GRADIS Yvan / Avancez vers le fond.

Avancez vers le fond.
Yvan GRADIS.
Note : 4 / 5.
Histoires soufflées.
Il est difficile de parler d'un livre quand dans le premier texte intitulé, « Prologue en forme de supplique » l'auteur écrit ceci :
« Ami lecteur, ces histoires ont la fragilité du cristal. Elles ont été soufflées pour toi. Transplantées de mon imaginaire dans le tien, elles t' appartiennent. Tu as tout pouvoir sur elles. À commencer par celui de les détruire : en les racontant au lieu de les faire lire. L'aventure ne vaut que par l'ignorance de ce qui nous attend de l'autre côté de la page. Et le suspens se savoure comme une liqueur ».
Que faire ? Les raconter? Les ignorer? Mais dans ce cas, ma chronique n'a pas lieu d'être !
Je n'ai pas pour habitude de recopier la quatrième de couverture alors je ne le ferai pas. Mais je vais malgré tout piocher quelques renseignements sur l'auteur. Comme en plus cet homme est un ennemi de la publicité en son âme et conscience et de son plein gré, il mérite un passage non obligé sur ce blog.
Je vais essayer de résumer succinctement les récits proposés, sans me fâcher avec l'auteur ! Je sens que je vais avoir non pas une langue de bois, mais que je vais taper pour ne rien dire. Quand je dis taper, c'est de mon clavier que je parle, ne vous méprenez pas!
Dix textes composent ce livre qui est le premier d'Yvan Gradis.
« L'anniversaire de Tonton Georges » m'a permis d'ajouter un nouveau mot à mon vocabulaire « réphobe ».
Pour « Pépins de pommes » le fond sonore pourrait être « A mon dernier repas » de Jacques Brel.
« Photosuicide », allez-y, jetez un œil ou un regard! « Retrouvailles d'amnésiques » histoires de souvenirs, de situations que nous avons tous connues un jour ou l'autre.
« Grand-mère des profondeurs » ou mémoires d'avant et d'outre tombe, sorte de lettre post-mortem. Une nouvelle étrange qui clôt ce livre.
Quelques personnages savoureux, un reptomane, ce n'est pas réellement très courant, ni marchant d'ailleurs ! Par contre la nouvelle vole haut ! Une femme et un homme sont-ils sur un pied d'égalité ? Elle participante, lui spectateur? Un homme dans le métro, bon chic-bon genre, en odeur de sainteté peut-être? Le visiteur d'une galerie de photos aux œuvres un brin morbides. Vous et moi dans des situations de tous les jours pour certaines ou extravagantes pour d'autres!
Je vais malgré tout donner mon avis, puisque je suis là pour cela, j'ai beaucoup aimé le côté noir de ces récits, qui mélangent allégrement le sordide et le grotesque, je pense en particulier « Concours de claudication ». Je voudrais aussi souligner l'originalité des histoires et la qualité de l'écriture. Je trouve l'idée de donner la date et les lieux où les nouvelles furent écrites très surprenante. Un bon moment de littérature et la découverte d'une écriture très précise.
Note personnelle à l'attention de l'auteur, s'il passe un jour par là :
- « Je ne suis pas sponsorisé ou du moins pas pour cette lecture !»
Extraits :
- Redécouvrir mes meubles et mes objets sous cet angle insolite était plaisant. Le téléphone, par exemple, que je contemplais d'en bas tout le temps qu'il sonna.....
- L'étage me donna la même impression que le salon : celle d'une demi-nudité. Décidément, l'on vivait ici au-dessous de ses moyens.
- L'exact opposé de ces temples à salamalecs dont la devise semble être : « Tout dans le décor, rien dans l'assiette. »
- Comme si, en bonne araignée postale, elle avait voulu tisser au sol une toile géante en forme d'enveloppe.
- J'y fus accueilli par une de ces puanteurs qui vous coupent la respiration et vous font déplorer de ne pas appartenir au règne minéral.
- Obsédante affiche. Londres n'est plus qu'un support publicitaire.
- Dans la masse des galets humains, nos minuscules aspérités suffisent tout juste à nous distinguer les uns des autres.
- Une question me transit : l'éternité. Dieu, je l'ai désiré toute ma vie. Mais l'éternité ?
Éditions : Pascal Galodé (2008).
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