10 novembre 2009
PETIT Chris / Le tueur aux psaumes.

Le tueur aux psaumes.
Chris PETIT.
Belfast confetti*.
Note : 5 / 5.
Ce livre est comme une pinte de Guinness, le fond est noir, très noir, et il y a une petite couche de blanc au dessus! Mais très mince la couche de blanc, très, très mince ! Une page de l'Histoire de l'Irlande du Nord, avec des dessous pas très propres, pour ne pas dire d'une crasse et d'une puanteur indignes d'un monde démocratique.
Nous sommes en septembre 1973 à Belfast. Candelstick tue un leader protestant, ce meurtre passera en pertes et profits (surtout profits pour certains).
Irlande du Nord, janvier 1985, l'inspecteur Cross fait un cauchemar, mais la vie à Belfast n'est-elle pas un enfer?
Le décor est posé, la mort peut faire son entrée en scène, par psaumes interposés. Ce qui semble n'être qu'un vulgaire vol de voiture, va déboucher sur une série de morts reliée au passé de Belfast. Le premier cadavre présente certaines particularités pour le moins étonnantes, il semble avoir été crucifié, n'a plus de dents et a été congelé! C'est beaucoup pour un seul homme, surtout qu'après enquête, il s'avère qu'il s'agit d'un ancien membre de l'IRA dont la famille a sauté dans l'explosion de sa voiture. Il avait quitté l'IRA et semblait agir en franc-tireur, donc il avait pas mal d'ennemis. Mais pour les autres, une femme aux mœurs un peu légères, une très jeune fille.... Un journaliste aussi est tué , là les motifs ne manquent pas, il s'apprêtait à faire des révélations sur une affaire de pédophilie, celle de Kincora, est-ce la cause de sa mort?
Tout ramène à l'histoire proche de l'Ulster, les groupes paramilitaires, les autorités, la police locale, les Britanniques, tout ce beau monde se combat ou chose plus surprenante fait des alliances contre nature. Et puis le marché de la drogue est aussi une pomme de discorde ou une arme politique.
L'inspecteur Cross est marginalisé au travail comme dans sa vie privée, il est anglais et agnostique, ce qui est la tare suprême en Irlande du Nord. Son mariage s'effrite lentement mais sûrement. Il faut lui reconnaître que sa belle famille, bigote et loyaliste, ne lui arrange pas les choses. Il veut mener cette enquête à son terme, malgré les éclaboussures qui en résulteront. Jusqu'où peut aller le pragmatisme politique, c'est la question qu'il se pose. Westerby est son adjointe, la seule en qui il peut avoir confiance, autant le dire tout de suite, ce qui devait arriver arriva!!!!! Chose étrange, ils ne semblent pas avoir de prénom, ni lui, ni elle.
Candlestick paraît être une marionnette manipulée, pour les Britanniques il tue des catholiques. Puis amoureux et marié à la fille d'un dirigeant républicain, il semble être devenu tueur pour une organisation catholique. Ancien soldat, il a le profil du tueur psychopathe. Faut-il chercher dans son enfance les causes de tout cela? Légalement il est décédé, sa voiture ayant sauté un matin.......
Des autorités se défiant les unes des autres, chacune se cachant derrière le statut politique étrange de cette entité qu'est : ou l'Ulster (alors qu'une partie de l'Ulster est en République d'Irlande) ou l'Irlande du Nord! Mais le sentiment prédominant est le mépris que les uns et les autres portent aux Britanniques (Les Brits!). Lesquels malgré tout tirent les ficelles, et plus la ficelle est énorme, mieux elle passe.
Un récit axé sur le côté politique malgré le fait que l'intrigue soit solide et l'atmosphère générale très glauque. Mais je pense que ce qu'il faut retenir de ce livre, est, si cela était encore un mystère, la collusion entre les paramilitaires protestants, l'armée et la police. Le nombre de catholiques tués par l'armée ou la police est connu (et élevé), mais le nombre de protestants? L'auteur suggère que l'armée en a tué quelques-uns pour attiser la haine contre l'IRA, pourquoi pas? Des attentats de Dublin aux Bouchers de Shankill, ou les grandes grèves protestantes, tout semble fait pour retarder la signature de tout traité. A qui profite le crime?
Un dernier mot, bravo aux éditions Fayard pour avoir édité ce roman, mais dommage qu'il ait fallu attendre plus de dix ans! Ce livre me rappelle « Le trépasseur » d'Eoin McNamee, par l'horreur de l'histoire, mais ce qui est grave, c'est que la fiction est très en dessous de la réalité!
Question qui me tracasse malgré tout, comment vont réagir les lecteurs pas très au fait de l'époque et du contexte historique de ce livre qui nécessite une relative bonne connaissance du problème Nord-Irlandais? Saint-Patrick a chassé les serpents de l'île d'Irlande, mais ici, c'est un vrai nid de crotales!
Extraits :
- A l''époque, à Belfast, c'était plus facile de faire tuer quelqu'un que de traverser la rue.
- L'ambiance, dans le Shankill protestant, cet été-là, était à l'incertitude et à la peur.
- Les dimanches de Belfast lui paraissaient gouvernés par le poids du passé, plus encore que le reste de la semaine.
- Un « COC », c'était un « Criminel ordinaire convenable », par distinction avec les terroristes.
- Quel parti était le plus facile à noyauter, les Provisoires ou les Officiels ?
- Son père avait soigné des hommes qui avaient subi des interrogatoires à Castlereagh. Ils en avaient de terribles séquelles.
- Avec tout le respect que je vous dois, monsieur, notre police dispose peut-être de la technologie la plus moderne, mais elle est arriérée et sectaire, et elle est dirigée comme une école victorienne du XIXe siècle.
- Dieu sait que tout est confus en Irlande du Nord.
- Il y a très peu de chrétiens en Irlande du Nord. Les gens s'y haïssent au nom de Jésus-Christ.
Éditions : Fayard (2007). Folio Policier (2009)
Titre original : Psalm Killer.(1996)
*Titre d'un poème de Ciaran Carson, le mot confetti évoque les débris tombant du ciel après une explosion. Adrian McKinty a donné ce nom au prologue de son roman « A l'automne, je serai peut-être mort »
02 novembre 2009
BRUEN Ken / La main droite du diable.

La main droite du diable.
Ken BRUEN.
Note : 5 / 5.
Bienvenue dans la maison de Dieu.
Une autre enquête de Jack Taylor, qui après avoir parlé des « Magdalen Sisters » s'attaque aux prêtres pédophiles qui ont très longtemps et d'une manière absolument scandaleuse, sévi pendant des années en toute impunité. Un rapport accablant a été rendu publique ces derniers jours. Entre 1930 et 1990, il semblerait que près de 30000 enfants en aient été victimes avec la bénédiction des autorités religieuses et grâce également au silence des divers gouvernements. Environ 12000 victimes ont été indemnisées à hauteur de 65000 euros en moyenne chacune. En contre partie, elles ont renoncé à poursuivre l'Église et l'État!
Jack sort de plusieurs mois d'hôpital psychiatrique suite à la mort de Serena, fille de ses amis, Jeff et Cathy. Cette enfant atteinte de trisomie 21, qui était sous sa garde, est en effet tombée par la fenêtre pendant un instant d'inattention de Jack.
A son retour à Galway, il apprend une nouvelle qui stupéfie l'Irlande, un prêtre, le père Joyce a été décapité dans son église!
Retour dans les années 1950/1960, à l'intérieur d'une église catholique de Galway, un prêtre donne ½ couronne à un garçon de sept ans et lui glisse à l'oreille, « Garde cela pour toi, c'est notre secret » Combien seront-ils à souffrir pareillement? Quelques années plus tard, la même scène se reproduit avec un autre garçon. Soeur Marie-Joseph, qui travaille au presbytère, voit ces enfants sortir en larmes, elle ne dit rien, éprouve des remords parfois, un tour de rosaire et une glace apaise sa conscience. Deux hommes ont porté plainte, sont-ils le ou les meurtriers? Le premier, Tom Peel, s'occupe d'une agence de sécurité, il reçoit Jack et reconnaît que sa vie à partir de ce jour a été brisée, il est seul, sans épouse, ni enfant. Il dit à Jack : « si vous croisez le meurtrier, serrez-lui la main pour moi! ». Le second, Michael Clare, a professionnellement réussi, il dit être le coupable, mais Jack n'en est pas convaincu. Alors il interroge sa sœur, Kate, qui lui raconte que son frère a beaucoup changé à cette époque là! Mais il s'avère que la présence de Jack dans cette enquête n'est pas du goût des autorités. Jack est toujours en quête de rédemption envers lui-même. Fortement marqué par la mort de Serena, il tente encore une fois de vaincre ses vieux démons.
Ní Iomaire ou Ridge dans sa version anglaise, ancienne collègue de Jack, est malgré tout une des rares personnes prête à lui venir en aide, même si parfois leurs relations sont très tendues. L'univers de Jack s'est fortement réduit ces derniers temps, Jeff et Cathy ont sombré, lui dans l'alcoolisme, Cathy semble être repartie à Londres, puis est revenue. Miss Bailey, son ancienne logeuse, qui l'a toujours soutenue, est morte. En un dernier geste d'amitié, elle lui a légué un peu d'argent et un appartement! Le père Malachy est un « ami » de la mère de Jack ; ce dernier le déteste, mais il acceptera d'enquêter pour lui sur la mort du père Joyce. Cody débarque dans la vie de Jack d'une manière impromptue, lui redonnant une certaine joie de vivre. Certaines personnes le prennent pour son fils!
On sent chez l'auteur une profonde nostalgie de ce qu'il appelle « L'ancienne Irlande »; on le ressent particulièrement quand il parle de Galway. L'argent et la cupidité ont tué certains repères, mais l'on découvre que certaines de ces valeurs avaient une face très noire. A ce titre, je considère que c'est le roman de la série des Jack Taylor qui m'a le plus touché. Il dénonce l'américanisation de la société irlandaise. Comme toujours il parle d'écrivains, ici particulièrement de David Goodis pour les auteurs américains, et il revient également sur ce poète gaélique natif de Galway, Phádraic Ó Conaire, pour lequel il a cette phrase « Il écrivait en gaélique ce qui lui garantissait de ne pas être lu » ! Je pense également que l'intrigue policière est plus fouillée que dans certains autres titres de la série. A noter que ce roman commence par un poème « An Sagart (Prêtre) qu'il faut lire et même relire.
On peut aussi remarquer une petite erreur page 40 :
- Vos amis, Jack et Cathy ...elle est repartie à Londres et lui...il boit.
Les parents de la fillette décédée...mes amis. Jeff était... (Inversion des prénoms, l'ami se prénommant Jeff).
Extraits :
- Belle l'ironie pour une nation qui avait fourni ce terme au monde entier : nous avions maintenant un crack* autrement plus sinistre.
- In aimn an Athair... Le Notre-Père en irlandais.
- Nous avons certes l’éventail complet des saisons, en Irlande, c'est juste qu'elles arrivent toutes le même jour.- Le taux de suicide chez les anciens gardai est terrifiant parce qu'on n’échappe jamais à ce métier.
- Elle voyait encore son petit visage, entendait les mots atroces, j'ai le derrière qui saigne.
- La seule chose en laquelle les gens ait confiance, c'est l'argent. La nouvelle spiritualité s'appelle cupidité.
- La seule religion qui reste c'est : Détourne le bien commun à ton seul avantage.
- Le problème, si je vous pose une question, est de savoir si je pouvais supporter de vivre en connaissant la réponse.
- Vous êtes un peu dingues, vous.
Pas dans le sens de cinglés, plutôt dans celui de surprenant, comme l'utilisait Behan.
-Elle était ravie que j'ai parlé en gaélique, sa langue maternelle.
Éditions : Gallimard. (2008)
Titre original : Priest (2006)
*Craic: mot gaélique signifiant faire la fête, passer un bon moment. Terme qui n'a absolument aucun rapport avec la drogue ainsi nommée.
17 septembre 2009
KERRIGAN Gene / A la petite semaine.

A la petite semaine.
Gene KERRIGAN.
Note : 4 / 5.
Drôle d'Eire!
Un auteur irlandais absolument inconnu, du moins pour moi. Je dois cette découverte à JML et à son blog « Actu du Noir » qui a parlé de lui récemment. Encore un romancier qui ne sera pas embauché par l'office du tourisme irlandais, car l'image qu'il donne de son pays n'est pas des plus réjouissantes, ancien journaliste, il connait très bien certains aspects souvent passés sous silence de son pays. Ce titre est le premier traduit et un second a suivi.
« Time is Money », ce proverbe anglais semble être devenu une seconde nature pour la majorité des irlandais. L'argent coule (coulait?) à flot, le modèle américain a pignon (pognon?) sur rue. Mais ce genre de système laisse du monde sur le carreau. Alors Frankie Crowe, petit truand sans envergure, demande sa part, la plus grosse possible, après les braquages minables, il veut se lancer, gagner beaucoup en peu de temps, alors il choisit l'enlèvement avec demande de rançon.
Mais pour cela, il lui faut l'aval de Jojo Mackendrick, qui ne lui donne pas, sachant que cela nuira à la tranquillité des affaires, les siennes en particulier. Frankie devient fou de rage, mais maintient son projet. Le problème est de trouver des complices, relativement facilement résolu même si certains ne sont pas très surs. Ensuite, il faut trouver un « kidnappé » pas trop riche car très protégé, mais suffisamment pour pouvoir payer la rançon. Son choix se porte sur Justin Kennedy, directeur et membre fondateur d'une banque privée. Mais est-ce la bonne personne? Toujours est-il qu'ils partent avec Angela, l'épouse de Justin. Commence alors pour elle un long calvaire, bringueballée de planque en planque, à la merci de personnages pas très fréquentables, pendant que son mari tente de réunir la rançon. L'auteur alors nous fait pénétrer dans le monde de la finance, avec ses comptes secrets, ses fortunes cachées, ses sociétés immobilières ou autres qui servent uniquement de paravents. Deux mondes de truands s'affrontent, ceux en « bleus de chauffe » et ceux « à cols blancs ». Où est la morale dans tout cela?! Et bien, elle est pourtant présente, un après-midi dans un petit village d'Irlande.......
Beaucoup de personnages dans ce roman: Frankie Crowe, petit truand dont la vie ne fut pas très rose. Violent et emporté, il semble toujours faire l'inverse de ce qui est logique. Il veut désormais jouer dans la cour des grands, être reconnu, devenir un caïd. Peu de choses le touchent sauf Sinead, sa fille qu'il adore. L'enlèvement ne rapporte plus d'ennuis que d'argent visiblement, Frankie Crown aurait du se souvenirs du passé!
Angela est le prototype de la petite bourgeoise membre du club des nouveaux riches. Son mariage fut plus dicté par l'intérêt que par l'amour. Elle pardonne volontiers à son mari ses aventures, menant sa vie entre le shopping, son club de gymnastique et ses enfants.
Les truands sont plutôt minables, les policiers sont à ranger en deux catégories, les anciens un peu ripoux, la vie est devenu tellement chère à Dublin! Et les modernes, qui sont plutôt le style Elliott Ness, incorruptibles, frais émoulus de l'école, toujours en forme, très imbus d'eux même et carriéristes dans l'âme. Tout le monde veut sa place au soleil, les voyous ainsi que les policiers. La politique est une des meilleurs façons de réussir, pour les représentants de l'ordre, les avocats, bref tout ceux qui sont concernés par la justice. Les magouilles, les compromis et les pots de vin mènent le monde!
Un bon roman, bien écrit, même si l'histoire en soit n'est pas très originale. Un livre réaliste et plausible dans un pays qui a perdu tout ses repères traditionnels, noyé sous un flot d'argent, mais qui lui aussi est maintenant au creux de la vague.
Extraits :
- Les créateurs de sociétés irlandaises prospères tendaient à prendre le fric puis a se tirer.
- Et l'I.R.A.? Certains canard ont l'air d'y faire allusion.
- Même les gars de l'I.R.A. portent des costards et discutent du PNB.
- Ses honoraires avaient grossi en fonction de son expérience, et son embonpoint en proportion de ses honoraires.
- Il leva le poignet et Milky contempla la Rolex en hochant la tête d'un air appréciateur. Tout le monde devrait en avoir une.
- Sa séduisante assistante personnelle avait une connaissance acceptable de l'alphabet et la sonnerie de son portable jouait La chevauchée des Walkyries.
- Plus personne ne se livre au kidnapping. On a connu ça au bon vieux temps …. l'I.R.A. et quelques autres salopards ambitieux.... aucun de ces enlèvements n'a payé.
- Braquez une banque et une équipe de policiers se lance vos trousses. Kidnappez quelqu'un et c'est toute la police que vous avez sur le dos.
- C'était une petite carrée onéreuse, un de ces milliers d'appartements lilliputiens de Dublin qui s'étaient construits à peu de frais et vendu la peau des fesses au cours de la décennie précédente.
- Témoignages manifestes d'une ville sous-développée, récemment enrichie, empruntant énormément et pressée de claquer son pognon.
- La police n'était pas plus capable d'arrêter le crime que les éboueurs d'empêcher l'accumulation des détritus.
- C'était un bâtiment des années 50, grand et moche, bâti à l'apogée de la domination de l'église catholique sur la vie irlandaise.
Éditions : Le Masque (2007).
Titre original : Little criminals (2005)
26 août 2009
CAOUDER Jacques / Rumeurs mortelles à Saint-Renan.

Rumeurs mortelles à Saint-Renan.
Jacques CAOUDER.
Note : 4 /5.
Elle court, elle court la rumeur.........
J'ai rencontré cet auteur au Festival interceltique de Lorient, une de mes nombreuses rencontres de l'été. Il a déjà écrit plusieurs autres romans, mais pour moi c'est une nouveauté.
Hiver 1938, dans la campagne bretonne, une femme est violée.....
En l'an de grâce (enfin pas pour tout le monde) 2003 entre Saint Renan et Plouarzel, la vie semble tranquille, mais sous ses apparences trompeuses, des haines tenaces couvent. L'abbé Le Prieur prononce sous l'effet de la colère des paroles dont il ne soupçonne pas la portée.
- « Ah ! Si seulement elles pouvaient changer de paroisse et disparaître pour de bon ».
Paroles pas très catholiques pour un représentant de Dieu, mais qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd, en l'occurrence celle de Roger Trasec le sacristain qui approuve ! Il faut dire que le pauvre homme, que la nature n'a pas gâté, n'a pas été épargné pas ces femmes. Ni personne d'autre d'ailleurs dan les environs. Ce « Elles » rageur désigne « le club des 5 » terreurs locales, elles ont pour noms : Louise Tregomel, Madeleine Robinec, Jeanne Harmonique Fernande Kerlann et Leone Guidfose. Imaginez cinq vieilles filles bigotes, dévotes, cancanières, méchantes et médisantes, pourrissant la vie de tout le monde. Vous serez encore en dessous de la vérité! Et dire qu'avant elles étaient six!
Mais bientôt, elles ne seront plus que quatre......
Roger Trasec, tout à son bonheur, après un repas dominical bien arrosé chez sa nièce Marie, raconte ce qu'il a entendu sortant de la bouche du prêtre, qui s'empresse de téléphoner la nouvelle à......
La rumeur prend son envol, de bouche à oreille, elle passe de maison en maison. Alors quand Madeleine passe de vie à trépas, personne n'est attristé, mais personne n'est surpris, la cause de la mort « Crise cardiaque aiguë » Bref la vie continue, les gendarmes parlent entre-eux de ce décès, mais sans plus. Et le temps passe, mais Louise Tregomel trépasse....Alors pour la police arrive l'heure des questions.....Les coïncidences d'abord, les victimes avaient fait des cauchemars la nuit précédant leur mort, des araignées furent trouvées à leurs domiciles, alors que cette race vit dans des endroits abandonnés et plutôt sales. La présence d'une mystérieuse femme vêtue de noir est constatée par plusieurs témoins, près du domicile des victimes, puis aux enterrements. Rapidement toutes les hypothèses sont passées au peigne fin, une vieille croyance ressurgit du passé, une « gwarc'h » sorcière des campagnes, mais la dernière connue est morte vingt ans plus tôt? Aurait-elle transmis ses connaissances avant de mourir? On évoque aussi d'étranges réunions, les nuits de pleine lune autour du menhir de « Kerloas », des illuminés? Il ne reste plus pour les gendarmes qu’à fouiller dans le passé, de démêler des liens familiaux, et petit à petit de découvrir une vérité lointaine, mais pas encore oubliée. Les gendarmes peu à peu privilégient le meurtre à la mort naturelle, mais qui peut être le coupable?
De nombreux personnages dans ce roman, les cinq harpies, sorte de mégères non apprivoisées. Le père Le Prieur visiblement semble dépassé par ses paroles. Roger Trasec, homme humilié toute sa vie, rejeté par une grande partie du village, seule sa nièce Marie et une de ses amies Jennifer lui portent un peu d'attention. Il a toutes les raisons pour vouloir la mort de ses ennemies jurées. L'urgentiste, Jean-Pierre Bellemine, est un être trouble, efféminé il vit avec sa sœur, mais hasard du calendrier ou volonté personnelle, il était de service les nuits des deux morts, et c'est lui qui a signé les certificats de décès. En plus il collectionne des araignées, la police l'a suivi, mais il les a semé délibérément, ente temps il avait rendu une visite insolite! Sa sœur, Françoise, est une très belle femme, qui ne laisse pas indifférent le major Paré, gendarme chargé de l'affaire. Adrien Bellemine, son père, a un comportement étrange quand les policiers l'interrogent ; veuf depuis peu, il semble que le chagrin le mine. Minier, médecin, qui avait reçu dans son cabinet les deux victimes le jour de leur trépas. La femme en noire. Mais qui est-elle? On raconte également l'histoire d'un enfant adultérin martyrisé par une partie de sa famille, il y a quelque temps déjà. Une vengeance longuement mûrie? Les pistes ne manquent pas! Une histoire où les arbres généalogiques des familles se croisent et s'entrecroisent, des cousinages à la mode de Bretagne, qui font que tous les protagonistes de l'affaire ont des liens de parenté. Cela rend parfois la lecture assez ardue. Il est aussi nécessaire d'avoir un dictionnaire à portée de main, certains mots étant relativement inusités. Une série de meurtres sur fond de haine, d'enfant martyr, d'adultère et de magie noire. Une intrigue captivante, une fin relativement inattendue.
Un bon moment de lecture.
Extraits :
- Sais-tu qu'il ne peut plus supporter le clan des vieilles filles, tu sais, ces saletés de dévotes !
- Un ange passa, laissant à présent planer le doute....
- L'homme était sûr dès cet instant « d'obtenir des enfants mâles », et « la femme heureuse de pouvoir, toute sa vie, gouverner son mari à sa guise »....
- Si vous faites partie de ce paysage peu ragoûtant, enfin ce soir en tout cas, qui sait si demain vous serez toujours là... Le paysage sera peut-être éclairci?
- Àh ! Ça oui... elle en avait laissé de la galette à ces garces.
- Têtue, hein...Le Morzader? Vous n'êtes pas Bretonne pour rien vous dites donc.
- Guénic et Guern se regardèrent, ils aimaient bien les grillons, «leurs cigales bretonnes».
- Mais ces petites vieilles se fréquentent depuis quand ?
On pourrait dire depuis la maternelle. Et ce n'est bien sûr que plus tard qu'elles sont devenues inséparables. C'est qu'elles se sont découverts, au fil des ans, les mêmes mauvais penchants.
- L'irrationnel ne faisait pas partie de leur domaine professionnel. Ce qui aujourd'hui ne pouvait être expliqué par la science, le serait forcément demain.
- Sa grand-mère et Léone ne l'ont pas avilie, bien au contraire, elles en ont fait une révoltée. Et nous aussi, nous y avons participé.
Éditions : Éditions du polar. (2009)
04 août 2009
COQUIL Yvon / Docks
Docks.
Yvon COQUIL.
Note : 4 /5.
Viande froide ou avariée!
Second roman d'Yvon Coquil, le premier « Black Poher » avait obtenu le prix du Goéland masqué du salon du roman policier de Penmarc'h en 2008. Nous quittons la campagne du Poher pour Brest, où la vie n'est pas plus rose, mais un peu comme la couleur du temps, plutôt grise pour ne pas dire noire!
Novy Dardoup est enquêteur pour la Société d'Assurance Mutuelle. Il se rend sur les lieux d'un incendie, mais le corps d'un notable étant découvert sous les décombres, la police le prie manu militarie d'aller promener ses guêtres dans un autre quartier de la ville, et le plus loin possible de préférence. La police est sur les dents, l'inspecteur Jules Le Gall en tête, le corps découvert est identifié : c'est celui de Goulven Penhors, courtier maritime au dessus de tout soupçon, enfin en apparence, ami intime de Le Gall, qui, en plus, est son gendre. Que faisait-il en pleine nuit dans les docks? Une photo met Novy sur la trace d'un tagueur qui aurait été sur les lieux. Or celui-ci est découvert noyé. Décidément l'affaire a plus la couleur des eaux du port que celle de l'eau claire d'une fontaine. Le Gall se fait menaçant, puis de la parole aux actes, il n'y a qu'un pas. Il semblerait qu'une mystérieuse mallette ait disparu.
Novy Dardoup est le contre héros en vogue (la galère pour lui) ; son épouse est partie avec son professeur de sophrologie (?) ; en plus elle a emmené son fils! Son boulot, il le doit surtout à son amitié avec le fils du patron. Pierre, son grand copain, est mort au champ d'honneur pendant un braquage à Barcelone au nom d'idéaux révolutionnaires! Il traîne son ennui et sa misère de cuites en cuites, mais cette mort mystérieuse et la manière douce ou brutale dont la police et son patron veulent l'évincer de l'affaire, lui redonne une certaine fierté de vivre. Jules Le Gall est un homme dangereux sous tout rapport, son statut d'inspecteur de police lui assurant une certaine protection. Yann Gonac'h, docker et adjoint occasionnel de Novy, connaît les quais comme sa poche! Son juron favori : « Gast ha Gast! *».
Après le monde rural, Yvon Coquil nous dépeint la vie des docks de Brest qui est le principal décor de ce roman. L'atmosphère du port du Ponant est, me semble t-il, très bien décrite. Ces villes portuaires qui ont leurs propres codes et leurs manières de fonctionner, leurs lois, mais aussi une grande solidarité. Ce patron de bistrot pas très regardant sur certaines choses, mais qui de lui- même efface l'ardoise de ses clients chômeurs! Les petites magouilles de tous les jours, les marchandises qui tombent des camions, mais qui ne sont pas perdues pour tout le monde. Dans les hautes sphères, c'est de la viande avariée qui, elle non plus, n'est pas perdue pour l'importation! Pauvre ménagère soviétique! Mais l'argent appelant l'argent, le poulet faisandé ne suffit plus, le poulet se fait faisant et pense être le coq du village, mais plus dure sera la chute.
Le monde comme il va, que vous soyez pauvres ou puissants, par contre le niveau de férocité est proportionnel au bénéfice espéré! De trafics en tous genres en tentatives d'escroqueries à l'assurance, la moralité et l'honnêteté en prennent un coup! Dans un genre très différent de « Black Poher », un très bon roman avec un cadre et une ambiance moins originaux que ce dernier. L'auteur nous évite également une romance que l'on sentait venir, mais qui en restera là.
Une petite remarque personnelle, je trouve que Neil Young est souvent cité par les auteurs bretons comme fond sonore mélancolique, ce qui n'est pas pour me déplaire, comme vous vous en doutez.
Extraits :
- Implicitement, c'était un encouragement à fouiner.
- On se remontait le moral, on respectait les douleurs muettes. Un peu de baume sur les blessures entre deux calembours, histoire d'affubler la triste réalité d'un nez rouge le temps d'un repas.
- À Brest, la pluie n'a jamais empêché personne de sortir. Encore heureux, vu le nombre de jours où elle tombe. Et comme la peau est étanche.....
- Il se remit à pleuvoir. À Brest, c'est d'ailleurs à ça que l'on s'aperçoit que la pluie a cessé un moment.
- Son studio était tout d'une pièce. Une pièce et ses quatre coins : coin repas, coin salon, coin couché, coin toilette....
- À Brest, on mourait plus facilement de l'amiante qu'un ministre du ridicule.
- Les rues portaient des noms de peintres : Sisley, Cézane, Fragonard, Corot. Il fallait beaucoup d'imagination pour associer les magiciens du pinceau aux tours et aux barres de béton.
- La bruine agit comme un onguent sur les plaies, fussent-elles celles de l'âme.
- De toute façon, avec les containers, y a plus rien qui tombe des charges.
- La déduction n'était pas son fort. Il préférait l'action. Un dur à cuire, voilà ce qu'il aurait aimé être.
- L'envie pourtant était forte. Il plaça un disque de Neil Young sur la platine, histoire de retrouver une contenance.
-Si votre sens moral ne vous fait pas trop souffrir, vous allez toucher des indemnités pour une crèche que vous n'utilisiez plus depuis longtemps et à laquelle vous avez mis le feu. Vous n'auriez pas dû laisser traîner le fils électrique flambant neuf qui a servi au court-circuit.....
Éditions : Les Éditions du Barbu. (2009)
Autre chronique de l'auteur :
Black Poher.
*Vous ne trouverez pas forcément la traduction dans les bons manuels de langue bretonne!
30 juillet 2009
NIELSEN John-Erich / L'étrange sourire de Pamela Dove.
L'étrange sourire de Pamela Dove.
John-Erich NIELSEN.
Note : 3,5 /5.
Souriez, on vous assassine!
D'abord je dois m'excuser auprès de l'auteur, j'avais acheté l'été dernier ce livre pendant le festival interceltique de Lorient, et complètement oublié de le lire! J'essaye de me rattraper, maintenant c'est chose faite.
Cet auteur a fait paraître son sixième roman cette année. Le héros récurrent de cette série est Archie Sweeney de la police criminelle d'Edimbourg.
Pamela Dove et son fiancé se sont suicidés il y a un an! Mais cette double mort est-elle aussi simple qu'il y parait? Archie Sweeney est tout retourné, le sourire de Pamela Dove le hante, comment peut-on mourir d'une balle dans la tête en souriant? Même si d'après l'enquête, c'est son fiancé qui l'a tué avant de se suicider? Enfin, c'est ce qu'a conclu, un peu vite sûrement, la police locale. Mais sa mère Betty, voisine de Midge, la tante d'Archie, n'en est pas convaincue . Après une tasse de thé avec ces deux charmantes écossaises et un regard appuyé à la photo de Pamela, notre vaillant inspecteur promet de jeter un oeil sur le dossier de police et ce qu'il découvre l'incite à aller regarder cela de plus près. Des détails le chiffonnent (lui, pas sa tenue vestimentaire qui l'est déjà). L'argent et tous les moyens de paiement ont disparu. Les clés de la voiture également! Alors Archie, tel un fin limier, s'élance sur les traces de Pamela, la morte au sourire envoûtant. Mais que cache ce sourire, et pourquoi ces deux morts, au pied d'un phare illuminant la côte, près d'un hôtel isolé? Petit à petit, certains éléments paraissant troublants, ces disparitions ont permis des promotions rapides dans l'agence publicitaire où travaillaient les deux victimes. Crime d'intérêt ou d'ambitions personnelles? Et puis pourquoi ne pas avoir dit à Archie que Pamela avait été mariée, et que son mari s'était lui aussi suicidé au même endroit, après qu'elle lui ait avoué avoir une relation amoureuse avec Olivier! Des remords tardifs ont-ils poussé Pamela à cette extrémité? Car, bizarrement, c'est avec son propre revolver qu'ils ont été tués. Bref les lumières de l'inspecteur et celle du phare ne seront pas de trop pour éclairer cette ténébreuse affaire.....
L'inspecteur Sweeney est dans le roman policier actuel une sorte d'anachronisme! Il n'est pas grand, fort, beau et baraqué! Il n'est pas alcoolique, ne se drogue pas, il est gentil avec sa vieille tante, son compagnon se nomme Berthie, son fidèle teckel! Pour faire plus « British », l'auteur l'a affublé d'une énorme barbe rousse. Mais ce jeune homme est un fin limier.
Tata Midge est une charmante vieille écossaise, style carte postale, son amie Betty est son digne pendant, cachant certaines vérités par peur du scandale et du quand dira-t-on! Pamela et son fiancé Olivier avaient-ils des ennemis au point de vouloir leur mort! Ils semblaient pourtant nager dans le bonheur. La possible nouvelle promotion d'Olivier est-elle un motif suffisant ? Ajoutez un vieil écossais bougon, propriétaire d'un hôtel, d'un setter, se consolant de la mort de son épouse avec son accorte servante, des collègues de travail qui ont eu un peu de chagrin, mais une promotion. Plane l'ombre d'un mari qui s'est suicidé en se jetant d'un avion sans parachute, et vous aurez une idée des personnages de ce roman. On croise aussi une jeune fille originaire des Balkans, portants des mini-jupes remarquables et bien sûr remarquées!
Une ambiance très « Old England » berce ce roman très reposant. Entre une tasse de thé et quelques biscuits au gingembre, nous menons l'enquête avec Sweeney sur les bords de la mer d'Irlande, à Edimbourg, Glasgow et même Sarajevo. Un bon livre qui sans être génial me donne malgré tout envie de continuer à suivre les aventures d'Archie Sweeney, de sa barbe rousse et de son porte bonheur, un club de golf! Un excentrique, ce jeune homme, qui en plus se sert d'un dictaphone pour que rien ne lui échappe pendant les interrogatoires.
À noter une certaine originalité dans l'écriture, les pensées d'Archie et de quelques autres personnages sont écrites en italique, je trouve que c'est une très bonne idée.
Extraits :
- Si, ne soyez pas modeste. Vous être notre nouveau Sherlock Holmes, le flatta Mrs Dove.
.... l'inspecteur Thurso s'affichait en parfait fossoyeur de l'esprit contestataire de sa génération.
- Le vent soufflait en rafales depuis l'ouest chargé des embruns d'un Kintyre irlandais soudain plus proche.
- Une idée saugrenue lui traversa l'esprit : Et si.... Et si, tout simplement... Et si c'était le sourire de Pamela Dove ?
- À travers son regard, l'homme semblait lui transmettre l'âpreté de son pays.
- Ce jour là, c'était comme si l'océan hurlait de douleur...
- Eh bien voilà!...Deux interrogatoires perdus. Wilkinson avait raison : les militaires, ça ne sert à rien.
- Serre les dents, mon vieux Archie ! Un Écossais ne se rend pas devant l'Anglais !
Éditions : Head over Hills (2006)
07 juillet 2009
Le BONNEC Valery / La larme du poison.
La larme du poison.
Valery Le BONNEC.
Note : 4/5.
La note sera salée!
Premier roman de ce jeune auteur lorientais que je lis. Parmi les auteurs qu'il donne en référence, on trouve Toni Hillerman, James Ellroy et Jean-François Coatmeur pour la Bretagne, ce qui est de bonne augure.
Un dossier est volé à la prison de Rennes, les autorités plénipotentiaires ne semblent pas réellement affolées, surtout que le dossier en question n'est pas très actuel. Il remonte à plusieurs décennies (il date en effet de 1976), mais pour l'instant c'est tout ce dont dispose Hiro Taavuna pour commencer ses investigations. Un samedi soir, Joss Randall, dans une commune du Morbihan, boit avec ses amis, Hervé et Hugues, mais une très belle femme semble s'intéresser à lui! De fil en aiguille et de verre en verre, ils partent ensemble, Joss ne sait pas que c'est la mort qui l'attend dans le sable d'une plage! La voyageuse est partie sans laisser d'adresse, mais avec le prix de sa complicité!
La gendarmerie pense que c'est un simple accident ; d'après tous les témoins Joss avait énormément bu. Edouard Perrin, ami de Joss et ancien gendarme, n'est pas d'accord avec cette thèse. Par le plus grand des hasards, il obtient un numéro de plaque minéralogique.
Le dossier volé à Rennes est celui d'une jeune femme, Julie Martel, militante du FLB*; elle a été arrêtée au cours d'un braquage qui a mal tourné, un représentant des forces de l'ordre a été tué, mais ses quatre complices ont pris la fuite et n'ont jamais été retrouvés. Blessée au bras, elle est décédée peu après avoir été transférée dans une autre prison. Pourtant sa blessure ne paraissait pas grave à ce point. Plusieurs personnes cherchent la vérité, Taavuna de manière officielle, Edouard Perrin pour son propre compte. Mais une troisième personne semble leur emboîter le pas, quand elle ne les précède pas! Les anciens témoins sont éliminés les uns après les autres! Taavuna, lui le tahitien, ne comprend pas ces histoires autour du FLB, ni la sympathie discrète de la population à leur encontre! Tout semble tourner autour de cette histoire de braquage loupé, y a t-il eu trahison? Que sont devenus les complices mystérieusement disparus dans la nature ? Pourquoi cette vengeance si tardive?
Beaucoup de personnages dans ce roman bâti comme un puzzle qui se reconstruit au fil des pages. L'enquêteur, Hiro Taavuna, rêve de plage de sable chaud, de sa famille là-bas à Tahiti, il pense à sa fille qu'il ne verra pas grandir. Il pense aussi que la Bretagne est un monde où il ne comprend pas grand chose! Pour lui, 1976, c'est loin, très loin. Julie Martel, idéaliste et naïve, elle, pensait son combat juste, mais trop jeune, elle sera broyée par un système et un pragmatisme pour qui de toute façon elle n'est qu'un pion interchangeable.
Joss Randall périra par quoi il a péché, les femmes et la boisson. Edouard Perrin ne croit pas à la mort accidentelle de son ami Joss, mais est-ce seulement par amitié qu'il sort de sa retraite, traverse la France pour retrouver un témoin qui peut être gênant? Hugues Chalain l'accompagne, mais pas Hervé Lagadec. Leur amitié est-elle aussi solide et sincère qu'elle en a l'air?
Étienne Lanfranc est journaliste ; à l'époque et pendant plusieurs mois, il avait enquêté sur les différentes factions du FLB et était proche de certains de ses membres. Lui seul semble au courant de beaucoup de choses, et il connaît certains secrets bien cachés, ainsi que quelques personnes qui en savent long sur ces années là! Le lieutenant Leclerc, policier de Lorient, donnera un coup de main à Hiro Taavuna, mais ne partira pas en Haute-Savoie avec lui, préférant continuer l'enquête sur place. Franchic, gynécologue, radié de l'ordre des médecins pour ses sympathies envers les membres du FLB ou de l'ETA. Louise Capelle est une pauvre fille toxicomane. Manipulée par quelqu'un qui l'effraye et la terrorise, elle est la victime toute désignée et la complice idéale.
Yann, enfant, que nous croisons périodiquement, qui semble seul, trimballé de foyer en orphelinat, qui est-il?
Les romans traitant des années 1970/1980 et du FLB sont, il me semble, très rares, c'est pourquoi je trouve qu'il est intéressant, avec le recul nécessaire, de faire un roman sur ce sujet.
Un bon livre, sur un sujet original, et dont l'intrigue est passionnante. Un auteur à suivre, que j'espère rencontrer bientôt.
Extraits :
- Ce qu'il venait de faire allait lui sauver la vie. Mais la lui changerait également.
- Des Parigots, conclut-il. Qu'est-ce qu'ils viennent encore nous emmerder ici, ceux-là?
- Elle mettrait un point final à ce drame qui l'entourait. Enfin, elle pourrait reprendre une existence normale.
- Le ton était rude et grave. Peu de diplomatie habitait ces gaillards-là.
- Cette petite bourgade située les pieds dans l'eau était certes magnifique, mais ça ne lui laissait pas moins quelques soucis.
- Avec des valeurs. Des vrais qu'ils suivaient et qu'ils défendaient coûte que coûte. Contre vents et marées, comme on disait dans la région.
- Les volontés indépendantistes contre l'État. Un groupuscule qui recrutait chez les plus jeunes. Les proies faciles qui rêvaient d'idéalisme et de justice.
- Il avait le même discours que l'ancien directeur de la prison. Ces types pardonnaient aux terroristes ! C'était impensable.
- Elle disait çà ; là-bas, comme s'il s'agissait d'un autre pays. Si lointain, si différent.
Éditions : Pietra Luizzo éditions.
Le blog de l'auteur, ici.
FLB : Front de Libération de la Bretagne.
03 juillet 2009
BIRRIEN Jean-Paul / Bloody Mairie.

Bloody Mairie.
Jean-Paul BIRRIEN.
Note : 4 / 5.
Quand tout le monde trinque!
Premier roman de cet auteur que je ne connais pas, mais qui en a écrit plusieurs autre depuis. J'ai vu quelques chronique très élogieuses sur ses ouvrages, alors pourquoi pas? Jean-Paul Berrien est né à Chateauneuf-du-Faou dans le Finistère.
Nous sommes dans la charmante station balnéaire de Mervillec-sur-Mer. Charmante, à la réflexion c'est peut-être un peu vite dit! Nous faisons la connaissances des notables du lieu, son médecin d'abord le docteur Méribois, qui tue froidement un de ses malades! Continuons notre visite des notables ou des décideurs du cru, Louis Brazellec, bétonneur en entreprise ou entrepreneur en béton. Pour le littoral, hélas cela ne change pas grand chose! Puis pour la respectabilité, il est nécessaire de rendre visite au notaire, le sis devant Mathurin Le Quellec! Mais les eaux qui baignent la plage et le reste sont plutôt troubles, voire vaseuses, pour ne pas dire plus. Car pour ces trois personnages, il est évident que la fortune n'est pas venue en dormant, ni même par des moyens légaux. Alors c'est SOS, alerte générale, Midway, le branle-bas de combat bref la panique! Car dans ce panier à crabes tout le monde a fait son beurre (salé) pour se partager la galette (là il y a la choix, Traou-Mad, Pleyben, Fouesnant, et dans ce cas précis la fameuse « Galette de blé (au) noir! »
Et en dessous des crabes, il y a les étrilles, qui eux aussi ont faim, qui aimeraient bien passer des crêpes dentelles au plat de résistance! La famille Brazellec et sa pièce rapportée le gendre, devenu maire a les dents (de la mer) longues et un appétit féroce! Alors quand Pujol, un « étranger » pied-noir rapatrié menace de briser le pacte, c'est comme s'il dénonçait un trafique d'ormeaux! Pour le docteur Méribois, le serment d'Hippocrate n'est plus qu'un souvenir de jeunesse! Et le piston est celui de la seringue qui est trop pleine.
Mais, les affaires enflent, les ficelles deviennent trop grosses, les finances de la mairie trop maigres, la famille Brazellec et le gendre Le Moallec, propulsé maire par son beau père, ne sont plus aussi fringants, ni sûrs d'eux. Surtout qu'un comptable,Thomas Merlin (et cela n'enchante personne) jeune et plein d'idéaux est chargé de vérifier les comptes de la ville! Et la veuve de Pujol lui remet discrètement un dossier que son époux cachait.... Sur les chantiers de construction, les choses ne sont pas des plus nettes non plus, pas de syndicats, des travaux sous-traités, de la main d'oeuvre en situation irrégulière, un accident du travail que la direction ne vaut pas déclarer va mettre un ouvrier en face de ce vaste trafic qui permet de gagner un maximum d'argent en un minimum de temps. Alors sonne l'heure de l'hallali, de la débandade et des morts violentes, le bateau prend l'eau, la station de balnéaire devient déficitaire. Les langues se délient, mais les crabes tels des bigorneaux, s'accrochent....
Une belle brochette de personnages peu recommandables, spécialistes de la corruption en tout genre, du chantage et des pots-de-vin. La famille Brazellec, le père, Louis, les deux fils Louis et Marcel et la fille Elisabeth, les mousquetaires « Tous pour un et un pour tous » Belle devise, mais par gros temps......
Elisabeth, maîtresse femme d'affaire, elle a longtemps pensé maîtriser son corps, mais celui-ci entraînera sa chute. Le Moallec, le gendre, qui croyait avoir réussi en épousant la belle Elisabeth, et en obtenant la mairie, le rêve à une fin et un prix!
Goran Vlazovic, un ancien footballeur yougoslave, milieu de terrain reconverti dans le milieu, homme de basses besognes tient ce beau monde grâce à quelques secrets d'alcôve pour certains. Dans le milieu du football, on parle de marquage à la culotte, ici, il tient les gens par la culotte! Mais lui aussi a des comptes à rendre, les gens qui sont au-dessus de lui, sont maintenant après lui!
Thomas Merlin, comptable, est stupéfait de ce qu'il découvre, Sénéchal, le mécanicien a vu des ouvriers clandestins , Sabatier,un jeune inspecteur de police, et Raymond Fernandez, le journaliste, eux veulent comprendre le pourquoi de la passivité des services de l'état ?
Un très bon livre qui sort des sentiers battus et rabâchés, mais un peu long à mon goût. Un roman policier, si j'ose dire municipal. En tant que directeur des services municipaux, l'auteur sait de quoi il parle, mais il n'empêche qu'il a beaucoup d'imagination. Car penser que des hommes politiques ou des élus locaux se servent de leurs positions pour obtenir certains avantages, c'est réellement loin de la réalité.
Extraits :
- Ce qui était sûr, c'est qu'il avait disjoncté ! Quand son père était là il marchait droit !
- Pendant la guerre il avait fait beaucoup de marché noir et un peu de résistance sur la fin.
- La fille Brazellec cataloguée comme un des plus beaux partis de la région était admirée mais peu courtisée.
- Il dit aussi aux gars que, s'il y avait un vrai syndicat, ça ne se passerait sûrement pas comme ça !
- Mais cela se fait aux dépens de la commune et des contribuables de Mervillec ! Et si vous voulez mon avis, cela n'a fait qu'augmenter le profit des promoteurs et des constructeurs !
- Et pour leur ouvrir les yeux, peine perdue ! Brazellec ici, c'était le bon Dieu.
- Cette époque était révolue, et la concurrence avait changé.
- Tous les moyens étaient bons, pourvu que ça rapporte !
- Quand Thomas expliqua l'objet de sa visite, il sentit se réveiller le Colombo qui sommeillait en lui.
- Avant de partir, Thomas fit le tour de la petite école maternelle, qui ressemble à n'importe quelle école, sauf que tout y était écrit en langue bretonne.
- Il s'agissait sûrement d'un truc breton. Moallec détestait ces ploucs et leurs biniouseries, mais il s'était toujours montré généreux pour leur école et le reste.
Éditions : Liv'éditions. Suspense. (2004)
Trois autres de ses romans ont été édités aux Éditions du Palémon.
21 juin 2009
MILLAR Sam / Poussière tu seras.

Poussière tu seras.
Sam MILLAR.
Note : 5 / 5.
Sur le fil du rasoir.
Écrivain irlandais dont c'est le premier roman traduit ; j'espère que le reste de son oeuvre le sera bientôt. Ancien combattant de l'IRA , il a passé 20 ans en prison. Décidément le roman noir irlandais se porte très bien et c'est tant mieux. Celui-ci ne dépareille vraiment pas le genre, surtout en ce moment où, personnellement, je pense que la littérature irlandaise est au creux de la vague.
Adrian, un jour d'école buissonnière dans un bois près de Belfast, découvre un os et un corbeau mort. Il ramène cet os chez lui, ainsi qu'une plume.
Charlie Stanton, clochard fortement alcoolisé, découvre dans les ruines d'un orphelinat désaffecté, un cadavre sans tête ayant subi des violences sexuelles.
Adrian vit avec son père Jack, ancien policier, qui commence une carrière d'artiste peintre. C'est un enfant traumatisé par la mort de sa mère renversée par un chauffard ivre. Ses relations avec son père sont conflictuelles, Jack buvant beaucoup. Il a une relation avec Sarah qui expose et vend les toiles de ce dernier. Un jour Adrian les surprend dans une attitude sans équivoque, provoquant un traumatisme chez l'enfant, qui sera accentué par une révélation pour le moins maladroite du père! Alors Adrian s'enfuit! Jack rongé par la culpabilité, retrouve son esprit d'enquêteur, et découvre dans la chambre de son fils l'os qui s'avère être un reste humain. Une petite fille a disparu dernièrement, est-ce son corps que la police découvre? Qui est responsable de l'assassinat du révérend Richard Toner? Quelqu'un qui le connaissait bien, assez pour lui rappeler un surnom qu'il voudrait bien oublier « Petit Dickey ». Mais comme on n'emmène pas ses souvenirs dans l'au-delà, son sobriquet disparaîtra avec lui. L'enquête sur la découverte du corps de Nancy Mc Tiers amène les policiers à s'intéresser à Joe Harris et Jeremaih Grazier, les coiffeurs et barbiers du quartier. Or, chez Joe qui a disparu, les enquêteurs découvrent des magazines pédophiles qui en font un coupable idéal. Jack recherche désespérément Adrian, un coup de téléphone lui offre une possibilité de revoir son fils, un chantage en forme de test : s'il ne réunit pas les vingt et un points nécessaires, son fils sera tué! Avec son ex-collègue Benson, qui est également le parrain d'Adrian, la course contre la montre peut commencer!
Les personnages, à part Adrian, qui est trop jeune pour être perverti, sont pour la plupart des êtres avec des passés pesant des tonnes. Jack se console dans l'alcool et la peinture, Judith dans la drogue.
Adrian pleure sa mère décédée suite à un accident provoqué par un chauffard ivre, il lui semble que son père le délaisse, la révolte monte en lui, qui éclatera au premier incident provoquant sa fuite.
Jack Calvert, son père, après une mauvaise période, reprend sa vie en main, la disparition de son fils devient une affaire entre lui et la société, en particulier la police. Mais lui aussi a quelques cadavres dans son placard. Sarah qui vend des tableaux, en particulier ceux de Jack, a une liaison avec celui-ci, est-ce pour cette raison qu'elle sera selon le journal agressée un soir?
Jeremiah, un des barbiers et son épouse Judith, forment un couple terrifiant . Lui adepte du rasoir et elle complètement accro aux drogues dures. Leur relation sado-masochiste où Judith domine est particulièrement violente. Judith semble l'incarnation du mal, d'où lui vient cette haine et cette violence? Son enfance fut sordide comme celles de centaines d'orphelins et d'orphelines aux mains de l'église catholique et de notables complaisants. Joe, l'autre barbier, est veuf. D'après Jeremiah, il buvait et jouait beaucoup, et avait des dettes, dont certaines avec des gens peu recommandables, est-ce la raison de sa soudaine disparition?
Un livre éprouvant, très sombre où certaines scènes sont très « fouillées ». Les autorités policières et les notables sont égratignés au passage, à cause de leurs carriérismes et leurs complaisances pour ne pas dire leurs complicités avec un système qui encourageait le vice et la cruauté sur des enfants sans défense.
L'âme humaine est mise à nue ; la violence et la perversité forment la trame de ce roman dans lequel l'auteur va à l'essentiel. Pas d'humour ou de faux fuyant, la race humaine engendre des monstres, ne nous voilons pas la face, les journaux sont remplis de faits-divers atroces. Une oeuvre forte qui va sans doute déranger quelques lecteurs, mais l'intrigue est de grande qualité. La fin est absolument grandiose, le dénouement étant comme un plaidoyer pour tous les enfants victimes innocentes d'un système qui les livrait corps et âmes à des adultes pervers. Le thème de la vengeance étant ici poussé au paroxysme de la violence.
Extraits :
- Les corbeaux sont intelligents, mais l'intelligence ne fait jamais le poids face à la ruse.
- Il avait fait irruption dans la vie en hurlant, quand la sage-femme- à la fois débutante et légèrement alcoolisée- lui avait crevé l'oeil droit avec un forceps.
- Jack se dit que la ville était en train de payer cher son image de capital : à grandes villes, grandes maladies.
- Leurs faiblesses, c'est le système et leur confiance en eux.
- Le doute peut nous détruire. Il est comme l'ennemi qui frappe à la porte. Veux-tu laisser entrer l'ennemi ?
- Il se sentit à nouveau gêné, comme s'il avait fait irruption dans les pensées les plus intimes de son fils.
- Ne laisse jamais l' émotion obscurcir ton raisonnement. Trop dangereux.
- Pour la première fois de la journée, un sourire apparut sur le visage de Judith. Un faible sourire, pas de ceux qui montent jusqu'aux yeux.
- On aurait dit un oiseau affolé dans une cage d'os.
- Les cadavres de sans-abri ne votent pas, tu comprends.
- Tu aurais fait un excellent homme politique, Jack Calvert, en admettant que cela existe.
Éditions : Fayard Noir (2009).
Titre original: The Darkness of the Bones. (2006)
L'avis de JML, « Actu du noir », ici.
Site de l'auteur, là.
06 juin 2009
FONTAINE Laurence / Noir dessein en verte Erinn
Noir dessein en verte Erinn.
Laurence FONTAINE.
Note : 4 / 5.
Musique funèbre.
Second roman de cet auteur native de Lille, mais c'est pour moi une découverte. Très attirée par les cultures anglo-saxonnes, elle a écrit un précédent roman « Bleu Eldorado » en 2002 qui évoquait les Etats-Unis et la musique. Ici, changement de cap, nous sommes dans les environs de Cork, et la musique, quand il y en a, n'est pas forcément très douce. Bizarrement, en ce moment, j'ai l'impression de lire des romans noirs se déroulant en Irlande, mais écrits par des non-irlandais.
New-York, 1979 , Mike, un jeune boxeur, gagne un match, tue une jeune femme et rentre en Europe. Tout au long du récit, nous suivrons sa vie d'enfant battu, puis sa longue dérive sanglante, dans plusieurs villes du monde, laissant des corps sans vie derrière lui, en général des femmes qu'il séduit, mais pas au hasard!
Kilroy, comté de Cork, été 2001. Agnès Hamilton vient en Irlande pour aider Ted à faire l'inventaire d'une bibliothèque. Ce dernier, suite à un héritage, est revenu au pays où il s'est installé avec Moha, son épouse jamaïcaine. Les affaires ne marchant pas fort, il a accepté ce travail. Mais ce qui n'était au départ pour Agnès n'était qu'un agréable moyen de passer des vacances à moindres frais tout en gagnant de l'argent, se transforme en une plongée très sombre dans un passé qui influe sur la vie de beaucoup des personnages de ce roman.
La bibliothèque a subi un grave incendie, son propriétaire Nathanaël Spark a failli périr dans les flammes. Une mort que personne n'aurait regretté tant son comportement durant la guerre d'indépendance a marqué les esprits. Il est maintenant mort, à plus de cent ans, mais n'en finit pas de perturber les consciences. En effet une seconde bibliothèque est découverte, et là il n'est pas question de littérature classique!
Ryan et Seamus Ripley aident à divers travaux manuels. Si Seamus est dorénavant un vieil ivrogne, Ryan est un être plus complexe, séducteur impénitent, il est rentré d'exil depuis quelques mois et participe également à des combats de boxe semi-clandestins. Ayant passé son enfance au manoir, il en connaît tous les coins et aussi beaucoup de secrets.
Petit à petit, tel un puzzle, les éléments du passé prennent leur place.
Agnès, à la fin de son année scolaire et en attente d'un poste, accepte un travail en Irlande : dresser la liste des livres contenus dans ce que l'on pourrait appeler une des plus grande bibliothèques privée d'Irlande. Elle pense un peu naïvement joindre l'utile à l'agréable!
Ryan et Seamus Riley sont des « tinkers* » sédentarisés ; leur pauvreté les a poussé à accepter de travailler pour Spark. Ils furent ses esclaves. Ryan a beaucoup de zones d'ombres dans sa vie, qui est-il vraiment ? Ce charmeur cynique, ce sauvage qu'il devient dès qu'il monte sur un ring, cet homme à l'intelligence limitée, un musicien exceptionnel ou un tueur froid et déterminé? Il fut en grande partie élevé par Nathanaël Spark et disparut la nuit où la maison de celui-ci brûlât. Où était-il pendant tout ce temps?
Ted est plus impliqué dans cette affaire, chose qu'Agnès ignorait. En effet de nombreuses années auparavant, sa soeur est décédée dans ce qui est apparu comme un simple accident de vélo et ce ne fut pas la seule mort étrange dans la région.
Nathanaël Spark lui a toujours choisi son camp, hors de toute idéologie, celui qui rapporte le plus. Son comportement pro-britannique pendant la guerre d'indépendance ne lui a pas valu que des amis. Un personnage trouble, est-il aussi dépravé que la population locale le pense? Où alors ses voisins sont-ils en dessous de la vérité! Est-il le mal incarné, quel traitement dut subir Ryan, quand orphelin, il était à sa merci?De nombreux retours en arrière sans trop de soucis de l'ordre chronologique perturbent un peu la compréhension du début du roman, mais l' intrigue monte en puissance au fil de la lecture. Le proverbe qui dit que « la musique adoucit les moeurs » n'est pas toujours de mise dans ce livre, mais quand le même étui sert à transporter une flûte et un pistolet, comment peut-il en être autrement?
De l'Irlande profonde aux horreurs du nazisme, la soif du mal pousse parfois certaines personnes très loin.
Un bon roman, et ce, malgré quelques clichés ( séducteur irrésistible) . L'histoire est très originale et tient en haleine. Une découverte et une romancière amoureuse de l'Irlande, qui en parle donc très bien.
A noter également que Laurence Fontaine prend un malin plaisir à nous embrouiller dans les variantes de certains prénoms.
Extraits :
- Un bleu profond ombré de vert sombre ; « saphir et émeraude » avait murmuré la fille rousse dans ses bras.
- En fait, ils ont surtout dénoncé de nombreux nationalistes, et cela explique le vieux Spark n' était pas en odeur de sainteté dans le comté.
- Il ferme les yeux et laisse la pluie pénétrer dans son coeur. Il sait que ses parents ne reviendront jamais.
- Et qu'y a-t-il au-delà du Bien et du Mal ?
Il y a l'homme libre, murmure Mike.
- Les livres posent des questions, la musique fournit des réponses.
- Qu'est-ce qu'un corps sans esprit ? murmura-t-il. Un costume de soie pour un cadavre ?
- Tu as une énigme sur les bras ou dans les bras ?
- Est-ce que tu crois qu'une guerre s'arrête aux armistices ?
Éditions : Yoran embanner (2009)
*Nomades irlandais. Beaucoup d'entre eux sont issus des hommes et femmes jetés sur les routes pendant les grandes famines.
Blog de l'auteur, ici.









