Pierre Boulle
Histoires perfides.
Pierre BOULLE.
Note : 4 / 5.

Nouvelles du Royaume de Shandong
De cet auteur j’ai lu, jadis, enfin peut être un peu avant, l’excellent « Les jeux de l’esprit ». Il est aussi l’auteur, entre autres du « Pont de la rivière Kwaï » et de « La planète des singes ».

Six histoires qui ont souvent la mort pour point commun :
La Grâce Royale ; Le Palais Merveilleux de la Petite Ville ; Les Lois ; Les Limites de l'endurance ; Service Compassion et  L'Angélique Monsieur Edyh.
« La Grâce Royale » jusqu’où deux femmes sont prêtes à aller pour sauver la vie de leurs fils.  L’une est une Reine aimée de son peuple, l’une une simple femme au foyer. Très loin, jusqu’à la condamnation à mort pour l’une, au meurtre pour l’autre.

« Le Palais Merveilleux de la Petite Ville » Au royaume de Shandong il y a un ministère de la Statistique, dont les actes et les paroles étaient très suivis. Ainsi il apparut un jour que les homicides étaient en constante augmentation ! Alors il fut décidé en haut-lieu de créer une maison où les détenus attendraient dans les meilleures conditions possibles leurs exécutions. Ainsi naquit « Le Palais Merveilleux de la Petite Ville ». Qui ne servit jamais…
«  Les Lois ». Au royaume de Shandong, il existait un corps de ballet très élitiste. Parmi les jeunes filles, Sinar était la plus brillante. La chasteté était une obligation, or Sinar se trouva enceinte. Elle parla de viol mais ne fut pas crue. La peine de mort fut prononcée. La jeune femme alors tenta de sauver sa vie… ce ne fut pas facile !
« Les Limites de l'endurance ». Pourquoi s’infliger la torture que procure la souffrance et pourquoi ne pas essayer d’avoir un minimum de soulagement ? Pourtant les médecins se succèdent à son chevet. Mais un jour elle décède, le mari avoue en privé l’avoir un peu aidé… la raison est surprenante… pourquoi si tard !
« Service Compassion ». Le vieillard conte une histoire qu’il a vécue. Un peu dépressif il a fait appel aux bons soins du Service Compassion. Là il a sympathisé avec Vincent son conseiller. Puis un jour il a répondu au téléphone à sa place, une femme au bout du fil lui raconte ses souffrances, le naufrage de son mariage, l’indifférence de son mari… Une chute inattendue. Un très beau texte.
« L'Angélique Monsieur Edyh ». Il est beaucoup question de Stevenson et de son célèbre roman « L’étrange cas du Docteur Jekyll et de Mister Hyde ». Un des amis du Vieillard a lu et relu ce roman et il veut tenter l’expérience sur lui-même ! Par un étrange retour des choses, Monsieur Edyh était la bonté même !
Deux personnages principaux pour ces histoires, Monsieur qui les reçoit et  le narrateur qu’il nomme par le sobriquet de « Vieillard ». Un sage qui professe « La Religion du Doute », et qui est un conteur exquis.

D’autres personnages apparaissent, certains disparaissent au fil de ces textes.
Une écriture agréable, un peu compassée mais qui n’a pas vraiment vieilli.
Certaines nouvelles sont de grands textes, je pense à « La Grâce Royale » et à « Service Compassion » en particulier.
Extraits :
- Parle, vieillard. Les aveux du véritable criminel peut-être ? Tu m'as laissé entendre qu'un doute planait sur la culpabilité de ton client.
- Monsieur, il fut dépensé pour ce fabuleux édifice plus de matière grise, plus de nuits de travail, plus de talent, plus d'or aussi que pour n'importe quel complexe industriel.
- C'est cela, fit le baron assombri. « Un terme à mes souffrances ».
- Je t'en prie, je t'en supplie, vieillard, raconte. Tu es trop modeste je suis persuadé qu'une aventure qui te concerne particulièrement ne peut manquer de piquant.
- Et la jeune fille, vieillard ? Qu'en est-il advenu ?
- Si je mentionne ce fait, c'est justement parce que la lecture d'un écrivain britannique, assez connu je crois, fut à la base de son étrange aventure.
- Il fit retraite sur retraite, pratiqua le jeûne, l'abstinence, la macération, la flagellation même, en s'occupant d'œuvres charitables et passant le reste de son temps en méditation.
Éditions : Flammarion (1976).