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La cabane d'Hippolyte.
Marie Le DRIAN.
Note : 4 / 5.
Quel numéro, cette Joséphine!
Roman datant de 2001 où déjà les thèmes familiers à Marie Le Drian étaient présents. Un double isolement, ici un village, une enclave du Sud Finistère et un isolement physique. Joséphine arrive dans cet endroit inconnu. Constante aussi, les hommes ne parlent pas beaucoup, mais les mères (surtout celle du personnage principal féminin) sont des mégères inapprivoisées!
Joséphine est "un regard" ; elle reconnaît elle-même qu'elle n'a pas su en tirer profit.
Ayant passé par correspondance un diplôme (?) la voilà enseignante, elle n'est pas faite pour ce travail et elle n'aime pas cela. Elle va d'échec en échec, en désespoir de cause, l'éducation nationale avec l'aide de l'enseignement privé (son cas est vraiment désespéré!) l'envoie dans un bourg, quelque part dans le Sud Finistère, un bourg dont personne ne sait s'il existe encore car personne ne répond! Comme si tout le monde était devenu subitement muet!
Mais que nenni! Quand elle arrive dans le village, c'est la révolution, les pouvoirs publics veulent détruire la cabane d'Hippolyte! Et les gens tiennent des discours comme Melle Julienne, improvisent des "Comités", bref cela fait du bruit dans le Landerneau (qui est dans le Nord Finistère comme tout un chacun le sait). Car la cabane d'Hyppolyte, c'est la mémoire du bourg, des dimanches après-midi d'antan, mais aussi le lieu de drames cachés.
L'héroïne Joséphine, style Pierrot Lunaire, entrée dans l'enseignement parce que sa mère le voulait, brisant un rêve d'enfance "être bibliothécaire". La diatribe de la mère contre cette idée (et contre les bibliothécaires par extension) est un chef d'oeuvre de mauvaise foi. Fréquentant assidûment la bibliothèque de ma ville, je peux en témoigner. On parle beaucoup du travail des enfants dans certains pays en voie de développement, mais trier des légumes dès que l'école est finie, dès que la mère l'ordonne, dès l'enfance, quelque part dans le Finistère, c'est pourtant le triste sort de Joséphine! Ses amours ne durent jamais au delà du vendredi soir, samedi midi au mieux!
J'aime beaucoup le portrait du père dressé par Marie le Drian, cet homme qui devient lui-même hors de la maison. Taiseux à la maison, il devient volontiers bavard au bistrot qu'il fréquente à la place de la messe, éduquant là sa fille par la même occasion.
La mère, vampire et castratrice, buveuse de cognac, sorte d'esclavagiste moderne, étonnons-nous ensuite de certains problèmes de Joséphine!
Toujours cette écriture un peu décalée, qui fait rire, mais parfois jaune. J'ai dû parfois revenir en arrière car la lecture est moins facile que dans "Attention éclaircie" par exemple. Ce qui ne paraît en début de lecture comme une oeuvre légère devient au final une histoire grave et émouvante.
J'ai découvert assez récemment cette auteur morbihannaise avec la lecture de l'oeuvre "On a marché sur la tête", ce qui m'a donné envie de lire ses romans antérieurs.
Extraits :
- Ils sont limités tous les deux. Moi aussi, je suis limitée. Dans notre famille nous n'avons pas d'envergure.
- Les familles limitées, manquant d'envergure n'ont jamais été des pépinières de professeurs, ni d'instituteurs.
- Et moi.
Le regard qui se tait.
- Pour éviter de voir la colère monter, mon père se tait.
- Sans compter que la plupart des bibliothécaires finissent vieilles filles! Tu me ferais cela à moi, ta mère, de finir vieille fille?
- Une allergie silencieuse en sorte. Après tout chacun a droit au silence de son allergie.
- Je me suis toujours demandé si ma mère ne m'avait pas inscrite dans un cours pour personnes limitées. Je n'ai jamais su.
- C'est grave le déclin des bistrots pour la vie d'une commune.
- Ainsi cette vérité absolue : au bistrot tout s'apprend.
- Il vaut mieux être isolé lorsqu'on possède une maladie intérieure.
- "Oui, c'est bon l'andouille et la purée, l'andouille donne du sentiment à la purée.."
- Il est difficile d'avouer que l'on ne pense pas. Que l'on ne pense plus.
- Ce n'est pas une cause la nostalgie?
Éditions : Julliard.(2001). et Coop-Breizh.
Autres chroniques de cet auteur :
Les femmes de là bas.
Marie Poupée.
On a marché sur la tête.
Attention éclaircie.