Supplicies petit modèle
Les suppliciés du Goëlo.
Fañch REBOURS
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Note : 4 / 5.
Le mystère « Maivonig ».
Première roman d’une trilogie ayant pour cadre Paimpol et ses environs. Cadre que je connais bien pour y être né, il y a très longtemps.
Dans un très intéressant avertissement au lecteur, Fañch nous explique la genèse de ce livre où la petite histoire rejoint l’Histoire avec un grand H.
- Basé sur un fragment de mythe familial, ce livre est un roman
d'« historique-fiction » où les petites histoires flirtent avec la grande Histoire.
Nous sommes au mois de mai 2005.
Un homme marche dans les marais situés autour de l’abbaye de Beauport. C’est un colosse, portant un homme sur ses robustes épaules. Il va noyer celui-ci sans états d’âme. Son seul regret, tout le cérémonial que son commanditaire l’oblige à faire, mais à ce prix-là, il s’exécute.

Le lendemain au petit matin, un corps démembré est découvert au cimetière de Ploubazlanec, sur un muret. En lettres de sang la phrase suivante est écrite en breton :
-« Dalc’h soñ eus Maivonig ».
La traduction de ce texte en français est la suivante –« Souviens-toi de Marivonnic ». Qui est cette Marivonnic ? Les suppositions vont bon train, plus farfelues les unes que les autres. Mais bon deux morts et cette inscription dans ce coin de Bretagne plutôt tranquille, cela fait désordre.
Surtout que l’on découvre que ces deux cadavres sont deux frères, les Baumgartner venus faire bombance au sein d’une délégation d’Allemands.
On frôle l’incident diplomatique.
Le gendarme Mickaël Michel se serait bien passé de ces corps sans vie qui dénaturent dans le paysage. Début de l’enquête. La veille et une partie de la nuit (comme son nom l’indique), un « Fest-noz » était organisé à l’école de Kerity, à une portée de fusil du lieu où fut découvert le corps du noyé ! Une qui s’en souvient de cette soirée et encore plus de la nuit qui a suivi, c’est Viviane Le Du, institutrice bilingue, qui a fini la nuit avec un dénommé Stefan dans son lit.
Mais le Stefan en question est allemand lui aussi, alors il fait un suspect idéal pour commencer et pourquoi pas un coupable aussi idéal.
Mais un  troisième cadavre vient alourdir le climat qui était pourtant agréable pour la saison… un autre allemand… cousin, plutôt effacé des deux autres !
La même inscription « Dalch sonj eus Maivonig », les spécialistes du breton remarquent l’absence de l’accent entre le c et le h…
Viviane et Mickaël vont se retrouver à leurs corps défendants (enfin pas vraiment défendant d’ailleurs) au cœur d’une enquête qui les mènera en Allemagne dans les secrets d’une famille et qui a son origine dans le passé maritime de Paimpol du temps de la « Grande Pêche en Islande ».
Deux personnages principaux, Viviane l’institutrice qui n’a pas froid aux yeux et le gendarme Mickaël qui déteste le bleu, c’est dur parfois de porter l’uniforme. Heureusement pour lui les bretons ont un mot pour qualifier la couleur de la mer, « Glas ».
C’est bien écrit avec une pointe (mais point trop n’en faut) d’humour.

Une enquête menée tambour battant avec un coup de théâtre final inattendu.
Extraits :
- Voilà deux ans que j'ai embauché ici et je n'ai jamais entendu ce prénom. C'est du breton typique ?
- Maivonig faisait-elle partie, elle aussi, de la grande histoire ?
- Poursuivre tout ce que l'Allemagne a enfanté de scélérats et de lâches, les éliminer pour un chèque conséquent.
- Oui, mon lieutenant, je parle breton. Je suis de Callac. C'était la première langue de ma mère. C'est une langue, pas un patois.
- Il se croit revenu au temps de sa jeunesse écossaise. Quand les artificiers de l'IRA venaient se faire oublier dans les greniers des peuples d'Écosse. Solidarité entre les peuples minorisés oblige.
- « Tu sais, Mickaël, le petit mot qu'il m'a laissé, je ne vous l'avais pas dit mais... il était en breton".
- Il a donc couru, pendant ces jours, le pays Paimpolais en long et en large, du musée de la mer basé dans l'ancienne sécherie de morue du port, à celui de Ploubazlanec, nommé « Mémoire d'Islande » par ses accueillants bénévoles.
- L'instit bilingue bondit. Voilà que Gehrhard Baumgartner cite un proverbe breton dans le texte.
Éditions : Astoure. (2015)
Autre titre de cet auteur sur ce blog :
13 histoires cruelles de Bretagne.