moralopolis

Moralopolis.
Catherine MARX.
Note : 5 / 5.
No sex in the City.
Le futur ne s'annonce pas rose, mais pour le sexe non plus. Et cela est original.
Dans très peu de livres parlant de l'avenir de notre univers, cela s'annonçait sous des auspices heureux. Autant vous dire tout de suite celui-ci ne déroge pas à la règle !
Un monde où la femme n'est plus l'avenir de l'homme, ni de l'humanité, mais son ennemi. Nous sommes en 2050 dans notre ex-douce France, Paris est devenu Moralopolis. Les féministes radicales du mouvement des "Chiennes bafouées" sont au pouvoir. Elsa Mindacier gouverne le pays et comme son nom l'indique la répression visant les hommes est très dure. Les humains de sexe masculin sont des citoyens de seconde zone !
Frank Doutandre est une exception, il n'est pas "formaté" et a été élevé à l'ancienne par ses parents, sa mère n'a pas passé la kyrielle de tests que la loi impose dorénavant. Tout semble aller pour le mieux pour lui dans un monde où les lois sont de plus en plus restrictives, pour ne pas dire contraignantes pour les hommes. À tous les échelons de la hiérarchie les femmes sont omniprésentes. La science remplace la religion, la majorité des naissances passe par un utérus artificiel, le congé parental est obligatoire pour le père, lequel dans tous les cas de figures perdra son procès contre son épouse ou même ex-épouse.
Frank est amoureux, Amandine aussi, le mariage est envisagé....sauf que la visite médicale prénuptiale détecte chez Franck la présence du gène du viol dans ses analyses. Adieu Amandine, mariage et tout espoir de vie "normale".
Puis plus tard, Cynthia repoussera ses timides avances bien innocentes et sera incitée par une de ses amies féministes acharnées à porter plainte.
Franck est condamné au centre de détention préventive, section des délinquants sexuels !
Il découvre l'horreur, joue le jeu de la soumission, trompe son monde et parfois lui-même. Mais comme souvent une punition injuste pousse à passer à l'acte par vengeance. Franck deviendra un violeur récidiviste recherché par la police...
Une phrase prononcée par un homme résume à elle seule le contexte :
- " Pour l'heure, il lui paraît nécessaire que les hommes paient pour les siècles d'oppression qu'ils ont fait subir aux femmes. Et que c'est seulement une fois qu'elles estimeront avoir obtenu réparation de leur préjudice qu'elles pourront revenir à des sentiments plus nobles à l'égard du sexe opposé."
Le héros masculin est Franck Doutandre, un serial-violeur, et pourtant c'est lui le personnage le plus sympathique du livre. C'est un bon garçon qui aurait pu être heureux si l’omniprésente science ne l'avait condamné au nom d'une vague possibilité qu'il devienne un violeur. Il est plus une victime qu'un coupable.
Pour les femmes (prière de laisser la notion de faible au vestiaire), c'est du lourd! D'abord les noms (qui sont autant de trouvailles qui mettent un peu d'humour dans ce livre).
Les politiques : Éléanor Rosse-Svelte, Adèle Pouhain-Tendu, Anaîs Poigne-Deferre.
Les femmes de la vie ordinaire : Cinthya Fiairealure, Julie Arpy, Fabienne Jolicoeur.
Les hommes : Jean Bouteantrin, Charly Mc Abbé, le docteur Dix-Séques.
La policière, Annabelle Garre-Dechiourme, honnie par Frank durant sa détention se révélera une femme aimante, mais fera son devoir jusqu'au bout malgré ce que cela lui coûtera.
L'auteur de ce livre est contrairement à ce que l'on pourrait croire une charmante jeune personne pleine d'humour, très loin des matrones ou autres gardes chiourmes qui hantent ce monde apocalyptique. Qui malheureusement n'est pas impossible car on trouve quelques signes avant coureurs, aux États-Unis par exemple.
C'est le genre de roman qui ne laisse pas indifférent, car il pose le problème de la juste égalité des sexes, combiné avec la liberté individuelle. Tout n'est pas bleu chez les hommes, tout n'est pas rose chez les femmes. Aucun sexe ne doit dominer l'autre et aucun individu ne devrait (vœu pieu) chercher à asservir l'autre.
La frontière est ténue et, comme dans cet ouvrage, toute loi devrait servir au bonheur de l'humanité et non pas à celui d'une seule partie de celle-ci. 
Extraits :
- La normalité qui prévaut dans la société me fait horreur autant qu'elle m'effraie. Je ne savais pas encore à quel point j'en souffrirai plus tard...
- Parce qu'en 2050, personne n'épouse ou n'embauche plus personne sans réclamer un extrait de casier judiciaire....
- Mais il faut bien avouer que nous vivions en marge du monde des humains normalisés quand j'étais môme.
- Avant, ma ville s'appelait Paris. On l'a rebaptisé Moralopolis en 2030.
- Le Gai-Paris fit place au morne Moralopolis.
- Moralopolis pue, elle suinte l'hypocrisie.
- Oui, Franck, tu as trouvé ta voix...Tu es né pour semer la terreur.
- Décidément, se dit-il, on ne peut plus se fier à rien ni à personne aujourd'hui, surtout pas à son flair. La prochaine fois, il évitera de recruter un non-calibré...
- La traque apporte la preuve irréfutable de votre culpabilité. La justice sera appréciée. Avec la Traque t'as plus la trique !
- Non. Je ne séduis plus. Je conquiers. Je repère un objet masculin digne d'intérêt sur le plan érotique et je lui fais explicitement savoir que j'aimerais froisser des draps en sa compagnie.
- Tant qu'à être lésé, autant l'être par soi-même... C'est moins frustrant.
- L'agresseur masculin est toujours coupable. L'agresseur féminin est toujours une victime.
- Contrairement à la plupart de mes contemporains, je sais que je ne suis pas celui que j'incarne. Le talent d'un acteur réside en ce qu'il parvient à le faire croire à ses spectateurs... À chaque fois que j'en ai berné un, j'exulte.
- La pièce, mise en scène par une figure éminente des Chiennes Bafouées, fut d'une débilité consternante. Le Monologue du Clito, rien que le titre est à mourir de rire.
Éditions : Tabou (2012)