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Le fils du facteur américain.
Hervé JAOUEN.
Note : 4/5.
La vie en rose?
-"Vous serez peut-être surpris ou déconcerté en lisant "Le Fils". Vous verrez bien...
Bonne fin de journée.
Jean-Yves."
Ayant reçu ce mail de Jean-Yves Boivin, grand spécialiste de l'oeuvre d'Hervé Jaouen, ce livre a pris un intérêt soudain à mes yeux. En route pour la surprise!  Roman datant de 1988, il semblerait qu'il soit l'objet d'une prochaine réédition.
Mr Martin a quarante ans, une épouse Alice aux beaux yeux noirs, une fille de huit ans petite Alice. Fondé de pouvoir dans une banque, il a une belle maison, une bonne voiture, bref une situation bien assise.
Qu'est-ce qui lui passe par la tête, prendre une année sabbatique, comme cela de but en blanc? Est-ce une impulsion ou une décision mûrement réfléchie? Ou alors tout cela n'est que son imagination, une histoire inventée pour faire plaisir à sa fille?
Et pour s'occuper, Mr Martin comme tout bon travailleur intellectuel, il se fera manuel, et construira un mur! Mais un beau mur avec des pierres sélectionnées par Monsieur Martin lui-même, il voyagera, cherchera la pierre précieuse (enfin plusieurs mètres cubes de pierres précieuses). Puis il faut sélectionner les moellons avec une leçon de choses à l'appui! Si l'on revenait un peu en arrière, la vie d'avant le mur, d'avant l'année sabbatique, d'avant cette histoire insensée.
Mr Martin (ou son double), est un personnage, sale gosse et même enfant ignoble sous des airs angéliques. Et peut-être un peu dérangé aussi, lui l'ancien tortionnaire d'animaux domestiques? Ses rencontres galantes, lui le séducteur Mr Martin Superstar, aux Jeunesses communistes ou ailleurs. Son bottin mondain d'anciennes conquêtes. Sa carrière pas très brillante d'ailleurs. Et sa naissance n'est-elle pas sujette à question? Est-il le fils du facteur, américain ou autre?
Son épouse, la belle Alice, leurs amours de jeunesse, leur rupture temporaire, car avait-il dit : "Nous avons besoin de vacances sentimentales". Puis le mariage. Une certaine difficulté anatomique fit qu'Alice dut avoir recours à la science pour l'ovulation de petite Alice, la conception de cette dernière est un grand moment du livre. A ce moment elle ne savait pas que Mr Martin n'écrirait pas "Alice aux pays des merveilles" pour elle.
Quelle histoire! Ah bon c'était une histoire? J'avais pensé qu'il y en avait plusieurs.  Effectivement, ce roman est un peu déroutant et oblige à une attention particulière.
Les chapitres se suivent, narrant les voyages réels ou rêvés de Monsieur Martin, de Quiberon par le train à un chapitre jubilatoire à Palma avec une horde d'anglaises venue chercher l'orgie sexuelle sur ces rives ensoleillées.
Un autre chapitre est consacré aux expériences amoureuses de Mr Martin et de ses nombreuses conquêtes (un peu vantard le dénommé Martin?). Un autre à la misère morale et physique des campagnes bretonnes avec sa kyrielle d'alcooliques, de mariages consanguins et de suicidés.
Bref, durant la lecture, un sentiment d'éparpillement, mais sous cette apparente fantaisie, une oeuvre attachante. Même si de nombreuses questions restent sans réponse à la fin du livre et que le dénommé Martin ne soit pas réellement attachant!
Extraits :
- C'est l'éternel débat mon amour, l'art est-il utile ou inutile?
- Ah, Martin! En vous le philosophe a tué le banquier!
- Il était un petit con.
- Maintenant, il suit le mouvement, il va au sud.
- Martin était un très vilain garçon.
- Et ah, incroyable, incroyable, elle avait le pubis velcro.
- J'en ai marre d'être cocufiée par tes journaux financiers!
- L'ex-nouveau ou le nouvel ancien? Qui est qui? Suis-je l'ex ou le prochain?
- Je vois que vous êtes breton-ah, quelle belle région la Bretagne- alors, s'il vous plaît ne nous donnez pas une réponse de normand.
- Son avenir était en balance : écrivain ou commis aux écritures?
- Il accorde des interviews. Car c'est fatal la presse s'est emparée de l'affaire.
- L'espoir s'est envolé et toi aussi, petite Alice tu bâtiras ton mur.
Éditions : Payot. (1988)