DUBIN Sylvie / Selon elles.

Selon elles.
Sylvie DUBIN.
Note : 4 / 5.
Le jeu des sept erreurs.
Un recueil de sept nouvelles d'une auteure que je découvre à cette occasion. Ce livre a obtenu le « Prix de la nouvelle de la ville d'Angers » en 2010. Par contre, il ne faut pas chercher une quelconque douceur angevine entre ces pages. Ce n'est pas absolument noir, mais gris soutenu malgré tout.
C'est relativement rare pour que je le souligne, mais j'ai dû relire plusieurs fois certains de ces textes.
« Pour la galerie » ce sont deux portraits de femmes que tout semble opposer, une belle et frivole, et une mère de famille ordinaire. Une nouvelle en demie teinte, brossée à coups légers, un sourire et des yeux.....
« La grue » est un mot à plusieurs sens, la fille de mauvaise vie, l'engin de travaux publics ou ce gibier qui est parfois cendré. Mais un beau texte plein de retenue.
« Who is this Guy » est une nouvelle étrange : imaginez une femme part en vacances avec son mari, Guy aux USA. La première phrase de cette histoire est:
- Je me souviens bien du jour où j'ai perdu mon mari.
En êtes-vous sûre chère madame ? Moi pas réellement, et je crois que vous non plus d'ailleurs...
« Peine capitale » : un peu plus haut il était question de grue cendrée, ici, c'est plutôt une grue et des cendres, si je peux me permettre ce jugement vis à vis d'une dame que je ne connais pas... Morale, à malin, malin et demi !
Dans « Marie-Louise F. », nous suivons en quelques heures l'énigmatique parcours d'une femme dans un Paris de fin de guerre.... Pourquoi ce périple?....et le mari qui se dévoue pour garder les enfants. L'excitation de la première fois, de croiser des gens, de les dévisager, de se poser la question d'autres femmes aussi, l'ont-t-elles fait? Un très beau texte plein de choses suggérées, mais avec une conclusion de toute beauté.
« Allegro forte » tout est dans le titre. Une femme un peu forte a un premier rendez-vous avec un homme qu'elle ne connaît pas, mais qui représente peut-être une de ses dernières chances d'être heureuse. Mais sa mère, vous rappelez-vous cette publicité : cette mère indigne devant le chagrin de sa fille « Je te l'avais bien dit... »
« Le livre suspendu » dont on ne sait pas le titre, mais peut-être « Ciel mon mari », vieux moche, on le devine grippe-sou, les ex-futurs amants bien sûr ne peuvent pas le voir en peinture, ni derrière la tenture où il épie....Un très beau tableau de la jeune femme, du jeune homme et du vieux mari.
Les personnages, des femmes qui, si elles ne font pas toutes des erreurs graves, ont malgré tout un peu dérapé à un moment ou un autre de leurs vies , volontairement ou par omission. Ou parfois par plaisir, comme cette femme à sa fenêtre qui rêve d'un homme bon pour changer, mais au matin le vide avec juste ce mot « LIEBHERR ».
Il est question de peinture dans plusieurs nouvelles, ce qui, bien évidemment, ne pouvait que me plaire . Une lecture qui m'a semblé rapide, car ce livre n'a malheureusement que 76 pages, se lit vite, mais pas si aisément que cela. J'ai été surpris de devoir revenir pour comprendre certaines subtilités de l'auteur(e), en particulier dans « Marie-Louise.F ».
A livre court, chronique courte ! A livre intéressant, chronique intéressante, là j'en suis moins sûr!
Extraits :
- Était-ce cela, la vie bourgeoise ? Une bâtisse sévère avec cette vue morne aux perspectives fumeuses ?
- Jamais il n'a ressenti un tel sentiment de victoire : elle a ouvert un rideau ! Pour la première fois, il a pénétré l'intérieur de cette femme avec son consentement.
- Je ne les goutais pas, bien qu'il les prononça à l'américaine, en exagérant pour me décider.
- Est-ce que tu m'as laissé le choix ? Fallait pas intervenir dans mon histoire. Fallait pas me retenir dans la tienne.
- Les mots parfois, c'est quand ils manquent qu'ils font mal.
- Ce n'est pas être l'amour, c'est seulement l'amour de l'amour......
- Et je comprends soudain que c'est cela qui m'émeut, cette chute arrêtée, car elle m'offre le point de vue de l'éternité. Ou celui du destin.
Éditions : Siloè (2010). Site, ici.
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