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Honorer la fureur.
Rodolphe BARRY.

Note : 5 / 5.
Tribulations d’un écrivain ingérable.
Ce livre me permet de découvrir deux écrivains, l’un français, Rodolphe Barry l’auteur, et James Agee, écrivain américain qui est le sujet de cet ouvrage.
Je dois reconnaître que je ne connais pas James Agee (1909/1955) qui obtint entre autres le Prix Pulitzer à titre posthume pour « Un mort dans la famille ».
Ce livre commence par quelques phrases du grand cinéaste John Huston, car James Agee a travaillé à Hollywood avec John Huston, et en particulier pour le scénario de « La nuit du chasseur », unique film et chef d’œuvre de Charles Laughton.

James Agee était l’homme de tous les excès, alcool, tabac et femmes. Il était aussi un homme de plume multi cartes, romans, reportages, chroniques littéraires et cinématographiques. Touche à tout de génie, mais homme ingérable. 
Liberté de vivre et d’écrire, de donner son avis, de raconter ce qu’il voit. C’est son obsession, pratiquement toujours contrecarré dans certains magazines où il est embauché comme reporter.
Avec le photographe Walter Evans, il part faire un reportage chez les pauvres métayers blancs en Alabama. Il constate de visu la misère de ces gens, mais aussi leur générosité et leur dignité. Il écrira à son retour son livre phare « Louons maintenant les grands hommes ».
Il doit lutter toute sa vie contre ses addictions, l’alcool, le tabac et aussi le sexe ! Il a une vie amoureuse des plus tumultueuses, de nombreux mariages durant une existence courte mais dense. Quelques flash-back nous éclairent sur sa jeunesse, la mort de son père, puis son éducation et son long séjour en pension.
Il y a très souvent une chose qui m’étonne, c’est l’érudition littéraire de certains écrivains américains. Ici la liste des auteurs lus par Agee serait trop longue, mais cela va du James Joyce de « Gens de Dublin » à Dorothy Parker qui l’aidera quand James touchera le fond. Il voue une certaine admiration à quelques auteurs russes ou français comme Mallarmé, Proust, et Céline sans oublier les Américains Faulkner entre autres. Est aussi cité dans ce livre le jeune Ginsberg. On trouve aussi le nom de Sherwood Anderson que je me promets, de lire. Bref, il serait trop long d’énumérer toutes les célébrités présentes dans ces lignes. Un mot encore pour signaler son amitié pour Charlie Chaplin qu’il défendit envers et contre tous.

Ce livre, magnifique, a nécessité (du moins je le suppose) un travail de recherches colossales. 
Une superbe découverte qui m’a vraiment donné envie de lire James Agee, car j’avoue beaucoup apprécier ces écrivains, qui écrivent sous l’influence de l’alcool, même si celle-ci cause leur perte. Il parle d’une rencontre dans un bar avec Dylan Thomas !
Une chronique très dure à faire car j’ai l’impression d’avoir oublié de parler de beaucoup de choses.
Extraits : 
- La conscience de l'Amérique n'est pas la sienne, la morale de l'Amérique n'est pas la sienne, et sa rage le mène près des larmes.
- Après des années d'errance, de perdition, il renoue avec son sang, celui de son père et de ses ancêtres des Appalaches. Il communie avec le lointain, le défunt, l'engloutit.
- Sa situation est intenable. Il ne peut travailler comme il le souhaite et n'est pas libre d'écrire sur ce qu'il veut. Le monde est froid, et il brûle.
- Chez lui toutes les émotions humaines sont à l'œuvre en même temps. Tous mesurent que sa passion est plus puissante que la simple ambition de se faire un nom.
- Après des semaines de routine écrasante, éclairée par ses leçons du soir, il reprend son manuscrit avec un œil nouveau.
- Les écrivains de premier plan pour qui « l'usine à rêves » se change en cauchemar sont légion, Chandler, Faulkner et Fitzgerald y ont laissé des plumes. Voici un bon sujet d'article qu'il propose au Time.
Éditions : Finitude (2019).