Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

16 novembre 2009

HASKELL John / American Purgatorio.

American Purgatorio.
John HASKELL.
Note : 4 / 5 .
Sur la route*
Seconde lecture dans le cadre des « Belles étrangères », Forrest Grander et John Haskell seront mardi et mercredi à Lorient. C'est ma première lecture de cet auteur, après une tentative infructueuse avec son recueil de nouvelles « Je ne suis pas Sydney Pollock ».
Ce roman est présenté en 7 chapitres principaux, comme les péchés capitaux dont il porte le nom, « Superbia », « Ira », « Indivisia », « Luxuria », « Gula » » »Acedia » et « Avaritia ».
En voyage, Anne et Jack s'arrêtent dans une station-service, celui-ci va chercher de quoi se restaurer. Mais à son retour son épouse et leur voiture ont disparu. Après un long moment d'attente, Jack regagne son domicile. Celui-ci est vide, Anne ne répond pas sur son téléphone portable. Il alerte la police, qui ne prend pas l'affaire au sérieux, puis il se pose la question : pourquoi avoir pensé en premier lieu à un enlèvement? Et si c'était une disparition volontaire! Il découvre dans le bureau d'Anne une carte des États-Unis sur laquelle figure un itinéraire. Il se rachète une voiture et suit la route indiquée sur la carte. Alors commence une longue route, en direction de l'ouest, vers la Californie. Il s'ensuit des rencontres qui, petit à petit, l'amèneront vers des horizons nouveaux pour lui. Mais dans son esprit, obnubilé par Anne, tout semble inachevé et chaotique. Plus rien ne semble une certitude, la disparition d'Anne, mais dans quelles circonstances exactes?
Un soir sur le parking d'un motel, il lui semble reconnaître sa voiture, il espionne le couple, mais surtout Linda la femme. Il lie connaissance, lui raconte son histoire, un certain sentiment semble naître entre eux, mais Anne est là dans un coin de la mémoire de Jack.
De Lexington à Boulder, la route est longue, et San Diego est encore plus loin et Anne.......
Anne, toujours absente, mais omniprésente, mais qu'est-elle réellement devenue, car au fil du temps la version des faits donnés par Jack varie. Où est réellement la vérité ?
Jack suit un chemin chaotique, en voiture et dans sa tête, est-il parfois amnésique ou tente-t-il de se cacher ce qu'il s'est passé! 
Puis une foule de personnages plus typés les uns que les autres, Alex, sorte de voyageur solitaire, auto-stoppeur, adepte du yoga, Laura compagne d'une nuit de questions plus que d'actes. Un vieil homme un peu ermite dans la campagne américaine qui a la photo pour passion lui est présenté par Linda. Fletcher et Feather, couple hippie toujours entre deux festivals de musique, prônant l'amour libre, très libre même que Jack expérimentera, cela évidement dans le chapitre « Luxuria ». Un chauffeur pour qui l'auto-stop n'est pas gratuit, Jumbo et Craig, voleurs à la petite semaine, éternels perdants du rêve américain, mais qui n'hésiteront pas à dépouiller Jack de ses derniers biens. Polino lui sera la dernière bouée avant le Pacifique, mais Jack lui fera perdre ses illusions.
Ce roman semble osciller entre rêve et réalité, sorte de conte onirique ou de voyage initiatique. Jack cherche Anne, du moins, c'est ce qu'il nous dit, s'en persuade t-il? La quête, la route soit, mais pourquoi?
Immanquablement j'ai pensé à Kerouac traversant les États-Unis, l'un et l'autre à la recherche de quoi : de leurs propres identités, d'une femme, du bonheur ou alors tout simplement l'envie de fuir? D'ailleurs les références littéraires qui sont données dans ce livre sont Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Herman Melville et William Blake.
Un roman bien écrit qui se lit très bien, mais dont la chronique m'a semblé très difficile à faire, vu le nombres de rencontres qui forment un vaste puzzle.
Extraits :
- Ce n'est pas exact. Il se passait des choses, mais je ne voyais rien, c'est tout.
- Pas de problème, voulait dire, mais ce n'était pas le cas. La voiture n'était pas là et Anne non plus.
- Sauf qu'il fallait que je fasse quelque chose.
- Et je laisserai le monde me dire ce que je devais faire.
- Il existait un million de versions différentes de la vérité, et je voulais trouver ma version à moi.
- Et je me suis mis en colère. Et parce que j'étais en colère, j'ai fait plusieurs choses.
- Qu'est-ce que j'étais censé faire ?
- Je n'ai pas seulement le souvenir d'Anne, mais aussi, éventuellement, un avenir.
- Et parce que toute expérience humaine est extrêmement complexe il est possible de ressentir simultanément des pulsions conflictuelles.
- Il se brisait. Le rêve. Le rêve mourait. Et je le laissais mourir. Ce n'était pas si terrible. En fait, ça faisait du bien.
- S'il y avait le fait que j'aimais Anne. Ce qui était toujours le cas. Et elle m'aimait. Elle m'avait aimé et m'aimait.
Éditions : Joëlle Losfeld( 2007)
Titre original : American Purgatorio. (2005)
*Hommage personnel à Jack Kerouac, un des auteurs qui m'a donné le goût de la littérature.
Forrest GANDER En ami.

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27 septembre 2009

Le COZ Pierre / L'Autre Versant du jour.


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L'Autre Versant du jour.
Pierre Le COZ.
Note : 4 ,5 / 5.
Ici ou ailleurs!
Un auteur, né dans le Finistère, que je découvre par ce recueil de nouvelles qui s'est vu décerner le « Prix Prométhée de la Nouvelle* » en 2007. Le genre de découverte complètement inattendu, un ouvrage inconnu, la consonance du nom breton et la question rituelle, pourquoi ne pas le lire? Disons tout de suite qu'il n'est ici aucunement question de Bretagne, tout se passe plus au sud, entre Toulouse et l'Afrique, avec une incursion à Paris.
Ce livre commence par une série de courts textes intitulés « Cités interdites », que nous visiterons en suivant les pérégrinations d'un homme. Les cités ( mot plus évocateur que celui de ville) en question sont méditerranéennes ou africaines, de Marseille à Dakar en passant (c'est le mot qui convient le mieux) par Marrakech et Taroudannt. L'histoire est somme tout assez banale, cet homme veut fuir l'Occident ; à Marseille il rencontre un dénommé Fad, qui lui propose de le rejoindre au Maroc en lui offrant un travail spécial, mais lucratif. Alors vogue l'aventure....
J'ai par moment pensé à Jack Kerouac dans l'évocation des départs et des nuits trop arrosées.
Restons au soleil dans « La vue de Tolède », le soleil n'est malheureusement que dans le ciel, pas dans la vie.« Le tombereau de Couperin » est une histoire d'amour et une excellente nouvelle. Rachel aime Kristoff, mais elle ne supporte pas de ne pratiquement rien savoir de sa vie antérieure. Qu'a t-il fait
pendant les quinze ans qui ont séparé son départ de Pologne et maintenant? Obsédante question!
« État de siège » est un texte très fort, comment dans un monde dévasté par la guerre vivre quasiment en vase-clos une grande passion pendant que les gens meurent dans la ville? Une histoire poignante qui se passe dans un monde qui peut paraître lointain, mais qui sera sûrement le nôtre.
Paris sert de décor au récit « Le Haut-Pays », Julie et Paul s'aiment et déambulent dans la capitale. Le temps d'une année, changeant de quartier, d'habitude, de lieux de résidence, le mouvement continu de deux êtres avides de découvertes. Mais dans l'ombre de la bibliothèque nationale, ils découvrent le Haut Pays où ils habiteront un jour peut-être?
« Les amants du Tage » est un court texte que j'ai trouvé très énigmatique, où il est question de port et bateaux à quai. Mais un jour ces navires partiront....
Ce livre se termine par une lettre de l'auteur à Guy Rouquet, créateur de l'Atelier Imaginaire, association à but non lucratif qui permet la promotion de jeunes auteurs francophones. Pierre Le Coz emploie un mot qui, je pense, définit très bien ce recueil : « errance ».
Un homme veut vivre son rêve, fuir l'Europe, ou se fuir lui même, le voyage, l'alcool, les rencontres, mais la curiosité est un vilain défaut. Un enfant de neuf ans muré dans son silence au sein d'une famille aimante, mais un jour l'épouse, la mère n'en peut plus....
Des couples qui se quittent, séparés par le doute ou la mort, l'homme congédié prend le premier train, encore plus au sud vers des horizons nouveaux. Un autre quitte un pays en guerre pour retourner chez lui, mais seul. Dans une autre nouvelle, c'est la femme seule qui rejoint le lieu des rêves à deux. Tous les personnages de ce livre ont en commun une grande solitude, voulue ou subie, car la mort aussi réclame son dû.
« Cités interdites » est un court roman policier écrit comme une poésie. Les descriptions des cités sont belles, il y a une scène où notre « héros » rencontre une femme, ils boivent et finissent la nuit ensemble. C'est très bien écrit, décrit avec pudeur, et au matin l'homme épuisé dit à sa compagne « Tu es un paradis ». Merveilleux compliment, je pense.
La question obsédante de ce livre est « Où vivre », l'endroit de sa naissance? Le lieu où la vie vous a mené? Dans ce lieu que vous pensez avoir choisi? Mais avons-nous réellement le choix? Être en mouvements, partir, voyager, est-ce une finalité en soi?
Une découverte, pour quelqu'un comme moi, grand amateur de nouvelles.
Extraits :
- Sous sa braise liquide, la mer semblait couver un incendie.
- Il le savait : l'aube révélerait un monde où tout serait de nouveau en place, les tours et les immeubles, les usines et les centres commerciaux.
- Est-il possible qu'il put résider toute sa vie dans cette prison d'air et de rues?
- Ainsi se soignait-t-il de sa vieille maladie de l'errance.
- Parler, c'est commencer de mourir, c'est consentir au temps, à l' inexorable de son écoulement sans retour.
- Les morts ne savent pas qu'ils sont morts. Ils ne sont plus là et ils ne sont même pas ailleurs.
- Pour lui, elle restera dans sa mémoire la Ville rouge, celle où l'espace de quelques saisons, il avait cru trouver son destin.
- L'insurrection les avait mariés aussi sûrement qu'un prêtre ou qu'une réclusion dans la même cellule.
- La ville autour de lui était comme une cité fantôme abandonnée par les chercheurs d'or.
- C'était une de ces nuits d'été où l'air stagne comme une eau invisible au-dessus des toits.
- Elle n'osait lui dire qu'il n'était poète que lorsqu'il cessait d'écrire.
- Ils sont venus ici, dans cette ville où le temps s'écoule autrement, où l'été était un sursis.
- Ils savent pourtant que les heures ordinaires reviendront.
Éditions : Les éditions du Rocher. (2007)
* Ce prix est décerné tous les ans par « L'Atelier Imaginaire » dont le site est ici.

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02 mai 2009

JACQ Angèle / Le voyage de Jabel.

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Le voyage de Jabel.
Angèle JACQ.
Note : 5 / 5 .
Embarquement immédiat!
« Ce livre est un roman dédié à l'amour d'une mère », ces quelques mots font partie d'une courte préface qui donne le ton de ce roman.
J'ai rencontré l'auteur au salon du livre de Guidel. J'ai eu bien évidement connaissance de ce livre, je me suis donc décidé à le lire. Un mot sur Angèle Jacq, qui est une dame charmante avec qui j'ai pris beaucoup de plaisir à parler, littérature entre autre. A ce sujet, elle m'a fortement conseillé un livre, mais sur le coup, ni elle, ni moi, nous nous rappelions le titre. Énigme qui fut résolue dans la soirée!
Jabel, maintenant qu'elle est enfin veuve, décide d'aller voir son fils. Chose qui parait entièrement justifiée et toute simple, me direz-vous! Son fils, Ifig, est en Nouvelle-Zélande, Jabel ne sait ni lire, ni écrire et ne parle que le breton. Son plus long voyage pour l'instant a été Kemper (Quimper)! Et Ifig va être père, c'est l'occasion ou jamais! Jabel nous raconte sa vie, mariée à 17 ans contre son gré, fille d'une famille très nombreuse, elle n'a jamais été à l'école, et la seule langue qu'elle connaisse est le breton! Il s'avère vite que son mariage est une erreur, Fanch ayant un solide penchant pour la dive bouteille. Journalière dans une ferme, son seul rayon de soleil est Ifig, son fils! Hélas celui-ci doit partir faire son service militaire, ce sera l'Algérie et pour trois ans! Le jour de son retour, Alice, sa fiancée, se marie avec un autre, malgré qu'elle soit encore amoureuse d'Ifig! La vie de celui-ci devient dure, il achète une voiture qui s'avère être une très mauvaise affaire, un accident le laisse pour un temps à l'hôpital. Alice passe le voir, son mariage tourne au cauchemar! Mais que peuvent-ils y faire? Ifig perd son travail et est embauché dans une usine d'abattage de volailles! Les conditions sont déplorables, les rejets polluent la rivière, mais c'est cela ou le licenciement. Ifig, de plus en plus marginalisé, décide de quitter la France.
Des années plus tard, Jabel se décide : elle va aller le voir, elle veut connaître son épouse, et assister au baptême du futur bébé. Elle vend ses bêtes, une partie de sa ferme et commence les préparatifs de ce grand voyage. Alors commence l'aventure. Un dernier détail, Jabel, pour ce périple ne s'est pas « embarquée sans biscuits »! Je ne vous narrerai pas ce voyage où le bon sens de Jabel va être mis à rude épreuve, dans des situations souvent cocasses. Cette épopée confirme une chose, il y a des bretons dans le monde entier!
De Jabel, un des personnages, chauffeur de taxis rencontré au cours de son voyage, dira ceci :
- « J'aurais bien aimé avoir une mère comme vous ». En toute sincérité, je pense comme lui! Quel personnage! Dans sa dédicace, l'auteur parle « Du fabuleux voyage d'une bretonne droite dans ses sabots ». Droite et sûre de son bon droit, même si parfois, ce n'est pas réellement le cas, comme cette scène à l'aéroport de Singapour, où elle nous démontre que son vocabulaire breton comprend également quelques injures bien senties et très étranges!
Ifig, entre un père alcoolique, la guerre d'Algérie et ses séquelles, et le mariage d'Alice, cela fait beaucoup pour un seul homme. La guerre d'Algérie est très présente dans la littérature bretonne. Pour beaucoup d'appelés, la question a souvent été : qu'est-ce que je fais là? Et beaucoup ont comparé la situation de la Bretagne à celle de l'Algérie. Son dégoût devant une rivière polluée était très en avance sur son temps. Marié à une Maorie, Ellen, par fidélité au « Pays » et à son ami d'enfance, il prénommera son fils Ronan.
Alice, la promise, qui lasse d'une vie d'esclave, et fatiguée d'attendre a épousé le fils d'un fermier et est devenue femme au foyer, pour non pas le meilleur, mais pour le pire.
Marie-Louise, la voisine, Maryvonne Danielou, la bonne hôtesse, « Aotrou Medisin », un peu distrait, le responsable de l'agence de voyages seront des aides précieuses pour que se réalise ce rêve.
Et que dire des rencontres « Néo-Zélandaises », Marianig et Loeiz, eux aussi exilés pour des motifs divers!
La première surprise est que les dialogues, et les monologues de Jabel sont en breton, sous-titrés français! Cela mérite d'être souligné. Une écriture très simple, ce qui n'a rien de péjoratif et une très belle histoire.
La Bretagne encore une fois à la croisée des chemins, une agriculture qui change vers une surproduction qui n'amènera rien de bon pour le monde paysan, sauf quelques exceptions. Des jeunes qui ont du mal à se positionner entre le monde ancien de leurs parents et un avenir d'ouvrier dans l'agro-alimentaire. Ces jeunes qui, pour certains, découvrent le syndicalisme et la politique. Une période de grands changements. L'auteur nous parle également de la condition de la femme à cette époque, à travers les vies de Jabel, d'Alice qui, en se mariant, espérait une vie un peu meilleure, ou de Jeanne, l'ouvrière calomniée.
Mais une figure lumineuse, celle de Jabel, son bon sens, sa foi en elle même, son courage et sa ténacité. Un brin têtue Jabel, il paraît qu'elle n'est pas la seule dans les environs!
Le plus beau compliment que je puisse faire à ce livre, c'est que j'ai eu l'impression de retrouver ma grand-mère! Mon coup de coeur de l'année!
Extraits :
- Et disparurent enfin les missions et avec elles une institution qui longtemps mata la société bretonne pourtant réfractaire à tout pouvoir.
- Cependant l' exil parfois les pousse si loin, le rêve espéré se réalise si peu que le retour... c'est jamais.
- Elle l' attirait dans une sorte de Tir Na Nog , cette terre des ancêtres qui transcende le temps, les générations et l'espace...
- Alors, se rappelait Jabel, s'accrocha la malchance. Les choses culbutèrent les unes par-dessus la tête des autres.
- ...Elle parla des coeurs et des corps qui ne s'accordaient pas....
- Elle devait les utiliser comme autant de petits cailloux à la manière de Meudig, le petit poucet breton.
- Jabel, bien vite, poueza butun, pesa du tabac- autrement dit, dodelina de la tête- et sombra dans un profond sommeil.
- ...et du fond des âges monta la mélodie d'une berceuse enfouie dans son coeur en lambeaux. Elle chanta d'une douceur oubliée.....
- Mais il est des cicatrices qu'il vaut mieux rouvrir pour que coule le fiel amer et s'apaise les regrets.
Éditions: Éditions du Palémon & Coop-Breizh (2004)

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20 mars 2009

Le DRIAN Marie / Le petit bout du L.

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Le petit bout du L.
Marie Le DRIAN.
Note : 5 / 5.
Claire obscure.
Ce livre est, me semble-t-il, la première oeuvre de Marie Le Drian, éditée hors Bretagne et son premier roman. Lors d'une conférence à la médiathèque de Lorient, Marie Le Drian, nous parlait de l'importance de la première phrase dans son écriture, voici donc cette première phrase :
« Je n'ai pas de machine à coudre ».
Une femme, Claire Salaün, vivant dans la zone humide, est la narratrice de ce roman. Pour tromper sa solitude et calmer son agitation, elle coud des coussins. À la main évidemment. Elle nous explique le départ de Bernard, le père de ses enfants, qui a demandé sa mutation pour les zones sèches et qui l' a abandonnée dans ce pays de pluies. Ce sont les vacances, les enfants sont chez leur père, alors c'est la période de la grande agitation et des idées fixes. Un noeud dans le fil et elle repense à une de ses amies, il y a très longtemps qui lui avait montré comment résoudre le problème. Elle pense ne pas l'avoir remercié à ce moment-là, alors elle décide d'aller au bourg lui envoyer une carte postale de remerciement!
Elle nous parle de son union avec un mari toujours absent, et qui un jour s'est absenté pour de bon. Il vient chercher les enfants pour les vacances, elle évoque sa solitude sans sa progéniture. Son amant Xavier, est toujours navré et pressé, riche homme d'affaires, il vend des machines à coudre! Mais n'a jamais pensé à lui en donner une! Elle fait des efforts pour lui plaire, tailleurs et lingeries fines. Lui ne remarquant rien, pris entre son travail, sa famille et ses deux maisons. Lucide, elle se rend compte que ni l'un ni l'autre ne lui ont proposé de l'emmener dans la zone sèche, sous le soleil! Elle constate son manque de relation dans le village et dans son travail, ses parents sont décédés, sa mère chez les Carmélites, son père dans les zones désertiques!Alors faisant preuve d'une audace dont elle ne se serait pas crue capable, elle décide d'aller chez sa copine, Catherine, dans la zone sèche! Mais c'est comment là-bas?
Catherine, la copine, arrive en retard à la gare, Claire patiente sous le soleil.
La narratrice, Claire, est un peu comme les autres personnages principaux de Marie Le Drian, elle veut peu de choses, être quelqu'un, mais même cela lui est refusé. Elle est un doux mélange de candeur, d'indécision et de fatalisme, elle est à la fois touchante, mais aussi agaçante. Par exemple, elle pense que son amant Xavier va la quitter, sa première réflexion est de savoir ce qu'elle va faire de ses tailleurs qu'elle a acheté pour ses rendez-vous galants! On la sent toujours à la limite de la rupture, traînant ses souvenirs comme un boulet. Et surtout l'envie de reconnaissance, qu'elle ne soit plus uniquement « Maman » ou « Madame », mais « Claire » parfois, pas souvent, mais des fois! Avoir une identité, bien à elle, pas cette ombre triste et solitaire. Ne plus être « Ma pauvre fille » comme disait sa mère ou « Ma pauvre chérie » comme l'appelle Catherine.
Catherine a une vie plus active, dirons-nous, entre Raymond, son ex-mari, le couple ayant « demandé à la loi de les désunir », les enfants et Serge, le nouvel époux. Mais Serge ne rentre pas, et Catherine s'inquiète et parle d'une « Autre ». Elle ressemble par certains côtés à la mère de Claire, pleine de condescendance envers cette pauvre Claire!
On ressent déjà dans ce premier roman l'atmosphère si particulière, aisément reconnaissable dans les livres de cet auteur. On trouve également des tournures de phrases très peu habituelles dans la littérature, par exemple :
« Alors, pour le dire à Xavier, je m'oblige à nouer un peu avec d'autres dans les magasins ou sur le chemin des commissions ».
On sent bien dans l'écriture de ce livre l'esprit de fixation qui anime Claire dans une sorte de répétitions des phrases, jamais les mêmes, mais tournant autour du sujet. Le besoin de s'expliquer sur les gestes qui lui semblent cruciaux à un moment de ce qu'elle nomme de «  fixation », la carte postale qu'elle veut envoyer, le carnet qu'elle désire acheter.
Les zones préfigurent« L'intérieur » des livres futurs, le monde marin ou le monde paysan, cela donne au début de la lecture un petit sentiment de science-fiction qui déroute une peu. Un livre surprenant, à la fois proche et éloigné du reste de l'oeuvre de cet auteur.
Extraits :
- J'étais énervé à cette époque-là, je ne vois pas pourquoi j'irai le dire.
- Notre maison et son jardin sont dans la zone humide, près de la mer. Tout à fait au nord, nous disons au grand nord, de la zone humide.
- Dans cette région du grand nord de la zone humide, juste près de la mer, les habitants ne sont pas très liants, où ils se pressent à cause de toujours la pluie.
- Je devrais aller au bourg pour oublier mon idée fixe.
- On m'avait à peine prévenue que les commerciaux n'étaient pas des gens stables. Un rural n'aurait jamais demandé sa promotion pour la zone sèche.
- Xavier promet souvent. Il n'est pas navré de ne pas tenir ses promesses, il les oublie.
- Les maisons sont mitoyennes, mais en forme de L. Moi, j'ai seulement le petit bout du L.
- J'achète des dessous imitation soie. Xavier, au toucher, ne fait pas la différence. Il n'a pas le temps.
- Je suis quelqu'un qui ne sait pas faire avec les personnes.
C'est grave.
- « Tu n'es vraiment pas plus dégourdie qu'en zone humide. »
- Moi, j'aimerais faire des listes pour oublier, mais c'est un processus complexe que je ne connais pas.
- L'attente, c'est un domaine au moins dans lequel je ne suis pas lamentable.
- Ma mère disait que j'étais molle, inerte, répétitive. Elle n'avait pas tort.
- Jusqu'à ma mort je les verrais annoncer leurs décisions sans se préoccuper.
Éditions : Robert Laffont. (1992).
Voir le blog de Marie.
Autres chroniques : ici


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26 juillet 2008

BISSELL Tom / Dieu vit à Saint-Pétersbourg.

Dieu vit à Saint-Pétersbourg.
Tom BISSELL.
Note : 4 /5.
Là ou ailleurs!
Auteur américain né en 1974 à Escanaba dans le Michigan. Ce recueil de 6 nouvelles qui ont été écrites entre 1997 et 2002 est son premier livre traduit en français. Un autre, « Chasing the sea », publié précédemment est encore inédit. A 22 ans il s'engage comme professeur d'anglais dans les « Peace Corps » et part huit mois en Ouzbékistan.
« Défi à la mort », écrit en 2002, se déroule en Afghanistan. Un journaliste anglais, Grave,un photographe américain Donk, et deux Afghans, Hassan, le guide-traducteur et leur chauffeur quittent Kundunz, (fuient serait peut-être plus approprié) pour Maza . Victimes d'un accident de voiture, avec Grave victime de la malaria, ils partent à pied vers un hypothétique village. Il se parlent de choses et d'autres. Ils découvrent un village archaïque, des hommes armés, amis ou ennemis, troupes régulières ou seigneurs de la guerre? Rien n'est réellement sûr!
« Voyage de luxe  pour nulle part »(2000) est un récit étrange à trois personnages, Jayne, la femme américaine moyenne, son mari Douglas, homme relativement riche et Victor, leur guide, ancien soldat russe, qui est resté en Afghanistan. Il gagne sa vie en promenant des touristes dans des endroits pas très sûrs, des voyageurs qu'il déteste et méprise ouvertement. Douglas est l'américain type, sûr de lui jusqu'au ridicule, Jayne a dépensé une fortune pour s'habiller à la mode pour ce voyage. Le couple va se rendre compte, après avoir été attaqué par des bandits, que leurs valeurs ne sont pas partagées de tous!
Alec est « Le fils de l'ambassadeur », nouvelle écrite en 1997. La vie du corps diplomatique est plus agréable dans le corps de charmantes jeunes filles, dans un pays perdu d'Asie. Cette ancienne province soviétique qui ne sait plus trop ce qu'elle est maintenant! Mais, en pleine orgie, maman, madame l'ambassadrice, débarque en pleine extase sexuelle ! La vie est belle, mais pas pour tout le monde. Entre corruption, prostitution et organisations caritatives, mais fortement ancrées religieusement, certains, les comparses évidemment, y laisseront leur vie !
« Dieu vit à Saint-Péterbourg »(1998), c'est ce que pense Timothy Silverston, vrai missionnaire officiellement professeur d'anglais. Mais Dieu est bien caché et le Diable a pignon sur rue!
Amanda Reese, biologiste américaine, fait un voyage d'études pour comprendre la situation de la mer d'« Aral » (1997). L'état de cette mer intérieure est un désastre, personne ne s'en préoccupe vraiment. L'ONU envoie une mission de trois personnes, les deux hommes tombent malades, Amanda poursuit seule son enquête. Mais cela ne plaît pas à tout le monde, certain aimeraient « punir » l'Occident!
Un couple perdu dans la montagne et dans leur vie, un fils d'ambassadeur qui, lui, ne sait pas ce qu'est la vie hors de son cocon d'enfant gâté.Un professeur ayant sombré moralement laisse ses élèves livrés à eux- mêmes dans une classe à majorité ouzbeck où Susanna, blonde de descendance russe, est « une anomalie troublante », car les deux ethnies se haïssent.
Dans « Les animaux dans notre vie »(1999), l'auteur nous raconte la visite d'un zoo par un homme et une femme. Lui est parti comme professeur d'anglais au Kirghistan. Ella a rompu avec lui, puis lui a demandé pardon quand l'autre homme est parti. Une promenade est-elle vraiment romantique dans un lieu où les animaux sont en cage?
Des Occidentaux loin de leur culture, ne comprenant pas qu'il est possible de vivre autrement. Entre ambiguïté et incompréhension, deux civilisations se côtoient mais sans plus.
Il est rare qu'un auteur américain parle d'autre chose que de l'Amérique. Qu'il perçoive et décrive si bien la haine que son pays suscite dans certaines parties du monde. Qu'il analyse les raisons qui, en plus de la haine, provoquent ce mépris d'un peuple que l'on maintient dans la misère pour accroître la richesse des autres. La nouvelle « Voyage de luxe pour nulle part » est significative de cet état d'esprit. Des organisations humanitaires, fermant les yeux sur les détournements de fonds, mais punissant l'adultère ! Un voyage en Asie Centrale qui dépayse beaucoup, une découverte.Dans des notes très intéressantes en fin d'ouvrage, l'auteur nous avoue avoir pris de grandes liberté avec la vérité, et la géographie aussi. Il donne également les dates d'écriture de chaque nouvelle.
Extraits:
- Air Force, tu parles ! Air Farce oui!
- C'étaient les femmes. De leurs visages on ne distinguait que les yeux derrière une grille aux mailles serrées.
- Ils ressemblaient ainsi à de petits sapins de Noël humains prêts à exploser.
- Les Français étaient les pires : un Peuple de L'Ordre qui se prenait pour un Peuple du Chaos.
- « Les hommes âgés doivent mourir. Sinon, le monde moisirait.
- Sans doute, peut-être. La devise de L'Afghanistan.
- Qui n'est pas « célèbre au sein de certains cercles ».
- Elle avait tiré des bouffées de pipe à hasch moins agressives que l'atmosphère matinale de Taschkent.
- Les Américains sont un peuple qui a laissé son âme s'engraisser.
- Tout comme aujourd'hui parler lui aurait alors paru absurde.
- Il respecte rarement ses clients, encore qu'il parvienne souvent à les supporter.
Pas ce Douglas néanmoins. Un gros et balourd d'Américain.
- La même galerie de portraits -Les bons Américains- figurait dans chaque salle de classe entre ici et Tbilissi.
Éditions : Albin Michel / Terres d'Amérique.
Titre original:
God lives in St Petersburg. (2005)

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29 avril 2008

GUENANE / Pax.

Pax .
GUENANE
Note : 4,5
Un ange passe!
Je sais cela ne se fait pas mais je vais recopier une partie de la quatrième de couverture.
Bretonne et cosmopolite, Guénane a longtemps vécu en Amérique du Sud. Son roman s'inspire d'un authentique vol de nuit entre la France et l'Argentine.
Un avion d'après l'auteur se compose de « pax* », beaucoup, et de quelques                    « hamsters** » en nettement moins grand nombre heureusement. Il peut également arriver qu'un « pax » soit pacsé avec un hamster, ce n'est pas interdit par la loi, ni par la SPA. Ces précisions, pour éclairer votre lanterne, bien nécessaires pour affronter un vol de nuit entre Paris et Buenos Aires.
« Accrochez-vos ceintures, le décollage est imminent » alors partons, à nous le ciel, les étoiles, les sacs à vomi, les passagers désagréables et tout ce qui se passe la nuit dans un avion, lieu clos mais aérien (les deux à la fois de préférence) .
Nous allons donc voyager en compagnie entre autre du narrateur, Monsieur P.10, cet homme est un peu triste, il a appris ce matin au téléphone la fin de son idylle avec Cécile. Comble de malchance, il ne connaît personne de l'équipage , même pas un           « cousin » breton (les traditions se perdent). Une nouvelle hôtesse l'accompagne, Cecília avec un accent sur le i. Celle-ci, Portugaise, a droit à un accueil particulièrement poilant (sauf pour elle) :
« Portugaise et vous n'avez pas les jambes velues! ».
Mais cette jeune femme a de la répartie et, ce qui ne gâche rien, est charmante donc le voyage s'annonce sans nuage en attendant les meilleurs auspices et sûrement plus si affinités.
L'étourdi en retard, les râleurs de tout poil (même d'ailleurs les imberbes) enfin rien de bien nouveau sous le ciel (surtout de nuit), la routine, les exercices de sécurité. Une chatte de race a des pudeurs, un cheval de grand-prix et de grande valeur est surveillé, un enfant joue avec son petit singe etc..... Quelques dépressions atmosphériques et aussi quelques dépressions nerveuses pimentent le vol.
Un « Stew » qui n'est pas forcement irish, et que notre hôtesse, qui n'a pas ses yeux dans sa poche, ne trouve pas ragoûtant du stew (tout, désolé le vertige de l'altitude) sont nos pilotes. Mais une dame fait un malaise.....
Dans sa dédicace, Guénane m'a écrit ceci: « A lire avec l'humour qui convient ». C'est fait « Gente Dame de Lettres ». Mais après un moment celui-ci n'a plus court, hélas!
Certaines descriptions sont pour le moins imagées :
- Elles ont les mêmes yeux, grands, francs, et dont la couleur rappelle la peau des maquereaux quand ils sortent de l'eau.
Soient elles sont d'une grande poésie et mais toujours très imagées :
- Les yeux couleur amer absolu, 99% de cacao minimum.
- ...signe que nous devons avoir quelques atomes qui se caressent déjà.
Ce voyage est une allégorie sur la vie qui file tel un avion, quelle est la direction exacte de toutes existences, cela mystère?Comme dit le vieux chirurgien dans le livre « C'est la vie, la véritable énigme ».
Extraits :
-...il risque de voir tripler sa poche à air gastrique, son gros intestin, de devenir un aérostat dans un aéronef.
- Le pilote est aussi aveugle que le passager ; il sait mais ne voit pas toujours où il va.
- Pour l'instant nous ne sommes qu'un équipage renfrogné.
- Tout le monde sait que les hôtesses de la T.A.P*** sont angoras.
- Dans un super marché, vous reconnaîtrez facilement une hôtesse de l'air : elle cherche d'instinct la pédale de frein du caddie.
- Reposez en paix, pax!
- Et elle, hein, son grain de beauté sur la cuisse, c'est une tumeur au cerveau!
- Théâtre de la vie aérienne, le rideau s'ouvre sur la même scène.
Éditions : Amers :
http://www.presences.online.fr/sitemorel/photolivre/editionamers.pdf
Autre chronique de cet auteur :
L'Ange Gardien.
*Passagers
**Au nombres de trois, Le pilote, le co-pilote et sa doublure.
***Transportes Aéros do Portugal, appelés aussi « Transport Air Poil », avec l'humour qui convient. (Note de l'auteur)

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11 septembre 2007

O'FLAHERTY Liam / A mes ennemis ce poignard.

A mes ennemis ce poignard.
Liam O'FLAHERTY.
Note : 3,5 /5.
Auteur en quête de lui même.
Biographie écrite en 1934. D'entrée de jeu, O'Flaherty prévient le lecteur "L'homme est un menteur né". Donc lui aussi ment, un peu ou beaucoup? Suivons-le pour le savoir.
Nous sommes dans les années 1930, Liam O'Flaherty dit avoir 37 ans au début de l'écriture de ce livre. Il se dit "être un homme arrivé au bout du rouleau". Sa carrière littéraire est pourtant très riche, lui l'est beaucoup moins. Il a déjà écrit la plupart de ses grands succès "Le mouchard", "L"assassin" ou "Le puritain".
Séparé de son épouse, souffrant de dépression nerveuse, il vit à Londres où il boit beaucoup, empruntant de l'argent et une machine à écrire. Il veut fuir et surtout s'évader de lui même.
Par le truchement de nombreux retours en arrière, O'Flaherty nous parle de son existence. Et sa vie est souvent plus riche qu'un roman. Né à Gort nag Capall à Inishmore, l'une des îles d'Aran, il a un moment envisagé d'être prêtre (envisagé de loin, même de très loin).
Il s'engage dans l'armée anglaise, ce qui lui vaudra de nombreuses critiques par la suite, et revient traumatisé de la guerre. Sa convalescence lui servira de trame pour son superbe roman "L"âme noire". Réformé, il voyage pendant plusieurs années. Attiré par le communisme, il soutient la cause républicaine pendant la guerre civile. Il se fait remarquer en 1922 en prenant d'assaut avec d'autres chômeurs la Rotonde à Dublin et en y installant un drapeau rouge.Il quitte l'Irlande pour Londres et commence sa carrière d'écrivain. Quelques années et quels voyages plus loin, il quitte Londres à peine plus riche qu'à son arrivée.
Direction la France, Paris dans un premier temps, où il reste plus que prévu, ayant égaré sa machine à écrire dans un taxi. Mais le but d'O'Flaherty, c'est la Bretagne, Quimper, Concarneau, il y restera longtemps et chose curieuse, il y rencontrera un autre irlandais qui connaît son oeuvre. Mais c'est le monde des marins pécheurs avec qui il aura les meilleures relations, des anciens combattants comme lui.
Liam O'Flaherty est un personnage aux multiples facettes qui semblent parfois contradictoires, ce qui se ressent dans son oeuvre. Après des périodes de silence, il semble renaître de ses cendres. Sa carrière commencée en 1923 s'achèvera en 1973.
Mais ses oeuvres principales pour la plupart seront écrites avant les années 1940.
Seuls "Insurrection" et quelques recueils de nouvelles seront publiés après les années 1950. O'Flaherty parlera de quelques écrivains qu'il a connu, James Joyce à Paris, James Stephens et d'une manière plus touchante Padraic O'Conaire*, écrivain alcoolique de Galway qui rendit visite à O'Flaherty deux jours avant sa mort.
Un formidable témoignage d'un homme qui à ce moment de sa vie est revenu de tout, alors qu'il lui reste encore cinquante ans à vivre!
L'écriture et la construction de cette autobiographie ne sont pas des plus simples, les retours en arrière ne sont pas toujours dans l'ordre chronologique et certaines hallucinations de l'auteur n'aident pas réellement. Dommage que certains moments du récit soit si touffus changeant de lieu et d'époque, sur un simple souvenir.
Extraits :
- Et à mesure que mon esprit gagnait en force et en audace rebelle, je devins timoré et sensible dans mes rapports avec les gens qui m'entouraient.
- J'avais perdu. J'étais perdu. Tout était perdu.
- Qu'il est donc vrai de dire que "la critique est un impôt levé par le public sur les hommes éminents".
- Voici donc une tentative de trouver en moi-même un semblant de vertu.
- Oui, me dis-je froidement, la mort est le seul moyen d'évasion.
- "Je n'ai pas eu de chez moi sur la terre, mais dans la tombe j'en aurais un qui vaudra bien celui d'un roi*".
- Et nos buveurs, les pauvres diables passent dans leur voisinage pour des criminels.
-"Êtes-vous l'écrivain du même nom, ou bien essayez-vous de me faire marcher?
- Les Anglais détestent tous les Irlandais qui refusent de faire les pitres pour les distraire.
- L'abîme c'est l'indifférence.
Éditions : Anatolia/ Le Rocher. (1998)
Titre original: Shame the Devil. (1934 pour la première édition)
Autres chroniques de cet auteur :
Insurrection.
L'assassin.
Le martyr.
Le mouchard.
*Padraic O'Conaire (1882/1928)  A noter qu'un auteur très différent de O'Flaherty, Ken Bruen spécialiste du roman noir en parle également dans " Delirium Tremens*"

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14 juillet 2007

TREVOR William / Le voyage de Felicia

Le voyage de Felicia.
William TREVOR.
Note : 4,5/ 5.
Voyage au bout du désespoir!
Un des premier romans de William Trevor que j'ai lu, il y a entre 6 et 8 ans, ceci est donc une relecture. J'ai en réalité plus de souvenirs du film que du livre.
Felicia cherche Johnny, qu'elle a aimé, dans l'euphorie du mariage de son frère. Enceinte, elle a volé les économies de sa famille pour le retrouver.
Mais elle ne sait rien de lui, il travaille en Angleterre, Birmingham peut-être ou du moins, c'est ce qu'elle suppose. La voilà, avec deux sacs plastique, décorés de motifs celtiques à la main errant dans des banlieues grises et déprimantes. Dans ces quartiers de la périphérie, les changements sont visibles, jadis vivant d'une industrie prospère, ils ne sont plus que des banlieues déshéritées. Commence pour Félicia une longue errance dans un pays inconnu dont elle a du mal à comprendre les gens, leur accent la déroute, elle cherche Johnny, mais que sait-elle de lui? Elle se rappelle leur rencontre, ses quinze jours de bonheur, l'adresse qu'elle réclamait, mais jamais donnée. Elle revit sa rencontre avec la mère de Johnny, qui se rendant compte de son état, refuse de lui donner la moindre indication. Elle se souvient des paroles de son père lui disant que Johnny était dans l'armée anglaise, et que bien entendu, il ne voulait pas en parler. Après quelques jours passés dans les locaux d'une oeuvre caritative, la voilà de nouveau seule, sans argent ayant perdu tout espoir de retrouver Johnny. Dans ces temps de désespoir, sa rencontre avec Mr Hilditch est sa seule consolation, il lui donne des adresses, la guide dans les quartiers glauques. A son insu, celui-ci la guette, ayant de plus en plus d'emprise sur sa vie, quelles sont ses vraies motivations?
Felicia, irlandaise naïve et pas bien intelligente, le prototype de personne qui n'aura que des problèmes dans la vie. Vivant dans un monde de rêve, elle est capable de tout quitter pour un homme dont elle n'a pas l'adresse! 
Hilditch, sorte d'intendant d'une cantine d'entreprise, homme gras et disgracieux, mais toujours tiré à quatre épingle. Il vit seul dans l'ombre d'un mère défunte, mais omniprésente. Il s'invente une épouse malade et prétend travailler pour l'armée. Le personnage de Mr Hilditch est Hichcokien dont il a un peu le physique. Froid et précis, il attend son heure. Machiavélique et pervers, il tisse sa toile, usant de tous les bassesses pour amener Felicia à être tributaire de lui. Qui sont ses fantômes de jeunes femmes qui peuplent les souvenirs d'Hilditch? Ces personnages féminins dont il se rappelle avec précision?
Un roman à suspens dans une banlieue en ruine, avec ses usines fermées, la misère. La violence et un constat social alarmant servent de toile de fond à ce livre, l'Angleterre post-industrielle et ses ravages.
Un Trevor William, loin de ses bases habituelles, plutôt champêtres et verdoyantes, nous offre ici un de ses meilleurs romans. Une écriture toujours juste et précise au service d'une histoire de qualité.
Un dernier mot du film réalisé par Atom Egoyan, il révèle un Bob Hoskins ambigu à souhait.
Extraits :
- Au bureau de change, on lui a donné de l'argent anglais contre ses billets irlandais.
- L'usine est un monde à part, de même qu'au sein de l'usine, la cantine de Mr Hilditch.
- Longues et droites les rues de la zone sont en béton. Nul ne les parcourt avec plaisir.
- Elle pense à ces expressions de son père -"pas très fut-fut","un peu lente à la détente"- et se demande si c'est ce que le vendeur pense d'elle.
- C'est sa faute, puisqu'elle a eu la bêtise de ne pas s'assurer qu'elle avait l'adresse.
- Où habitait-il, en Angleterre : à Londres? Non, au nord de Birmingham. Il cite une ville qu'elle ne connaît pas.
- Autant chercher une aiguille dans une botte de foin! Entend Felicia en partant.
- Voici un nouvel autocar : l'irlandaise y est.
- Tout ce que je veux, c'est entrer en contact avec lui.
Vous avez eu suffisamment de contact avec lui.
- Comme l'irlandaise, elles venaient toutes d'assez loin et se rendaient Dieu sait où dans la plupart des cas.
- Tu ne peux pas habiter la maison et fréquenter un membre des forces d'occupation.
- Naturellement, vous êtes la bienvenue, si vous voulez coucher ici.
Éditions : Phébus.
Titre original: Felicia Journey's.
Autres chroniques de cet auteur :
En lisant Tourgueniev; Les anges dînent au Ritz; Mourir l'été; Péchés de famille;Secrets intimes; Les splendeurs de l'Alexandra.

Posté par eireann yvon à 23:29 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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