle maquillée avec soin, elle et le professeur Jabuse, y passent aussi! Mais j'abuse peut-être votre temps? Vous n'êtes pas joueurs? Prenez la place du mort dans ce cas!
Les personnages sont pour la plupart des gens hors normes, un médecin homosexuel vivant avec un danseur étoile, un policier ayant une fille fortement handicapée, une agent et manager qui n'est pas que cela pour l'artiste dont elle s'occupe, tout cela débouchera sur la mort d'un homme. Quelquefois les gens pensent bien faire! Des bons français buvant plus que de raison, supporters chauvins, ou hommes de la campagne, rythmant les heures de travail à la bière ou au vin rouge. Une réalisatrice de cinéma bénéficiant d'une bourse à la Villa Médicis, où elle rencontre un architecte chaud lapin nommé ...Bulgome! Mais autre chose lui empoissonne la vie et lui coupe l'appétit. Pour fêter son arrivée de Normandie, la maison a mis les petits plats dans les grands, et a préparé des « Tripes à la mode de Caen ». Délicate attention!
De délicates attentions, Switch en a manqué toute sa vie, ce dernier texte, celui qui clôt ce recueil est d'une noirceur profonde et qui met mal à l'aise. Pauvre enfant, séquestré, pris pour responsable de la mort de sa mère à sa naissance. Certaines coïncidences sont troublantes.....
Un recueil collant à une certaine réalité de la France actuelle, dans « La camarde », jubilatoire dans « Jeu de société familial», même si on rit jaune. L'écriture est moderne et rythmée, style que j'aime bien pour ce genre littéraire, la nouvelle étant courte, il faut aller rapidement à l'essentiel, ce que l'auteur réussit très bien. Je pense que je lirai un de ses romans bientôt.
Extraits :
- Il prenait les femmes en leasing. Sept ans d'utilisation en moyenne, avant de changer pour un modèle plus récent.
- Il pensait au légendaire Bartali, ascète romantique, religieux fervent ; à Hinault, si grand seigneur et pugnace dans la montée des cols-royal.
- ....l'imaginant sans peine en train de suer sang et eau sur un problème d'arithmétique, dans un lycée de seconde classe du côté de Paimpol ou de Saint-Brieuc......
- Dites, maugréa Bonnaventure, outré, où avez-vous effectué votre stage? A l'hôtel Lutétia, en 1940?
- Ces plombs sautent, dit Daniel. Il protège le disque dur et sacrifie tout le reste. Comme un disjoncteur par temps d'orage, si vous voulez.
-Famille d'Irlandais catholiques, boutée hors de chez eux par la famine des pommes de terre.
- Bon père de famille recherche secrétaire susceptible de répondre à certains critères.
- Empestant les frites et la graisse de porc. L'haleine dûment empinardée. Tocarde elle est, tocarde elle restera.
- N'importe quelle vie ressemble à un film de série B. à un moment ou à un autre : la grandeur de chacun réside uniquement dans le fait de tenter de dépasser cette limite.
-Le type même du pet-de-loup prétentieux et bonasse. Il avait dû être notaire dans une autre vie.
- Elle entra sur la pointe des pieds. Aussi désirable qu'une joueuse de catch au moment de pénétrer sur le ring.
- J'aimais ce vertige, qui était le contraire du vide.
- Ils seront dans le noir, comme quand papa m'enferme.
Éditions : Gallimard/ Série Noire. (200o)

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26 mars 2009

OBIONE Max / Balistique du désir.

Balistique du désir.
Max OBIONE.
Note : 4,5 / 5.
Il ne faut pas prendre ses désirs pour la réalité!
J'ai découvert cet auteur dans le recueil de nouvelles « Dans le panneau » édité tous les ans par « La Noiraude/ La fureur du Noir ». Son texte « Attention à la marche » m' a donné envie de lire autre chose de cet écrivain. Ce livre comprend vingt et un récits, donc je ne parlerai pas forcément de tous.
Quand un homme dit : « j'aime pas les petits légumes », il devrait réfléchir que le nouveau slogan à la mode est il faut manger au moins cinq fruits et légumes par jour. Résultat, il mangera les pissenlits par la racine! On peut aimer « la peau des femmes » sans être obligé de leur faire la peau, Oskart lui semble l'avoir oublié, le médecin psychiatre va tenter de lui rappeler!
« Ankylose » nous démontre que l'excès de lecture peut parfois pousser un adolescent à tuer! Surtout quand la lecture du moment est « Le rouge et le noir » et que la copine de sa mère lui dévoile ses seins et se permet des caresses très osées. Mais prononce, hélas pour elle, une parole malheureuse!
La mort également dans ce très émouvant récit « Poisoned Town ». La musique, l'amour et le dernier trip!
« Argile chaude », c'est la triste histoire d'un écrivain aux prises avec son éditeur, la représentante de son éditeur, le départ de son épouse, ajouter en plus qu'il n'écrit plus! Comme il aime beaucoup la bonne chaire, les émotions fortes lui sont déconseillées, mais certaines personnes de son entourage vont lui en donner des émotions!
« Joseph n'ira pas au paradis » et pourtant cela commence bien pour lui. De la compassion et de la charité, c'est agréable, ensuite vient l'amour, mais cette attirance se transforme en désir sexuel exacerbé!
« Mon gun » c'est le triste récit de la vie de Gégé, il était artisan, puis a voulu s'agrandir, mais il s'est brûlé les ailes. J'ai beaucoup aimé l'écriture de ce court texte, style argo.
Les personnages qui hantent ces récits sont tout, sauf ordinaires, enfin notre ordinaire à nous qui nous pensons des gens ordinaires.
Deux enfants, dont un infirme, qui décident de tuer le dernier amant en date de leur mère. Un privé et un insecte, ce n'est pas une fable, mais un conte cruel. Un futur navigateur doit savoir tenir la rampe ou la rambarde, sinon c'est le Saut de l'Ange! Un tueur à gages qui tue par amour et non pas pour de l'argent, mais il faut malgré tout rester professionnel pour l'après. Surtout quand tout le monde y trouve son compte! Une ancienne policière amputée de la jambe après un accident du travail est un peu susceptible et ne supporte pas certains mots! Une sommité scientifique qui retrouve des anciennes pulsions. Paulette a un problème dentaire, son assassin devait avoir une dent contre elle! Bref des assassins et des morts, c'est la vie, enfin pas pour tous. Un enfant précoce, mais pas forcément dans le bon sens, une policière charmante, un enfant qui aime son grand-père et la chienne de celui-ci les vengent et un accidenté de la route sont aussi des protagonistes de ces histoires.
Ces récits sont courts , donc ils ont du rythme et vont à l'essentiel en peu de lignes. Marc Villard en parle très bien dans sa préface. Du noir très noir, avec quelques pépites particulièrement brillantes, comme « Myriam trouble » ou « Caramel dur » par exemple.
Extraits :
- Ma mère prétend qu'il est très intelligent, c'est pour ça qu'il ne veut pas s'en débarrasser comme le proposent les hommes de sa collection.
- Pourquoi faut-il expliquer ce qui constitue ma personnalité intime ? C'est ainsi, malgré moi, malgré vous.
- On achève bien les bêtes blessées....
- Rimbaud, oui et aussi Dylan Thomas et René-Guy Cadou.
- Son démarrage calamiteux, bide mou et queue en pénitence.
- T'es venue pour un after, poulette ?
C'était bien Yves, le beau mec de « L'épave », dans un numéro de salaud.
- « On ne rit pas de ces choses-là ! ».
- Ginette, elle a dit : « c'est-y- pas malheureux de gâcher un si beau costard que j'ai payé à la sueur de mon cul ».
- «  Toute la différence entre la culotte de coton et le string dentelle », qu'elle a remarqué Ginette.
- J'aurais dû me méfier.
- « L'intellect ne vaut rien en face d'une femme qui veut baiser » pense-t-il avec accablement devant la tournure des événements.
- « N'ayez pas peur, tout ceci n'a jamais existé ! »
- Paulette avait les dents noires mais le baiser savant.
- Je me fous d'elle, depuis que j'ai refusé qu'elle m'embrasse. Un caramel, même par ces temps de pénurie, c'est trop peu pour supporter son menton qui pique.
- Ses yeux sont beaux, elle est belle, toute femme ayant cette générosité je la trouverais belle....
- ...le pardon est dans nos coeurs...
Éditions : Krakoen. (2007) ici
Le site de l'auteur, là.

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24 mars 2009

MALTE Marcus / Intérieur Nord

Intérieur Nord.
Marcus MALTE.
Note : 4 / 5.
La route des morts est la seule qui tienne.*
J'ai lu cet auteur pour la première fois dans le recueil de la Noiraude & la fureur du Noir. Son texte « Inoxydable » était excellent et m'a donné envie de lire autre chose de cet auteur.
Quatre nouvelles, ou plutôt quatre récits sur la solitude de l'homme, solitude voulue ou imposée.
Dans « Musher » Jacques semble déboussolé, il le dit lui même, il ne sait plus ce qui est normal ou pas! Isolé dans sa montagne natale, il repense aux derniers évènements de sa vie. Évènements récents qu'il tente de comprendre. L'arrivée de ce couple, l'homme, Cole beaucoup plus âgé que la femme Lauren. Ils recherchaient le calme, ils pensent l'avoir trouvé. La vie s'organise, le couple descend au village le matin, l'après-midi l'homme se repose, la femme et Jacques font des sorties avec les chiens. Ils visitent la région, de plus en plus loin, et leur relation change petit à petit..... Un jour Jacques lui fait visiter le lieu dit « Le Pas du Paradis », n'est-ce pas plutôt le début de sa descente aux enfers.....
« Prends ton manteau dans le couloir,
et prends mon amour pour escorte »
Dans la nouvelle « Le jardinier » Bruno a un jour oublié son escorte, il a été tué par deux individus en tentant de défendre sa petite amie, qui retirait de l'argent d'un distributeur, mourir pour 200 francs! Son père évoque les bouleversements causés par cette mort dans la famille. Leur couple est brisé, son épouse a rejoint une communauté « L'espérance ». Nathalie la fiancée a refait sa vie, Serge le frère aîné a petit à petit pris ses distances. Alors le père, la nuit roule, avale des kilomètres, et retourne au travail le matin. Les assassins n'ont jamais été retrouvés par la police. Un jardinier ne dit-il pas qu'il faut prendre la mauvaise herbe à la racine et la trancher nette ?
Imaginez un ange, mais un ange un peu particulier :
L'ange accoudé
Avait
Un petit coup dans l'aile
et dans le nez
c'est « L'ange pleureur ». C'est l'histoire d'une longue recherche, celle entreprise par un homme, des années auparavant pour retrouver une femme, et elle est là maintenant devant lui, dans ce café d'Amiens, vieille « pochtronne », interpellant les clients de passage pour un verre de Martini. Trop décatie, elle ne se prostitue plus que très rarement, ou alors pour effacer une ardoise au bistrot. Ce jeune homme l'écoute, lui offre à boire, la raccompagne chez elle, lui parle. Elle lui raconte par bribes sa vie, une enfance difficile mais heureuse, mais il y a bien eu un jour une cassure! Et qui est réellement ce jeune homme, qui doit repartir vers sa vie à lui?
« Jeanne, ma Jeanne », c'est l'amour fou, absolu, celui dont un homme ne se remet pas!
Je n'oublie pas que tu fus celle
que j'ai aimée
la seule.
Lucien, la quarantaine, a été marié, enfin il a plutôt vécu en parallèle avec son épouse, mariage forcé, suite à ce que nous appellerons pudiquement une erreur de jeunesse. Chauffeur routier, il part toute la semaine, leurs relations deviennent de l'indifférence polie, sans dispute, pourquoi continuer à perdre deux vies, alors ils divorcent. Lucien change de métier et devient représentant de commerce, il aime ce travail, un jour il fait la connaissance de Jeanne, il revient la voir, fait la connaissance de Jérémie son fils.... C'est le début du bonheur pense t-il, mais, la vie cette garce en a décidé autrement.
Un montagnard pris au piège de l'amour et de la mort, les grands espaces et ses chiens, il n' a connu que cela. Quand un couple vient s'installer chez lui pour quinze jours, tout sa vie bascule, il ne sera plus jamais le même.
Un homme sillonne les routes la nuit, que moissonne t-il seul au volant de sa voiture ?
Un jeune homme et une vieille alcoolique à Amiens, histoire pathétique de cette femme.
Les histoires d'amour finissent mal en général, celle de Jeanne et de Lucien finira très mal, et la morale ne sera même pas sauve.
De la déraison, des détresse profondes, des hommes qui touchent le fond, tuant par amour, ou aimant à la folie, les deux souvent combinés d'ailleurs. Un très bon livre analysant des gens souvent à la raison à la limite du point de rupture. Des vies qui basculent, sur un mot, un geste, un regard, des existences pathétiques poussées à l'extrême.
A signaler que chaque histoire est précédée d'un texte, plutôt long pour « Musher », d'où sont extraites les phrases en italique.
Extraits :
- Ça m'avait passé, ces histoires, et maintenant, ça me reprend. Mais ils ne sont plus là. Il n'y a plus personne pour me porter.
- C'est à ce moment-là que j'aurais pu dire non. Je sais. Un non ferme et définitif.
- On évite de parler de sa mère. À quoi bon ? Nous savons tous les deux ce qu'il en est. Les choses n'iront pas en s'améliorant.
- Dorénavant, je peux affirmer connaître la véritable valeur de la vie. Et de la mort.
- Si profondément enfouies que même les torrents de Martini que charriaient son sang ne pouvaient les exprimer.
- Elle n'avait pas de grand appétit mais elle avait soif, sempiternellement soif.
- Je ne cherche pas à me justifier, ni à me faire pardonner. Personne ne peut plus me pardonner.
- C'est comme ça : j'ai toujours eu tendance à croire que les gens, dans le fond, sont exactement ce qu'ils ont l'air d'être.
Éditions : Zulma / Roman Noirs. (2008)
* Phrase extraite de « l'introduction ».
Amanda, Bladelire et Tamara parlent elles aussi de ce livre.
Le site de l'auteur, ici.

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15 mars 2009

PRILLEUX Frédéric / RDV au pied de la statue.

RDV au pied de la statue.
Frédéric PRILLEUX (coordinateur).
Note : 4 / 5.
Certains RDV peuvent attendre!
Reprenons, le même principe que tous les ans, dix écrivains, cinq professionnels et cinq amateurs sous la direction de Frédéric PRILLEUX nous donnent rendez-vous. Ne soyez pas trop optimistes, tous les rendez-vous ne sont pas des rendez-vous sentimentaux! Bien au contraire dans toutes ces histoires où la mort n'est jamais de tout repos. L'expression « Repose en paix » n'est pas pour les victimes de ce livre.
Laurence BIBERFELD, S.G.FENICE, Élodie Le BAIL, Jérôme LEROY, Marcus MALTE, Claude MESPLEDE, Aurélien MOLAS, Annie MULLENBACH-NIGAY, Jean- Claude REY et Than-Van TRAN-NHUT sont là pour mon 7ème opus de la série. Mais cette année, j'ai un an de retard à mon rendez-vous. Je n'avais pas bien noté le nom de la statue!
« JACOB. RDV AU PIED DE LA STATUE. MÊME HEURE LE 13 PAS LE 14. VENIR AVEC LA CHOSE. DELAFON ».
Le challenge de l'année est là! Une statue, une chose et un rendez-vous avancé d'une journée.
Dans la première nouvelle (il en faut une) l'auteur nous annonce que l'art c'est de la merde! On ne peut pas lui donner tort, nous voilà dans un monde ou l'on nourrit les statues, et comme elles mangent elles défèquent (Qu'en termes galants ces choses là sont dites!). Deux vieux de la vieille veulent se retirer sur un dernier coup! Un gros coup, le casse du siècle!
Quelques nouvelles seraient à classer dans la catégorie « Gore » comme « la mort avec des veines chaudes » où l'auteur nous narre avec un certain sang-froid, l'association de deux malfaisants, un anthropophage et un spécialiste des puzzles en relief. Le second se servant des reliefs des repas du premier ! Ou alors « Vice-à-vice », qui nous est présenté sévices compris !
« Électricité Statique » est une nouvelle d'une noirceur absolue. Nous pénétrons dans le monde des policiers chargés d'enquêter sur les réseaux pédophiles qui sévissent sur Internet. Une vie de reclus, en espérant parfois sauver quelques enfants. Un voyage au bout de l'horreur.
J'ai également beaucoup aimé, la nouvelle intitulée « La chose ». C'est un long monologue, d'un homme parlant à un policier, sorte de garde à vue qui petit à petit va déboucher sur la révélation de certains drames.
Un peu d'humour dans « L'affaire Dada, une enquête de l'inspecteur Hugnet », si l'on n'est pas très à cheval sur certains détails une nouvelle tout à fait loufoque. Une nouvelle qui vient détendre un peu l'atmosphère plutôt glauque de certaines histoires.
A tout seigneur tout honneur, cette année nous avons le droit à un président de la République, en mauvaise posture soit mais encore président dans une nouvelle que j'ai personnellement trouvée délirante, se passant dans une France crépusculaire, ou l'on meurt de faim dans le Pas de Calais et où le choléra sévit près de l'étang de Berre!
C'est triste un enterrement, sauf pour l'assassin. Prenez le cas d'un homme, qui petit à petit a été dépossédé de tout par un de ses cousins. Celui-ci s'est installé à la maison, lui a appris l'amour de ses parents, et en plus a une très jolie fiancée. C'en était de trop!
Jusqu'où un homme politique peut-il aller pour assurer son élection ? Surtout quand des vieux souvenirs remontent à la surface. Et qu'ils sont illustrés par une photo.
Vieux souvenirs aussi pour le professeur Jacob, qui pour sa retraite regagne son village natal. Un de ses amis de jeunesse, Delafon lui donne rendez-vous. Alors Jacob se remémore un drame lointain. Quelle part Delafon avait dans la mort de cet homme ?
Excellente cuvée, avec un mélange des genres que je me rappelle ne pas avoir trouvé dans les autres éditions. Car ici nous mêlons allègrement le rouge et le noir, le rouge du sang et la noirceur de certains sentiments. J'ai beaucoup aimé la nouvelle « La chose » pour le style de l'écriture. « Électricité statique »m' a aussi beaucoup marquée. Il me reste la cuvée 2008 à lire.
Extraits :
- Ils ont mis la merde dans les galeries et les musées. Il est temps de démocratiser tout ça, et de mettre la merde dans la rue.
- Habituellement, les fous ont le sens des conventions. Les cannibales ne sévissent pas sous nos latitudes.
- Vince avait le corps d'Hulk en moins vert et la tête de l'ogre du Petit Poucet.
- De toutes façons, des militants et des ménagères, il ne devait plus y en avoir beaucoup.
Ni en France, ni ailleurs...
- Un faux jumeau, en vérité. Ma peine doit être insondable.
- Oser parler d'une France qui gagne dans un quartier où 60 % des habitants sont au chômage.
- Les collègues nous surnomment « les curés ». On ne peut y entrer que si l'on est célibataire et sans enfant c'est la règle. La deuxième raison se passe de commentaires.
- Une chose ?... Ah oui, « la chose », c'est plus précis, oui, mais ça ne même pas ça ne me met pas davantage sur la voie.
- Deux sujets d'élite déguisés en Dupont et Dupond, pour passer inaperçu, feraient les cent pas non loin.
- Tu ne perds rien pour attendre, d'Autrey. Un jour, c'est ta mémoire à toi que je traînerai dans la boue.
Je l'entendis à peine, mais cela sonnait comme une promesse.
Éditions : Les éditions Terre de Brume / Granit noir. (2007)
Autres chroniques ici

24 février 2009

COULIN Delphine / Les mille-vies.

Les mille-vies.
Delphine COULIN.
Note : 4 / 5.
Être ou paraître! *
J'avais beaucoup aimé, il y a un certain temps, le recueil de nouvelles de cet auteur       « Une seconde de plus ». Donc, je repars pour une seconde aventure avec ce roman paru en milieu de l'année 2008.
Est-il possible de résumer une vie en 24 heures ? C'est le temps de tournage qu'il reste à Dorine M. actrice, ensuite ce film sera fini. Mais est-il temps de passer à autre chose ? Est-on encore soi-même, après avoir endossé tant de rôles et de personnages ? Ou alors est-ce le temps des flash-backs ou des travellings arrières ?  Pour Dorine, cela devrait être un matin comme les autres. C'est un dernier jour de tournage, mais il y en a eu d'autres et elle espère qu'il y en aura d'autres. Pourtant elle se dit fatiguée par ce film. Elle marche vers les lieux de tournage. À cause de la scène qu'elle doit jouer aujourd'hui, elle a hésité et failli refuser le scénario. À cette heure matinale les rues sont presque vides, elle repense à toutes ces femmes qu'elle a interprétées dans sa carrière, toutes ces choses qu'elle a pris de ces personnages. Elle se rappelle de Maria, la folle, rôle qui lui a permis de briser un peu son image de jeune fille lisse et un peu « nunuche ». Nous la suivons sur le plateau, nous faisons connaissance avec la maquilleuse, une amie de longue date, nous assistons à une passe d'armes entre elle et la réalisatrice. Celle-ci désire en effet que l'ordre du tournage de certaines scènes soit inversé, Dorine pense qu'il s'agit d'une tentative de déstabilisation. La routine s'installe, si routine il peut y avoir en ce dernier jour. Mais pour Dorine, le doute s'installe, elle ressent une attirance très forte pour son jeune partenaire, elle craint cette scène finale. Elle doit rester Emma, le personnage, son double du moment, ne pas laisser sa personnalité propre prendre le dessus. Qui est-elle avec ses nombreuses vies, ses ombres qui passent dans son existence qu'elle abandonne avec plus ou moins de facilité. Ce soir, comme après chaque «  clap » final, se débarrassera-t'elle de son rôle....?
Dorine M., la femme aux mille-vies, mêlant malgré elle, le réel et l'imaginaire, une femme entre le trouble et les doutes, elle connaît le milieu du cinéma, l'amour n'y a pas toujours la sincérité voulue, elle est consciente qu'elle ne rajeunit pas. Son partenaire lui parle d'un rôle d'elle qu'il aime particulièrement, c'était il y a 37 ans, il n'était pas encore né!
Très peu d'autres personnages dans ce livre , quelques hommes de passage au propre comme au figuré. Le jeune premier, de ce film, qui dit être amoureux de Dorine, mais celle-ci a trop connu ce genre de situation. Seul reste dans la mémoire amoureuse de l'actrice, Max, le premier amour, le mari, le père de sa fille. Elle repense à sa mort tragique, le vide dans sa vie qui en a découlé. Le cinéma comme remède, vérité ou mensonge, la vie malgré tout. Est-elle restée elle-même ? Se jouait-t-elle la comédie? Toutes ces petites choses prises de droite et de gauche pour des rôles différents ont-elles changé sa vie, ou son métier ? Que reste-t-il de Dorine Magris sous le masque de Dorine Morel, l'actrice qui se prête au metteur en scène?
Un bon livre avec un climat bien particulier. L'auteur semble nous compliquer la lecture par plaisir, avec un va et vient incessant, entre les différentes femmes incarnées par Dorine. Des retours également sur des événements de certaines scènes cinématographiques datant de plusieurs semaines. Une tentative pour récréer une atmosphère de complicité ou la difficulté pour l'actrice, de jouer certaines scènes vécues dans la vie réelle. Une oeuvre en forme de puzzle sur différents niveaux. Delphine Coulin connaît bien le monde du cinéma, cela sonne vrai et donne une authenticité à ce livre, qui, à première vue, ne m'attirerait pas particulièrement. Il est à noter que quatre chapitres donnent un ton original à cette histoire; « Questions auxquelles personne n'aimerait répondre »; « Épithètes »; « Tous les prénoms de Dorine M. »et « J'aime ».
Extraits :
- Dès l'enfance ma vie avait oscillé entre réalité et fiction.
- Le rêve a changé de mains.
- Des semaines à me débarrasser de ce personnage, de ses aigreurs, de ses angoisses. Des semaines à me récupérer moi-même.
- Être Dorine M. c'est pouvoir être tout le monde.
- Je ne serai pas ridicule, je serai tragique.
- Certains rôles étaient vénéneux.
- C'est du documentaire, en fait. Un film d'amour documentaire.
- Tu veux bien arrêter de parler de nos personnages en disant« je » et « tu » ?
- Il se regardait m'embrasser. La sensation d'imposture revenait, et je n'arrivais pas à y croire.
- Tout, dans ma vie imaginaire, est vrai. Jamais réel, mais toujours vrai.
Éditions : Éditions de Seuil. (2008).
Autre chronique de cet auteur :
Une seconde de plus.
*What is the question?

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14 février 2009

BONNET Georges / Un jour nous partirons

Un jour nous partirons.
Georges BONNET.
Note : 5 /5.
De jadis à aujourd'hui.
Je ne connais pas du tout cet auteur, mais un recueil de nouvelles a toujours un attrait particulier pour découvrir un écrivain. Il a fait ses débuts de romancier à 81 ans !
« Alors je serai poète » qui ouvre cet ouvrage est un petit texte très court de trois pages, plein de poésie et d'espoir. Un bon début qui laisse augurer plein de merveilles.
« Je n'aurais pas aimé qu'il me dise merci ». Un homme et son ami sont à la fête foraine, il sent qu'on lui vole son portefeuille. Il se retourne vivement et frappe, ancien champion de boxe, il a encore le poing très sûr. Mais son côté bon samaritain se réveille......
« Un dimanche perdu ». Un enfant prend son vélo, son équipement de football, puis il part jouer un match dans un village voisin. Village distant de 18 km, les collines font mal aux jambes, les routes peu entretenues entraînent des crevaisons. Le terrain est un pré, les poteaux sont tout de guingois. Et il faut revenir, les jambes lourdes. Ce jeune garçon a maintenant 93 ans, il raconte un dimanche à la campagne à son petit-fils. À la télévision, des pseudo-supporters sortent d'un stade....
Quand elle était enfant, sa mère reprochait à Stéphanie de trop aimer Amandine. Le temps a passé, Stéphanie aime toujours Amandine, l'une a vieilli, mais l'autre pas.
« Un sourire pourrait tout effacer ». La nouvelle qui clôt ce recueil est une très belle histoire. Un couple âgé sans enfants, le temps passe, l'homme petit à petit décline. Sa femme le veille, s'en occupe sachant que la mort avance inéluctablement. Un texte plein de pudeur et de tendresse, le récit d'une fin de vie.
Des personnages de tous les âges de la vie, des gens simples, des récits ordinaires. Des nouvelles comme je les aime. La personne la moins ordinaire de ce livre, c'est en définitif l'auteur.
Une femme marche chez elle, lentement avec gravité, elle contemple son décor familier. Chaque objet lui rappelle une vie d'avant. À petits pas, sur la terrasse, elle s'installe sur une chaise et attend.....
Compagnon a pour seule compagne la solitude, vieux garçon parfois il se laisse aller à boire. C'est un homme simple, sans envie, mais la vieillesse et la maladie semblent là.
On a tous un jour ou l'autre collectionné les images fournies dans certaines tablettes de chocolat par exemple. Un enfant cherche désespérément la figurine de Ladoumègue. Il devient la risée de la classe. Que de souvenirs dans ce court texte. Acheter du chocolat à l'épicerie du coin et l'ouvrir impatiemment !
Du sport encore, arbitre le dimanche et croque-mort en semaine, ou alors pilier de rugby et borgne, c'est la vie, mais c'est aussi la mort. La mort on la retrouve, dans « La justice du cimetière », car dans les cimetières, certaines tombes sont somptueuses et d'autres misérables. Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, un homme et une femme sont dans une gare, ils attendent un train...
J'ai éprouvé beaucoup de joie à lire ce recueil : l'écriture qui semble ordinaire, mais fouillée, y est pour beaucoup. Cet auteur nous parle d'une époque où la vie était simple. Le temps de surconsommation n'avait pas encore frappé. Ce petit garçon allant jouer au football en est l'illustration. Compagnon, dans son existence monotone et solitaire, est un sage. C'est sa vie, il ne faut pas envier celle des autres.
E
xtraits :
- Des fenêtres s'allument. Des maisons prennent place dans l'eau.
- Des rites doivent être suivis. Des lenteurs sont de mise. Il convient de progresser avec prudence.
- Des supporters dévoués avaient gratté les bouses laissées par les vaches durant la semaine.
- Elle est riche, mais il ne l'envie pas. Elle est à sa place, lui est à la sienne, comme l'a voulu le destin.
- Sa tête est habitée de ténèbres.
-Elle s'enthousiasmait : - prenez donc « Pêcheurs d'Islande » vous verrez c'est merveilleux.
- Une grosse femme, sur son seuil, ne ressemblant pas à sa maison.
- Elle était pâle et ses yeux brillaient intensément.
Je l'ai trouvé très belle.
- Je n'y pense pas, c'est toujours le même train que j'attends.
- Celui qui a partagé sa vie, et cet autre qui continue de vivre près d'elle, ne font qu'un.
Elle l'accepte tel qu'il est.
- Elle reste à ses côtés, lui parle de faits anodins.
Elle ne joue plus avec certains souvenirs.
- La maison possède six fenêtres, mais celle qui donne sur le jardin est la seule à pouvoir provoquer le rêve.
- Il y a encore des petits gestes qui empêchent de mourir.
Éditions : Le temps qu'il fait. (2008)

Posté par eireann yvon à 22:08 - Littérature française - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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