Les trahisons du silence.
Brian MOORE.
Note :4 / 5.
Vivre à Belfast !
Brian Moore est né à Belfast en 1921 dans une famille catholique, il travaillera plusieurs années pour le gouvernement britannique. Il émigre au Canada en 1948 dont il deviendra citoyen en 1953. Il est décédé en 1999.
Michael Dillon est directeur d’un grand hôtel à Belfast, il n’aime pas cette ville. Il aimerait retourner à Londres avec sa jeune maîtresse Andréa, mais comment l’annoncer à sa femme ? La politique irlandaise et l’IRA vont faire intrusion dans sa vie, bouleversant tous ses plans. Ceux-ci veulent en effet faire sauter une partie de son hôtel où se tient une réunion de l’Ordre d’Orange, il conduira sa voiture pleine d’explosifs à sa place de parking pendant que sa femme sera gardée en otage. S’il n’a guère de sympathie pour l’IRA, il n’en a pas plus pour les extrémistes protestants et il sait qu’il n’y aura pas de coup de téléphone pour prévenir la police. Malgré tous les risques, il prévient les autorités, l’hôtel est évacué et il n’y aura pas de victimes. Mais que va devenir sa vie, sa femme ne veut pas quitter l’Irlande du Nord, Andréa a trouvé du travail à Londres où sa direction accepte de le transférer. La police reconnaît qu’elle ne peut garantir sa sécurité ! En échange elle accepte de minimiser son rôle dans la découverte de la bombe, marchandage politique, et muselage de la presse ! Michael Dillon essaye de se tenir à l’écart des problèmes d’Irlande du Nord, catholique modéré, il reproche à l’Angleterre une politique conduisant à la haine communautaire, il souhaite retourner à Londres, mais quitter son épouse lui pose plus de problèmes moraux que prévu. Mais sa conduite des évènements lui cause des problèmes de conscience, sa vie ou la vérité ? Moira son épouse anorexique est une très belle femme, fantasque et imprévisible, elle fait de sa décision de rester vivre en Irlande une croisade qui n’intéresse réellement qu’elle, et met leurs existences en danger.
Le côté politique de l’intrigue est relativement bien expliqué pour intéresser le lecteur, Brian Moore fait un effort pour être le plus impartiale possible, cela n’est pas toujours réussi, mais c’est sans conséquence sur l’histoire. Un bon roman beaucoup plus plausible que "Proxopera" de Benedict Keily sur le même sujet.
Extraits:
-Par quelle aberration un être doué d’une once de bon sens pouvait-il accepter de vivre dans une ville pareille ?
-Bon sang, Michael, il y a quand même des choses plus importantes dans la vie qu’une gamine bien roulée !
-Je me demande qui tu croyais épouser. Maude Gone Mc Bride, Simone de Beauvoir ?
-Mais ce qui le révoltait le plus, c’étaient les trahisons du silence, le silence des dirigeants de Westminster qui refusaient de regarder en face les injustices engendrées par le statu-quo imposé à l’Ulster.
-Il arrivait devant le siège de l’Ordre d’Orange, ce bastion des préjugés tenaces que nourrissent les protestants contre la minorité catholique.
-Voilà donc à quoi ressemblait le révérend Alun Pottinger "Le chien enragé de l’Ulster" (Toute mise en parallèle avec une personne existante n’est pas forcement fortuite).
-L’Irlande du Sud n’a que faire de nous et serait fichtrement embarrassée si demain on tombait du ciel tout chaud et tout rôti droit dans son giron.
-En cinquante ans de partition, le Nord et le Sud étaient devenus plus étrangers l’un à l’autre qu’en six siècles de domination britannique. Les Irlandais du Sud ne s’intéressaient que mollement aux problèmes d’Irlande du Nord.
Titre original : Lies of silence.(1993)
Editions du Rocher.(1998)