Natural Killer

Natural Killer.
Pierre PELOT.
Note : 5 / 5.
Delirium et tremblements !
Auteur prolifique, très prolifique, environ 200 titres au compteur dans des genres très différents, western, sciences fiction et policier.
J'ai lu cet auteur durant ma période science-fiction forcée. Chose qui peux sembler étrange que j'explique, j'ai travail comme salarié, pas comme colon, en Algérie pendant une courte période de ma vie. J'ai été durant ce laps de temps très malade et je seul libraire que j'avais pas loin de mon lieu de repos n'avait que des ouvrages de ce genre littéraire... alors je m'en suis donné à cœur joie.
Ici le propos est différent.
Nous somme dans les Vosges, un écrivain en perte d'inspiration survie à coup d'alcool et de tranquillisants dans une maison un peu en triste état. Il est accompagné de Bog un chien qui ressemble à son maître (à moins que ce soit l'inverse!). Sa vie est un éternel conflit, il doit faire face, au froid, à une chaudière plus que capricieuse, à la solitude, il a eu une épouse, un fils, qui sont devenus des fantômes, il y a aussi Ric son ami médecin qui aimerait bien qu'il baisse sa consommation de boisson forte. Bref son existence est une lutte perpétuelle contre le reste du monde. Un nouvel ennemi imprévisible, des tremblements de terre.
Mais plus désagréable encore un visiteur se présente inopinément Luc Mordacci qui arrive de Bretagne pour le rencontrer. Chose qui n'est pas pour lui plaire même si c'est homme connaît son œuvre sur le bout des doigts.
Le propriétaire des lieux invite son hôte à prendre la chambre d'amis, pour le meilleur et pour le pire.
Les relations entre les deux hommes deviennent dans un huis-clos polaire une sorte d'épreuve de force, ni l'un ni l'autre ne cherchant à se dévoiler vis-à-vis de l'autre. Le lecteur parlent livre, l'auteur pendant ce temps, se remémore sa vie passée.
Grazzia son épouse, sa plus que moitié, son double, leur amour fusionnel, deux corps une seule entité. Puis le déclin de leur couple, ses voyages dont il ignorait la destination. Ses absences de plus en plus longues et fréquentes. Et son décès sur la route.
Ils eurent un fils Zacharie avec qui les relations ne furent guère familiales. Il gît dans le coma suite lui aussi à un accident.
Luc au cours d'une conversation révèle à son hôte que c'est Grazzia qui l'a invité à lui rendre visite. Ils ont fait connaissance dans une station balnéaire de la côte normande.
Et la terre continue de trembler ! L’apocalypse est là !
Le narrateur qui ressemble à si méprendre à l'auteur nous raconte sa sombre existence. Une grande maison non finie, sa solitude accentuée par le froid. Ses promenades nocturnes pour fuir les autres et lui-même. Médicaments et alcool cocktail pour l'oubli. Un grand personnage, une gueule, un type avec ses forces et ses faiblesses. Pour qui malgré tout j'ai éprouvé beaucoup de sympathie. Mais qui semble sombrer dans la folie....
En face Luc Mordacci parait un peu plus gris, plus ordinaire et un peu dépassé par les événements, se demandant dans quelle galère il s'est embarqué.
C'est un livre noir pour ne pas dire glauque. Les descriptions de ses paysages désolés sous la neige et dans le froid vous glacent les sangs. Une atmosphère à la fois glaciale et torride.
Une découverte que je conseille vivement pour le suspense qui ne faiblit pas.
Un roman dur mais dont on a du mal à se détacher avec une fin hallucinante!
Extraits :
- Il y avait encore Grazzia.
- J'avais peur d'elle. De toutes les filles. Un peu plus sans doute. Comme elle avait peur de moi qui regarde le monde de travers et qui mordait trop vite. Parce qu'on était toujours ensemble. Ces peurs-là n'avaient que faire de l'hiver. Elles avaient goût de printemps qui hésitent, d'étéstrop lourds à respirer, d'automne qui se calcinent entre les doigts.
- Dix-huit ans... La maison de rêve vieillissait en infirme...
- Dieu ne survie qu'à force d'être con, encouragé par la connerie des autres - ses fidèles dévots.
- Comme s'il avait toute la nuit pour sa : attendre. La nuit prochaine encore, et les autres, les suivantes, sans fin. Toute la patience d'un arbre incarné.
- Et si nous avions pu savoir, cet échange résumait tout ce qui avait provoqué la rencontre, ce qui la poursuivrait, de la communication à l'effondrement. S'il y eut jamais communication.
- Là, sûrement, je m'accordais davantage à la silhouette d'un de ses personnages culte des rôles décrits par un Caldwell, une Flannery O'Connor... aussi bien qu'un de ces foutus personnages miens, parfois, toutes frontières géographiques, distances talentueuses balayées.
- Vous savez ce que c'est un Natural Killer ? Lui demandais-je. Il secoua négativement la tête, avec ce détachement supérieur qu'on accorde à l'imbécile heureux.
- Je n'ai pas cessé de la tromper, avec des histoires imaginaires que vous nous pouvez pas empêché de germer, avec tout un tas de femmes qui me semblaient être ce qu'elle n'était pas, ou n'était plus, toutes les femmes... et je me demandais : « comment elle baise , celle-là », et je voyais leur cul, leur peau, sous leurs vêtements... pauvre merdeux, Mordacci, qu'est-ce que ça peut vous foutre ?
Éditions : Rivages / Noir (2000)