ROUSSEL Patrick / Le diable de Brière.

Le diable de Brière.
Patrick ROUSSEL.
Note : 3,5 / 5.
Marais sanglants.
En préambule une note nous prévient « Ce roman est librement inspiré d'un fait divers qui s'est déroulé en 1792 en Brière ».
L'auteur a écrit plusieurs ouvrages sur la Brière (Ar Briwer en breton), région marécageuse qui se trouve au nord de l'estuaire de la Loire et classée « Parc Régional Naturel ». Un court roman de cent vingt cinq pages d'une maison d'édition nantaise et lavalloise.
L'histoire commence la nuit du 3 février 1792. Durant la journée, Anselme et Mathurin ont été couper des roseaux, ils ont également fait des projets pour l'avenir de leurs enfants. Ils verraient d'un très bon œil le mariage de Guillemette, fille de l'un, avec François, le fils de l'autre. Hélas, dans l'obscurité diurne, Anselme et son épouse sont massacrés et Guillemette violée. Le butin est maigre, la région est pauvre et secouée par de nombreux soubresauts politiques. Des brigands infestent les îles et la chasse aux prêtres réfractaires à la république sert à tout un tas de pratiques pour le moins douteuses. Les autorités décident de faire croire que la jeune fille est également décédée, trois cercueils sont mis en terre.
Mathurin trouve un corps, un des brigands, qui a été déposé par ses complices pour brouiller les pistes. Mathias et Bonnaventure vont continuer leurs aventures, mais elles ne seront pas bonnes pour tout le monde! Mathias impose son point de vue, ne pas laisser de témoins vivants, le barbier qui n'a pu sauver le bandit blessé est massacré et sa langue coupée... Les îles de la Brière seraient un excellent refuge, Mathias tue le passeur et veut faire croire à une noyade. La fuite encore en direction de Nantes, une ville chaotique, où les nuits sont pour le moins agitées et la Loire charrie un grand nombre de cadavres. Mathias a un but, il recherche une dénommée Adèle.... Les aventures changent de cadre, mais les morts s’accumulent encore...
Mathias est le personnage principal de ce roman, sa violence est inouïe, pourquoi tuer avec cette sauvagerie? Pour certains crimes, on peut le comprendre, la vengeance est mauvaise conseillère dit-on ! Mais d'autres morts sont absolument gratuites, et laissent un malaise qui ne s’efface pas tout à fait, même si, sur la fin, il semble un peu assagi.
Bonnaventure, son complice, le suit malgré certains scrupules. Ce n'est pas un tendre, mais il rechigne à certains actes gratuits. Involontairement il sera la cause de la perte de Mathias.
Quelques autres personnages plutôt secondaires, Mathurin et Guillemette, pour le monde de la Brière, un notaire vicieux et sans scrupule pour la ville, deux policiers qui arrivent vers la fin du livre, une prostituée au grand cœur.
J'aime bien ce genre de romans, qui change des romans policiers classiques, autre lieu et autre époque. Et celle-ci est troublée ! Bleus ou blancs, la chouannerie n'est pas loin, les exactions nombreuses d'un côté comme de l'autre. Le peuple au milieu tente de survivre dans des années très troublées, Nantes ayant vu se dérouler un nombre impressionnant d’exécutions !
A noter un voyage en chaland, qui est très bien décrit, entre la Brière et Nantes, avec un arrêt à la douane de Mean et une arrivée sur le quai de la Fosse! Et à l'époque Saint Nazaire était appelé Port Nazaire!
Extraits :
- Ils retournent dans la maison. Ne craignant d'être déranger par personne, ils allument la chandelle.
- Puis, de quel genre de vermine parlez-vous ? Des curés qui restent fidèles à leur foi, ou de ces renégats qui profitent que le pays est en plein chaos pour y semer la terreur ?
- Tant que personne n'aura le courage d'aller chercher les brigands là où ils se trouvent, la vermine continuera de piller et de tuer en toute tranquillité.
- Avec ce qui se passe, j'ai bien d'autres chats à fouetter que les prêtres non constitutionnels.
- Mais tant de crimes inutiles, il ne comprend pas. Il revoit la rage avec laquelle Mathias a planté la fourche dans le cœur du paysan.
- Lorsqu'ils avaient débarqué, au petit jour, son père l'avait regardé dans les yeux et lui avait dit :
« Maintenant tu es un vrai Briéron! ».
- Vous savez, aujourd'hui, tout le monde est plus ou moins suspect.
- Cela ne cadre pas avec la réputation de secret et de discrétion des habitants du marais.
- Pas de témoins, l'ami ! Tu connais ma devise.
- Les rigueurs du temps sont les mêmes pour tout le monde, que l'on soit royaliste ou républicain, il faut bien se réchauffer ! Puis, l'argent n'est ni bleu, ni blanc, qu'il vienne d'un bord ou de l'autre un sou reste un sou.
- Il débouche sur la place du Bouffay sur lequel se dresse l'échafaud encadré par quatre dragons. Sous le clair de lune, la guillotine a de quoi effrayer les plus braves ce n'est pas seulement de froid que Mathias frissonne en traversant la place.
- Ailleurs, ce sont des soi-disant patriotes qui trucident d'autres citoyens pas assez révolutionnaires à leur goût. Dans cette ville, la révolution a offert presque une légitimité à la racaille.
- Hé oui ! La révolution pensait abolir les privilèges, elle n'a fait que les déplacer de la noblesse à la bourgeoisie, constate le policier.
Éditions : Siloé (2010). Le site , ici.