O'SULLIVAN Katriona / Pauvre.
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Pauvre.
Katriona O’SULLIVAN.
Note : 5 / 5.
Ainsi va la vie…
Autrice irlandaise que nous découvrons avec ce titre qui est le premier qu’elle ait écrit.
Dans une famille pour le moins à la dérive, des parents toxicomanes, Katriona est la troisième d’une fratrie de cinq enfants.
Son enfance pour le moins chaotique se passe dans le quartier le plus déshérité de Coventry, son père Tony est irlandais, drogué, grand buveur et gros fumeur. Elle lui sauvera la vie un jour d’overdose. Sa mère Tilly est anglaise mais elle a les mêmes problèmes de dépendance que son mari.
La vie, ici, n’est pas un long fleuve tranquille, mais plutôt une existence qui commence aux portes de l’enfer.
Elle est mise au ban de la classe par les autres élèves à cause de son manque d’hygiène, elle n’a pas de brosse à dents à la maison et une institutrice la prenant en pitié lui achète… des culottes !
Un ami de son père la violente…
Un retour en Irlande va-t-il améliorer la situation de Katriona ?
Pas évident quand on est mère et célibataire, son père semble aller mieux mais pour sa mère c’est l’inverse, son alcoolisme s’aggrave.
Pour Katriona, le chemin sera dur et escarpé..
Énormément de personnages hors du foyer familial, des hommes beaucoup, peu recommandables très souvent.
Quelques femmes qui parfois sauront l’aider à devenir ce qu’elle est devenue maintenant, un exemple de réussite sociale.
Une découverte, un très grand livre, une écriture sobre, sans pathos ni misérabilisme.
Dans un très long épilogue, l’autrice nous donne son point de vue sur les aides de l’état irlandais qui lui ont donné la possibilité de se sortir de sa condition sociale mais elle fait le constat suivant :
- Dans le système de classe qui existe ouvertement au Royaume-Uni, et plus hypocritement ici en Irlande, la pauvreté étouffe les enfants.
Une de mes meilleures lectures de l’année.
Extraits :
- Voilà ce que je regrette. Si je suis honnête avec moi-même.
- En la soulevant, j'ai découvert un sachet plastique contenant tout le matériel du parfait petit junkie, dont des aiguilles encore sanguinolentes.
- Pour moi, l'école était un lieu de conflit incessant.
- « Super nichons, ma chérie », m'a dit un homme qui se tenait à côté de moi dans le bus, alors que je n'avais que treize ans et qu'il fixait ma chemise d'écolière.
- Plus je me faisais du mal, plus ces voix prenaient de la place, plus j'avais besoin que la musique soit forte, plus je m'abandonnais à la boisson et aux drogues.
- Je lui ai parlé des garçons, des rodéos urbains, de toutes les fois où des hommes avaient abusé de moi. Je lui ai parlé de mon isolement et de ma solitude. Je lui ai parlé des hommes qui continuaient à abuser de moi.
- Je regrette de vivre au sein d'une culture qui traite les femmes ayant besoin d'aide comme des criminelles.
- Mary Robinson* me regardait moi. La vraie Katriona.
- De nos jours, une fille comme moi ne pourrait plus frapper à la porte de la directrice et demander qu'on lui accorde une chance de transformer sa vie.
Éditions : Sabine Wespieser Editeur (2025).
Titre original : Poor (2023).
Traduit de l’anglais (Irlande) par Simon Baril.
* Ancienne présidente de la République d’Irlande.