BURROUGHS William / Queer.

Queer.
William BURROUGHS.
Note : 4 / 5.
Sevrage
!
J'ai été comme lecteur débutant (assez tardivement) très
influencé par les auteurs de la « Beat Génération ».
Par contre, je me demande si à cette époque j'ai lu William
Burroughs. Si c'est oui, je n'en ai aucun souvenir!.
Ce livre
commence par une longue introduction (plus de 40 pages) qui, je
pense, est nécessaire, car ce court roman mérite à divers titres
une présentation adéquate. Écrit en 1952, il ne fut édité qu'en
1985, rédigé juste après « Junky » il en est l'opposé.
Le premier est un roman sur la drogue, le second parle de la
renonciation à cette même drogue. Un autre fait marquant, entre les
deux dates, est la mort de Joan, son épouse, qu'il a tué
accidentellement d'un coup de revolver. Pendant l'écriture de ce
court roman, Kerouac qui écrivait « Docteur Sax »
habitait avec Burroughs, qu'elle fut l’influence que l'un exerçât
sur l'autre? Vaste question qui restera sans réponse précise.
Je
retiens une phrase de ce préambule :
- Cela dit, le travail
d'éditeur étant une interprétation, les changements réalisés –
ou non – dans la perspective de cette nouvelle édition sont le
reflet de ma propre compréhension de Queer.
Nous sommes à
Mexico, fin des années quarante, où l'auteur fuyant les États-Unis
et aussi certains de ses souvenirs, réside. Sa vie se résume en une
succession de virées dans les bars homosexuels ou non. L'alcool
coule plus que de raison, les jours se suivent et se ressemblent,
Burroughs cherche à rompre sa solitude, les amants de passage ne lui
suffisent plus.
Ce livre se termine par une introduction de
William Burroughs à l'édition de 1985, où il explique la genèse
de ce roman, texte très intéressant qui donne un autre relief à la
compréhension du texte. Il donne également quelques clefs pour
comprendre cette période de la vie de l'auteur, ainsi que les
sensations qui l'habitaient en ces mois de désintoxication, la
drogue annule les pulsions sexuelles, la renonciation les exaspère
d'où cette recherche permanente de partenaires.
La ville de
Mexico dépeinte ici, est plutôt sordide, de bars louches en
restaurants minables, de pensions de familles en hôtels de passe.
Mais la vie y était très bon marché, on peut y vivre pour deux
dollars par jour, seule la corruption est réellement un souci. C'est
dans ces circonstances que Lee rencontre Eugene (Gen) homme beaucoup
plus jeune que lui et surtout fauché.
William Lee est en réalité Burroughs qui vit entre désir
extrême et passion profonde pour Eugene Allerton, l'amant qui est qualifié de fainéant par Lee,
journaliste parfois, joueur d’échec souvent, personnage ambigu,
ayant du mal à assumer certaines facettes de lui même. Le docteur
Cotter perdu dans la jungle équatorienne, ainsi qu'une multitude de
personnages, exilés volontaires ou contraints au Mexique, dont
l'auteur de l'introduction dévoile le vrai patronyme. Ainsi il
semblerait que le personnage de Winston Moor soit en réalité Hal
Chase, également présent dans l’œuvre de Jack Kerouac.
Un
récit étrange, double quête du sexe et du « Yage »
(l'Ayahuasca, drogue locale) qui mènera l'auteur du Mexique à
l’Équateur en passant par Panama pour un voyage initiatique qui
est loin d'un circuit touristique.
Un livre hautement
autobiographique, ce qui explique peut-être la durée très anormale
qui s'est écoulée entre l'écriture et l'édition de ce livre. Les
mœurs américaines ayant évolué et les écrivains de la « Beat
génération » étant reconnus, ce récit avait perdu son côté
sulfureux et ne risquait plus une interdiction pure et simple.
Certains passages sont carrément délirants mettant un semblant
d'humour dans ce court récit mêlant homosexualité et dérives
picaresques.
Un témoignage qui peut déranger les tenants d'une
certaine orthodoxie sexuelle, mais j'ai trouvé que l'écriture est
de qualité, supérieure à ce que j'attendais, plus classique que
les quelques pages que j'ai relues de « La Machine Molle »
quand j’hésitai entre les deux ouvrages.
Extraits :
- «
Me voilà rendu à la conclusion consternante que jamais je ne serais
devenu écrivain sans la mort de Joan »*.
- Des poches
plombées sous les yeux, un petit profond de part et d'autre de la
bouche. Il avait à la fois l'air d'un enfant et d'un homme vieilli
avant l'âge.
- Dans la salle régnait le silence propre au pays,
sourde vibration bourdonnante.
- Sans être parfaitement net ou
propre, Allerton ne donnait jamais l'impression d'être sale. Il
était simplement négligent et paresseux au point d'avoir parfois
l'air de sortir du lit.
- Quand Lee avait envie de manger, de
boire ou de se piquer, il était incapable de patienter.
- Chez
Lola, il n'y avait place ni pour le passé ni pour l'avenir.
C'était une salle d'attente, où certains individus ne faisaient en
somme que passer.
- Lee n'avait jamais aimé se voir refuser quoi
que ce soit.
- Allerton changea de position dans son fauteuil, Lee
sentit se déchirer, se distendre ou se disloquer son esprit.
-
Des scènes décousues de ce mois d'ivrognerie débridée lui
revinrent....
- Le tribunal du réel avait rejeté son recours en
grâce.
- Tel un saint ou un criminel traqué qui n'avait plus
rien à perdre, Lee ne se souciait plus des exigences de sa chair
vieillissante, prudente, apeurée et geignarde.
- « Je ne suis
pas pédé », songea-t-il. « Je suis désincarné. »
Éditions
: Titres / Christian Bourgeois (2010) Édition anniversaire 25 ans.
Titre original : Queer. (1985).
*en italique extrait de
l'introduction.