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Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs
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2 avril 2011

LE RUYET André / Du rififi au gagatrorium.

 Le_gagatorium

Du rififi au gagatorium.
André Le RUYET .

Note : 4 / 5.
Protégez nous des vieux......
Commençons par la fin...la quatrième de couverture, et là bonne surprise. Un très beau texte de Jacques Thomassaint et non pas le vulgaire coup de brosse à reluire dont on nous gave habituellement.
Je croise André depuis quelques années maintenant dans différentes manifestations littéraires, mais je n'avais pas eu l’occasion de lui parler, ni de le lire, la première chose est faite et je suis en train d'accomplir la seconde.
Nous sommes dans le bourg de Kervraz, dans le Morbihan (pour plus de précisions, ne cherchez pas plus loin, vous perdriez votre temps et aussi peut-être votre argent!).
Donc ce matin-là, Sylvain Mériadec, qui ne se doute de rien, ouvre des yeux ébahis à la lecture de son journal quotidien comme chacun le sait, car la nouvelle qu'il lit le dépasse, elle dépasse même l’entendement (et pour dépasser l'entendement, il faut y mettre du sien). Donc je vous livre ces quelques lignes avec la plus extrême prudence (les âmes sensibles ont encore le temps de changer de blog ):
« Une octogénaire agresse sauvagement un groupe de jeunes skinheads ».
On remarque au passage que les skinheads sont toujours jeunes, ce style de comportement ne doit pas supporter le poids des ans.
Vous aussi, vous en êtes bouche bée...Sylvain veut en avoir le cœur net et va voir Rivoal Kermabon, le plumitif témoin de la scène qui lui narre l'histoire dans le détail (et dans toute sa sauvagerie!).  Revenons à notre octogénaire courageuse qui répond (quand on lui demande gentiment) au doux nom de Maryannick Carréric et qui est pensionnaire à Saint-Michel, la maison de retraite, non pas de Russie, mais du bourg, qui est devenue à l’insu de son plein gré l’héroïne du pensionnat.
Mais voilà, ce fait divers qui n'était que local devient national. Par quel mystère ? Une taupe (pas nécessairement sud-africaine, mais forcément sud-morbihannaise), un espion, matricule OSS561 ? Un bavard, buvard buvant bavant, pris et épris de boisson, ayant abusé de chouchen mal alambiqué un soir de fest-noz ?
Et la télévision débarque telle (au choix) :
1) la cavalerie américaine dans un western,
2) un essaim d'abeilles dans la campagne ou
3) une invasion de sauterelles dans le Sahel,
chez ces pauvres indigènes rustiques et parlant à peine le français. Et aux grands maux les grands remèdes, c'est le seul, l’illustrissime, le grand reporter habitué aux missions périlleuses, Edmond-Charles de la Vasière (l'homme qui par manque d'eau boit son pastis pur dans une contrée désertique et aride du monde), lui-même en chair et en os qui arrive sous le regard indifférent des habitants du bourg plus occupés par le pardon de Saint-Cornély, saint patron, comme son nom l'indique, des bêtes à cornes !
Et quand la télé est là, rien ne va...sauf à vaux l'eau (de pluie diront les mauvaises langues, et à veaux en ce jour béni où les maris trompés peuvent sortir la tête haute !) ...c'est l'heure où l'on regrette Léon Zitrone et Guy Lux, c'est l'école des fans version fanée et apocalyptique, bref c'est aussi « Fantasia chez les ploucs » version originale sur le tas. Ou la version moderne et un peu modernisée de « Chef d’œuvre en péril », ou « Cinq colonnes à la une » remake décati, bref la télé grand pourvoyeur d'émotions calibrées, regardez, nous faisons le reste. Scoop, que ne ferais-je point en ton nom (et pour mon compte en banque et ma notoriété, les deux allant de paire) !
Et l'on paye une redevance pour cela....la vie est bien injuste ma bonne dame. Saint-Michel, priez pour nous.
La civilisation est en marche, Kervraz prend garde à toi....car la vie du bourg va être bouleversée et Maryannick menacée et quand on découvre le corps d'une vieille dame noyée dans l'étang....la maréchaussée (de brodequins en cuir de vache?) se met en mouvement...Car il s'avère rapidement que l'étang devient de plus en plus accueillant pour les cadavres !
Un panel (je parle très TV sur ce coup là!) de gens plus improbables les uns que les autres. Au tableau d'honneur des personnages, commençons par Maryannick Carréric, vedette malgré ou à cause d'elle, c'est une battante et le mot n'est pas trop fort. Mais elle est un peu dépassée par les évènements et cela peut se comprendre, la pauvre. Un petit mot pour Martial qui a dû comme moi écouter Gilles Servat et sa chanson « Je dors en Bretagne ce soir» et qui, tel un envoyé spécial d'une télévision soviétique, demande l'asile du sang et du cœur et ne rentre plus à Paris ! Un autre personnage se nomme Yvon, je transcris plus bas la description qu'en donne l'auteur et prévenant qu'André et moi nous ne nous connaissions pas quand ce livre a été écrit. Donc la phrase « toute ressemblance avec des personnes existantes etc... » est nécessaire ! Des Dalton punkissant plus bêtes que les vrais, un brave gendarme, la vie d'un bourg de Bretagne avec ses rires et ses larmes.
Et il y a Funcky.....aussi....
Les chapitres sont précédés d'une phrase en guise de pensées ou de présentations souvent signées de grandes plumes, en voilà quelques exemples :
« C'est beau un bourg en plein jour !» (Richard Borhinger).
«  Ça va barder ! «  (Peter Cheney).
« Aux armes, mitoyens ! » (Rouget de l'Isle).
« Il existe, nous en avons la preuve, des armes de destructions massives dans les asiles de vieux » (Tony Blair ). « Ouf !
Ça y est on arrive au bout ! » (mes lecteurs chéris) (André Le Ruyet). Pour le dernier chapitre, bien sûr.

Une caricature grinçante des mœurs actuelles, télévisuelles, politiques aussi bien nationales que locales. C'est paillard, jovial, sans aucune prétention, bref un moment et une lecture très jubilatoire. Un roman qui n'engendre pas la mélancolie et c'est primordial en ces moments de grandes morosités.
Dans la liste des gens à qui cet ouvrage est dédicacé au bout de la liste :
Et à moi-même parce que c'est moi qui a écrit le bouquin.
Tu as raison André, on n'est jamais si bien servi que par soi-même.
Extraits :
- Et Yvon, le paumé illettré qui gagnait péniblement sa croûte en dépeçant à longueur de journée des volailles à l'usine d'abattage du coin.
- Dallas e Kreiz Breiz démarrait son feuilleton inattendu.
- D'habitude, on repérait tout de suite les parents à leur tronche ravie de passer sur le petit écran, le mec s'était forcément rasé de frais et la nana s'était fendue d'une visite au visagiste champion de France le plus proche.
- …. et aussi Martial, que l'appel des dieux celtes et l'odeur de l'andouille de Guéméné, appelaient fermement à regagner le bercail.
- Le lendemain ils arrivèrent, et ceusse de la presse écrite, les besogneux du scoop à faire vendre du papier.
- Et que l'aire de jeux va résonner d'injures bretonnes bien senties, et qu'on va entendre des gast et malartouilles !
- En plus, le monsieur avait le sourire rassurant de Landru allumant sa cuisinière par un froid matin d'hiver.
- Kervraz, comme tous les bourgs de Bretagne, avait son propre microclimat qui ne se dégradait qu'à l'arrivée des touristes, ce qui prouve que c'était de leur faute.
Éditions : JODEM (2005)

 

 

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Commentaires
E
Bonjour Gwenaëlle.<br /> De temps en temps un livre de ce style fait du bien...et comme André est très sympa c'est l'art et la manière de joindre l'utile à l'agréable.<br /> A bientôt.<br /> Yvon
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G
Le matriarcat breton a encore frappé alors? ;-) J'aime bien le titre de ce roman qui a l'air fort distrayant... Bon week-end!
Répondre
Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs
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