La caserne. (Relecture).
John McGAHERN. Note : 5 / 5. Enfermement. Avec mon ami Hervé Jaouen, nous parlons souvent de John McGahern que je considère comme l’un des plus grands auteurs irlandais. C’est pourquoi j’ai décidé de relire l’ensemble de son œuvre qui n’est pas colossale, rassurez vous, et dans la mesure du possible dans l’ordre de parution.
Je vais aussi me servir de mon ancienne chronique pour cette nouvelle lecture. Ce roman de John McGahern est son premier livre, il date de 1963 et de 1986 pour sa traduction française.
Elizabeth a épousé à son retour en Irlande le sergent de police Reegan, veuf avec trois enfants, ils habitent dans un bâtiment de fonction d’une petite ville irlandaise où la délinquance, dans les années 1950, est proche du zéro.
Parfois elle regrette sa liaison avec le Docteur Halliday et la vie à Londres, car elle a parfois en elle une forte impression de gâchis et de solitude dans sa vie. Elle se sent vieillir, femme inutile sans descendance. Les enfants ne sont pas les siens et parfois lui font sentir. Son mari, suite à des problèmes avec le commissaire Quirke, son supérieur hiérarchique, ressent de son côté un sentiment d’échec. La vie dans la caserne est monotone et peu enrichissante.
Sa santé décline, et elle, qui fut des années infirmière, se doute de sa maladie, des kystes aux seins ne la trompent pas.
Elle part à Dublin se faire opérer, mais des problèmes cardiaques compliquent encore la situation. Un dernier Noël se passe, une courte rémission. Mais dès lors la fin est inéluctable.
Beaucoup de critiques disent qu’Elizabeth est le plus beau personnage féminin de l’œuvre de Mc Gahern, je suis tout à fait d’accord avec eux, et j’y ajouterai Rose dans le roman "Entre toutes les femmes". Voilà une femme prisonnière de la vie militaire de son mari, vivant en caserne, se sentant rejetée par les enfants de Reegan, ayant l’impression de ne jamais avoir connu le bonheur, même à Londres avec le docteur Halliday, homme dépressif et alcoolique. Elle se remémore le premier départ pour l’exil, la déchirure. Puis le retour en Irlande, les illusions perdues.
Reegan est un personnage plus frustre, qui, comme beaucoup de personnages masculins de John McGahern, a combattu pour l’indépendance de l’Irlande et pense qu’on lui a volé sa victoire ! Vouant une haine féroce à son supérieur, il rêve de quitter la police et d’acheter une petite ferme, il travaille souvent pendant ses heures de service à ramasser de la tourbe qu’il vend. Il n’est pas un mauvais mari même s’il manque de chaleur humaine, mais les affrontements avec son supérieur aigrissent son caractère.
Toujours une écriture très précise, voire méticuleuse qui personnellement me ravit.
Un très grand livre et une femme remarquable. Une très légère note d’humour, la camionnette de livraison de pain vient de chez Broderick d’Athlone. Ils étaient les parents de John Broderick, un des écrivains irlandais qui fut l’un des plus féroces parmi ses confrères écrivains dans ses dénonciations de la société irlandaise des années 1950. Hervé Jaouen, dans son ouvrage Journal d'Irlande, écrit de lui : « Lecteurs, rejoignez le clan des happy few, lisez John McGahern avant que la mode et le suivisme des médias fassent de lui, un beau jour, dans cinq ans, dans dix ans, un nouveau Fante, un nouveau Brautigan, un nouveau Kerouac, un auteur que l'on découvre en France avec quelques siècles de retard. » Extraits d’après cette nouvelle lecture :
- Un crépuscule bleuté enveloppait la rivière ; une vapeur de lune qui, lorsqu'il ferait nuit, se métamorphoserait en une lumière dorée, planait déjà très haut.
- Il n'avait pas aimé Londres : ce n'était pas un endroit où élever des enfants ; on n’était jamais accepté ; on était toujours Irlandais.
- Mais il était d'une génération fortement idéaliste ; ils allaient libérer l'Irlande, ils formeraient à nouveau une nation. À peine sorti de l'enfance, il s'était battu avec une colonne volante dans les collines.
- L'église était très maligne quand elle disait qu'on se confessait A Dieu et non pas au prêtre dont la compréhension ou l'incompréhension n'avait rien à voir avec le sacrement.
- Vous savez, quand on n'y pense, il y a eu de grands changements en Irlande en l'espace de quelques années. Nous récoltons aujourd'hui les fruits semés par les hommes qui ont conquis la liberté pour nous.
Éditions : Presse de la Renaissance (1986).
Réédition : Sabine Wespieser éditions (2026).
Titre original : The Barracks (1963)
Traduit de l’anglais (Irlande) par Georges-Michel Sarotte.
Autres titres de cet auteur sur ce blog : Entre toutes les femmes. Haute-Terre.
Journée d’adieu.
La caserne
Le pornographe.
Les créatures de la terre.
Les huîtres de Tchékhov.
Lignes de fond & L’image.
L’obscur.
Pour qu’ils soient face au soleil levant.
Mémoire. Entre toutes les femmes (Relecture)