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Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs
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26 mars 2011

Ó GIOLLAGÁIN Conchúr / Une vie irlandaise.

Une_vie_irlandaise_3
Une vie irlandaise *
Conchúr Ó GIOLLAGÁIN . (édité par).

Note : 5 / 5.
Ní bheidh ár leithéidí arís ann **
Récit traduit du gaélique où un homme Micil Chonrai raconte sa vie. La première phrase du livre est la suivante :
« Je m'appelle Mícheál Ó Conaire, mais c'est Micil Chonrai qu'on disait à Máimín ».
L'auteur est né en 1919, et en 1934, il quitte son île natale Garumna pour le comté de Meath, le gouvernement irlandais espérant créer une « Gealtacht » dans ce lieu où l'anglais était la langue la plus couramment parlée.
En route pour un inventaire de souvenirs irlandais, la misère sur la terre pauvre au village de Máimín. L'enfance, les parents qui ne s'entendent pas trop bien, mariage qui semble avoir été fait contre l'avis des parents. Une famille modeste, pas nombreuse, six enfants seulement. La vie en quasi-autarcie, des moutons, des cochons, une basse-cour, des pommes de terre pour la nourriture. Le père ramasse du goémon et de la tourbe, tond les moutons et tue les animaux. La mère tisse la laine et le bruit du rouet berce les soirées. L'argent est pratiquement absent, seul le commerce de la tourbe se monnaie.
Le souvenir de la Grande Famine est très vivace et l'auteur y va de ses diatribes contre les anglais...Une bêche comme cadeau de Noël pour travailler la terre...L'école et les mauvais traitements aux enfants, l'école clandestine dite « des talus »....L'église que l'auteur ne porte visiblement pas dans son coeur...La poteen et toutes les histoires colportées, l'auteur nous en donne d'ailleurs une recette des plus détaillées ! A nos alambics !
Les veillées funèbres et les pleureuses professionnelles... Les veillées de départ pour l'Amérique, des larmes aussi. Un grand moment d'humour, le mariage ! La plus belle des filles de la famille se mariait en dernier, car elle était toujours présentée furtivement au fiancé qui en épousait une autre ! Au début des années 1930, le gouvernement déplace les populations gaélisantes des terres pauvres ou des îles du Connemara vers le comté de Meath et le village de Ráth Chairn qui accueillera plusieurs familles. Après une dernière veillée « funèbre » entre la famille et les proches, c'est le départ...Commence alors une seconde vie continentale, si j'ose dire, aux conditions plus agréables... L'enfant est devenu un adolescent et son existence va tendre vers une certaine normalité et ne plus devenir une âpre lutte quotidienne. Mais de nombreuses épreuves l'attendent encore, la vie certes plus facile, mais c'est loin d'être une sinécure, malgré l'aide de l'état pour leurs installations.
Cette inscription en anglais « Warning ! No more emigrants allowed here » ou « Beware ! These houses are made for Meath men »....
L'échec relatif de la réintroduction du gaélique, avec cet exemple frappant qu'aucun prêtre ne parlait gaélique dans la paroisse , ni dans celles alentour! Le fait aussi que les enfants du Connemara touchaient une prime pour parler gaélique, mais les enfants du comté, eux, ne la touchaient pas, bien que certains parlaient très bien le gaélique! La honte aussi.....
La guerre et l'engagement dans l'armée dans un bataillon de gaélisants où le moindre mot d'anglais valait un blâme.... Puis la maladie.
L'histoire de l'Irlande loin des manuels officiels, et un regard sur cet épisode peu connu de ce « Grand Déménagement » ! Ce qui pour moi ressort de ce récit, c'est la violence envers les faibles, les enfants à l'école et chez eux, aux femmes, aux filles-mères, comme le relatent les récits des anciennes pensionnaires des Magdalenes Homes.....
Les personnages dans ce genre de récit sont nombreux et surtout très variés, de la famille aux gens rencontrés durant toute une existence. Un instituteur exceptionnel, nommons-le ici, Máirtín Ó Conámha. Il évoque l'écrivain Phádraic Ó Conaire, natif de Galway, il est considéré comme un des plus grands écrivains de langue gaélique. Dommage que son penchant pour l'alcool l'ait fait mourir prématurément. Quelques personnages historiques célèbres comme De Valera, par exemple, sont aussi cités. Un autre personnage historique est brièvement cité et c'est dommage, car il était très fortement en avance sur son temps : Noël Christopher Browne, médecin et homme politique dont les tentatives de libérations des soins pour les femmes et les enfants lui ont valu une hostilité très forte du clergé. Dans un mail Jean LeDû, le traducteur, me disait que les gens étaient déroutés par le style très proche du parlé. Ce genre de livre pour moi est un documentaire rédigé par des gens simples dont le but n'est pas de faire de belles phrases, mais de raconter leurs quotidiens. Ni Peig Sayers, ni Tomas O'Crohan ou Charles McGlinchey ne sont des écrivains, ils racontent leurs vies sans artifices, car leurs récits se suffisent à eux- mêmes. Pour des textes très bien écrits sur l'Irlande rurale, il vaut mieux lire John McGahern.
Ces îles sont beaucoup moins connues que les Blaskets ou les îles d'Aran, j'ai d'ailleurs eu certaines difficultés à les trouver sur une carte.
Finissons sur une note d'humour , un homme demande à un autre :
« Pourquoi est-ce qu'ils parlent gaélique entre eux, alors qu'ils parlent anglais aux animaux ».
Réponse du second :
« Ils pensent que l'anglais, c'est bien assez bon pour les animaux. »
Cet ouvrage, même s'il comporte certaines longueurs et quelques faits qui relèvent de l’anecdote familiale, n'en demeure pas moins un témoignage très touchant et une superbe leçon de courage et d'humilité.
Extraits :
- Tu devais couper la tourbe, tu devais aider ton père aux champs, tu avais toujours quelque chose à faire, on ne te laissait jamais chômer. C'est comme ça que ça se passait, jusqu'à notre départ pour le comté de Meath.
- Ceux qui trouvaient les corps devaient être trop faibles pour les porter jusqu'au cimetière : on les enterrait sur place, là où tu étais mort, là où tu étais tombé. On voyait ces traces par là-bas, quand j'étais gosse.
- C'était ça notre télévision, la musique qu'elle faisait en filant son rouet quand nous allions nous coucher, le soir …. après, le rouet continuait à tourner, et elle n'allait peut-être pas se reposer avant minuit.
- Il n'y en avait pas beaucoup comme lui dans la région. Il connaissait bien la région de Connemara, et il les comprenait. Il comprenait les gens et les lieux, il comprenait la vie.
- Cet homme connaissait ces histoires. Que Dieu lui fasse paix ! Il n'y en aura plus jamais d'autres comme lui.....
- Avec la poteen , ce qui se passe, c'est que si tu en vends, tu dois t'arranger pour qu'elle soit buvable...
- La poteen qu'on fait aujourd'hui- comme le whiskey qu'ils font aujourd'hui- on dit que tu peux en boire dès le lendemain, qu'on y met des colorants et qu'on colle une étiquette dessus : your old Irish wiskey...
- C'est tout ce qu'il savait dire : « Céad, míle fáilte !» (cent mille bienvenue ! ).
- Peut-être que la langue gaélique aussi les attirait, car beaucoup d'entre nous ne savions pas un traître mot d'anglais.
- Cela ne me fait pas de le dire, mais je dois le dire quand même : beaucoup de gens ont honte de parler le gaélique. J'en connais, quand tu les rencontres en ville , ils préfèrent te parler anglais, de crainte qu'on ne sache qu'ils savent le gaélique. Il croit que de savoir le gaélique, cela les met en dessous de tout !
- Réfléchissons un peu à ce qui se passe aujourd'hui. Pourquoi le gaélique n'est-il plus employé ? Il aurait dû l'être un peu plus normalement.
- À leur majorité, la guerre était déclarée, la première guerre mondiale : on les a enrôlés de force dans l'armée anglaise pour les envoyer au front, d'où aucun n'est revenu. C'est comme ça qu'ils ont payé.
- C'est elle qui donnait les ordres : elle employait tous les moyens, sauf le fouet.
- C'est incroyable comme les choses ont changé depuis ce temps-là. Le traitement qu'on faisait subir à ces femmes parce quelles avaient eu un enfant !
- Sans doute parce qu'il était une sorte de..... parce que, comme ils disent eux-mêmes, c'était un Gaeltog qui ne comptait pas, un Gaeltog ça ne comptait pas, ça n'avait pas besoin d'instruction !
Éditions : Terre de Brume et Presses Universitaires de Rennes (2010)/Collection Terres d'ailleurs.
Titre original : Stairsheanchas Mhicil ChonraíÓn Máimin go Ráth Chairn (1999)
Traduction de Jean LeDû.
*Du Connemara à Ráth Chiarn, histoire de la vie de Michil Chonraí.
** J'aime beaucoup cette phrase « On ne reverra jamais nos semblables » que l'on retrouve dans « L'homme » des îles de Tom
ás Ó Criomhthain et aussi dans une version un peu différente due sûrement à la traduction « On ne verra plus leurs pareils » dans Le pleure misère de Flann O'Brien.

Un site pour de plus amples renseignements sur ces îles.

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Commentaires
E
Salut Yann.<br /> Il semblerait que tu aies plus apprécié ce recueil que moi ! Ce qui est une bonne chose. J'ai quelques problèmes avec la littérature irlandaise en ce moment ! Saturation ? Sûrement.<br /> A bientôt.<br /> Yvon.
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Y
Voici une petite critique du recueil de nouvelles : <br /> http://kerangok.blogspot.com/2011/05/lepaisseur-des-ames.html
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E
Bonjour Cryssilda.<br /> Es-tu entrée en contact avec le traducteur ?<br /> A bientôt.<br /> Yvon
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C
Je sais Yvon, je suis des cours de gaélique irlandais depuis trois ans :-)) (merci pour ton mail, j'y réponds vite!)
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E
Bonsoir Cryssilda, <br /> Les langues gaéliques se ressemblent mais pas tout à fait malgré tout. Dans quelques comtés d'Irlande, dans l'est par exemple, certaines expressions viennent du gaélique écossais .<br /> A bientôt.<br /> Yvon
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Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs
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