Emmanuel

Une saison dans la vie d'Emmanuel
Marie-Claire BLAIS.

La note: 5 / 5.
La vie est dure aux miséreux.
Au Canada la naissance d'un enfant dans une famille très nombreuse et pauvre. Nous le suivrons lui et sa 'tribu' pendant la saison hivernale. La Misère est omniprésente, la religion aussi, mais pas pour aider les pauvres gens ; la survie était le lot de tous les jours.
Emmanuel naît en remplacement d'un de ses frères morts la veille, heureusement car la place manque. La promiscuité est infernale, la mère après 16 grossesses est un être usé, le père un ignare obtus. La vie se poursuit sous l'égide de la Grand-Mère, mais les drames vont ternir la fin de la première saison de la vie d'Emmanuel. Les garçons les plus vieux, boivent et fument en cachette, le Septième et Pomme sont envoyés pour travailler dans une usine de chaussures. Jean le Maigre l'écrivain est envoyé chez les Frères. Jeunesse corvéable, ils deviendront une main-d'œuvre à très bon marché. Emmanuel a son destin tout tracé s'il survit.
La Grand-Mère est un personnage énorme, au propre comme au figuré. Elle mène la maison avec force et douceur, femme ambiguë qui s'est pratiquement toujours refusée à son mari et qui l'a "aimé pendant son agonie". Les frères Le Septième et son compère Jean le Maigre sont tour à tour chenapans (les visites la nuit dans la cave du père, leur conduite avec certaines filles du voisinage) et en même temps des victimes désignées. Une de leurs sœurs, Héloïse, mystique, que la sexualité tourmente et qui entend les nuits de ses parents derrière la fine cloison, quittera aussi la maison avant la fin de l'hiver, un travail dans une auberge l'attend. Mais tous déchanteront.
La forme du récit est surprenante, parfois Emmanuel est le narrateur, parfois c'est la Grand-Mère, puis un troisième. L'écriture divague un peu, la phrase commence à une époque, puis se termine sur un retour en arrière, les gens racontent l'Histoire de cet hiver. Mais j'ai pris beaucoup de plaisir à ce livre et le Septième et Jean le Maigre sont très attachants dans leurs faiblesses et leurs impuissances à changer leurs vies. Le fatalisme du Septième est un aveu final.
La vie continue et pour Emmanuel avec l'arrivée du printemps sa deuxième saison commence et sûrement un autre enfant viendra.
Édition : Point poche (1996).
Éditons  originale : Éditons du jour Montréal (1965)