Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

22 novembre 2009

BRUEN Ken / Chemins de croix.

Babalio

Chemins de croix.
Ken BRUEN.
Note : 4 / 5.
Tog a bog e mo chara *.
Sixième opus des aventures de Jack Taylor dans sa bonne ville de Galway. Ken Bruen aurait pu emprunter à Sean O'Casey le titre d'un volume de son autobiographie « Douce Irlande adieu! ». Quoique la douceur dans les aventures de Jack Taylor!!!!!!
Cody, fils adoptif et spirituel de Jack, est toujours dans un profond coma à l'hôpital où celui-ci se rend tous les jours. Ridge lui demande de l'aide : un jeune homme, John, a été retrouvé crucifié et dans la très chrétienne Irlande, cela choque. Il lui donne son accord et accepte également d'aider à résoudre un problème de disparition de chien dans un quartier de Galway . Pour cela il fait appel à un ancien flic alcoolique désargenté, Eoin. Alors quand Maria, la soeur de John, est découverte carbonisée dans sa voiture, force est de constater qu'il y a quelque chose de pourri en République d'Irlande. Cody meurt de ses blessures et Jack est fermement prié de ne pas apparaître à l'enterrement, alors il se rend à celui de Maria, persuadé que l'assassin sera là, et c'est ce qui se passe.....Le corps d'Eoin est découvert noyé, un chien attaché autour de la taille, son enquête l'avait amené sur les traces d'un industriel de l'alimentation, est-ce la raison de sa mort?
Beaucoup de personnages dans ce roman, avec certains retours d'un passé pas si lointain. Les incontournables Jack Taylor et son « amie » Nic An Iomaire (Ridge), pour eux la situation n'est pas brillante, Jack lutte toujours contre les démons enfouis, mais près à ressurgir, Ridge, elle, a des problème de santé, ainsi va la vie. Stewart était le dealer de Jack, celui-ci l'a aidé à prouver que sa sœur a été assassinée, alors il se sent redevable et va l'aider dans sa quête de vérité. La famille Mitchell, le père, la mère décédée dans un accident de voiture à Galway, les enfants Sean et Gail, d'un côté et les Willis, John, Maria, Rory, de l'autre. Quel lien tragique les unit? Il recroise Jeff, son ami de longue date, mais hélas, entre eux un drame a marqué la fin de cette relation. Gina, grâce à sa formation de psychologue, tente d'aider Jack, l'amour comme thérapie, mais n'est-il pas trop tard?
La mort par crucifixion, par l'eau et le feu, cela donne un côté biblique aux meurtres ainsi que l'aspect d'une croisade entamée au nom de la vengeance. Sinon, la formule habituelle fait toujours recette, Galway semble une annexe de l'enfer, et Jack, le locataire privilégié de l'endroit.
L'Irlande traditionnelle est loin, n'a-'elle jamais existé d'ailleurs? Toujours dans le texte, quelques mots de gaélique, expression d'un autre temps d'amitié ou de tendresse « amac », « Loveen » et la constatation désabusée de Ken Bruen :
-Fut un temps où ce terme affectueux était aussi courant que les agressions aujourd'hui.
Un titre intéressant, peut être un ton en dessous des autres romans de la série, les intrigues n'ont jamais eu une grande importance dans les aventures de Jack Taylor, cela se vérifie ici. Peut-être qu'un peu plus de rigueur dans l'écriture serait la bienvenue. Toujours des références musicales ou littéraires, comme d'habitude, ici en autre, il parle de John Cheever, écrivain américain spécialiste d'un genre que j'adore, la nouvelle.
Il reste une grande nostalgie d'une époque révolue d'un monde disparu, alors que celui qui lui a succédé est dévasté par la drogue et qui fait presque apparaître la boisson comme un pêché véniel!
Ken Bruen a toujours un sens très critique envers ce qu'est devenu son pays, chose qu'il partage avec de nombreux autres écrivains, en particulier ceux qui écrivent des romans policiers.
Extraits :
- La pinte de Guinness était un véritable chef-d'œuvre. Versée à la perfection le sommet en était une couche de mousse irréprochable.
- Ce n'est pas être malade, ça ? Évidemment que si. Ou alors, juste irlandais.
- Pour moi, ça avait un sens délirant, mais j'ai pour excuse d'être irlandais, et la logique ne tient donc aucun rôle dans mon raisonnement.
- Même si je n'avais pas bu, les vieilles habitudes ont la vie dure. Demandez au Sinn Fein.
- Une matinée noyée de désespoir. En irlandais, nous gémissons, och ocon....
- Mon père se serait retourné dans sa tombe s'il avait su que le jour était venu où nous devions payer notre eau sur une île entourée de ce foutu liquide et cinglée par la pluie presque chaque jour de l'année.
-On est bien obligé de se demander : où sont donc passés tous les Irlandais? Nous sommes peut-être enrichis, mais nous nous retrouvons assurément en minorité.
- Mais mo croi briste...Mon cœur s'est brisé.
- Ce type de flirt avait été rebaptisé clirt... flirter en clopant.
- Vous autres, les cathos, quand vous tenez un truc qui attire les foules, vous l'exploitez à fond.
- Polis... mais quant à être amicaux... c'est des Anglais, ils ne savent pas s'y prendre.
- Ça me surprend un peu de votre part, Jack, vous qui êtes un ardent défenseur du Galway et d'autrefois, le gardien de l'âme celtique, toutes ces bonnes choses.
Éditions : Série Noire/ Gallimard. (2009)
Titre original :Cross (2007)
* Expression gaélique signifiant approximativement « Reste calme mon ami »

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13 novembre 2009

JUHEL Fabienne / A l'angle du renard

A l'angle du renard.
Fabienne JUHEL.
Note : 4 / 5.
Le Rigoleur et le Renard
Lecture non sponsorisée.
La petite note en avant propos est juste pour signaler que je ne participe pas à une opération pseudo-culturelle sponsorisée par une chaîne de magasins dont la maison mère fut ou est encore en Bretagne. J'exprime ici un avis qui m'est personnel et qui donc n'engage que moi.
Les avis favorables sont nombreux, mais pas unanimes, et ayant fait la connaissance de l'auteur à Carhaix, je vais tenter l'aventure. Elle sera également présente à Riantec ce dimanche. A noter sur l'une des premières pages, quelques lignes de la chanson de Jacques Brel « Ces gens là », une de mes chansons préférées. Contrairement à ce que laisse entendre le titre de cette chronique, ce livre n'est pas une fable, loin de là.
Arsène Le Rigoleur habite seul dans la demeure familiale, son père est mort, sa mère en maison de retraite. Son seul réel ami est Yvan. Copains d'enfance, ils ont fait ensemble les quatre cents coups. Arsène vit au rythme des saisons et des travaux des champs, un couple d'habitants de la ville, les Maffart s'installent dans la maison voisine avec leurs enfants. Juliette, la fille, rend souvent visite à son voisin, qu'elle appelle « Tonton », le garçon Louis est plus réservé et plus dissipé, il embête la basse cour et chaparde des pommes. Arsène et Juliette de concert lui donnent une leçon, ce qui vaudra à Arsène une visite du père furieux. Arsène, avec l'accord de la mère, va faire les courses avec Juliette. Surprise, à leur retour les gendarmes les attendent, prévenus par la famille de la disparition de la fillette. Cette visite de la maréchaussée n'est pas la première pour Arsène! Puis Louis, jouant à l'espion, se met à suivre Arsène, commence alors entre eux une sorte de jeu du chat et de la souris. Arsène s'en amuse les premiers temps, mais le jeu devient lassant, l'enfant approchant d'un peu trop près certains secrets de la famille Le Rigoleur.......
Arsène Le Rigoleur nous dévoile petit à petit sa vie et celle des habitants de la campagne environnante, enfance dure, éducation stricte, les coups pleuvent plus facilement que les compliments. Il nous raconte son histoire avec détachement et un certain cynisme, comme si tout allait de soi. Son père est fasciné par les renards au point d'essayer d'en apprivoiser un. Décédé, il hante encore les murs de la ferme familiale, la mémoire d'Arsène mais il n'est pas le seul.La mère qui buvait est maintenant en maison de retraite. La boisson pourquoi? Yvan, le quasi-frère, marié, mais pas heureux, annonce un jour qu'il va vendre sa ferme ; coup de massue pour Arsène, pour qui une partie de son existence, de ses repères l'abandonne. Pour François, personnage invisible, mais omniprésent, nous ne saurons que plus tard qui il est. Les Maffart, Monsieur, Madame prénommée Marie, et les enfants Louis et Juliette font donc irruption dans la vie du bourg et dans celle d'Arsène. Si celui-ci s'entend bien avec Juliette, il n'en est pas de même avec Louis. Quant à Marie, le moins que l'on puisse dire est que son attitude est très ambiguë. Marion, jeune fille fréquentant les bals de la région, Marraine Ernestine qui l'a affublé de ce prénom qu'il déteste, Monsieur Lépervier, le droguiste chez qui son père l'envoie le 24 décembre acheter un martinet neuf (vous parlez d'un cadeau!), le ferrailleur, Louise, accoucheuse et faiseuse de cancan et d'anges aussi quand cela est nécessaire sont des personnages furtifs de cette histoire.Ce roman est étrange, oppressant, plein de silence, de non-dits et de secrets de famille. La vie dans les campagnes bretonnes, à l'époque où les transports étaient inexistants, les mariages avaient lieu dans un rayon de 25 kilomètres, ce qui donnait un monde en vase clos. Le renard est un symbole de ce genre de vie, car c'était un animal très présent dans les forêts.
Un extrait qui explique la présence du renard dans ce roman et qui me plait particulièrement :
-Et j'aurais préféré qu'on me laisse le choix. Arsène Le Luern par exemple. Le nom de jeune fille de la mère. Le Luern cela veut dire renard en breton. Le renard, ça c'est un nom. Un nom très convenable même.
Il me semble que le mot « Louarn » soit plus usité en Bretagne pour désigner un renard. Le nom de jeune fille de ma mère est Le Louarn. C'est un clin d'œil personnel.
Extraits :
- Car elle a fait aussi l'homme, son ennemi naturel. Ennemi juré. Ennemi mortel.
- Comme ça, tu vois, ils cassent les gènes de leur souche paysanne.
- La haine d'un môme, c'est quelque chose de terrible. Y'a pas pire. Je sais de quoi je parle.
- Tu me chatouilles, non mais tu es vraiment un rigolo toi !
- Il grommelle dans sa barbe, peut-être un juron en breton. Çà lui remonte parfois de son enfance. Le père d'Yvan était breton, un des terres.
- Yvan s'arrime à son silence.
- C'était sa stratégie de survie à la môme. Le silence, le jardin et ses dessins.
- Elle s'est tournée vers nous, les gens de la terre. J'ai opiné.
- Je lui apporte des nouvelles, celles dont on ne parle pas dans les journaux. Les humeurs des bêtes, l'air des jardins, le silence des pierres.
- De toute façon, c'était plus des cours, mais des mouroirs pour chars à bancs, semoirs et crémaillères.
- La mère d'Yvan, elle, s'est pendue dans son grenier. Y avait encore des poutres à l'époque.
- C'était pas fondé, rien de vécu, juste la haine ancestrale du paysan contre la maréchaussée, la haine du chien contre l'uniforme. Pas plus rationnel que ça.
- Et puis l'hiver est arrivé, avec lui, les mois noirs*.
- C'est Dieu qui l'a voulu. Il a donné, il a repris, disait la Mère. Mais reprendre c'est voler moi je trouve.
Éditions : Au Rouergue/La Brune. (2009).
* Du (noir) novembre. Kerzu (très noir) décembre.

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11 septembre 2009

HUNTER Evan / Graine de violence.

Graine de violence.
Evan HUNTER.
Note : 4/ 5.
L'école de la vie!
Evan Hunter était pour moi un inconnu avant que je ne découvre ce livre. Il est pourtant l'auteur de plusieurs romans, Salvatore Lombino était également quelqu'un dont j'ignorais l'existence. Par contre, vous et moi avons entendu parler d'Ed Mc Bain, en réalité sous ces trois noms, deux de plumes et un de baptême, se cache la même personne.
Richard Dadier (Nick) effectue sa première rentrée scolaire comme professeur d 'anglais. Il a été nommé dans un lycée professionnel « École de Travaux Manuels Secteur Nord ». Après avoir fait la connaissance des autres professeurs, certains en particulier parmi les anciens, le mettent en garde, cette école est réputée difficile. Mais Nick, fort de son passé de vétéran de la guerre pense être armé moralement et physiquement pour cette tâche. Il va vite déchanter ! Le premier jour, il sauve une des professeurs, la ravissante Mlle Hammond, d'une tentative de viol. Cela lui confère pendant quelques jours, le statut d'un héros, mais cela se retournera vite contre lui. Le vendredi qui suit, s'étant attardé à boire quelques verres avec un de ses collègues, ils sont passés à tabac par plusieurs jeunes gens dans une rue sombre.
La classe 55-206, où sont groupés les élèves de dernière année va dès la première semaine entrer en rébellion ouverte avec lui. Entre Grégory Miller, jeune noir à l'intelligence supérieure au reste de la classe, et lui commence une bataille larvée dont Rick ne sait pas réellement comment réagir. Son collègue Josh, jette l'éponge, complètement désabusé. Un problème plus grave que les autres va le conduire chez le directeur. Accusé de racisme, il doit se justifier. L'incident étant clos, sa bonne foi prouvée, il reprend son poste.
La violence quitte l'école et change de forme, son épouse reçoit des lettres anonymes mettant en cause son comportement vis-à-vis de Lois Hammond.
Richard Dadier commence sa carrière dans un optimisme béat. Il aimerait enseigner dans des conditions, disons, acceptables. Sa chute morale sera à la hauteur de sa déception. Anna son épouse, enceinte, n'a pas besoin de tous ces problèmes, le doute s'insinue petit à petit en elle. Les autres professeurs, les anciens surtout, ont baissé les bras, le laxisme s'est installé depuis trop longtemps. Pour eux, comme dans une chanson de ma jeunesse, « L'heure de la sortie, c'est le meilleur moment de la journée ». Melle Hammond semble être aussi déplacée que possible dans cette école, jeune et jolie et débutante, elle attire le regard des élèves. Que cache cette femme, qui possède un air angélique sur un corps de vamp? Gregory Miller est le chef et la tête pensante de la classe, son air nonchalant cache son arrogance et un esprit manipulateur. Rick et lui se livrent à une sorte de lutte d'influence pour savoir de quel côté la classe va se ranger. Les autres élèves ressemblent à un troupeau de moutons, ils suivront le plus fort, mais qui est le plus fort?
Ce roman parle de la détresse d'un homme, plein de bonne volonté, voulant réellement enseigner, mais en face de lui se dresse un mur, une volonté de nuire, de le détruire moralement. Le désarroi de ces hommes et femmes est palpable et transparaît dans toutes leurs conversations. La phrase qui résume le mieux l'état des lieux est la suivante :
-On lui avait appris à traire des vaches et on voulait maintenant lui faire dresser des lions.
Le système scolaire américain est passé à la moulinette, ainsi que toute la société américaine d'ailleurs.Le constat d'échec est effroyable, la violence omniprésente. Et ce livre a plus de 50 ans!
Extraits :
- Celle-là, pensa Solly, elle n'a jamais seulement dû entendre prononcer les mots Ecole professionnelle.
- À présent, c'était lui qui était professeur ; les rôles étaient inversés, et ce renversement des rôles lui était rudement agréable.
- C'était généralement vrai.
Ce n'était malheureusement pas vrai, en l'occurrence.
- ...ils auraient bientôt un fusil en main- perspectives agréables pour la plupart d'entre eux- et, s'il éclatait quelque part dans le monde un nouveau conflit, il pourrait bien y laisser leur peau .
- Rick avait l'intention d'imposer sa loi et de se détendre ensuite sans jamais laisser les disciplines de devenir un problème.
- Encore un petit malin, pensa Rick, la classe est pleine de petits malins.
- Ces gosses étaient des êtres humains, et non des animaux que l'on enfermait pour ne plus s'en occuper.
- Il supposa que le niveau d'intelligence des élèves était plus haut qu'il ne l'était en réalité.
-...les abrutis peuvent vous créer des tas d'embêtements, mais ce sont les types intelligents qui les mènent.
- Elle inspira l'air profondément en rejetant les épaules en arrière sans paraître se douter de ce que faisaient ses seins chaque fois qu'elle exécutait cette simple manœuvre.
- Qui est-ce qui plaisante ? demanda Solly. Dadier est vraiment un brave.
Un missionnaire, dit Manners.
Editions : Les Belles Lettres.(2000)
Titre original : Blackboard Jungle (1954)

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27 juillet 2009

BRUEN Ken / R&B. Vixen.

R&B. Vixen.
Ken BRUEN.
Note : 3,5 / 5.
Faut que ça saute!
Une des épisodes des aventures des inénarrables Roberts et Brant. Il me semble avoir loupé quelques épisodes, mais comparé à ce qui se passe dans ce livre, ce n'est pas mortel. A noter, sur la quatrième de couverture, sous le titre il est écrit, blanc sur noir, « Humour noir ».
Londres sous les bombes, pourtant la guerre est finie. L'IRA a désarmé, mais des bombinettes explosent! Les autorités sont sur le pied de guerre, R&B et leurs troupes veillent au grain. Qui sont ces poseurs de bombes?  Nous faisons la connaissance d'Angie James, bombe sexuelle qui, sur les conseils d'une amie de captivité, se lance dans ce qu'elle pense être une idée du tonnerre, l'extorsion de fonds! Une bombe qui fait juste un peu de dégâts matériels, suivie d'une demande de rançon, le tour est joué, l'argent rentre. Pour complice elle a jeté son dévolu (ce qui n'était pas pour leur déplaire) sur les frères Cross. Angie (qui n'a rien d'un ange) mène son monde à la baguette et à la braguette. Une seconde bombe, puis une troisième, sème la panique sur Londres. Et pendant ce temps là, l'inénarrable duo R&B fait la bombe dans une fête organisée par les prostituées du quartier en l'honneur de leur chevalier servant Brant! Falls, cette nuit là n'est pas dans de sales draps, mais pas seule entre les draps. Pour eux trois, alcool, sexe et réveil difficile! Surtout que la rançon, elle, s'est envolée, mais pas pour tout le monde! Les dignes représentants des forces de l'ordre ont la tête lourde, surtout qu'ils se font sonner les cloches. Et Big Ben cela résonne dans un cerveau noyé non pas dans le smog, mais dans l'alcool.
Mais comme du côté des malfrats, les frères Cross dépouilleraient bien Angie, pas de ses tenues ultra-courtes, c'est fait depuis longtemps, mais de sa part de butin. Angie elle butinerait bien le magot toute seule! A qui sourira la fortune, mais méfiance bien mal acquise ne profite pas toujours!
Pour les personnages, le proverbe dit : on ne change pas une équipe qui gagne, alors on reprend les mêmes. Et ceux-ci ne se sont en aucune manière améliorés, quoique Brant par estime, mais par intérêt aussi, va tabasser un proxénète trop violent au goût des prostituées. Que Brant soit loué (ou acheté)!
Roberts lui est veuf, alors il boit. Par contre nous ne savons pas ce que les prostitués hommes qui plaisaient à Madame sont devenus! On aimerait dire « Paix à ses cendres », mais l'urne a disparu, elle était pourtant sous bonne garde, quoique R&B, ce jour là, n'avaient pas tourné à l'eau bénite!
Falls qui a loupé son examen et sa vie privée, boit plus que de raison et est évincée de l'enquête. Mais une nouvelle aventure sexuelle entre dans sa vie, pour le bon motif? Pas sûr!
Porter Nash lui se meurt, des nouvelles recrues apparaissent, d'accord certaines disparaissent aussi vite, mais c'est la vie (enfin la mort plutôt) ou la mise au placard!
Angie James, « La renarde » décathlonienne du crime, prête à tout (et même plus) pour réussir. Les scrupules ne l'étouffent pas. Les frères Ray et Jimmy Cross, complices et amants d'Angie, cervelle et muscles, petite pour la première, gros pour les seconds.
Rien de bien nouveau sous le ciel de Clapham, ni sous celui d'Oval, où rien ne tourne plus rond!
Pas un grand Bruen, un livre qui se lit facilement, sans déplaisir, mais que ne laissera pas un grand souvenir! Pour l'humour noir, Bruen nous a habitué à mieux. La fin est surprenante et pas très morale (qui donc n'est pas sauve!); Le moins intéressant de ceux que j'ai lus jusqu'à présent, mais comme je suis plutôt un fan de Jack Taylor, rien n'est perdu.
A signaler que Bruen, à chaque fin de chapitre, donne un extrait d'un roman policier d'un autre auteur.
Extraits:
- Le sergent Brant était depuis longtemps la bête noire du sud-est de Londres. Les flics comme les voyous le craignaient.
- Ses deux meilleurs années, parce qu'elle avait découvert le pouvoir du sexe.
- Et elle se demanda à quel moment exact c'était devenu un vrai connard.
- C'était pratiquement ce à quoi Falls s'attendait: stupidité et assurance, la pire combinaison.
- Il portait un T-Shirt sur lequel on lisait : Pog Mo Thoin.
Ce ne fut que quelques mois plus tard qu'il appris ce que la phrase signifiait : embrasse mon cul.
- Il fait partie de la population...Elle n'a jamais de bonnes intentions.
- Roberts pensa que Brant était véritablement fou...pas seulement dérangé, complètement à la masse.
- La prison lui avait enseigné à le faire : rester assise et laisser son esprit vagabonder.
-Elle ronronna :
« On va se faire une soirée de la mort »
- ...Porter eut l'impression d'être un figurant d'Urgences...
- Segotia?
C'est un mot irlandais qui signifie pote ou idiot.
- Elle était confrontée au mal qui, d'après les psychologues, n'existait pas.
Éditions : Série Noire. Gallimard.
Titre original : Vixen. (2003)

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18 juillet 2009

NICOLINO Fabrice / Le vent du boulet.

Le vent du boulet.
F
abrice NICOLINO .
Note : 4 / 5.
Pastaga, puissance maximum!
Encore un écrivain que je découvre par le biais de ce roman, fortement inspiré d'un grave accident dont les causes exactes sont toujours mystérieuses vingt ans après. En effet, le 15 février 1989, un immeuble ancien « La Maison des Têtes » s'écroule : bilan 13 morts et une quarantaine de blessés. Où est la vérité?
Frédéric Tran est au bord du gouffre. Ancien journaliste d'investigations, la vie l'a fortement marqué. La seule chose qu'il contemple est le fond de son verre. Antoine de Bei, un ami avocat, lui propose, à la demande de familles de victimes de reprendre l'enquête sur l'explosion d'un immeuble de Toulon, dont l'enquête semble avoir pris une tournure pour le moins étrange! La version officielle parle d'une explosion due au gaz, et la responsable est clairement montrée du doigt, Monique Lourens qui, en voulant se suicider au gaz, a causé la déflagration. Circulez, il n'y a plus rien à voir! Mais certains témoins parlent d'odeur de poudre et non pas de gaz! Pourquoi certaines victimes sont-elles arrivées dénudées à la morgue? Où sont passés leurs vêtements? Ange et Angélica Bardini, ainsi que Marina Lourens, aimeraient que Fred reprenne l'enquête. Mais certaines personnes ne semblent pas d'accord avec cet état de fait. Fred et Marina qui vivent une aventure torride (c'est la chaleur! ) en sont victimes, lui est tabassé et elle violée! Fred tue le violeur, mais le cadavre et la voiture disparaissent comme par enchantement! L'enquête est de plus en plus risquée, les morts se suivent, mais ne se ressemblent pas toujours. Fred parle à un membre influent du milieu toulonnais, lequel est découvert mort quelques heures plus tard! Qui se cache derrière tout cela? Fred abandonne, il part en Bretagne couler des jours heureux avec Marina, loin du tumulte méditerranéen...
Mais un élément nouveau pourrait bien changer le cours des événements et peut-être apporter une piste nouvelle, alors retour vers la Grande Bleue....
Frédéric Tran est le prototype du contre héros à la mode dans le genre buveur (que dis-je grand buveur). Il semble attirer vers lui tous les avatars du roman noir. Il est incompris, tabassé, amoureux d'une femme à problèmes, bref tout pour avoir une vie calme et tranquille. Son havre de paix est la Bretagne, et en cela je le comprends.
Pour Marina Lourens, le décès de sa mère Monique n'est pas naturel, elle réfute la thèse du suicide, et refuse de se soumettre aux conclusions policières. Mais c'est également une femme décrite comme instable par ses amis. Très connue, elle paraît avoir collectionné des amants plus ou moins haut placés et pas toujours très à cheval avec la légalité.
Les Bardini, Ange et Angélina, s'interrogent également sur la mort de leur fille Louise, eux aussi veulent la vérité même s'ils doivent souffrir pour cela.
Un psychiatre écologiste et homosexuel, expert devant les tribunaux, un policier pur et dur, sorte de croisé des temps modernes. Plein d'autres personnages hauts en couleurs, mais pour la plupart avec des secrets d'alcôves ou professionnels à effrayer les honnêtes gens. Pourtant pour la plupart ils détiennent une part du pouvoir dans ce grand port de guerre méditerranéen qui, au vu de la nouvelle situation dans le monde, voit son importance stratégique aller en augmentant. Et dans les mêmes proportions, l'argent et les affaires vont en fructifiant, avec toute une faune prête pour le partage. Des hommes politiques véreux, des flics ripoux, des journalistes corrompus et aux ordres, bref les eaux de la Rade sont bien troubles et le panier à crabe très agité. Et omniprésentes dans l'ombre, l'armée et la marine qui, directement ou indirectement, font vivre la plus grande partie de la ville, et qui méritent ici, très bien son surnom de « Grande muette ». Un livre qui m'a permis de me rappeler de bons souvenirs, ayant passé de nombreuses vacances scolaires dans cette ville, il y a bien longtemps.....
Un bon roman relatant un fait divers pour le moins étrange, vu les tentatives d'enfouir cette histoire aussi vite que les bulldozers ont détruit les ruines de l'immeuble, stoppant toutes tentatives d'enquêtes scientifiques sérieuses. La classe politique varoise en prend pour son grade (dans une ville de militaire, c'est un signe distinctif!) et je suis persuadé que c'est en dessous de la vérité!
Un regret malgré tout, l'auteur ne soigne pas l'image de marque de Fred en le transformant en journaliste ivre tous les jours , ou presque, de son séjour toulonnais.
Extraits :
- Je suis toujours vivant, c'est déconcertant. Je ne suis pas sûr de pouvoir compter dessus bien longtemps.
- Il ne faut pas haïr dans une telle société pacifiée comme la nôtre. C'est barbare.
- Mais il n'y a pas que les beatniks, les hippies, les rappeurs et Mickey qui franchissent l'Atlantique.
Les flics vérolés et les politicards corrompus aussi.
- Il n'empêche, la peine de cette femme pesait aussi son poids de fonte.
- J'avais toujours détesté la Côte d'Azur, le Midi, Nice et son requin, Toulon et ses marsouins, Hyères et ses maquereaux, Saint-Tropez et ses maquerelles.
- La chimie, fieffée salope, est parfois la meilleure amie de l'homme.
- Oh, merdouille, quelle vie, quand on ne meurt pas pour de vrai.
- La Bretagne me fait l'effet d'un nouveau monde.
- À quoi bon rêver sa vie, si on doit se réveiller ?
Éditions: Fayard Noir (2009)

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28 juin 2009

FRENCH Tana/ Comme deux gouttes d'eau.


Comme deux gouttes d'eaux.
Tana FRENCH.
Note : 3,5 / 5.
Comme un Eire de ressemblance!
Encore un roman policier se passant en Irlande, en République d'Irlande cette fois. C'est dommage que j'ai commencé ce livre ne sachant pas que ce n'était pas le premier de la série, ce que je regrette, car l'auteur revient souvent sur le passé de Cassie. Enfin, cela me donne l'occasion de découvrir une nouvelle romancière.
Quand un soir, Cassie Maddox, inspecteur de police, est invitée à se présenter sur les lieux d'un crime, elle ne se doute pas de ce qui l'attend. Elle y découvre en effet le cadavre de son sosie, et chose encore plus étrange les papiers de cette femme décédée sont au nom d'Alexandra Madison! Cassie avait endossé cette identité il y a quelques années pour infiltrer un réseau de trafiquants de drogue! Opération dont elle n'était pas sortie indemne, ayant ensuite demandé sa mutation dans un autre service!
Mais chasser le naturel, il revient au galop, alors lorsque Franck, son ancien chef, lui propose de se faire passer pour la défunte, après quelques hésitations, elle accepte! Il semble que ce soit la seule solution, car les recherches sur place ne donnent rien! Les étudiants avec qui elle résidait semblent insoupçonnables. Une rencontre fortuite durant sa promenade nocturne et fatale paraît peu probable, elle n'a pas été agressée sexuellement et rien ne lui a été volé!
Et qui est réellement cette femme qui ne laisse rien derrière elle! La police pense à une étrangère, mais sans certitude. Un autre élément trouble la police, la victime était enceinte, donc il y a eu dernièrement un homme dans sa vie !
Alors après avoir étudié tous les documents en possession de la police, Cassie rentre au bercail, cette maison où l'attendent quatre personnes qui connaissent mieux Alexandra qu'elle ne la connaît! Et sûrement que toute erreur sera fatale ou pour le moins extrêmement préjudiciable pour elle.
Cassie Maddox est la narratrice et le personnage central de ce roman. Elle succombe au charme de cette utopie qu'est la vie dans ce manoir entourée d'étudiants brillants, mais aux études pour le moins surprenantes! Pourtant elle est là pour une mission bien précise, découvrir l'identité d'une femme et de la personne qui l'a assassiné!
Frank Mackey, son ancien chef de service, homme brillant, persuasif, pensant à tout, même au pire. Son épouse l'a quitté, car homme de devoir, sa vie de famille était devenue inexistante.
Sam O'Neil est également policier, est aussi petit ami de Cassie. Il voit d'un mauvais oeil l'intrusion de Frank dans leur couple, mais surtout il n'aime pas du tout le rôle d'appât que va jouer Cassie dans cette dangereuse substitution.
Rafe , Justin, Daniel, les trois mousquetaires sont unis comme les doigts de la main et Abby,est la seconde femme du château! Mais était-ce vraiment la vie de château? Sous le vernis, que restait-il de cette vie en communauté? Un idéal de vie, des amitiés sincères ou de la poudre aux yeux? Alexandra l'aurait-elle payé de sa vie, car elle, elle est vraiment morte et cela au moins une personne le sait!
Un roman plutôt classique, plus proche de Gemma O'Connor ou de Bartholomew Gill par exemple que de ses confrères Ken Bruen ou Sam Millar. Une oeuvre à l'ancienne, (sans que cela soit péjoratif), mais intéressante, seconde petite remarque, j'ai trouvé ce roman trop long!
Ce n'était pas non plus forcément pour moi le bon moment de le lire, mais je l'ai malgré tout trouvé intéressant et surtout il m'a semblé bien documenté, en particulier sur ces personnages que sont les infiltrés et la vie de dissimulation perpétuelle qui est la leur! Avec les risques énormes qu'ils prennent dans chaque mission.
Il est à signaler que Tana French, comme beaucoup d'autres auteurs irlandais, n'est guère optimiste sur l'avenir de son pays et des grandes villes de celui-ci.
Extraits :
- En 10 ans, Dublin a changé à une allure vertigineuse.
- Déjà, à la fin de mon séjour à la brigade, j'avais perçu, dans la ville les prémices de la démence. Tôt ou tard, nous nous trouverions confrontés à la boucherie.
- Des crimes aux racines profondes, typiques de la vieille Irlande, peu susceptibles de bouleverser un enquêteur aussi expérimenté que Sam.
- Ce fut la dernière fois que je la vis. Au cours de nos existences, nous ne nous étions trouvés face-à-face que 10 minutes.
- Voici ce qui définit l'infiltration : ni pitié ni ligne rouge. C'est pourquoi, entre autres, j'avais arrêté.
- Même pris à l'improviste, ces quatre-là piquaient la curiosité. Je sentais l'auteur du pain d'épices entre le cuir, j'entendais les cantiques en l'arrière-fond. Une vraie carte de voeux. Ils étaient trop parfaits. Virginaux, irréels.
- À l'inverse de mes compatriotes, dépossédés de leurs terres pendant des siècles, je n'ai pas l'obsession de la propriété.
- Hyland ! Quel nom grotesque ! grogna O'Kelly. C'est un pédé ou un connard d'angliche ?
- Les maisons qui datent de la grande famine parsèment toute la contrée, on ne les remarque même plus.
- Il était fort possible, en effet, que je n'en sorte pas vivante.
- Sam souhaitait tellement que ce fut l'un des quatre...
- Il s'y connaissait autant en médecine qu'un marchand de bonbons.
- Nous vous haïrons toujours, vous savez...
Éditions : Michel Lafon (2009)
Titre original :The Likeness.(2008).
L'avis de Cuné, ici, qui reporte à d'autres opinions.

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15 juin 2009

COOVER Robert / Noir

Noir.
R
obert COOVER.
Note : 3 / 5.
Le noir lui allait si bien!
Je ne connais pas cet auteur qui m' été recommandé au club de lecture de la médiathèque de Lorient. Un auteur somme toute prolifique, avec une vingtaine d'oeuvres éditées.
Quand le privé s'appelle Phil Noir, sa secrétaire Blanche, le commissaire Blue on peut espérer en voir de toutes les couleurs, ou alors n'en voir qu'une seule : le rouge!
Un privé bien dans la tradition américaine, fauché, pas brillant, un peu stupide, buvant et fumant plus que de raison. Il sert souvent de punching-ball pour quiconque veut se passer les nerfs. Bref tous les clichés et stéréotypes sont là!
Les rues sont glauques, les personnages très paumés, la veuve en noire, en jambes et appétissante (bon d'accord elle passera vite du statue de veuve à celui de défunte, puis de cadavre elle deviendra feue la disparue!). Ladite veuve aimerait qu'il enquête sur la mort de son mari, la version officielle parle de suicide, mais elle n'y croit pas. Elle l'embauche pour savoir la vérité, mais quand elle lui donne un papier avec le nom de l'assassin présumé, il a un instant d'hésitation! « Mr Big » c'est du gros, pas du menu fretin.
Pauvre Mr Noir, à la suite de la mort de son employeuse, il broie du noir, mais il continue son job, bien que dorénavant il travaille au noir. Comme en plus le mystère s'épaissit l'avenir est plutôt sombre. Les éclaircies dans sa vie et son enquête, lui sont prodiguées par Blanche, sa secrétaire.
Les visites du commissaire Blue lui donnent des coups de blues, et les coups qu'il reçoit lui laissent des bleus au corps!
Phil M.Noir est un privé sans illusions, ni sur lui même, ni sur les autres. Ses rêves ont été remplacé par la triste réalité d'un boulot minable. Donc parfois Monsieur broie du noir, et s'apitoie sur son triste sort!
Sa secrétaire, qui se nomme Madame Blanche, est une personne dévouée, enfin peut-être pas corps et âme. On apprend au hasard des retours de son employeur qu'elle porte des culottes de soie, mais oui. Mais n'allez pas croire certaine choses, dans la vie rien n'est absolument tout noir ou tout blanc. Même pour les Blacks &White, garçon un whisky please! Est-elle aussi en plus de ses nombreuse qualités une oie blanche?
Commissaire Blue est un policier incorruptible, enfin jusqu'à un certain point, mais l'argent qu'il trouve dans les poches des gens qu'il interroge est pour les bonnes oeuvre de la police, voyons!
Le veuve en noir, visage dissimulé sous une voilette, enfin la veuve dont le corps a disparu! Mais qui réapparait parfois, au moment où l'on si attend le moins.
Mr Big, lui est un poids lourd du crime, amateur de soldats de plomb, il était l'associé du défunt mari de la veuve en noir aux longues jambes qui est morte et dont le cadavre a disparu........
Les personnages dit secondaires ne sont pas tristes non plus, en particulier une veille prostituée qui a servi de carte postale entre deux yakuzas, chacun renchérissant sur le tatouage de l'autre! Flame au tempérament de braise, des alcooliques, des indicateurs, une jeune bourgeoise qui s'encanaille peuplent les nuits de New-London et de ce roman.
L'auteur adopte un style de narration qui peut dérouter, en effet il parle à Noir en le tutoyant et en décrivant ses actions:
-Tu es à la morgue. Où la lumière est étrange.
Un bouquin dont le début est relativement intéressant, mais je me demande qui a pris le plus de plaisir, l'auteur à l'écrire ou le lecteur à le lire? L'intrigue est des plus minces, et ne parait pas être l'objectif de Coover. Il semble qu'il écrit un pastiche, réunissant tout les ingrédients du genre, on secoue bien et c'est parti. Le départ est réussi, mais l'arrivée laborieuse!
Extraits :
- Le petit groupe habituel des badauds, d'ivrognes, de flic, de clodos, leurs visages dans l'ombre des casquettes et des chapeaux. Une assemblée perverse et sinistre. Également des charognards.
- Tu t'es rendu compte qu'une des choses que tu avais oubliées de demander à la dame était son nom et le nom de son mari décédé.
-Le trou était dans la temple droite du ballot. L'arme dans sa main gauche.
-L'avenir de tout le monde. Skipper parle rarement, il fait savoir. Il montre son bandeau noir du doigt. Il te montre du doigt. Il montre son perroquet. Il laisse la parole à son perroquet.
- Les jambes sont des jambes Mr. Noir. Elles sont plus nombreuses que les gens.
- Et une balle dans la tête est une balle dans la tête. Comme son mari pourrait vous le dire s'il n'était pas trop tard.
- En bref, selon Joé, la vie n'était que maladie, solitude, corruption, cruauté, paranoïa, trahison, meurtre, cynisme, impuissance et peur, et puis il y avait aussi le mauvais côté des choses.
- Enfant rebelle de la décadence et friquée, tu connais le genre, tu t'es déjà fait brûler.
-L'endroit lui-même est sale, enfumé, lugubre, fétide. C'est toi.
- Mais tu as beau te dépêcher, courir contre la montre, on dirait que ça prend un temps infini. Tout s'étire.
- Et vous, Mr Noir ? Vous bavez aussi après moi?
Éditions : Fiction & Cie. Seuil (2008).
Les éditions du Seuil à qui je posais la question du titre original m'ont gentiment répondu ceci :
Noir est le titre original : ce livre n’a pas été encore publié aux États-Unis, la traduction et publication française étaient une avant-première !

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05 mai 2009

GRIMES Tom / Mémoires sous médocs.

Mémoires sous médocs.
Tom GRIMES
Note : 5 / 5.
Les mécontes de Grimes.
Un écrivain que je découvre avec ce livre qui sous des aspects comiques est en réalité une oeuvre contre notre monde de surconsommation, médicamenteuse en particulier. Cet auteur a eu un autre titre traduit « La cité de Dieu » en 1999.
Il n'est pas très ordinaire le monde de Will! Le fric a fait un fric-frac sur le monde et ce n'est pas réjouissant! Will, un jour, a été amené par sa mère au cabinet du psychopharmatologue car « il avait l'impression de ne plus croire en rien »!
Il est étudiant dans une faculté près de deux aéroports ; le seul endroit où l'on n'entend pas les avions est la bibliothèque située en sous-sol! La cafétéria, par exemple, est placée dans l'axe de la piste, boire un coup rend sourd! Un univers plein de contradictions, une chaîne de bar répond au doux nom de « Dieu Merci Enfin Vendredi », mais d'autres prônent l'exécution sommaire des chauffeurs dont l'alcootest est positif. La liberté est tellement surveillée qu'elle amène des situations pour le moins délirantes, le parking de l'université est réservé en priorité aux minorités ethniques ou autres, puis aux sous-minorités, etc... Le pauvre gars normal lui en est exclu! Une chatte porte plainte contre des pompiers qui l'ont délogée de son arbre, des élèves meurent de surcharges d'infos.
Mais Will a le droit de se lancer dans sa quête personnelle, celle de son Graal à lui. Trouver le responsable de ce fléau! Reconnaissons que ce sera plus proche de « Holy Grail» des Monty Pythons que d'« Excalibur » de John Boorman!
Dans cette galerie de personnages, commençons par Will, étudiant solitaire, il aimerait que la vie soit moins moche, il désirerait par exemple échanger autre chose que des ordonnances ou des médicaments avec Naomie. Il serait heureux s'il était moins déprimé, il aimerait un coin de ciel bleu parfois. Et son seul ami, sa seule distraction, c'est Spunky, son ordinateur portable. Ce monde est bien triste! Spunky, lui, que ce soit Will ou un autre, peut-être qu'il ne fait pas la différence? Ce monde est technique!
Sa mère, qui l'élève seul (son père étant en prison), se saigne les quatre veines pour ses études, et pourtant sa situation n'est guère brillante, elle est en effet en intérim, 39 heures par semaine, sans retraite, ni sécurité sociale. Et tous les emplois sont aux mêmes conditions. Ce monde est cruel! Naomie, la fille de l'affiche (pas mal), qui parle d'études« madonniennes » car Naomie a figuré sur un numéro spécial d'un magazine pour hommes intitulé « Les filles des facauroutes » (à première vue elle est plus belle qu'une phacochère). Eh oui ce monde en est là! Quant au corps enseignant, ce n'est pas triste non plus! Un conseiller d'orientation, ancien champion de golf, est l'auteur d'un best-seller de ....vingt-cinq pages écrit en gros caractères! Une prof de volley-ball, qui n'est ni le haut du panier (je l'aurais dit si elle avait été prof de basket), ni le haut de gamme (ça c'est pour les profs de musique), mais le haut du filet. Mais c'est également une spécialiste de la philosophie sexuelle, il vaut mieux ne pas tomber entre les mailles de son filet(!). Ce monde est sportif! Le docteur Bones est-t'il si maléfique que Will le pense? Et son assistante, Crystal Boncoup, quelle perle rare...! Ce monde est celui de l'érotisme virtuel. Mais aussi surprenant que cela puisse paraitre, ce monde est aussi celui de l'amour!
Une charge au vitriol sur ce qui semble nous attendre, cela fait rire, mais jaune. J'ai beaucoup aimé cette version de notre futur, un monde où les facilités de communications sont à leur apogée, mais où les gens ne savent plus se parler sans l'intermédiaire d'une machine.
Un titre de paragraphe représente bien à mon goût l'humour caustique de l'auteur : un sport mâle sain, des pores malsaines.
Un OLNI* de haute volley (volée, pardon!), mais partisan d'une littérature très classique, ce livre n'est pas pour vous!
Sur ma dernière ordonnance, il m'est prescrit du château Médoc par voie orale (ou buccale) à chaque repas! Je laisse tomber les médocs, sauf millésimés et en flacons de 75 centilitres.
Extraits :
- Cet aveu d'une vulnérabilité poignante m'a plus ému que n'importe quel dessin animé de Disney adapté d'un classique.
- Peut-être que bientôt, pour la Saint-Valentin, on rédigerait ses mots doux sur des ordonnanciers.
- Comme si je n'avais rien d'autre à foutre que de sauter le lapin Duracell déguisé en hôtesse Playboy !
- 1-800-Bon-Coup. Vos fantasmes sexuels ont été transférés vers un répondeur automatique. Pour les préliminaires, tapez.......
- Oh, mais je ne suis pas encore professeur. Je suis en A.P.D.- en Année de Probation Déterminante.
- Ma culotte glisse le long de mes jambes à la vitesse d'un taux d'intérêt en chute libre.
- Vous voulez dire que chacun de mes troubles sont facturés séparément ?
- Les États-Unis de Microsoft, gouvernés par l'Intel-ligensia?
- C'est trop mignon. Au lycée, mon ex déchargeait avant même que je lui mette la main dessus. J'avais l'impression de sortir avec une yaourtière.
- Mourir, c'est seulement quelque chose qui se produit ; il suffit d'attendre pour mourir. Pour vivre, il faut avoir la foi.
- Bon Dieu !Pas étonnant que les écrivains inventent autant de conneries.
Éditions : Fayard Noir (2009).
Titre original :WILL@epicqwest.com (A Medical Memoir) (2003)
*Objet Littéraire Non Identifié.
Claude Le Nocher en parle, ici.

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29 janvier 2009

RUSSEL James / Peindre au noir

James RUSSELL.
Peindre au noir.
Note : 4,5 / 5.
Âmes soeurs et heures sombres.
Cette oeuvre est la première traduction française de cet auteur. Il est très connu en Grande-Bretagne, où il a déjà édité 11 de ses romans.
Un couple se promène dans un sous-bois et découvre un homme de petite taille dépeçant un cadavre à coups de hache. Dans la campagne anglaise, un homme et une femme boivent le thé, l'homme meurt, mais de mort naturelle. Cet homme, Murdo, aidait la femme, Sidonie Keene, qui était une amie de longue date, à vendre des tableaux peints par la soeur de celle-ci. Sidonie nous raconte sa vie, celle de Murdo, et également celle de Naomi, sa soeur. Nous sommes en 1997, les élections anglaises approchent. Pendant l'enterrement de Murdo, un homme, Ticky cambriole la villa de Sidonie. Il agit pour le compte de Gottfleisch, son patron.
Commence alors un double récit, l'ancien qui commence dans les années 30 avec Sidonie pour narratrice. Nous faisons la connaissance de sa famille, sa mère qu'elle déteste, son père qui l'adore, l'insouciance de ses années, mais la guerre approche.
Un peu sur un coup de tête, Sidonie épouse un Américain et part vivre avec lui ; rapidement, elle divorce, mais reste en Amérique. Sa soeur reprend contact avec elle, car du fait du testament de sa mère, elle a hérité de la grande majorité des biens. Naomi voudrait vendre la propriété familiale car il semble qu'elle ne soit pas la bienvenue en Grande-Bretagne! Que s'est-il passé pour elle, au cours de ces années de guerre et pourquoi vit-elle dorénavant en Suisse? Le temps passant, son oeuvre picturale a pris beaucoup de valeur, ce qui intéresse fortement Gottfleisch, un marchand d'art peu scrupuleux, qui est le commanditaire de Ticky. Cette entrée par effraction dans la villa de Sidonie va réveiller des souvenirs que tout le monde aurait voulu oublier. En effet, quelques années après la guerre, le rôle assez trouble de quelques britanniques semble sortir de l'oubli et Naomi et Sidonie étaient de celles-là. Nous les suivons en Allemagne, leurs vacances, leurs rencontres avec certains dignitaires du régime nazi Gobbels, Goering, ou Himmler. Sidonie évoquera également Unity Mitford, les Jeux Olympiques de Berlin en 1936 et la tristement célèbre « Nuit des longs manteaux ».
À la suite de ce cambriolage, Sidonie est aussi victime d'un chantage d'une personne proche de son entourage. Elle est en plus très sollicitée par Hugo Gootfleisch, qui semble d'un seul coup s'inquiéter de sa sécurité. Son véritable motif est surtout de savoir si elle possède encore des toiles de sa soeur!
Le personnage principal de ce livre est Sidonie Keene, elle est le lien entre deux époques, témoin privilégiée des bouleversements de la société britannique. Après une jeunesse passée près d'une mère qui la déteste, elle découvre le monde dans les années 30. Une période brillante où beaucoup d'artistes commencent à se réfugier en Grande-Bretagne. Elle fréquentera quelques peintres célèbres, aura quelques amants dont Murdo, militaire dont elle dit avoir fait le siège. Elle mettra un an avant de l'attirer dans son lit. Ils resteront très bons amis tout le restant de leur existence. Femme de conviction, elle s'engagera politiquement dans la « British Union of Fascists », parti ouvertement pro-nazi et sera emprisonnée pour cela. Mais elle ne reniera jamais ses idées, même des dizaines d'années plus tard.
Naomi, sa soeur, est morte oubliée et dans la misère. Elle est décédée dans un accident de voiture quelques jours après son retour en Angleterre. La presse a un moment soupçonné Sidonie d'avoir un peu aidé cette mort! En effet sa mère l'avait déshérité au profit de Naomi.
Hugo Gottfleisch, marchant d'art, arnaqueur et receleur, est un être obséquieux, prêt à tout pour arriver à ses fins, en usant de la manière forte, il obtient la fameuse enveloppe qui permettait de faire chanter Sidonie.
Ticky est un de ses hommes de main . Celui-ci, suite à un accident, est défiguré et handicapé, il aime les jeunes garçons, fugueurs de préférence, et il semble en avoir trouvé un, Cy. Commence alors un voyage dans le Londres des squats et des paumés. Mais Cy, sous ses airs de gentil garçon, prendra vite l'ascendant sur Ticky.
Murdo Fyffe, ami et agent de Sidonie, était-il si honnête que le pensait cette dernière ? En tout cas ce n'est pas ce que pense, Angus, son fils, personnage falot, ne réussissant rien par lui-même, perpétuellement à la recherche d'argent, qu'il perd dans des combines pour le moins ratées.
Et nous retrouvons notre couple, dans un sous-bois, et un homme de petite taille dépeçant...........
Un excellent roman, très bien écrit et je pense très bien documenté également. La chronologie n'étant pas toujours respectée, ce livre requiert une attention soutenue. Il nous raconte l'histoire de ces soeurs qui, ayant vécu malgré tout des existences en marge des normes, finissent toutes les deux dans une sorte d'opprobre national. En effet ce livre en plus d'être un roman sur le monde de l'art, est aussi un rappel historique sur une période assez sombre de l'Angleterre. La montée des mouvements pro-nazi, dont Sidonie fera partie, son admiration pour Oswald Mosley, mais nous apprenons également, que suivant le modèle des États-Unis, beaucoup d'étrangers furent arbitrairement emprisonnés, ainsi que certains Britanniques connus pour leur opinion pro-nazi ou pacifiste. Nous suivrons donc l'ascension rapide de ce groupe fasciste, mais sa chute sera principalement due à l'emprisonnement de beaucoup de ses membres dirigeants.
Ce côté historique est vraiment un plus pour ce roman, et une découverte de cet aspect relativement caché de la guerre en Grande-Bretagne. Un livre parfois gênant, les opinions de Sidonie choquent maintenant, mais fort intéressant. Un peu long (460 pages) et l'auteur s'attarde parfois en route, surtout pour l'intrigue policière.
Extraits :
- « Les soeurs de la tentation », voilà le surnom qu'il nous donnait.
- Avec le temps, Naomi aussi peindrait dans le noir.
- Avant-guerre, la Grande-Bretagne était confiante.
- Même quand j'étais petite, Naomi ne pouvait rien faire de travers -Sa peinture était encensée, ma musique ignorée. Elle était talentueuse, moi terne. Elle ravissante, moi si ordinaire.
- Oh ne vous occupez pas de moi : je ne fais que radoter. Je sais qu'il est impossible de dire à quoi ressemblent les choses il y a combien... 60 ans.
- Un ami de l'Allemagne ? Oui, il l'était, mais au même titre que notre gouvernement d'alors, la famille royale et la grande masse du peuple britannique.
- Il préférait les rassurantes platitudes d'hommes en costume. Il croyait qu'en ne faisant rien, ils assureraient la paix.
- Nos amis d'avant-guerre s'étaient largement dispensés de venir. Les amitiés d'après-guerre, quant à elles, n'était pas encore nées.
- Derrière ce masque, elle conservait les vestiges d'une grande beauté et le mystère intemporel des femmes.
Éditions : Fayard Noir (2009).
Titre original : Painting in the Dark.

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01 décembre 2008

CREWS Harry / La foire aux serpents.

La foire aux serpents.
Harry CREWS.
Note : 4 / 5.
Foire d'empoigne et nid de crotales!
Ayant entendu Jean-Bernard Pouy dire le plus grand bien de ce livre, dernièrement durant une conférence à Lorient, essayons!
L'auteur est né le 7 juin 1935 à Bacon County en Géorgie, après une enfance pour le moins chaotique, il s'engage dans l'armée et rêve d'écrire. Il mène une vie de nomade, trouve malgré tout le moyen de se marier et de faire deux enfants. Il divorcera, mais se remariera avec son ex-épouse. Un drame familial mettra fin à cette seconde union, et enfin il sera édité.
Dans un premier temps, je ne pensais pas parler de ce livre, donc de ne pas faire de chronique! Je ne suis pas spécialement « midinette » ou partisan d'une certaine étique littéraire, mais là certaines scènes sont à la limite de l'horreur, et les personnages sont tous à divers degrés complètement tarés, et comme, ils sont nombreux, bonjour l'ambiance! La nuit portant conseil....
C'est la fête à Mystic dans l'état de Georgie, la douzième édition de la Foire aux Serpents, petite fête locale au départ. Puis c'est devenu une grosse affaire drainant des foules considérables et son lot de fous furieux. Comme en plus dans le village, les fous furieux ne manquent pas, c'est parti pour un super week-end d'excès en tous genres. La fête, c'est d'abord une chasse aux crotales qui pullulent dans la région! Puis un barbecue des-dits crotales! Au menu des festivités, l'élection de Miss Mystic, et un peu plus tard dans la soirée des combats de chiens. C'est la fête mais pas pour tous!
Joe Lon est l'heureux propriétaire d'un camping, et d'une gargote vendant un whisky de contrebande qui laisse des traces dans l'organisme. Ancien joueur vedette de l'équipe de football locale, il est marié à Elfie, qui n'est plus que l'ombre de la jeune fille qu'elle était. Déjà que Joe Lon est affublé d'une soeur complètement folle et d'un père éleveur de chiens de combat, et que sa mère est partie avec un représentant en chaussures! Vive la vie de famille!
Son père, alcoolique, vit avec sa fille, Beeder, qui ne sort plus de sa chambre depuis un temps indéterminé, se gavant de feuilletons télévisés! Joe Lon Mackey n'est plus qu'une gloire déchue ; l'alcool et le temps qui passe le rongent. La folie le guette, la violence s'installe, la boisson lui sert de dernier refuge. Il est toujours amoureux de Berenice qui est partie étudier à l'université. Pour la fête, elle est de retour avec son fiancé Shep, qui, bien sûr, ne plaît pas du tout à Joe Lon.Buddy Matlow, shérif et légèrement obsédé sexuel : sa technique, mettre les femmes qui lui résistent en prison! Ensuite leur donner le choix, lui ou un crotale dans la cellule? Il périra par là où il a péché!
Willard Miller est le nouveau caïd de l'équipe de football avec les avantages en nature que cette situation procure, en particulier au niveau des majorettes. Un autre des participants, fan des reptiles, a 500 serpents dans son mobil- home!
L'écriture est comme le livre très dure, âpre sans concessions. C'est du noir profond, un mélange de « Fantasia chez les ploucs » sans l'humour et la fête et de « 1275 âmes » crépusculaire pour la noirceur des personnages, pas un ne semble posséder l'ombre d'une chance d'avoir un avenir.
On ne trouve ici aucun rayon de soleil, les filles, malgré leur jeunesse, semblent avoir déjà tout enduré et tout vécu. Certaines scènes font froid dans le dos, Berenice et Joe fêtent leurs retrouvailles en faisant l'amour tout en surveillant Elfie qui n'est pas dupe. Ce passage est très cru et elle supporte tout, en lui disant qu'elle aime Shep, et qu'ils vont se marier! Les entraînements des chiens de combats sont atroces et l'on comprend quelle rage anime ces bêtes. A la fin d'un combat, un propriétaire massacre son propre chien qui, blessé, refuse de se battre.
Un livre que je ne regrette pas d'avoir découvert, mais qui restera quand même comme un des romans les plus pessimistes et dérangeants que j'ai lu, dans la même veine que     « Rage noir » de Jim Thompson.
Un monde où seuls les chiens et les serpents méritent un peu de compassion!
Extraits :
- De derrière, elle ressemblait toujours à la fille qu'il avait épousé. Ses cheveux roux qui lui tombaient sur les épaules resplendissaient d'un éclat chatoyant.
- Mais par devant c'était la catastrophe. Ses seins splendides et bandants qu'elle avait encore deux ans auparavant pendouillaient maintenant comme deux poches énormes.
- La cuisine empestait, on aurait cru qu'elle avait fait mijoter de la merde de moutard.
- A l'instar de tout le reste, c'était une cuisinière exécrable.
- Putain, pourquoi fallait-il qu'il soit salaud à ce point? Question bonne femme, on ne pouvait rêver mieux qu'Elf pour mettre au bout de sa queue, il le savait bien.
- On mangeait des serpents, on buvait un peu de raide de contrebande et le tour était joué, jusqu'à l'année suivante.
- « Un de nous deux va venir te rejoindre à l'intérieur de la cellule, le serpent ou moi. C'est toi qui choisis? »
- Il ne l'avait jamais vu s'enduir les cheveux de merde. Il l'avait pourtant vu faire des trucs assez moches mais cela, jamais.
- Elle se tenait là grignotant une pomme vêtue de la robe la plus courte que Willard Miller n'avait vu de sa vie.
- Elle portait une petite culotte rouge.
- « Évidement cela arrive à tout le monde de se chier dessus, sauf que nous à l'époque on avait trois mois ».
- Son accent n'était plus péquenot et corsé comme de la farine de maïs, mais délicat et insipide comme de la floraline.
Éditions : Série Noire.
Titre original: The feast fo Snacks. (1976)

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