Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

04 octobre 2009

MACKEN Walter / Les vertes collines & autres histoires.

Les vertes collines & autres histoires.
Walter MACKEN.
Note : 5/5.
Jeux de dupes!
Recueil de 21 nouvelles de cet auteur de Galway que j'apprécie particulièrement. Félicitations aux éditions « Terre de Brume » de rééditer son œuvre, et d'essayer de le faire connaître en France. Il fut également directeur de théâtre et acteur. En faisant quelques recherches, je me suis rendu compte que Walter Macken avait joué dans quelques films, en particulier « The Quare Follow » d'après l'oeuvre du même nom de Brendan Behan et avec Patrick McGoohan dans le rôle principal.
L'Irlande rurale dans toute sa complexité, cruelle et mesquine sous ses airs bon enfant. La chasse est pour certains une partie de plaisir, pour d'autres une occasion de rappeler à certaines personnes qu'il ne faut pas forcément prendre les gens pour des imbéciles.Pour épouser la fille que l'on aime, parfois, il faut se laisser mener en bateau par son futur beau-père. Colm n'est pas ravi, mais il ravit le cœur de sa bien aimée. Les paroles blessantes dans « La Maggie Barney » qui déstabiliseront un homme et gâcheront deux vies. Les Irlandais ont deux passions, les courses de chevaux et le « hurling ». « La belle Dame » nous parle de compétitions équestres, un homme riche veut que son cheval gagne, le propriétaire du champion en titre est son débiteur, l'argent est-il plus fort que la morale sportive? A l'époque on pouvait se poser la question, maintenant non! Une très belle histoire, l'une des meilleures de ce recueil. Pour le hurling, lorsque le personnage principal s'appelle Filou et qu'il est question de rivalité familiale et de gros sous (enfin toutes proportions gardées), cela n'est pas forcément très fair-play! Rappelons nous la définition qu'en donne Ken Bruen : « C’est quoi encore, ce truc-là ?
Quelque chose entre le hockey et l’homicide.»
« Un Athée » est également un très bon moment du livre. D'un côté il y a Joe, dernier enfant d'une famille de 7, maladif et souffreteux, il est le souffre douleurs de la famille. De l'autre, il y a Peter, colosse un peu marginal, les deux vont se lier d'amitié, mais pour la famille de Joe, Peter est de la pire engeance dans la très catholique Irlande, il est athée....... Ce qui semble pire que d'être protestant! « Les enfants du mardi » est une belle histoire comme son nom l'indique de naissance un mardi, la première chez un « Tinker », gens du voyage irlandais, la seconde dans une famille aisée, le point commun, le médecin du village.....« Marqué » nous raconte l'amitié entre deux hommes, dans un coin perdu de la campagne irlandaise. Mais, un jour une automobile arrive et un homme en descend!  Quelques histoires de braconnages, en rivière ou en mer, mais que fait la police! Un peu de contrebande de « poítín* » dans « Le Roi » la nouvelle qui clôt ce recueil. A quoi bon avoir été personnage du comté, une légende vivante pour laisser son trône vacant! 
Dans les nouvelles de Macken, il y a souvent un personnage récurrent que l'on retrouve par ci, par là. Solo, curé athlétique, était celui du précédent recueil « Et Dieu fit le Dimanche », ici c'est Geaglers que nous retrouvons. Le dit Geagler n'est pas précisément un saint, toujours à la limite de la légalité, vivant d'expédients, plein de ressources et d'imagination pour se venger de soi disant plus malins que lui. Mais parfois c'est à ses dépens. Nous croisons un marin qui n'a jamais navigué, qui déteste la mer, mais la mer est la plus forte malgré tout...... Pauvre vieil homme! L'exil ou l'amour, l'homme choisit l' Amérique, mais il en reviendra plus vite que prévu! Pourquoi courir le monde, les collines ne sont pas plus vertes ailleurs! Une vieille anglaise et son chat, mais dans la campagne irlandaise, ce n'est pas gagné! Joe est de retour après six mois d'hôpital, c'est le bonheur, ses copains l'accueillent avec joie, mais plus rien ne sera comme avant, hélas.Une écriture qui paraît très simple, donc une lecture facile, mais je pense que beaucoup de travail est nécessaire pour arriver à ce résultat. Un des meilleurs recueils de nouvelles de la littérature irlandaise, et un de ceux qui décrit le mieux le monde rural avec ses défauts et ses qualités. À noter le langage employé par Meila dans la nouvelle «  Étranges poissons » dont voici un exemple avec des constructions de phrase gaélique, que Walter Macken maitrisait parfaitement :
- Loin d'la route que j' 'ai trouvé, dit Meila, sur la page près de l'la mer.
Extraits :
- À croire que les korrigans lui avaient jeté un sort. Mais c'était comme ça, il fallait bien qu'il l'admette.
- Un sport aussi ancien que l'Irlande- et davantage même.
-En général, les gens regrettaient qu'ils fussent venus au monde, et auraient préféré que le monde en fut débarrassé.
- Il n'avait jamais eu l'intention de s'attacher de nouveau à quelques êtres vivants que ce soit.
- La vie doit-elle être cynique au point de vous obliger à être le témoin de tels contrastes ?
- Un regard comme celui-là ne devrait pas se trouver ailleurs que dans les yeux d'un chien malade, pensait-il.- Il n'y avait rien d'autre devant lui que sa vie, il avait enterré les années mortes dans la sueur.
-
Vous ne vous souvenez pas de lui ? Un asticot court sur patte qui n'a jamais travaillé de sa vie, avec des lèvres minces comme une incision dans du lard maigre.
- On était là à esquiver, à rire, à vilipender derrière leur dos les ploucs qui parlaient irlandais.
Éditions : Terre de Brume (2007).
Titre original : The Green Hill & Other Stories (1962).
*Alcool clandestin à base de pommes de terre.
Autre chronique de cet auteur :
Et Dieu fit le dimanche.

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14 février 2009

BONNET Georges / Un jour nous partirons

Un jour nous partirons.
Georges BONNET.
Note : 5 /5.
De jadis à aujourd'hui.
Je ne connais pas du tout cet auteur, mais un recueil de nouvelles a toujours un attrait particulier pour découvrir un écrivain. Il a fait ses débuts de romancier à 81 ans !
« Alors je serai poète » qui ouvre cet ouvrage est un petit texte très court de trois pages, plein de poésie et d'espoir. Un bon début qui laisse augurer plein de merveilles.
« Je n'aurais pas aimé qu'il me dise merci ». Un homme et son ami sont à la fête foraine, il sent qu'on lui vole son portefeuille. Il se retourne vivement et frappe, ancien champion de boxe, il a encore le poing très sûr. Mais son côté bon samaritain se réveille......
« Un dimanche perdu ». Un enfant prend son vélo, son équipement de football, puis il part jouer un match dans un village voisin. Village distant de 18 km, les collines font mal aux jambes, les routes peu entretenues entraînent des crevaisons. Le terrain est un pré, les poteaux sont tout de guingois. Et il faut revenir, les jambes lourdes. Ce jeune garçon a maintenant 93 ans, il raconte un dimanche à la campagne à son petit-fils. À la télévision, des pseudo-supporters sortent d'un stade....
Quand elle était enfant, sa mère reprochait à Stéphanie de trop aimer Amandine. Le temps a passé, Stéphanie aime toujours Amandine, l'une a vieilli, mais l'autre pas.
« Un sourire pourrait tout effacer ». La nouvelle qui clôt ce recueil est une très belle histoire. Un couple âgé sans enfants, le temps passe, l'homme petit à petit décline. Sa femme le veille, s'en occupe sachant que la mort avance inéluctablement. Un texte plein de pudeur et de tendresse, le récit d'une fin de vie.
Des personnages de tous les âges de la vie, des gens simples, des récits ordinaires. Des nouvelles comme je les aime. La personne la moins ordinaire de ce livre, c'est en définitif l'auteur.
Une femme marche chez elle, lentement avec gravité, elle contemple son décor familier. Chaque objet lui rappelle une vie d'avant. À petits pas, sur la terrasse, elle s'installe sur une chaise et attend.....
Compagnon a pour seule compagne la solitude, vieux garçon parfois il se laisse aller à boire. C'est un homme simple, sans envie, mais la vieillesse et la maladie semblent là.
On a tous un jour ou l'autre collectionné les images fournies dans certaines tablettes de chocolat par exemple. Un enfant cherche désespérément la figurine de Ladoumègue. Il devient la risée de la classe. Que de souvenirs dans ce court texte. Acheter du chocolat à l'épicerie du coin et l'ouvrir impatiemment !
Du sport encore, arbitre le dimanche et croque-mort en semaine, ou alors pilier de rugby et borgne, c'est la vie, mais c'est aussi la mort. La mort on la retrouve, dans « La justice du cimetière », car dans les cimetières, certaines tombes sont somptueuses et d'autres misérables. Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, un homme et une femme sont dans une gare, ils attendent un train...
J'ai éprouvé beaucoup de joie à lire ce recueil : l'écriture qui semble ordinaire, mais fouillée, y est pour beaucoup. Cet auteur nous parle d'une époque où la vie était simple. Le temps de surconsommation n'avait pas encore frappé. Ce petit garçon allant jouer au football en est l'illustration. Compagnon, dans son existence monotone et solitaire, est un sage. C'est sa vie, il ne faut pas envier celle des autres.
E
xtraits :
- Des fenêtres s'allument. Des maisons prennent place dans l'eau.
- Des rites doivent être suivis. Des lenteurs sont de mise. Il convient de progresser avec prudence.
- Des supporters dévoués avaient gratté les bouses laissées par les vaches durant la semaine.
- Elle est riche, mais il ne l'envie pas. Elle est à sa place, lui est à la sienne, comme l'a voulu le destin.
- Sa tête est habitée de ténèbres.
-Elle s'enthousiasmait : - prenez donc « Pêcheurs d'Islande » vous verrez c'est merveilleux.
- Une grosse femme, sur son seuil, ne ressemblant pas à sa maison.
- Elle était pâle et ses yeux brillaient intensément.
Je l'ai trouvé très belle.
- Je n'y pense pas, c'est toujours le même train que j'attends.
- Celui qui a partagé sa vie, et cet autre qui continue de vivre près d'elle, ne font qu'un.
Elle l'accepte tel qu'il est.
- Elle reste à ses côtés, lui parle de faits anodins.
Elle ne joue plus avec certains souvenirs.
- La maison possède six fenêtres, mais celle qui donne sur le jardin est la seule à pouvoir provoquer le rêve.
- Il y a encore des petits gestes qui empêchent de mourir.
Éditions : Le temps qu'il fait. (2008)

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16 décembre 2007

O'FLAHERTY Liam/ Les amants

Les amants.
Liam O’FLAHERTY.
Note : 4 / 5.
Mer et campagne.
Recueil de 20 nouvelles éditées en 1976. O’Flaherty était un écrivain touche à tout, romancier, poète, auteur de livres de souvenirs ou de voyages. Il écrivait surtout en anglais bien que le gaélique soit sa langue maternelle. Il écrira d’ailleurs un recueil de nouvelles «Duil» (Désire) dans cette langue.
L’Irlande ancienne et rurale, des êtres frustres et cabochards comme le rétameur qui se venge du colosse qui depuis des années le terrorisait.
La très belle nouvelle "Tout arrive à maturité" où un lapereau est sauvé de la mort par sa mère qui détourne la belette vers elle, lui permettant de garder la vie.
"Le fanatique" résume la situation désolante de certains hommes dans les contrées les plus reculées d'Irlande. Dans une auberge sale, un homme en veut au monde entier, l'Angleterre, la France et surtout aux Etats-Unis. A la mort de leur mère, sa soeur est restée vivre avec lui, puis elle est partie outre-Atlantique. Il en devient fou de solitude, ce texte fait penser au poème de Patrick Kavanagh, "La grande famine", où le manque de contact moral et physique laisse des vieux garçons à moitié demeurés se réfugiant dans la religion. A noter une écriture très désuette, très emphatique qui convient très bien au contexte de l'histoire d'un homme qui refuse tout progrès.
Deux enfants partent à la pêche en empruntant une petite embarcation, dans "L'épreuve du courage" ; le plus timoré au départ fera preuve de sang froid et gagnera le respect de son père.
Une tentative de meurtre laissera deux hommes morts, un troisième tente de se justifier.
La nouvelle" Les amants" qui donne son titre au recueil est l'histoire des retrouvailles d'une femme qui a toute sa tête et d'un homme qui ne l'a plus du tout. Et pourtant comment oublier leur aventure amoureuse fort mouvementée.
Affreux, sales, bêtes et méchants, certains personnages ont toutes ces qualités (littéraires) avec en plus la cruauté et l'avarice parfois.
Prenez Patsa, il réunit tout cela, tellement avare qu'il envoie sa femme mendier son repas, mais son dernier repas, Nuala s'arrangera pour qu'il ne lui reste pas sur l'estomac. C'est ce que dit le proverbe "La vengeance est un plat...."
Quelques animaux sont les héros de certaines histoires comme dans "Les étalons sauvages", où ce sera le troisième larron qui sortira vainqueur du combat des chefs.
Il est question également de chiens, d'une petite chienne blanche qui sera mal récompensée de l'amour qu'elle porte à ses maîtres. Un chien de course n'a pas l'allure, mais il a la vitesse. Un canard sauvage recueilli à sa naissance restera-t-il un vilain petit canard? Une chèvre qui était la seule compagne d'un vieil îlien, finira par mourir, le vieil homme perdra la tête.
Il est également beaucoup question d'eau, ce qui en soit n'est pas étonnant O'Flaherty étant né à Inishmore, la plus grande des îles d'Aran.
Des îliens, il en parle dans "Le roi d'Inishcam" où un policier doit faire cesser la fabrication d'alcool clandestine, mais les lois sur l'île ne sont pas les mêmes que sur le continent.
Une écriture très réaliste qui nous fait toucher du doigt une misère sociale et morale.Pas beaucoup de joie de vivre dans tout cela, mais ce n'était pas le but recherché par l'auteur.
Extraits :
- Que Dieu me pardonne! Cet homme, je l'ai détesté depuis que je suis mioche.
- Tous les vices, toutes les perversions qu'a pu accumuler notre communauté à travers les siècles s'incarnaient dans sa carcasse puante.
- Il possédait ce magnétisme que l'on reconnaît aux grandes putains et aux fous qui se prennent pour des dieux.
- Sa beauté était trop parfaite pour durer. Déjà la vive rougeur de la mort colorait sa joue.
- "Si je quitte Pag, les fées vont me l'emporter".
- Ces manigances à la française, cela ressemble trop à la diplomatie britannique.
- Ventru, noueux, la démarche chaloupée, il était plus proche du cochon que du lévrier.
- Car enfin, vos agissements enfreignaient la loi et je devais y mettre un terme.
" Je n'ai pas enfreint mes propres lois", rétorqua-t-il tranquillement.
Titre original : The Pedlars’s revenge
Editions : Anatolia/ Le Rocher(2000)

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31 août 2007

GRIMSLEY Jim/ Les oiseaux de l'hiver.

Les oiseaux de l'hiver.
Jim GRIMLEY.
Note : 5 / 5.
Et de mauvaises augures.
Jim Grimsley est né à Pollackville en 1955 en Caroline du Nord. Ce livre sera rejeté par toutes les maisons d'éditions américaines pendant huit ans. Il sera finalement édité en Allemagne, mais attendra encore deux ans sa publication américaine. Il obtiendra le prix "Sue Kauffam" à sa sortie. Il est le premier volume d'une trilogie.
Un narrateur qui semble être Danny, adulte, suit l'enfance de celui-ci dans une famille de petits blancs du Sud profond. Sa famille est composée de plusieurs frères, et très souvent un de plus par an. Son père Bobjay est invalide, il a perdu un de ses bras happé par une moissonneuse, et a été licencié pratiquement sur le champ (?).
Alors commence la longue déchéance de la famille. Le père buvait un peu avant, maintenant c'est plusieurs fois par semaine. Il trouve tout de même un autre travail mais le salaire est moindre. Les déménagements se suivent pour des taudis toujours plus insalubres. La violence devient monnaie courante entre le père et la mère. Danny qui est hémophile vit dans la crainte d'un accident ou d'un mauvais coup. Seule sa faculté de rêver lui donnera pendant quelque temps, un peu de joie de vivre, il se créera un héros, "L'homme de la Rivière".
Le père se montrant de plus en plus jaloux après un accrochage avec un des ses propriétaires, ils sont obligés de déménager. Mais Danny sera grièvement blessé, et fera un séjour à l'hôpital. Un autre frère hémophile naîtra. Mais les coups deviennent de plus en plus violents. La visite de Délia, la soeur de la Mama et ses relations avec son beau-frère engendreront un drame pour "Thanksgiving".
Les personnages de cette histoire sont la famille Crell, Bobjay le père, une brute avinée, manchot de surcroît, être de la pire espèce, et son épouse Mama.
Les garçons sont Danny dont nous suivrons particulièrement l'enfance, puis Allen Ray et enfin Grove, le plus jeune qui sera hémophile également. Amy Jay, dit Duck, sera la seule fille. Les autres personnages ne sont que des personnages très secondaires.
Roman fortement autobiographique, il fut jugé trop "sombre" en son temps. Bobjay est le prototype du petit blanc américain, dégénéré par des générations de consanguinité. Alcoolique et jaloux, il martyrisera son épouse et terrorisera ses enfants. Les éditeurs américains se mettaient la tête dans le sable, et se faisaient complices d'une situation qui semble perdurer encore dans certains États du Sud.
Quelques touches d'humour, le nom que donnent les enfants à leurs différentes habitations : La maison du Serpent, La maison du Poisson, La maison de la Glace, Le Hangar, La maison du Sang, Le Phare, La maison en Centre.
Heureusement que l'auteur dans l'écriture ne s'appesantit pas sur certains détails, car ce livre est assez dur comme cela.
Une oeuvre bouleversante pour la peur qui règne sans arrêt dans la famille.
Extraits :
- Je rentrerais jamais chez nous, jamais.
- Leur nouvelle maison était à peine une maison; c'était une seule pièce avec un évier dans un coin.
- C'est chouette d'avoir un sang spécial, non? Même si ça fait un peu mal.
- Durant les mois d'hiver les querelles se sont succédées sans répit.
- Mais cette maison était particulièrement laide.
- Papa a bien trop peur. Il ne fera du mal à personne d'autre que nous a dit Mama.
- Mon mari, il les aime vos enfants. Il aime venir ici pour les voir. Ça vous surprend?
- Y a rien à aimer dit papa. A part toi et Delia, c'est juste un tas d'ivrognes et de putains.
- Elle était là, comme une victime craintive qui attend qu'on la sacrifie.
- Mais tu sais déjà qu'un tel vide absolu ne durera pas.
- Il n'a pas pu s'en empêcher, j'imagine.
Éditions : Métailié. (1994).
Titre original: Winter Birds. (1984).

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29 juin 2007

SEGALEN Laurent / Meurtre d'un Léonard

Meurtre d'un Léonard.
Laurent SEGALEN.
Note : 4,5 / 5.
Veaux gras, choux-fleurs et sous de Bruxelles.
Seconde aventure pour Gaétan Letrusel, comme beaucoup de gens, il se met au vert. Il quitte la métropole brestoise pour le Léon, sa campagne verdoyante, son monde paysan, ses artichauts et ses choux-fleurs. Mais même dans ce décor champêtre, on assassine! Mais pour quelle raison?
Nous le retrouvons, donc, après quelques problèmes avec la rédaction de son journal ayant dû se reconvertir. Le voilà détective privé ayant pignon sur rue. La police pataugeant (au propre comme au figuré) dans une affaire criminelle concernant un riche agriculteur, Léonard Berson, qui est retrouvé mort dans sa fosse à lisier.
Les motifs ne manquent pas. Homme important, il voulait se lancer dans le syndicalisme agricole, mais ses prises de position ne lui valaient pas que des amis. Sa fortune lui permettait d'acheter des parcelles de terrain au grand dam des jeunes de la région qui ne peuvent pas s'installer.Une compagnie d'assurance contacte le cabinet "Filigranes" de Gaétan,une assurance-vie a été souscrite par les époux pour un montant plus qu'avantageux pour le dernier vivant en cas de décès.
Julie, la veuve elle aussi, a besoin des services du détective, elle veut vendre au plus vite la EARL du Bouzu, car elle ne possède rien en propre dans la valeur marchande de la ferme. Et pour vendre, il faut que le meurtrier soit sous les verrous.
Les représentants des forces de l'ordre sont aussi pressés de toutes parts, le procureur quitte son poste, il ne veut pas partir sur un échec. Surtout pour le décès d'un homme aussi important dans la région, les poursuites contre les leaders paysans sont reportées. Pas de vagues!
Les syndicats sont déroutés, les élections approchent, les pistes sont rares, la police par l'intermédiaire de son ami contacte Gaétan.
Gaétan et Evi, sa charmante secrétaire, reprennent du galon sous la plume de Laurent Ségalen. Un duo de choc avec beaucoup d'humour et de chaleur humaine. Léonard Berson était un homme costaud habitué à la vie au grand air, pourquoi cette passivité au moment de sa mort, connaissait-il son assassin! Son exploitation a fortement bénéficié des fonds de Bruxelles grâce à d'ingénieux courriers de Madame. Malgré les apparences, il n'était pas si respectueux des lois que cela. Plusieurs années auparavant, il avait été compromis dans une affaire de dopage de veaux aux amphétamines. Il s'était relativement bien sorti de cette affaire ; tout le monde dans le voisinage n'avait pas eu cette chance. Une possible vengeance datant de cette époque? Julie Berson, maîtresse femme tenant seule la comptabilité de l'affaire, semble connaître tous les rouages de la finance, c'est elle qui gère la paperasserie pour les fonds venant des instances européennes. C'est elle également qui s'est occupée exclusivement des contrats d'assurance-vie.Mais qu'en était-il exactement de leur vie de couple presque trop parfait? Que s'est-il passé pendant un voyage d'information aux Etats-Unis, il y a quelques années? Pourquoi Léonard parlait de s'aérer et s'intéressait-il subitement au syndicalisme? En plus le village est secoué par une affaire de pédophilie mettant en cause certains édiles.
Après la finance dans "Crédit Fric", Laurent Ségalen nous fait pénétrer dans les dessous d'un monde agricole en pleine mutation. L'agriculture de papa est morte, le règne des grosses exploitations est là. Les dégâts pour l'homme et son environnement sont considérables, mais les profits également.
Des tas de pistes se présentent tout au long de l'ouvrage, mais laquelle est la bonne? Toutes paraissent plausibles. Un bon roman policier dans un milieu peu fréquenté par les écrivains de série noire.
Extraits :
- Une fâcheuse rumeur laissant croire à une liaison entre le procureur de la République et une tenancière de sex-shop tant fréquenté, rue Mgr Daniélou.
- Dans les campagnes, les informateurs ne sont pas les indics de la petite pègre, c'est monsieur ou madame tout le monde.
- La boîte avait inventé le travail temporaire, si cela continue, elle est en train d'inventer le chômage permanent!
- Ici, finalement la disparition de Léonard Berson fait au moins une heureuse à vie.
- Sans être en Corse, l'omerta existe aussi ici.
- Gaétan enfoncé dans le canapé faisait face à une très belle femme, maîtresse de la maison, de ses sentiments et de ses faiblesses.
- Cette maison était bien tenue, trop bien tenue ou plutôt trop rigidement gérée.
- Elle avait parlé de guêpier, le terme avait surpris Gaétan.
- "Dans tous les couples, il y en a toujours un qui aime plus que l'autre"
- Je sens que tu as la fibre d'une Mary Lester, le duffle-coat en moins.
- Quel beau corps de ferme cette Julie Berson! Rien à restaurer, en parfait état de marche et sûrement aux normes internationales!
Éditions : Astoure/Breizh noir.
Autre chronique de cet auteur :
Crédit fric à Brest.

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10 mai 2007

LAVIN Mary / Nouvelles irlandaises

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Mary LAVIN
Nouvelles irlandaises.
Note :3,5.
Convenances & obligations.
Née au États-Unis en 1912 de parents irlandais, Mary revient vivre en Irlande alors qu'elle est âgée de 12 ans environ. C'était une des plus grandes écrivains irlandaises, qui publia plusieurs recueils de nouvelles, ainsi que quelques romans. A la mort de son mari, elle continua de s'occuper de la ferme familiale tout en poursuivant sa carrière. Elle est décédée en 1996.
Ce livre comporte 10 nouvelles et a été édité en 1985.
La première histoire concerne une veuve et un jeune voisin de passage, ce dernier la guette, puis la rencontre. Elle passe le voir à Dublin, mais entre la différence d'âge, la timidité de l'un et la retenue de l'autre, peut-être un jour le regretteront-ils?
Dans "les dames Becker", j'ai l'impression d'écouter le chanson de Jacques Brel "Chez ces gens là", où le narrateur serait Theobald, cadet d'une famille nombreuse. N'ayant pas la mentalité petit commerçant bourgeois, il semble dépareiller dans cette fratrie pour qui seul l'argent compte. Et quand il présente Flora, sa future épouse, la joie de vivre de celle-ci fait merveille. Une histoire ambiguë sur les relations familiales, qui laisse une impression contradictoire, qui est réellement Flora! Et que veut nous expliquer Mary Lavin dans ce récit bien long pour une nouvelle?
Un camionneur bavard va livrer du gravier pour un cimetière, la vue d'un enfant malade et certains problèmes de la mère vis à vis de l'église catholique le perturbe!
Dans "Réceptacle fragile", deux soeurs à la mort de leur mère se marient dans la même année, l'aînée fait un mariage de raison, la plus jeune un mariage d'amour. L'aînée a une vie monotone, la cadette qui s'est mariée avec un personnage peu recommandable est abandonnée par son mari. Pourtant, elle fût, un moment heureuse!
Des êtres ordinaires, comme cette veuve qui s'interroge, comme cette famille bourgeoise qui assimile tellement les belles-filles et gendres qu'on les croirait sortis du même moule.
Un chauffeur de camion qui touché par la grâce ou la détresse, de perroquet devient carpe!
Un catholique, une protestante dans l'Irlande profonde; le mariage est-il possible?
La campagne irlandaise des années 1950/1970, avec ses mesquineries et sa bigoterie triomphante. Mary Lavin est moins virulente qu'Edna O'Brien, mais elles dénoncent toutes les deux dans leurs nouvelles, un monde étriqué où les femmes, parfois veuves,sont trop souvent les victimes.
La mort et les cimetières de campagne sont également très présents.
Une écriture ciselée et précise, mais pleine de nostalgie au service d'histoires banales de gens ordinaires, qui ressortent tous meurtris, par le petit grain de sable qui dérange leurs vies monotones.
Des dialogues pleins de retenue et de pudeur, mais je ne suis pas entièrement convaincu. Une écriture, qui me semble t-il, a un peu vieilli.
Extraits :
- N'y aurait-il pas toujours quelque chose d'inutile dans de tels attachements?
- Elle le suivit du regard. Pourquoi avait-elle tant aimé cet instant? C'était là la question?
- Je me souviens d'avoir lu quelque part qu'il n'y avait que deux relations valables-le sang et la passion.
- "Theobald! Est-ce celui que vous détestez tant?"
- Séduisant était le terme. Tous les Becker étaient séduits.
- L'acquisition de Flora par Theobald était la meilleure chose qui fût arrivée aux Becker depuis longtemps.
- Je me demande combien de temps il aura fallu pour que cette flamme s'éteigne. Je ne le saurai jamais.
- Échéance! Avance! Te voilà bien à l'aise avec les termes de la finance, il me semble.
Éditions : Centre de publications de l'université de Caen.

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26 août 2006

Mc GAHERN John / Haute-Terre

Haute-Terre.
John Mc GAHERN.
Note 4,5 /5.
Haute-Terre, humbles humains.
Recueil de 10 nouvelles de Mc Gahern édité pour la première fois en 1978. Avec ce livre je finirai de lire l’intégrale de l’œuvre de Mc Gahern traduite en français. En espérant que ses "Mémoires" sorties quelques temps avant sa mort seront disponibles bientôt.
Une quantité de gens, pas des perdants, pas des marginaux, des humains ordinaires. Buvant souvent plus que de raison, cherchant une compagnie féminine, mais dans cette Irlande d’après guerre et passablement bigote, ce n’était pas chose facile. L’Irlande de la fin de l’utopie cette Irlande avec un clergé omniprésent, bref un pays à la mentalité mesquine dont Mc Gahern a déjà fait les frais.
La rupture douloureuse ou le mariage intéressant, les situations qui se font ou se défont, rencontres dans les dancings "Comme tout les autre hommes", où par soucis d’égalité, l’homme et la femme payent chacun une moitié de la chambre d’hôtel. Mais dont la fin sera une rupture qui laissera l’homme abasourdi ! Une jeune fille mise enceinte par le bouvier de la ferme où elle travaille, la vie des campagnes, des histoires milles fois produites. Un monde cruel et dur pour les faibles.
Une longue et excellente nouvelle "Au temps jadis" commence par cette phrase :
-"Les protestants avaient tellement diminué en nombre qu’il n’y avait plus de pasteur à Ardcarne".
Sans être vraiment chassé, les protestants ont quitté la République. Mais un Colonel en retraite et sa femme viennent se réinstaller dans le presbytère, nous suivons la vie d’un village pendant plusieurs années, un très bon moment de lecture. Ce colonel et sa femme après une hostilité non cachée, seront acceptées par la population catholique. Moment d’humour, Madame la colonel accompagne son époux au pub, mais boit dans la Jaguar sur le trottoir, question d’éducation ma chère ! Seul bémol quand le colonel propose à un adolescent, fils de sergent de gendarmerie de s’engager dans l’armée ……… britannique. Une autre excellente nouvelle traite des problèmes inter communautaires "La conversion de William Kirkwood".
Un des personnages récurrents de Mc Gahern est le père, cet homme plein de haine pour un de ses fils, comme dans "La montre en Or", récit cruel d’un patriarche ne se rendant pas compte que son fils a grandi et qu’il s’est marié, donc moins disponible pour les travaux des champs. Une montre sera la goutte d’eau qui fera déborder le vase, et elle sera la victime d’une vengeance aveugle. Cette nouvelle est d’ailleurs une de mes préférées.
Une lecture pleine de tristesse, déjà parce que Mc Gahern n’est pas spécialement un écrivain joyeux. Et en fermant ce livre, j’ai terminé l’intégrale des œuvres de Mc Gahern traduite en français. Une grande joie, c’est de savoir que quelque part au Québec, une amie fait la même chose que moi.
Extraits :
-Non, la vieille Irlande bouseuse et raseuse a encore frappé. Même la capitale a un pied dans un tas de fumier.
-Ces gens avaient été transplantés sur la côte. Selon le rêve de De Valera, c’étaient des foyers dans la plaine d’où le gaélique passerait de bouche en bouche comme des langues de feu.
-Ca voudrait dire qu’il en sortirait officier de l’armée britannique ?
-
Exactement. Bien sûr dans le cas où il est accepté et s’avère à la hauteur.
C’est impossible. Il était si furieux qu’il avait du mal à parler.
-Elle était grosse et sans attraits, mais elle avait ses admirateurs : de jeunes valets de ferme et d’autres hommes sur le retour, inconscients de leur âge et qui jugeaient le bétail de derrière, jugeant au poids plutôt qu’à l’éclat d’un œil, qu’à la courbe d’une pommette ou d’une gorge.
-
Des mois durant il a franchi le piquet de grève pendant que l’Eglise et De Valera essayaient de nous faire plier le genou en nous affamant.
-C’était le prêtre qui dirigeait l’école.
-Y a qu’en Irlande qu’on a deux sortes d’heure : la bonne et la mauvaise.
Titre original: High Ground (1978)
Editions :
Presses de la Renaissance (1987).

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29 juillet 2006

O'DONNELL Peadar / Iliens

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Iliens.
Peadar O’DONNELL.
Note 4/ 5.
L’île sans trésor.
Un mot sur l’auteur, un personnage et un des écrivains irlandais les plus engagés sur de multiples fronts. Tour à tour, instituteur, syndicaliste, membre de l’IRA, il combat le nouvel état libre irlandais. Emprisonné pendant deux ans, il participera à la fondation de "An Phoblacht" le journal des républicains irlandais. Puis il fonde l’Irish Republican Congress. Il succède à Sean O’ Faolain à la direction du magazine littéraire "The Bell". La première publication de ce roman date de 1927, il a été réédité de nombreuses fois depuis, mais semble être la seule œuvre de cet auteur traduite en français.
Nous sommes sur Arainn Mhór, une île du Donegal vers les années 1918/1922. Nous suivons la vie d’une famille et par contre coup celle de cette communauté îlienne.
La mère est veuve, mais avec de nombreux enfants encore jeunes, elle tricote pour gagner sa vie, son fils aîné Charlie est pécheur mais la mer ne nourrit pas toute une famille. La misère s’installe au grand désespoir de Charlie. Deux des filles partent au "Lagan", riche vallée où des propriétaires terriens (la plus part anglais et protestants)louent de la main d’œuvre pour six mois. L’une d’elle mourra, faute de soins. Charlie se sent responsable de la situation, son caractère change, il ne participe plus guère aux veillées au grand désespoir de Susan, sa voisine. Le spectre de l’exil se fait jour, l’Ecosse puis l’Amérique. Une pêche miraculeuse donne un peu de répit financier, mais le malheur revient. Une naissance est suivie d’une mort, mais l’Irlande se révolte. La vie sur l’île restera malgré tout la même.
Une écriture sans misérabilisme, mais également sans effets d’éloquence, presque un livre documentaire. L’histoire romanesque est très banale, mais semble normale sur une île où les jeunes se côtoient depuis leur plus tendre enfance et semblent destinés à se marier. Mais ce livre reste malgré tout un agréable roman, comme un complément à "Peig" de Peig Sayers, sur la vie des îles irlandaises. Une course de bateaux et une pénurie de tabac sont des évènements marquants, ainsi que la visite d’un étranger participant à la guerre d’indépendance.
Un bon moment de lecture, juste un rappel que la vie dans les îles n’est pas seulement paradisiaque. A noter qu’il ne faut pas confondre "Arainn Mhór" avec les îles d’Aran qui sont également en Irlande.
Extraits :
-C’est plutôt moi qui devrait aller en Ecosse dit Charlie.
-Celui-là l’aîné des garçons, ne partageait jamais tout à fait l’entrain de la petite bande. Il avait un jour ou l’autre perdu le contact avec le reste de la nichée.
-Dame, admit Mary Manus, j’ai la plus belle petite de la paroisse.
Sur, tu as tout ça, reconnut Biddy. Et un brave garçon pour lui tourner autour.
-Mais non, faut qu’ils aillent au Lagan, gratter deux ou trois shillings, et après ça c’est l’Ecosse puis l’Amérique pour finir.
-D’autres femmes les avaient rejointes, et l’on échangeait gaiement potins et tabac à priser.
-Susan interrogea Charlie, et il répondit que Friel lui avait sauvé la vie face à une meute d’orangistes.
Titre original : "Islanders".(1927)
Editions : Dalc'homp Sonj!
Ce texte est (sauf erreur ou omission) ma 200ème critique sur ce blog. Je remercie tous les gens qui sont venus me lire et laisser des commentaires. J’ai encore quelques livres irlandais ou autres à découvrir, et donc à vous faire découvrir. A bientôt.
Yvon

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22 mai 2006

Mc GAHERN John / Lignes de fond précédé de L'image

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Lignes de fond,
précédé de L'Image
John Mc GAHERN
La note :5
Nouvelles de l’Irlande rurale.
Dans ce recueil de nouvelles datant de 1971, Mac Gahern avec pudeur et une écriture minimale règle ses comptes. Son précédent roman a été censuré et il a perdu son poste d’enseignant, Mac Gahern y parlant en termes voilés de sexualité et homosexualité.
Dans la nouvelle initiale, "La Roue" il reprend un thème récurant de son œuvre : la haine d’un père veuf contre l’un de ses fils "Je connaissais la roue, les pères deviennent les fils des enfants".
"Pourquoi nous sommes ici-bas " est un dialogue de deux paysans fieffés menteurs, sûrement célibataires, sur un troisième qui a quitté la région
" L’ignorance et l’ennui qui se dégagent des gens de cette région, c’est terrifiant, simplement terrifiant".
Ces récits se passent pour l’essentiel dans une Irlande rurale, brimée par l’église catholique, cruelle avec les orphelins dans "Noël".
" Stranhill : La mer " est une exception, décrivant un monde petit bourgeois et une fin surprenante.
Un ancien prêtre, devenue instituteur, revient dans son école le jour où passe le "sergent recruteur" qui marchande avec les parents pour pousser les enfants à rentrer dans les ordres. Un vieil obsédé sexuel trouble deux garçons dans "Lavin". La censure demeure silencieuse.
Ces tranches de vie de gens mesquins, obtus, sexuellement brimés, vieux célibataires sont les antihéros qui peuplent les nouvelles de John Mc Gahern. Certaines annoncent ses romans futurs. A lire.
La courte nouvelle "Corée" a servi de scénario au film du même nom de Cathal Black en 1995.
Editions Mercure de France

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21 mai 2006

Mc GAHERN John / Les huîtres de Tchekhov

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Les huîtres de Tchekhov
John McGAHERN
Note: 5 / 5.
L’ordinaire de gens ordinaires.
Après William Trevor, voici John Mc Gahern, un autre maître de la littérature irlandaise, des histoires simples de monsieur tout le monde.
Dans la nouvelle qui porte le titre de l’œuvre, une femme quitte son amant, sa ville et sa situation dans un théâtre pour changer de vie. Elle souhaite écrire une œuvre sur Tchékov. Elle s’installe en Espagne, traduit des pièces russes et se lie d’amitié avec un gendarme local. Elle apprendra, à son corps défendant que la très catholique Espagne recèle des pièges. Deux amis chasseurs partent un matin, c’est la dernière fois, mais ils ne le savent pas. Le survivant gardera le chien de son ami, et en le ramenant chez lui, il ressentira une furieuse envie de changer de vie. Dans "Foi, Espérance et Charité " il est question, après un bal de charité, de la jeunesse et du temps qui passe. Un curé également dans sa maison vide s’interroge sur le temps, sur sa vocation (ou plutôt celle de sa mère!) pour s’apercevoir qu’il vit avec une ombre, celle de sa propre mort. Dans "Sur les crêtes", séparé en 2 parties "Soir" qui commence la nouvelle, un couple se sépare, dans "Matin" un couple se forme, est-ce le même ? Le violon rythme "Gorgées" deux hommes en jouent, l’un du Paganini sur un Stradivarius, on l’attend pour un concert, l’autre des airs irlandais sur un vieil instrument, il doit se rendre au banquet annuel des fonctionnaires. La musique les réunit, mais la vie suit son cours. Le rêve d’un homme, dans "Sierra Leone" qui clôt ce recueil, la femme qu’il aime quittera-t-elle son riche amant pour lui ? Et quel texte étrange que "L’Hermine" ?
Mc Gahern affectionne le monde rural, il le prouve ici, et comme souvent dans ses romans, il effleure ses sujets favoris, le divorce en Irlande, les relations toujours ambiguës entre le héros (ou anti héros) et son père ou entre lui et la religion.
L’écriture de Mc Gahern est superbe, les descriptions n’alourdissent jamais le texte. A mon goût le plus grand écrivain irlandais contemporain.
Seul reproche, ces nouvelles sont tout, sauf gaies.
Titre original : Getting Trough
Editions Presses de la Renaissance.

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