TL
La nuit introuvable.
Gabrielle TULOUP.
Note : 3,5 / 5.
Allo, Maman bobo*
Premier roman de cette jeune romancière dont on apprend qu’elle a grandi entre Paris et Saint Malo (j’aurai personnellement une préférence pour cette dernière !). Professeur agrégé de lettres, elle enseigne en Seine Saint-Denis.
Un coup de téléphone de France d’une inconnue va bouleverser la routine de l’existence de Nathan Weiss et va le replonger dans sa vie d’avant, celle de la France qu’il a fui en acceptant ce travail en Slovénie.
Une femme, Jeanne Silet, voisine de Marthe, la mère de Nathan lui demande de revenir à Paris pour rencontrer cette dernière qui veut le voir. Nathan pense en lui-même qu’elle aurait bien pu être morte que cela ne lui aurait causé aucun chagrin. Il travaille à Ljubljana. Homme plutôt renfermé, son seul ami est Fabio, sicilien séducteur, qui a beaucoup de succès avec les femmes du Pays, alors que lui se renferme sur lui-même se remémorant l’échec de son mariage avec Déborah et le divorce qui s’en est suivi.
Sur l’insistance de Fabio, il accepte de retourner à Paris pour affronter sa mère et son passé d’enfant délaissé par cette dernière qu’il déteste ou pour le moins qui l’indiffère.
L’accueil de Marthe, qui souffre de la maladie d’Alzheimer, n’est pas des plus chaleureux. Mais le reconnaît-elle ?
Sa mère a confié huit lettres à Jeanne, mais il y a certaines conditions dont celle de les donner une par une, obligeant Nathan à revenir à Paris, ce qui ne l’enchante guère.
Les souvenirs assaillent Nathan et la lecture des missives de Marthe lui apprenne quelques secrets de famille dont il ne se doutait pas.
Il y a quelques cadavres dans les armoires, dit-on, ici il n’y en a qu’un.
Beaucoup de personnages dans ce court roman.
Nathan Weiss travaille en Slovénie pour fuir son passé ? Sa mère ? Le fiasco de son mariage ? Ou alors tout cela à la fois ? On sent en lui un être mal dans sa peau, à la limite d’une vie en partie ratée, et une solitude affective.
Marthe, sa mère, qui lui confiera par une série de huit lettres les secrets de sa vie jeune fille, puis de leur famille.
Jacques, père de Nathan décédé, qui, dans la mémoire de celui-ci, était plus aimant que sa propre mère.
Jeanne Silet la voisine, messagère et gardienne de cette correspondance distillée au compte-gouttes, selon la volonté de la vieille dame.
Carolina, la femme de ménage qui trouble fortement Nathan. Qui s’imagine… une nouvelle romance.
Il est aussi question des grands-parents maternels et de Paul, amour de jeunesse de Marthe.
Un bon roman que j’ai personnellement apprécié, une lecture aisée malgré beaucoup de retours en arrière dus à la lecture des lettres de Marthe.
La police de caractère des courriers n’étant pas la même que le reste du roman, on fait facilement la différence.
Extraits :
- Quatre ans d'une petite vie ennuyeuse de quarantenaires rompus par un simple coup de téléphone. Bien sûr, ça devait finir par arriver, même si avec elle rien n'était certain.
- Elle se tourna à demi sur son siège : « Ah, c'est toi ! Tu en as mis du temps ! »
- Plus on vieillit, plus vite on sait quand on se trompe. Et parce qu'on vieillit, on s'entête. - La voix fraîche de Carolina m'apaisa.
- C'est difficile, les urgences, tout le monde le sait. La double peine.
- Un aéroport de nuit, c'est sinistre comme un parking de gare désert le dimanche en province.
- Sur ses joues le sel laissait des traces. Ce n'était pas le moment, mais j'avais terriblement envie d'y goûter.
- Les jeunes filles ne veulent pas qu'on les aime, elles veulent aimer, sans espoir si possible.
- Résidence Saint-Antoine. Patron des objets perdus, c'est d'un humour douteux...
- Traverser une maison de retraite un jour de Noël est en soi une expérience assez loufoque. Si on y ajoute la gueule de bois de la veille, cela devient surréaliste.
Éditions : Philippe Rey (2018).
* Alain Souchon.