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Droit vers le soleil.

Stéphane GRANGIER.
Note :4 /5.
Se brûler les ailes...dans la chaleur de l'enfer!
Stéphane Grangier fait partie du collectif "Calibre 35" qui sévit en principe dans les environs de Rennes, sauf lorsqu'ils obtiennent une permission exceptionnelle, ce qui fut le cas ces derniers jours, à Larmor-Plage! Je m'empresse de dire que leur conduite a fait l'unanimité.
Recueil de 5 nouvelles qui, si j'en crois la 4ème de couverture (que je ne crois jamais d'ailleurs), ont pour cadre "La Bretagne affreuse et méchante!". Plutôt sombre tout cela! De Lorient à Ouessant, les embruns sont noirs comme après le passage d'un pétrolier pourri ou rouge comme le liquide qui coule d'un corps martyrisé !
"Amarrées noires", c'est l'histoire d'un flic, Max Maugier, mis au placard dans une ville qu'il déteste, alors reste l'alcool et les virées le soir avec son acolyte Jean-Baptiste Casier, un nom lourd à porter pour un représentant de la force publique...Un matin, après une nuit particulièrement arrosée, trois corps affreusement mutilés sont découverts....et pour le flic commence la pêche aux souvenirs, celle aux bars, et il semble qu'ils furent nombreux....Casier lui explique qu'une jeune stagiaire les accompagnait...qu'ils ont été en boîte...qu'il les a raccompagnés, lui d'abord...elle ensuite....tempête sous un crâne accompagné d'un crachin alcoolisé...Nuit de cuite, de grosse cuite force 5 et encore.....ce fut une nuit câline comparée au jour qui suivit!
"Chiens dans la nuit" On quitte le bord de mer pour se rapprocher de la Vilaine (la rivière). Nous sommes à Bruz, banlieue ni plus belle, ni pire que Rennes, mais les nuits de Bruz deviennent subitement apocalyptiques....Pour certaines personnes être de mauvais poil, c'est habituel, pour d'autres non, mais lorsqu'elles le deviennent, c'est pilosité luxuriante....donc de très mauvaise humeur....et ce n'est pas non plus nuit câline. Cela s'étripe, fornique, dans les boîtes de nuit ou dans les fermes environnantes, c'est la nuit, tous les chats sont gris, version cauchemardesque.
"Stiff little fingers..." Jeter sa copine du haut d'une falaise d'Ouessant et partir discrètement par le premier bateau, c'est la solution impeccable. Surtout que Line, la copine, est plutôt du genre rustine! Et être à la colle avec elle ce n'était pas une sinécure....alors un bain même forcé surtout si c'est le dernier...un grand bol d'air et vive la liberté retrouvée....sauf que la météo sur les îles bretonnes est capricieuse...Alors plus de transport avec le continent et les soirées sont longues même en compagnie d'un ancien de l'île qui a une étrange histoire à raconter.
"Remugles" ou odyssée atroce d'un homme et d'une femme n'ayant plus grand chose d'humain, bref dans cette histoire toutes les horreurs y passent. A réserver à un public très averti, pour les autres refermez vite ce texte.....dont je parlerai peu car c'est malgré tout une nouvelle dérangeante. Un couple mal sous tous rapports...mais vraiment très mal et pourtant à leurs manières ils s'aiment et aiment les autres....Mais qui domine qui ? Alors l'escalade commence dans la violence !
Dans la nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, nous sommes dans la quiétude de la campagne morbihanaise, à Landevant plus précisément. Quiétude est peut-être un bien grand mot. Le narrateur qui arrive de la ville, ne s'est pas fait que des amis dans son école ou dans le club de football. Alors un jour grâce à sa rapidité il évite de prendre une volée et pas que de bois vert. Ensuite il retrouve Lorette, une jeune fille de son âge. Ils vont se baigner au lac avoisinant, le jeune homme comme ça sur un coup de sang écrase une grenouille. Ce geste, d'apparence anodine va déclencher des réactions en chaîne.....Deux groupes de jeunes quatre garçons et une fille ; qui domine ou commande en cette nuit dans un château désert? Alors qu'éclate un gros orage annonciateur de pluie et aussi d'autres choses!
Des personnages souvent à la limite de la folie furieuse, un policier fortement alcoolisé sombrant dans le délire entre les cuisses d'une veuve trop joyeuse...champagne et autres boissons fortes.
Un animateur radio, un propriétaire de boîte de nuit connard et cornard (en général l'un va avec l'autre), un garçon gentil qui devient méchant, un fermier trucidé et les cuisses de la fermière, une petite fille qui voit sa maman dans une position qui est d'ordinaire cachée! Ce n'est pas toujours beau Bruz la nuit. De toute façon dans ce livre, les nuits ne sont jamais belles mais dangereuses. Un jeune assassin est contraint d'écouter le bavardage d'un vieil homme....qui a le plus à cacher des deux ?
Des textes longs et très éprouvants, pas réellement le genre de nouvelles noires auxquelles je suis habitué. Ici, dans certains textes, on est plus dans le genre "Gore" avec hémoglobine, sadisme et mort très violente. C'est bien écrit, mais à réserver à un public très averti !
Jusqu'où peut aller l'imagination d'un auteur, mais aussi la perversité de l'être humain!
Extraits :
- Tout à coup, j'ai senti une pure terreur me gagner.
- Un tueur sur la route, avait dit Ellroy ; là, ce connard se trimbalait dans ma rue et il est en forme.
- Seuls témoins immobiles de cette agitation, les lampadaires, qui diffusaient une lueur blafarde sur le bitume de la route.
- Mieux valait picoler peinard en loucedé et s'en foutre. Au moins, cette activité collait à peu près à toutes les appartenances, musicales culturelles et tout le tremblement.
- Déjà je voulais oublier. Oublier tout.
- Les paroles du vieux m'avaient laissé dans un suintant malaise. Il racontait n'importe quoi ou est-il au courant de tout ? Je n'étais plus sûr de rien.
- J'étais partagé entre le fait de succomber et celui de résister.
- Et l'on ne s'amuse pas avec les emmerdeuses, l'on s'emmerde posément.
Éditions : Éditions de la rue nantaise (2012)