Raclée de verts

Raclée de verts.
Caryl FÉREY
Note : 4 / 5.
En vert et contre tous !
Ouvrage qui ne date pas d’hier publié dans la collection « Suite noire »en 2007.
Le football et la glorieuse équipe de Saint-Étienne, dont on parle beaucoup 40 ans après la finale de Glasgow ! 

Michel est un petit voyou sans envergure, les femmes, de préférence, qu’ils détroussent ne sont pas des victimes, oh que non, mais des adversaires, chose qui flatte son ego !
Pas très glorieux tout cela, le proverbe « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire «  n’est pas
dans précepte. Tabassant une victime il lui demande la cachette de sa caisse noire ! Triste époque pour A.S. Saint-Étienne. La justice imminente le frappe dans la nuit. Au matin il a perdu son odorat. Mais après tout on peut très bien vivre sans et parfois c’est même mieux !
Les clubs que rencontre son équipe favorite ont chacun droit à un qualificatif péjoratif pour ne pas dire raciste : Strasbourg est une équipe de Chleus, Marseille d’islamistes, A.J. Auxerre de violeurs (référence à l’affaire Émile Louis, je suppose !) le Stade Rennais, les galettes saucisses.
Une autre adversaire se présente, une femme vêtue de jaune, la couleur du club qui conteste la supériorité stéphanoise, le F.C. Nantes, les Canaris ! La femme est petite comme Loïc Amisse, et riche, le butin sera conséquent ! Mais au matin un autre sens a disparu…
Une entraîneuse (de cabaret, pas d’équipe de football !) sera sa prochaine adversaire et victime. Au réveil encore une disparition sensorielle, et là cela commence à faire beaucoup !

Le personnage principal de ce roman très noir à la limite du parodique est Michel. Raciste, débile, misogyne ne sont que quelques-uns de ces menus défauts, péchés véniels, dirons nous. Une seule chose trouve grâce à ses yeux, le football et surtout son équipe « Les Verts » dont les matchs rythment sa vie de minable. Son fidèle coéquipier est Janvion, un vieux chien aussi pitoyable que son maître.
Les références footballistiques sont nombreuses, les joueurs très présents, de Raymond Kopa à Chris Waddle, des Hollandais Van Basten et Johnny Rep aux Allemands Gert Muller ou Roth qui a marqué le but du Bayern Munich scellant la défaite des Verts dans cette finale qui est restée dans la mémoire des gens de ma génération. Un mot aussi pour ce fantastique joueur irlandais que fut Georges Best !
Les Verts ont laissé passer leur chance l’année suivante, le Football de Liverpool des Keegan, Toschak ou Heihgway se dresse sur leur route… le but de la qualification sera marqué par David Fairclough et non pas Farclough comme il est dit dans le livre. 

C’est plein d’humour noir, un court texte un peu baroque, sorte d’éloge à un club qui a marqué l’esprit des Français. On parle encore d’école stéphanoise (comme on fait aussi référence à l’école nantaise). Saint-Étienne même battu est resté dans les mémoires, plus par exemple que la victoire de l’Olympique de Marseille. C’était une autre France et un autre football, c’est la vie, le temps qui passe.
Un livre déroutant mais qui a réjoui l’ancien fan de football que j’étais.
 
Extraits : 
- Par la fenêtre du salon, le soleil décline tel un sportif passé la trentaine.
- Physiquement, je suis plutôt pas mal. Pas mal gros, mais tout de même, pas mal foutu–surtout pour un gros.
- La gloire pour les uns et Guantanamo pour les autres sont au bout du crampon.
- Zut, elle se défend bien ! Se méfier du jeu à la nantaise... des saloperies de canaris mais une sacrée école de football.
- Le foot me rend malade mais je regarde quand même : c'est comme les fesses des femmes, on ne peut pas s'en empêcher. Je suis un passionné.
- Conciliante, Marie accepte d'être le Liverpool de Kevin Keegan (« qui Kevin 
quoi ? ! »), Vite rebaptisé Kevin Kigagne. C'est ce qu'on va voir.
- Le monde est injuste. Souvenez-vous de Glasgow...
- Ça me rappelle le match contre les lanceurs de saucisses de la Route de Lorient. Par hasard, vous ne pouvez pas me dire ce qu'a fait Saint-Etienne ?
Éditions : La Branche (2007). Presse Pocket.