THOMPSON Jim / Pottsville, 1280 habitants.
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Pottsville, 1280 habitants.
Jim THOMPSON.
Note : 5 / 5.
Les fourberies de Nick Corey.
Enfin la traduction intégrale de ce chef d’œuvre de Jim Thompson. Si ma mémoire est bonne, c’est avec ce roman que j’ai découvert ce géant de la littérature noire américaine.
Je n’ai plus de souvenirs précis de la précédente traduction parue sous le titre de « 1275 âmes », ma chronique datant du mois de septembre 2006, mais vous pouvez aller la lire, chose que je vous recommande.
La trame de cette nouvelle traduction est, bien entendu, la même que
la précédente. Nick Corey est le shérif de Pottsville, bourgade de 1280 habitants. Il n’y fait rien régner du tout, enfin le strict nécessaire, grand adepte du proverbe « Moins j’en fais mieux je me porte ». Il est marié (mal) avec Myra, c’est plutôt un kidnapping de la part de celle-ci qu’un mariage d’amour. En plus le frère de celle-ci Lenny s’est installé avec eux. Il faut être, ou aveugle ou de bonne composition de penser que ces deux- là puissent être frère et sœur !
Son principal travail consiste à fermer les yeux sur tout ce qui nécessiterait son intervention. Passage à tabac d’un noir ou de Rose, sa maîtresse par le même homme, Tom le mari de Rose, ne rien voir et surtout ne pas intervenir.
Les deux proxénètes l’humilient à chaque occasion, et les élections approchent, alors il décide de prendre enfin les choses en mains…
Nick Corey est le narrateur de cette fable d’une noirceur absolue. Un être retord, immoral, pervers, mettant sans arrêt ses interlocuteurs dans des situations inextricables. Un des personnages les plus détestables de l’œuvre de Jim Thompson qui pourtant n’en manque pas.
Cette relecture accompagnée du énième visionnage de « Coup de torchon » de Bertrand Tavernier avec Philippe Noiret (film que j’aime bien) m’a permis de remarquer les différences notoires entre le livre et le film. La plus marquante étant d’avoir transporté l’action du film en Afrique avant le début de la seconde guerre mondiale alors que le livre se déroule aux Etats-Unis en 1917.
Autre différence, le frère du proxénète, joué par Jean-Pierre Marielle, n’existe pas dans le livre, mais est remplacé par un représentant de l’agence Talkington (cherchez la ressemblance !). Ce qui permet à Jim Thompson par l’intermédiaire de son personnage principal de remettre celui-ci à sa place concernant certaines de leurs manières de briser les grèves des cheminots ou des ouvriers du textile. Un des rares moments ou Nick Corey semble se préoccuper et défendre le genre humain.
Après moult lectures encore et toujours, un de mes romans préférés.
Terminons par ces mots du même Nick Corey en guise de moralité de la part d’un homme qui n’en a aucune :
-« Ce n’est pas parce que je mets la tentation à portée des gens qu’ils sont obligés d’y céder ».
Extraits :
- Il semblerait qu'il se soit fait exploser les tripes à travers l'échine, en trébuchant sur son fusil quand il était saoûl. Il s'est expédié tout seul dans l'au-delà, d'une double décharge de chevrotines.
- Il détourne le regard, naturellement, parce qu'un Noir risque la mort s'il regarde une femme blanche qui est nue.
- Tu sais foutrement bien que tu n'as pas d'amis parmi les blancs. Et depuis le temps, tu devrais savoir que t’en n'aura jamais, parce que tu es un sournois.
- J'estimais que dans cette belle brochette de citoyens de Pottsville auxquels je m'adressais, il y en avait certainement au moins un qui trompait sa femme, ou un autre que sa femme trompait, ou qui la soupçonnait fortement de le tromper.
- J'aurais voulu que tu vois sa tête quand je lui ai dit que j'avais vu ces deux maquereaux bien vivants le lendemain de la visite de Ken.
- C'est un boulot sacrément ingrat, ma jolie, et je me dis que si j'ai le droit à un petit plaisir pendant que je piège mes concitoyens, je ne l'ai pas volé.
Éditions : Rivages / Noir (2016).
Titre original : Pop.1280. (1964).
Traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias.
Autres chroniques de cet auteur sur ce blog :
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Sur Jim Thompson :
Michael Mc Cauley :
Jim Thompson. Coucher avec le diable.