Chaos de famille

Chaos de famille.
Franz BARTELT.

Note : 4,5 / 5.
Cherchez pas docteur… c’est la tête !
Une découverte que ce roman noir et complètement déjanté trouvé  dans ma bibliothèque. J’avais besoin de vacances littéraires… avec ce livre je suis comblé !
Prenez un brave type, n’ayons pas peur des mots, un peu lâche et très con, il n’a plus de prénom, maintenant c’est « Eho ». Il est l’homme à tout faire de la maison, sa moitié (doux euphémisme) c’est Camina ! Il n’a plus le droit au repos du guerrier depuis une bonne douzaine d’années, donc il fantasme sur la voisine, madame Quillard qu'il a sans malice surnommé « Lamoule » en un seul mot, c’est plus intime. Évidement, amie avec son épouse, celle-ci a plutôt la cuisse légère et on lui prête (qu’aux riches) de nombreuses aventures, et elle ne se prive pas d’allumer le pauvre « Eho » qui se consume d’amour pour elle !
Mais voilà bonnes gens, un deuil terrible va frapper cette famille méritante. Beignet, qui était pourtant une bonne pâte, un des fils de la famille, meurt soudainement et à l’improviste. Le monde en est absolument chamboulé. Et ce n’est pas tout, petit à petit, cette honorable famille est décimée !
A quelque chose malheur est bon (ou si vous préférez le malheur des uns fait le bonheur des autres). En effet en sortant de l’hôpital par le plus grand des hasards ou alors à l’initiative de Cupidon en personne « Lamoule » et « Eho » se trouvent enfin seuls, mais malgré le parrainage de Cupidon, les Dieux sont parfois cruels… jetons un voile pudique sur certaines scènes un peu osées de ce roman pour revenir à nos cinglés. Qui tombent comme des mouches… « Eho » de son vrai nom Plonque lui est en situation de paralysie flasque (certifiée par le médecin de famille, qui d’ailleurs n’a plus le droit d’exercer). Mais le bougre cache bien son jeu. Pendant ce temps la mère de Carmina (également mère de Beignet) passe l’arme à gauche ! Lors d'une des cérémonies (désolé il y en a tellement), la sœur Solange émoustille (à son corps défendant) un des croque-morts ; elle y laissera la vie, étranglée dans un cercueil dans une scène de sexe à couper le souffle ! (Je ne l’ai pas fait exprès celle-là !)
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« Eho » Plonque a des soucis avec la fidélité de madame « Lamoule » Quillard (elle estime en effet qu’il n’a pas la frite) et il a un concurrent de taille avec Bitove ! Un fier gaillard !
Vous continuez à secouer le tout, à tourner les pages et à dévorer ce roman qui, dans son genre, est une pure merveille.
Mais sérieux s’abstenir !

Prenez une famille de tristes déprimés, méchants et un peu (pour ne pas dire plus) buveurs. En tête de liste, style chef de bataillon et de famille, la super pénible (surtout pour son pôvre époux !), j’ai nommé Camina, celle qui a la vie dure et le diable au corps. En parlant de corps, madame « Lamoule » Quillard est prête à tout sacrifier même son corps et d’en faire commerce ! Quelle abnégation !
C’est gargantuesque, rabelaisien, picaresque, immoral, mais jubilatoire ! J’en passe et des meilleurs !
Certains diront que c’est de très mauvais goût, c’est leur droit ! Moi j’ai adoré.
Extraits :
- Je grossis. Aujourd'hui, j'ai failli me sentir le courage de tuer Camina. Par surprise. Oh, la bonne ! J'en rêve depuis dix-huit ans.
- En ce moment, elle se tient à peu près tranquille. Elle m'a adressé la parole sur un ton presque aimable pour une fois : « La bouteille de gaz est bonne à changer. »
- Elle est née avec ce caractère infâme. Tous pensionnés, incapables d'un travail régulier, toujours à pleurnicher, à se plaindre, à courir les médecins, à se bourrer de cachets. Incroyable. Le père s'est flingué.
- ... et cette somnolence molle, entre la veille et le sommeil, à travers laquelle on perçoit un monde dont il nous semble qu'on en fait déjà plus tout à fait partie.
- Elle a suivi cette école-là, la vieille. Devant son téléviseur. Depuis si longtemps. De Janique aimée à Janique ta mère, un parcours rectiligne.
- Il tira trois fois la chasse d'eau, avant de s'écrouler dans le couloir en demandant pardon au Gros Plant du pays nantais, une fréquentation à lui.
- Dans les pièces du bas, les beaux-frères et les belles-sœurs gueulaient comme un asile. Il avait encore dû se passer des choses. Genre psychodrame.
- D'un seul coup de langue, il régale toutes mes zones érogènes, d'un seul coup, je te dis ! C'est un mec, il a le doigt comme une bite et une bite comme un progrès de la science. Quand il bande, il ne sait jamais où s'arrêter. Il ne s'arrête pas d'ailleurs.
- Pour moi, la schizophrénie c'est la maladie de la grande intelligence, tu vois ! Chez les écrivains, les cinéastes, les peintres, et même chez les psychiatres, il y a du schizophrène. C'est d'ailleurs ce qui fait le prix de notre souffrance.
Éditions : Série Noire Gallimard (2006)