FORD Richard / Péchés innombrables.

Lu dans le cadre de l'auteur du mois de « Lecture-écriture »
Péchés innombrables.
Richard FORD.
Note : 4/5.
Tous les péchés ne sont pas mortels!
Je me souviens d'avoir lu Richard Ford, il y a longtemps, donc je redécouvre cet auteur, grâce à ce recueil de nouvelles, dix en tout.
« Intimité ». Un soir d'insomnie, un homme de sa fenêtre voit une femme se déshabiller lentement. Des sentiments confus en découlent, est-il vraiment un voyeur? Il pense à son épouse endormie dans leur chambre, mais il recommencera le lendemain et les jours suivants, puis subitement arrêtera. Mais parfois la vie réserve des surprises!
Un « Moment privilégié » c'est peut-être une soirée et un repas au restaurant entre un homme et sa maîtresse. Lui est de passage à Chicago, elle réside dans un hôtel luxueux, lui parcourt le monde, elle est mariée à un homme plus âgé mais riche. Bref une histoire banale, mais l'auteur transforme cette histoire en un moment privilégié, y compris pour le lecteur . Un très beau texte.
Ces « Retrouvailles » ne sont pas forcément faciles ni les bienvenues, un éditeur dans une gare rencontre sans le vouloir le mari d'une de ses anciennes maîtresses, leur dernière rencontre avait été plutôt percutante! Est-ce réellement une bonne idée de reparler de tout cela, surtout que cette femme a quitté leurs vies à tous deux. C'est Noël dans « Crèche ». Toute la famille est en vacances, Faith est avocate, spécialisée dans le cinéma, en plus de son travail, elle doit aussi s'occuper des problèmes de tout ce beau monde, sa soeur est en cure de désintoxication, son beau-frère la drague, et de son côté les affaires de coeur ne sont pas des plus simples mais c'est Noël..........
Adultère dans « Dominion » elle est canadienne, lui est américain, ils travaillent ensemble et sont amants depuis des années. Mais un jour à Montréal, le mari téléphone dans la chambre d'hôtel et donne rendez-vous à l'amant dans le hall!
« Abîmes », qui clôt ce recueil, est la nouvelle la plus longue. Comme dans « Dominion » un homme et une femme ont ensemble une aventure des plus torrides. Ils travaillent dans la même société immobilière et doivent prendre beaucoup de précautions, car il sont mariés chacun de leur côté. Un jour malgré tout ils décident d'aller voir le Grand Canyon. Mais des divergencese font jour : hors du lit, point de salut?
Un écrivain en mal d'inspiration qui la nuit regarde par la fenêtre, un journaliste qui rejoint sa maîtresse dans un hôtel de luxe est abordé par un homme dont il n'a aucun souvenir. Il faut reconnaître que sa journée fut pleine d'émotions. Un autre homme se remémore son enfance à la Nouvelle-Orléans , dans une famille hors-norme, son père est parti vivre avec un homosexuel fortuné, sa mère a installé un musicien noir à la maison, l'alcool coule à flot, bref une enfance pas très ordinaire. Un jour son père l'invite à une chasse au canard.....La découverte d'un chiot abandonné dans le jardin d'un couple va-t-elle avoir une influence sur leur comportement? Surtout qu'ils ont d'autres chats à fouetter.Majorie pense peut-être que c'est malin de dire à son mari que le maître de maison où ils sont invités à été son amant! Pour Steven la pilule sera peut-être dure à digérer!Un couple dont le mari a eu une assez longue aventure tente de se reconstruire, en partant en voyage. Retrouver la paix et la sérénité, se reparler à nouveau, c'est bien mais passer ses vacances à Belfast, c'est pas très romantique, même si ce Belfast là est dans l'état du Maine! Enfin l'espoir mène à tout!
Une très belle écriture, très précise, avec plein de détails mais sans alourdir le texte.
Un monde de petits bourgeois prototypes d'une Amérique aisée, un constat doux-amer, dans « Dominion » par exemple où il se joue une rivalité entre le mari canadien et l'amant américain.
Richard Ford n'a peut-être pas la férocité d'un John Cheever vis-à-vis de la société américaine, mais d'une manière plus feutrée, il nous en décrit certains vices, l'alcool, l'adultère, la drogue, le dollar tout puissant. Souvent dans ces nouvelles les lieux ne sont que des endroits de passage, des hôtels, des gares, comme si les personnages n'avaient ou ne voulaient pas avoir d'attaches ou alors que leurs travails les transforment en éternels voyageurs.
Une agréable découverte.
Extraits :
- À l'époque, nous formions encore un couple heureux.
- Elle choisissait souvent des mots déplaisants. Collatéraux. Interaction. Réseau. Caution. Des mots qu'employaient ses amis.
- Dans une lettre à son ami le grand John Synge, Yeats dit que nous devrions combiner le stoïcisme, l'ascétisme et l'extase.
- Ce qui se passa entre Beth Bolger et moi ne vaut guère les lignes qu'il faudrait pour en rendre compte.
- Ce sont des choses qui arrivent, du moins en théorie.
- La journée avait été trop excitante, ou pas assez. Leur mère était en cure de désintoxication. Leur père est un connard.
- « C'est difficile de savoir comment mettre fin à quelque chose qui n'a jamais tout à fait commencé ».
- Belfast.... Comme la ville où on se bat ?
- Bizarre d'être aussi intelligent au lit, et pas du tout à d'autres moments.
Éditions : Éditions de l'Olivier (2002).
Titre original :A multitude of Sins. (2001)