Délivrance

James DICKEY.
Délivrance.
Note : 5 / 5.
En descendant la rivière…
Après avoir vu plusieurs fois le super film de John Boorman et avoir lu, il y a très, très longtemps, la première traduction qui date de 1970. Mon ancien livre, que je possède toujours, date de 1974.Le titre de ma chronique aurait pu être « Quatre garçons dans le courant ».
L’action se déroule en deux temps et trois jours : Avant, 14 septembre, 15 septembre, 16 septembre et Après.
Des citadins plutôt bien établis dans la vie décident de descendre, pendant que c’est encore possible, une rivière. En effet la construction d’un barrage va engloutir les environs, rendant ce périple impossible à plus ou moins brève échéance.
Lewis est l’initiateur et la figure de proue de ce projet. Homme athlétique, c’est un tireur à l’arc émérite. 
Les autres sont des gens très ordinaires, y compris le narrateur Ed qui dirige un studio photos. Il fait également du tir à l’arc mais à un niveau moindre que Lewis. Leurs deux compères sont Bobby Trippes et Drew Ballinger, qui, dans ses bagages, apporte une de ses guitares.
Tout se déroule normalement au début du périple, ils laissent leurs véhicules et payent des hommes du coin pour les amener à Antry, but de leur périple. Drew se lance (et c’est un passage inoubliable du film) dans un duo guitare banjo avec un enfant albinos du coin.
Les deux canots sont mis à l’eau, l’aventure commence. Elle tournera rapidement au drame.
Bobby et Ed sont seuls. Surgissent alors deux hommes armés, Ed est ligoté à un arbre et Bobby violé… Ed est détaché et dit être la prochaine victime… sauf qu’une flèche transperce le violeur… son complice s’enfuit.
La première question que se posent les quatre hommes, signaler les faits à la police ? Sauf que la victime est un homme des environs ! Les autorités n’auront sûrement aucun respect pour la loi vis-à-vis de citadins pas réellement les bienvenus. Ou alors enterrer le corps sachant que dans peu de temps, l’eau submergera toute la forêt ?
La descente reprend mais le cœur n’y est plus. Les rapides se font plus brutaux, et un coup de fusil tue Drew.
Coincés dans une vallée encaissée, les trois rescapés deviennent des cibles potentiels, et Lewis a une jambe cassée…
Le fugitif est devenu chasseur et les étrangers des proies.
Chacun de ceux-ci devra se surpasser pour survivre et convaincre la police, en particulier l’adjoint du sheriff dont le beau-frère a disparu. Et à ce jeu-là les plus forts ne seront pas forcément ceux que l’on pense.
Cette lecture me prouve une fois encore qu'un film, aussi bon soit-il, fait par un grand metteur en scène, ne peut pas réellement retranscrire ce que nous dit l'auteur.
Mais il est aussi certain que cette lecture me permet de me remémorer quelques scènes cultes du film.
Je reconnais que je suis incapable de me rappeler de la première traduction de ce roman.
Un très bon livre, fable écologique, drame humain, constat social, merci à Boorman, grâce à qui beaucoup de gens se sont intéressés à ce texte. Mais quel grand roman !
Extraits :
- Mais pour le moment, c’est sauvage. Je veux dire, vraiment sauvage.
 - Je n’avais pas encore de crampes ou d’ampoules aux mains, mais j’étais horriblement fatigué. Je perdais mon énergie à mesure que le soleil perdait la sienne - Ma pensée principale était que je me trouvais en un lieu où aucune – presque aucune – de mes manières ordinaires de vivre ma vie ne fonctionnerait. Je n’avais aucune habitude en laquelle puiser. Était-ce cela, la liberté ? me demandai-je
- Zavez parlé d’fabrication d’gnôle. Croyez qu’on fait d’la gnôle. Allez. Allez. C’est pas vrai ?
- Lewis, dit Drew, je suis sérieux. Dis-nous ce que tu as derrière la tête. C’est la vraie vie, là, pas un de tes putains de jeux. Tu as tué un homme. Il est là
- Et il lui arriva un truc. Il me sembla tout d’abord – je le vois mentalement en trois dimensions, et au ralenti, et image par image – que quelque chose, peut-être un petit coup de vent, mais en beaucoup plus précis et concentré, lui avait arraché une touffe de cheveux sur l’arrière du crâne.
- C’est lui ou nous. On a tué un homme. Lui aussi. Pour savoir qui s’en sortira vivant, il faut savoir qui tuera qui. C’est aussi simple que ça.
- Je crois qu’on voulait juste prendre un peu l’air. On travaille tous en ville et ça finit par être lassant de passer toutes ses journées assis dans un bureau.
- Hier, ma sœur m’a appelé parce qu’elle s’inquiétait pour son mari qu’était toujours pas rentré d’la chasse. Y a jamais personne dans c’te forêt là-haut. J’mettrais ma putain d’main au feu qu’vous vous êtes rencontrés quêque part dans l’coin. Et j’m’en vais ben l’prouver.
Éditions : Gallmeister (2013).Totem (2015).
Titre original : Delivrance (1970).
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Mailhos.