SINIAC Pierre / Bazar bizarre.
/image%2F1217753%2F20251025%2Fob_75c1f3_bazar-bizarre-2.jpg)
Bazar bizarre. *
Pierre SINIAC.
Note : 4,5 / 5.
Le cercle des maîtres chanteurs.
Découverte ou alors redécouverte de cet auteur ? Mystère ? L’ai-je lu il y a très longtemps ou pas, je ne sais plus.
C’est la vieillesse !
On est en France, une France profonde et ancienne, celle de l’époque du paternalisme du patronat. Vous étiez logés dans des cités construites par votre employeur, vous y entriez au sortir de l’enfance et restiez à vie chez-celui-ci. « Le Petit Bazar Français », institution régionale, où normalement il ne se passe rien de grave.
Normalement… la normalité, la loi et l’ordre règnent ; mais tout cela va changer.
Nous faisons, en premier, la connaissance d’Achille Poinçon, homme d’une soixantaine d’années. Il a tout de l’employé modèle, de l’honnête homme… et pourtant, il est la victime d’un odieux chantage, lui qui pensait ne rien avoir à se reprocher, lui qui pensait avoir été exemplaire toute sa vie. Et pourtant… il paye !
Et il n’est pas le seul !
Plusieurs de ses collègues, comme lui, hommes irréprochables, sont victimes de ce mystérieux maître chanteur. Et eux aussi, ils payent, même s’ils ne savent pas réellement qui est derrière tout cela… et pourquoi ? Ils payent, leurs biens et leurs économies fondent comme neige au soleil.
Alors, certaines épouses, lassées de payer et ayant toujours confiance en leurs époux, confient le problème à un détective privé. Séverin Chanfier. Lequel, avec l’aide d’un de ses amis, ancien policier, épluche le passé de tous ces braves hommes, hommes exemplaires s’il en est ! Alors pourquoi payent-t-ils ?
Et puis qui les fait ainsi chanter sans aucune pitié ?
Des personnages très français moyens jusqu’à la caricature, des patronymes qui sentent bon la campagne, les Poinçon, les Vieillefange, les Noirefeuille, les Legruge, etc. etc...
Nous plongeons aussi dans les entrailles pas toujours bien propres de cette institution qu’est le Petit Bazar Français, ses jalousies ou mesquineries en tous genres, les rivalités entre les rayons et la prétention de certains chefs ou sous-chefs qui n’ont pas inventé l’eau tiède.
Beaucoup d’humour mais malgré tout une histoire qui tient la route.
Extraits :
- Employé depuis l'âge de 14 ans au Petit Bazar Français, il se rendait ce matin-là à son poste pour la 10 741e fois.
- C'est leur bazar. C'est un adjuvant à leur foyer.
- La nuit ressemblait à une énorme coulée d'encre.
- Le nouveau champion de l'année est le rayon Vaisselle–Liste de mariage, comme il y a deux ans…
- Hé bien, trouvez ce qu'a pu faire mon mari comme bêtise…Mais ce que je voudrais surtout, c'est que vous arrêtiez tout ça.
- Pas question de rencontrer la très belle au royaume des pastilles digestives sans fric dans les poches.
- Je suis un maître chanteur sérieux, moi. D'abord, moi, quand je vous demande quelque chose, j'ai pour habitude de vous tutoyer.
- Mais le Bazar, lui, resterait, grand navire sur la mère du petit commerce français familial et honnête.
- Les coupables risquent un jour d'être tirés de l'ombre dont ils se sont faits un doux cocon. Ne vous illusionnez surtout pas…
- Celui qui avait la garde du dépôt des litrons de Pernod et de sauciflards au colorant trimbalait un pétard mastard aux côtés.
Éditions : Canaille / Revolver. Baleine. (1998).
* Édition revue et corrigée par l’auteur.
Ce roman est paru pour la première fois aux éditions Fleuve Noir en 1982.