Corrosion / roman
Corrosion.
Jon BASSOFF.
Note : 5 / 5.

L’Amérique, version très noire.
Second roman de cet auteur américain que je lis après l’excellent « Les incurables ».
Roman à la présentation originale, quatre parties pour trois personnages principaux :
1er    Partie : Joseph Downs (2010) ; 2ème Partie : Benton Faulk (2003) ;
3ème Partie : Joseph Downs (2010) ; 4ème Partie : Révérend Wells (2011).
Quel sont les liens qui unissent ces 3 hommes ?
John Downs, dont le véhicule est  tombé en panne, s’arrête dans une ville,  sorte d’antichambre de la misère la plus complète. Ancien soldat, son visage a été ravagé par les flammes. Buvant une bière, il est témoin du passage à tabac d’une femme par son mari, il intervient. Son break étant immobilisé pour quelques temps, il trouve une chambre dans le seul hôtel de la ville, hôtel est d’ailleurs un bien grand mot. Il est rejoint dans sa chambre par Lilith qui a réussi à fuir son époux. Ce qui devait arriver arriva… mais la vie même pour un ancien marine de la guerre d’Irak, rescapé de Mossoul, n’est pas qu’une partie de jambes en l’air… ici aussi la mort est présente.
Benton Faulk est jeune, son environnement familial est pour le moins déprimant, le père, sorte de professeur fou, vit entouré d’une centaine de rats confinés dans des cages. Au-dessus de la mêlée trône, seul dans sa prison « Le Rat- Christ ». Sa mère était alitée, malade, de plus en plus faible, et le tout dans un village que l’on devine être le trou du cul d’une campagne misérable des Etats-Unis. Il a bien un peu de famille, une tante et un oncle, mais surtout il y a Constance.

Constance qui l’avait réconforté à la mort de sa mère, Constance pour qui il éprouvait une passion frisant la folie furieuse. Sa vie est un cauchemar, alors il ne lui reste plus qu’à prendre la route, un brave homme le prend en stop… mais sur la route aussi la mort rode.
Sautons quelques années et retrouvons John Downs dont la situation n’est guère brillante. Le manque d’argent l’oblige à prendre un travail peu ragoutant pour un salaire de misère. Salaire de misère qui est bu d’une manière systématique. Il a trouvé (dans ce cas on trouve toujours) un compagnon de beuverie. Mais il veut revoir Lilith, car il a un compte à régler avec elle… et son amant… la mort encore et toujours sera au rendez-vous.
Après quelques pages finales du révérend Wells, la messe sera dite… amen.
Tout ce roman est écrit à la première personne du singulier, ce qui n’aide, ni à la facilité de lecture, ni à la compréhension d’une histoire très forte.
Le final est grandiose.
Il est à noter qu’il est question du Docteur Freeman, spécialiste de lobotomie orbitale, principal personnage de « Les incurables » roman aussi noir que celui-ci !
Une découverte, un grand auteur.
Extraits :
-  La journée était froide et venteuse, le soleil un éclat insipide dans un ciel gris acier.
- Elle ne l'avait épousé que parce qu'elle était enceinte et qu'elle avait peur. Elle avait perdu le bébé et gardé le monstre.
- Nous nous trouvions au bout du monde et cet homme-là était le diable et il attendait sa rémunération.
- Le diable était mort, et j'avais fait quelques pas de plus vers chez moi.
- Oh, Benton, disait-elle. Je n'en peux vraiment plus. Le monde est un endroit tellement horrible !
- C'était un ange de la miséricorde, une libératrice des âmes, un messie de l'amour, je pensais que la rédemption était une possibilité.
- Parce que j'avais entendu parler de lobotomie, je connaissais la chanson. Soulève la paupière et place le pic à glace contre le haut de l'orbite, enfonce-le avec un maillet.
- Et ses yeux étaient grands et tout est sincère, alors je la crus.
Et elle mentait.
- J'avais tué des hommes en Irak. Je n'étais jamais allé en Irak. La vérité ? Qu'est-ce que la vérité ?
- Pourquoi ? C'était une mauvaise femme. La pire pécheresse que j'ai jamais connue, et j'en ai connu des pécheresses.
- Ne vous laissez pas avoir par le calme ambiant. Silverville est un hameau de péché, un million de secrets enterrés vivants.
Éditions : Gallmeister/ Totem.
Titre original : Corrosion (2013).
Traduit de l’américain par Anatole Pons.
Autre titre de cet auteur sur ce blog :
Les incurables.