MADDEN Deirdre / Authenticité.

Authenticité.
Deirdre MADDEN.
Note: 5 / 5.
Par petites touches.
Je viens de me rendre compte à ma grande honte, que ayant ce livre depuis quelques mois, je ne l'ai pas encore lu, bien que Deirdre Madden soit une des mes auteurs irlandaises favorites.
L'histoire se passe de nos jours dans le Dublin artistique des peintres et créateurs en tous genres. Mais n'est pas artiste qui veut, il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus.
Julia, un soir en rentrant chez elle, demande du feu à un homme, William qui la prie de lui tenir un peu compagnie. Un peu surprise, elle s'assoit sur le banc avec lui et va jusqu'à le raccompagner chez lui, craignant qu'il ne commette un geste irréparable. Julia travaille dans une galerie d'art et vit avec Roderic, un homme plus âgé, peintre dont la cote ne cesse de monter. Sous prétexte de lui rapporter un livre qu'elle avait oublié dans un pub, William retourne voir Julia, laquelle va voir Liz, l'épouse de celui-ci qui ne semble pas s'apercevoir du désarroi de son mari. Julia et William se retrouveront parfois au hasard d'une exposition, hasard souvent voulu en réalité.
Nous faisons la connaissance de tous les protagonistes de l'histoire en remontant dans le temps.
Julia Fitzpatrick a vécu seule avec son père avec lequel elle a eu une enfance solitaire mais gâtée. Elle participe à des expositions collectives, mais est-elle capable de choisir par elle même?
Roderic Kennedy ,colosse, peintre abstrait qui commence à être connu à un lourd passé d'alcoolisme derrière lui. Il fut marié à une italienne et a trois enfants qu'il ne voit plus. Il a vécu quelque temps chez son frère aîné Dennis quand il a perdu son poste d'enseignant. Dennis, lui, voulait être concertiste, mais il travaille dans une banque avec parfois un peu de regret.
William Amstrong aurait aimé être peintre, mais pas suffisamment doué ou pas assez aidé, il a abandonné cette passion. Avocat, il mène une existence terne entre son épouse Liz, et ses jumeaux Sophie et Gregory. Liz est bourgeoise et conventionnelle et n'aime pas la peinture, ni les musées.
Un roman qui porte bien son nom, tant les personnages et les situations semblent authentiques.
Une écriture pleine de simplicité, mais aussi de fluidité. Tout s'enchaîne à merveille, des descriptions précises associées à des dialogues clairs. De non-dits en détails cachés tel un puzzle, l'histoire avance.
On ne voit pas passer les 390 pages de ce long roman. Un grand roman, sans concessions sur la vie, le temps qui passe et les sentiments qui eux parfois passent. Un très beau et très étrange roman.
Extraits :
- C'était comme l'obligation de jouer au golf ou de discuter du Tournoi des Six Nations.
- Mais il voyait bien que leur amitié n'était rien de plus que la preuve ultime de l'hypocrisie de la vie qu'il s'était créée.
- Cette Julia avait une tête à se nourrir de thé de pain grillé et de cigarettes.
- Si l'ennui était un sport olympique, Eamonn Bourke pourrait concourir pour l'Irlande.
- Maintenant seulement, elle voyait le danger que courrait William, apparent pour cette étrangère, mais non pour sa propre femme.
- La peur et le pouvoir, voilà à quoi se résume beaucoup de choses sur un lieu de travail.
- "Voilà donc ta mission charitable, dit-il. Voilà donc William Armstrong".
-Sa vie pendant ces années-là fut un enfer, Jeannie lui fournit la compagnie des damnés.
- Avec les hommes, dit-il, il y a toujours un élément sexuel. Crois moi. Je sais. Je suis un homme.
- Parce que, comme toi, j'avais autrefois un coeur ouvert et que la vie me l'a fermé de force.
- La route de l'Excès mène au palais de la Sagesse.
Éditions : Belfond.(2004)
Titre original: Authenticity (2002)
Autres chroniques de cet auteur :
Irlande, nuit froide;
Les oiseaux du bois innocent;
Rien n'est noir.