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Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs
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29 décembre 2009

PROUTEAU Marie-Hélène / Les blessures fossiles.

 

Les blessures fossiles.
Marie-Hélène PROUTEAU.
Note : 3,5 / 5.
Les maux d'hier et d'aujourd'hui.
Écrivain originaire de Brest, elle est enseignante en lettres, ce qui très souvent garantit une écriture de qualité. Et c'est la cas ici.
Une femme se réveille d'un sommeil artificiel, où est-elle? Il lui semble se noyer? Mais non, elle est dans une chambre d'hôpital. Elle se souvient, l'attente du diagnostic, cancer ou pas, bénin, malin? Les visites à l'hôpital, les radios, les mots qui font peur "Affection de Longue Durée". L'opération et les séances de chimiothérapie. Les retours en arrière se télescopant, l'enfance, l'énigme de cette mère qui disparaît, puis qui revient. L'adolescence et les premiers rendez-vous avec Jean-Sébastien, qui bien des années plus tard sera toujours là dans les cas graves. Tout s'emmêle dans ses souvenirs, l'enfance heureuse, la vie ordinaire dans un village breton.
Et maintenant, Yselle est là, fatiguée, étiquetée « ALD », son amie Flora vient la voir, la soutenir, parler de la pluie et du beau temps. Factrice, elle connait tout le monde, elle fût mariée il y a longtemps, mais elle est seule maintenant ce qui lui laisse le loisir de s'occuper de son amie. Et la routine de nouveau s'installe........
Jusqu'au jour où Flora lui indique que la vieille demeure où elles jouaient quand elles étaient enfants est de nouveau habitée. Un homme âgé l'occupe, il revient pour y passer sa retraite. Un peu artiste, il aime la photographie. Il prête à Yselle un livre......
Yselle, un prénom aux odeurs de sel marin, de villes englouties et de péchés de chair. La légende rejoint la vie, avec les mêmes interrogations! Le temps passe, la mode change et nous aussi. La santé qui nous quitte, le combat pour la vie et la recherche de la vérité.
Flora, l'amie de toujours, la quasi-sœur, celle qui est toujours là, dans les bons et les mauvais moments. La compagne de randonnées, celle qui involontairement va permettre à Yselle de percer le secret qui depuis des années, très insidieusement, la perturbait!
Jean-Sébastien est sociosomatitien, le réparateur des âmes et des corps.
L'ombre des parents décédés hante encore Yselle, surtout celle de sa mère Lucie-Anne. Cette absence pendant plusieurs mois, cette scène dans l'appartement à son retour de l'école, choses difficiles à comprendre pour une enfant de six ans, mais la vie n'est-elle pas une chose étrange. Que s'est-il réellement passé ce jour là?
Le mystérieux Kergo, amateur de photos de phares apportera la vérité à Yselle. Il est de retour au village après de nombreuses années d'exil, village qu'il a quitté contraint et forcé.
J'ai failli abandonner ce livre pendant la première partie. J'avais impression d'être un intrus dans la vie de cette femme, surtout dans un moment difficile. Puis cela remuait des souvenirs pas très lointains, attente du résultat des analyses, la confirmation de la présence de cellules cancéreuses, la clinique pour quinze longues journées, mais je n'ai pas eu ces pénibles séances de rayons. Tout cela me mettait mal à l'aise. Pas contre j'ai beaucoup aimé la seconde partie du livre, celle qui parle de la recherche de sa mère, ses souvenirs enfouis, les raisons de sa phobie pour la couleur rouge.
Ce livre parle également du changement de la société, de ce qui était punissable de prison en 1954 et qui est devenu quasi habituel aujourd'hui. Mais le modernisme n'as pas que de bons côtés, Jean-Sébastien est là pour nous le rappeler, les ouvriers épuisés s'auto-mutilants, car se sentant totalement exclus du système actuel.
Un livre très intimiste au début, ce qui m'a un peu rebuté mais qui, au fil des pages devient très intéressant.
Extraits :
- Où suis-je ? Dans une cour d'école? J'ai six ans et cinquante ans, je flotte dans les âges.
- Je suis sous la mer et je me noie dans des flots d'un blanc de céruse.
- Et cette lumière émeraude de la mer sous l'orage, bordée d'une écume blanche me donne l'impression d'être quelque part le long de la côte, en Bretagne.
- Et cet homme en blouse blanche, qui est-il ?
- J'ai plus de cinquante ans, mais je me sens comme une enfant emplie de terreur.
- Sur Trézaven, il y avait ce bleu clair du ciel breton, presque lavé, rehaussé du blanc floconneux des nuages accrochés aux toits d'ardoises.
- Regarde le goutte-à-goutte fixement. Il s'écoule lentement, très lentement. J'ai envie de disparaître sous les draps.
- Ce langage de poète me touche, bien plus que les statistiques qui ne me disent rien qui vaille.
- On dirait le circuit intégré du mauvais sort.
- La société a aussi ses cancers je dis simplement. Ses lèpres et ses plaies intérieures, pensais-je.
- Je me pose cette étrange question : de qui suis-je la fille ?
- Y a pas à dire, Bobby Lapointe c'est un maître : marchand de mouron c'est pas marrant lance-t-elle avec joie.
- Un goût de tartines beurrées qui sent le temps retrouvé de l'enfance.
Éditions : La Part Commune. (2008)

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Commentaires
M
Très beau livre qui ne m'a pas choquée du tout. Marie-Hélène Prouteau rappelle à travers les souvenirs flous d'une petite fille une réalité cruelle et encore souvent niée dans la génération de nos mères et grands mères. Qui n'a pas entendu un jour ou l'autre ces mots chuchotés et lourds de sous-entendus scandaleux "ces choses dont on ne parle pas..."
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E
Bonsoir Canel.<br /> Je me souviens que la lecture de ce livre avait été assez éprouvante, surtout le début. Mais la fin de l'histoire est très intéressante. <br /> A lire les jours de beau temps, malgré tout.<br /> A bientôt.<br /> Yvon
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C
Oui, pas faciles à lire les livres sur la maladie, si on a été concerné soi-même ou via un proche, ça peut aviver une douleur pas éteinte...<br /> Et si on ne connaît pas, on peut avoir peur de savoir...
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