Rien n’est noir
Deirdre MADDEN.
Note : 3,5 / 5.
Trois femmes pour un huis clos.
Un des premiers romans de Deirdre Madden, il date de 1994.
Claire, jeune peintre, accueille sa cousine Nuala qui semble avoir besoin de calme et de repos.
Elle habite dans le Donegal un endroit désert et sauvage. Elle a pour voisine et amie Anna, une hollandaise, décoratrice d’intérieur à la retraite et férue de culture irlandaise. Le coup de téléphone lui demandant d’accueillir Nuala fut donné par Kevin, son mari avec qui Claire fut étudiante et eut une liaison.
Toutes ces femmes recherchent leurs vérités personnelles, Claire ne s’est jamais mariée, elle vit dans cette maison en location comme pour se prouver que l’on peut vivre sans attaches. Elle se souvient d’un bébé qu’elle a perdu des années plus tôt alors qu’elle était célibataire. Elle repense aussi souvent à Alice, étudiante aux Beaux-Arts qui fut sa meilleure amie et qui est morte jeune de maladie.
Anna qui vit entre l’Irlande et la Hollande, a vu son mari, décédé depuis, la quarantaine venue la quitter pour sa secrétaire de dix neuf ans. A la fin de cette liaison, elle a refusé de reprendre la vie commune, ce qui lui vaut d’être en froid avec sa seule fille Lili. Une lettre d’une amie vient lui apprendre qu’elle est grand-mère d’une petite fille, chose qu’elle ignorait !
Nuala, semble avoir tout pour elle, une restaurant qui marche, un bébé de quatre mois, mais sa mère est morte dernièrement. Et elle se rend compte que pour elle il lui semble impossible d’élever ce bébé sans l’aide de sa mère. Petit à petit par jeu, puis par rébellion, elle devient kleptomane.
Ces trois femmes sont coupées du monde, chacune revivant à l’insu des autres les étapes importantes de leur vie. Et l’intrusion de Nuala rappellera à Claire sa jeunesse et le souvenir de Kevin, et ravivera les regrets de Anna vis à vis de sa fille.
De très belles descriptions du Donegal, mais aucune complaisance non plus avec ses habitants, ni avec la religion toute puissante à cette époque.
De très beaux portraits de femmes, mais ce livre, à mon avis, n’a pas la force d’ "Irlande nuit froide*" tout en restant d’un bon niveau et fait passer un agréable moment.
Extraits :
-Tout avait commencé avec cette cuiller, songea-t-elle.
-"On appelle cela le fléau du bungalow" dit Claire.
-Anna était à l’évidence bien moins intégrée que Claire ne l’avait imaginé pour ne pas avoir en tête cette spécificité de l’Irlande rurale, à savoir que celle-ci ne garantissait pas l’anonymat indispensable aux "petites aventures".
Lorsqu’elle connut mieux la région, elle perdit quelques-unes de ses illusions. La malveillance et la rancœur existaient ici aussi, pour peu que l’on y prête attention.
-"Si jamais tu songes à épouser une fille, prends le temps de bien regarder sa mère d’abord"
-Elle se demanda si c’était pour compenser le fait qu’il avait emporté la poivrière.
-Elle trouvait le paysage du Donegal ennuyeux tout comme sa mère l’avait trouvé ennuyeux.
-Le catholicisme parvient à briser l’esprit de certains comme rien ne peut le faire.
-Il n’y a pas que de bonnes mères, il y en a aussi de mauvaises. C’est pour cela que je n’aime pas la religion.
Titre original : Nothing is black. (1994)
Editions Belfond.