Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

16 novembre 2009

HASKELL John / American Purgatorio.

American Purgatorio.
John HASKELL.
Note : 4 / 5 .
Sur la route*
Seconde lecture dans le cadre des « Belles étrangères », Forrest Grander et John Haskell seront mardi et mercredi à Lorient. C'est ma première lecture de cet auteur, après une tentative infructueuse avec son recueil de nouvelles « Je ne suis pas Sydney Pollock ».
Ce roman est présenté en 7 chapitres principaux, comme les péchés capitaux dont il porte le nom, « Superbia », « Ira », « Indivisia », « Luxuria », « Gula » » »Acedia » et « Avaritia ».
En voyage, Anne et Jack s'arrêtent dans une station-service, celui-ci va chercher de quoi se restaurer. Mais à son retour son épouse et leur voiture ont disparu. Après un long moment d'attente, Jack regagne son domicile. Celui-ci est vide, Anne ne répond pas sur son téléphone portable. Il alerte la police, qui ne prend pas l'affaire au sérieux, puis il se pose la question : pourquoi avoir pensé en premier lieu à un enlèvement? Et si c'était une disparition volontaire! Il découvre dans le bureau d'Anne une carte des États-Unis sur laquelle figure un itinéraire. Il se rachète une voiture et suit la route indiquée sur la carte. Alors commence une longue route, en direction de l'ouest, vers la Californie. Il s'ensuit des rencontres qui, petit à petit, l'amèneront vers des horizons nouveaux pour lui. Mais dans son esprit, obnubilé par Anne, tout semble inachevé et chaotique. Plus rien ne semble une certitude, la disparition d'Anne, mais dans quelles circonstances exactes?
Un soir sur le parking d'un motel, il lui semble reconnaître sa voiture, il espionne le couple, mais surtout Linda la femme. Il lie connaissance, lui raconte son histoire, un certain sentiment semble naître entre eux, mais Anne est là dans un coin de la mémoire de Jack.
De Lexington à Boulder, la route est longue, et San Diego est encore plus loin et Anne.......
Anne, toujours absente, mais omniprésente, mais qu'est-elle réellement devenue, car au fil du temps la version des faits donnés par Jack varie. Où est réellement la vérité ?
Jack suit un chemin chaotique, en voiture et dans sa tête, est-il parfois amnésique ou tente-t-il de se cacher ce qu'il s'est passé! 
Puis une foule de personnages plus typés les uns que les autres, Alex, sorte de voyageur solitaire, auto-stoppeur, adepte du yoga, Laura compagne d'une nuit de questions plus que d'actes. Un vieil homme un peu ermite dans la campagne américaine qui a la photo pour passion lui est présenté par Linda. Fletcher et Feather, couple hippie toujours entre deux festivals de musique, prônant l'amour libre, très libre même que Jack expérimentera, cela évidement dans le chapitre « Luxuria ». Un chauffeur pour qui l'auto-stop n'est pas gratuit, Jumbo et Craig, voleurs à la petite semaine, éternels perdants du rêve américain, mais qui n'hésiteront pas à dépouiller Jack de ses derniers biens. Polino lui sera la dernière bouée avant le Pacifique, mais Jack lui fera perdre ses illusions.
Ce roman semble osciller entre rêve et réalité, sorte de conte onirique ou de voyage initiatique. Jack cherche Anne, du moins, c'est ce qu'il nous dit, s'en persuade t-il? La quête, la route soit, mais pourquoi?
Immanquablement j'ai pensé à Kerouac traversant les États-Unis, l'un et l'autre à la recherche de quoi : de leurs propres identités, d'une femme, du bonheur ou alors tout simplement l'envie de fuir? D'ailleurs les références littéraires qui sont données dans ce livre sont Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Herman Melville et William Blake.
Un roman bien écrit qui se lit très bien, mais dont la chronique m'a semblé très difficile à faire, vu le nombres de rencontres qui forment un vaste puzzle.
Extraits :
- Ce n'est pas exact. Il se passait des choses, mais je ne voyais rien, c'est tout.
- Pas de problème, voulait dire, mais ce n'était pas le cas. La voiture n'était pas là et Anne non plus.
- Sauf qu'il fallait que je fasse quelque chose.
- Et je laisserai le monde me dire ce que je devais faire.
- Il existait un million de versions différentes de la vérité, et je voulais trouver ma version à moi.
- Et je me suis mis en colère. Et parce que j'étais en colère, j'ai fait plusieurs choses.
- Qu'est-ce que j'étais censé faire ?
- Je n'ai pas seulement le souvenir d'Anne, mais aussi, éventuellement, un avenir.
- Et parce que toute expérience humaine est extrêmement complexe il est possible de ressentir simultanément des pulsions conflictuelles.
- Il se brisait. Le rêve. Le rêve mourait. Et je le laissais mourir. Ce n'était pas si terrible. En fait, ça faisait du bien.
- S'il y avait le fait que j'aimais Anne. Ce qui était toujours le cas. Et elle m'aimait. Elle m'avait aimé et m'aimait.
Éditions : Joëlle Losfeld( 2007)
Titre original : American Purgatorio. (2005)
*Hommage personnel à Jack Kerouac, un des auteurs qui m'a donné le goût de la littérature.
Forrest GANDER En ami.

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08 novembre 2009

GANDER Forrest / En ami .

En ami.
Forrest GANDER.
Note : 3,5 / 5.
Géométrie variable.
J'ai lu ce livre en prélude à la venue de cet auteur à Lorient dans le cadre d'un échange culturel « Les Belles Étrangères* ». L'année dernière, Colum McCann nous avait rendu visite**. Je ne connais pas du tout les deux auteurs invités cette année : Forrest Gander et John Haskell. Commençons par le premier nommé.
La morale de cette histoire pourrait-être « Préservez moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge ».
La naissance de Lester, qui commence ce livre, ne fut pour personne un moment de joie, mais est un grand moment du livre. Une jeune fille, une enfant presque, une veuve future grand-mère, la sage-femme et deux assistantes.
Plus tard nous retrouvons cet enfant, qui fut très rapidement adopté à Eureka Spring (j'ai trouvé, c'est dans l'Arkansas!). Il est géomètre de profession, poète et artiste par goût et homme à femmes par besoin. Entre Cora, son épouse, Sarah, sa maitresse et les différentes passades, sa vie n'est pas simple. Mais il a élevé l'art du mensonge et de la persuasion au niveau d'une science exacte.
Dans son travail, dans son ombre, dirais-je, se trouve Clay. Celui-ci, avec qui il fait équipe, cherche à pénétrer dans l'intimité de l'homme, puis du couple par l'intermédiaire de Sarah. Mais Lester possède un magnétisme qui attire hommes et femmes, Clay se sent délaissé, alors la jalousie se transforme en haine et une idée de vengeance le travaille. Alors, d'un coup de téléphone, il déclenche la fin du mythe de Lester.......
Lester est incontestablement le personnage central de cette histoire, et pourtant il n'a la parole qu'un court moment en fin de livre. Être un peu cynique, il a cette phrase :
-« D'accord, l'art ne sauvera personne comme peut le faire un sac de riz ».
Il est en perpétuelle représentation théâtrale pour lui même et les autres. Admirateur de François Villon, il vit intensément comme s'il pressentait que sa vie serait courte. Mais pour lui, tel l'ange déchu, la chute sera brusque. D'ailleurs, le dernier chapitre où il est le narrateur se nomme «  chutes de l'interview filmée ».
Clay est le faire valoir, l'amoureux de Lester et de Sarah sa maitresse. C'est lui le narrateur principal, le détonateur du drame. Au cours d'une promenade, la conversation porte sur François Villon, et il se sent exclu. Se voulant l'ami intime, le confident, il n'est qu'un membre de la cour de Lester.
-J'ai pensé alors: Il m'aime.
Sarah, la maitresse, parle d'elle de sa vie et de sa relation avec Lester. Ce passage est sans conteste le plus beau du livre, tout en sentiments et poésie. Amoureuse elle l'est, elle croit son amant quand il lui dit en parlant de son amour pour son épouse:
-Terminé. Il est mort au lit.
Mais hélas la réalité est tout autre, le rêve prend fin un soir....
Cora, l'épouse, n'est là qu'une soirée, celle où il ne fallait pas être!
Un livre étrange, très court et une histoire qui en soit n'a rien d'original, et pourtant!
Malgré des descriptions très fouillées, trop parfois, un final programmé, l'auteur nous force à continuer, l'écriture est belle, poétique et la construction de l'histoire originale. Ce livre m'a fait penser à un univers à la Kerouac, le séducteur, ses maitresses et l'ami amoureux des femmes de l'autre. Et la présence en sourdine, de la musique, du jazz en particulier donne un univers intimiste à l'ouvrage.
Un livre à découvrir mais qui ne plaira pas forcément à tout le monde.
Extraits :
- Avec l'éducation que je lui ai donné, la jeune fille aurait dû être plus avisée.
- Elle l'imagine. Son enfant perdu. Qu'a-t-il bien pu advenir de lui ?
- Ils savaient tous combien je l'aimais.
- Il pouvait mentir pour une histoire de beurre de cacahuètes dans la cuisine de l'agence.
- J'étais prêt à tout pour qu'il me remarque, pour qu'il me prenne en amitié. Mais je n'avais rien à offrir à un être comme lui. Mon adoration était sans valeur.
- Notre entrée ressemblait à une parodie des rois mages......
- Je sentis soudain que j'avais du pouvoir parce qu'il ne se méfiait pas de moi.
- À mon sens il était clair que Lester ne pourrait pas tenir ses multiples vies en suspens plus d'un certain temps.
- Je n'avais aucun moyen de savoir ce qui allait se produire.
- Villon, ce superbe menteur.
- Moins de dix minutes qu'on se connaissait, et nous échangions des lettres d'amour du coin des yeux.
- Villon, qui a écrit sa propre épitaphe en forme de balade.
- C'est comme je disais. En poète. En ami.
Éditions : Sabine Wespieser (2009).
Titre original: As a Friend (2008).
*Les Belles Étrangères, ici.
**Retour sur la visite de Colum McCann, ici

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06 novembre 2009

FABRE Dominique / Les prochaines vacances

Les prochaines vacances.
Dominique FABRE.
vu par Olivier MASMONTEIL.
Note : 3 / 5.
Retour.
J'aime beaucoup le concept de cette série, un écrivain et un illustrateur, qui oeuvrent de concert. Annie Saumont, Marie Le Drian, Dominique Mainard, Jean-Noël Blanc ou Henri Bauchau, par exemple ont écrit des nouvelles dans ce but.
Le narrateur se souvient de la famille Di Maglio, leur fils Nicolas s'est tué le premier jour où il roulait sur sa moto, achetée après des années d'économie. Nicolas était plus jeune que lui, ils se rencontraient parfois sur les terrains de football. Le père bouleversé par tant d'injustice, regrette de ne pas être mort à sa place. Il perd goût à son travail, et décide de tout quitter! Son épouse Eliane doit pour vivre reprendre l'épicerie-bar de leur petit village des Alpes.
Il est professeur à Paris, et un jour Eliane reprend contact avec lui, elle vient de recevoir une lettre avec l'adresse d'un hôtel à Paris, pourrait-il se renseigner? Il accepte, mais Di Maglio n'est plus là! Les mois passent, Eliane téléphone de plus en plus souvent, et un jour Tony, l'ami d'enfance et de chantier, lui annonce qu'il a peut-être une piste, et qu'il arrive à Paris pour quelques jours, rendez-vous est pris!
Le narrateur vit seul sur Paris, son amie l'a quitté, il connaît la solitude, ayant vécu de foyer en foyer. Il se trouve un peu contre son gré au milieu d'un drame dont il n'est pas partie prenante. Sa vie est une longue quête de son identité, son absence de racines, il semble avoir reporté sur Eliane un amour enfantin.
Di Maglio est rongé par le remords au point de tout quitter pour une existence des plus précaires, travaillant au jour le jour.
Eliane a porté le deuil, mais pour elle, malgré la difficulté, la vie cahin-caha a repris le dessus.
Tony, le copain de chantier, l'ami d'enfance de Di Maglio, est lui aussi un solitaire, deux fois marié, deux fois divorcé. Grâce à ses connaissances dans le monde du bâtiment, il espère retrouver Di Maglio.
J'ai l'impression d'être passé à côté de ce livre. C'est bien écrit, le thème, le désespoir d'un père après la mort de son fils, est un sujet grave, mais quelque part je n'ai pas adhéré à ce livre. Peut-être est-il trop loin de mes lectures habituelles?
Un mot des illustrations qui sont très réussies avec en particulier la représentation de ciels souvent tourmentés et très sombres. Des paysages de montagne ou des vues de Paris, évoquant la route ou le chemin de fer, le voyage, le retour vers l'enfance.
Extraits :
- Elle a décidé que ce n'est pas une façon de continuer pour elle.
- J'aurai du mourir avant, il a répété à Tony.
- J'aime beaucoup Tony. J'aime ses grosses mains et ses boîtes de galettes Pleyben où il range des photos qu'il a prises sur des chantiers.
-Ses yeux aussi avaient changé, son regard, dans la mesure où c'est possible, je ne sais pas.
- Sur le coup je me suis senti proche d'elle comme jamais je ne l'ai été de ma mère ou d'une autre personne de ma famille.
- La route comme le long ruban noir d'un deuil, évidemment.
- Il est pourtant facile de se perdre.
- Nous ne savons que mentir aux gens qui nous ressemblent, jamais aux autres.
- Les morts ne nous reprochent rien, la plupart du temps. Parfois ils nous regardent, c'est tout, et c'est bien suffisant.
Éditions : Les éditions du Chemin de fer. (2008)

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29 octobre 2009

GUILCHER Rozenn / La fille dévastée.

La fille dévastée.
Rozenn GUILCHER.
Note : 4 / 5.
Souffrance et errance !
Ce livre fait partie des sorties très récentes, le 13 octobre, il me semble. Donc pour une
fois, je vais parler d'une nouveauté. Rozenn Guilcher est une auteure née à Brest dont c'est le premier roman. Il vaut mieux prévenir que guérir, mais âmes sensibles s'abstenir! Ce livre est très dur, très réaliste sûrement et à ne pas mettre entre toutes les mains.
Ce roman est divisé en trois parties, « Enfance », « Déchéance » et « Délivrance ». Le ton est donné! L'enfant, la petite fille, n'est pas prénommée Désirée, de cela nous sommes sûrs. Pour le reste, pas de prénom, ni elle (nous le saurons, mais vers la fin du récit), ni sa mère! Où sommes-nous? A quelle époque? Tout cela reste un mystère. Deux personnages, deux narratrices, plaintes et complaintes, les voix se juxtaposent, se rejoignent, puis s'éloignent. Le sentiment dominant, l'angoisse, la peur de rentrer trop tard, de mal faire, l'enfermement physique dans le placard, l'enfermement moral et mental. Un univers tragique au possible, et malgré tout une sorte de résignation qui confine à l'amour chez cette petite fille. Toute vie commence par la naissance, toute non-vie aussi d'ailleurs. La mère est seule dans une chambre, puis l'abandon du bébé déposé dans un coin de parc enneigé. La vie dépend alors d'un chien que son maître promène, puis la mère reprend l'enfant, pas par amour ou par remord, juste pour éviter les poursuites judiciaires! Ainsi va la vie, et dans le cas présent, non pas le meilleur, mais le pire!
Trois étapes, trois parties, la naissance, les dix-huit ans, les trente ans, la violence verbale, la cruauté également, le traitement infligé aux animaux de compagnie de l'enfant . L'alcool, seul point commun entre elles, les litres de mauvais vin que l'on partage, la fille couchant la mère les mauvais soirs. Le fait d'être deux, simplement deux, mais depuis toujours, pas d'amies, de relations, un huis-clos amour-haine entres ces deux femmes, l'une dont l'autorité baisse, l'autre qui cherche à affirmer un semblant de personnalité et pourquoi pas vivre enfin!
Dieu est, si je peux m'exprimer ainsi, le seul personnage masculin du livre, sorte de confesseur, le seul à qui l'on parle, parfois. 
L'écriture comme thérapie, la fille tente de s'en sortir de cette manière, en de vaine tentatives de déculpabilisation, et de justification. Il y a en italique dans le texte des poèmes et divers écrits, lignes de désespoir, sombres comme la nuit de la naissance! Des titres en forme de confession, de cri pour vaincre la pire ennemie, l'angoisse, « Tu as vécu sous la terre », « Tu ne mérites que ça » « Ils cousent la bouche des morts », « On entre en vous comme dans un moulin » « Chez moi c'est ailleurs ». Et ailleurs, c'est vague, mais loin, et il faut encore attendre....
Ce livre n'est pas pour les tenants d'un certain classicisme, le style est volontairement rapide, genre coup de poing, la ponctuation, à part le point, est quasi inexistante et les phrases n'ont pas toutes un verbe, etc.....Une dernière précision, ce roman donne envie d'être lu à haute-voix!
Une découverte et une œuvre marquante, sorte d'OVNI littéraire qui frappe l'imagination. Je pense qu'il faut un certain courage pour écrire cette histoire, et question lancinante, en refermant ce livre, quelle est la part de vécu dans tout cela ?
Extraits :
- Et lorsqu'elle avait un léger retard elle s'entendait dire «  Tu as traîné ». Plus tard « Tu es une traînée ».
- Violence. Mais jamais frappée. Juste des mots anodins et soupirs et regards.
- Et la force se multiplie par deux : l'autre dans sa rage vous dans l'adoration.
- Un autre embryon se serait fait la malle dans le trou des chiottes.
- Car Dieu est comme le service social : il ne voit pas tout.
- L'enfant il a bien fallu lui trouver un prénom. Un seul prénom ça suffit.
- La vraie réponse c'est que ma douleur la faisait davantage exister en mère sacrificielle. Pouvait consoler.
- Tu n'es pas laide, non, enfin.
- C'est pourquoi l'écriture est une telle liberté. C'est pourquoi.
- Et l'angoisse vous prend. Vous ne savez comment venu.
- Elle traîne en ville. Elle promène son errance et la traîne par les cheveux quand elle ne veut plus avancer.
- Je préfère qu'elle se débrouille avec sa propre mort la sienne de l'intérieur.
- La parole l'alcool, même principe : saouler. Ne dit-on pas : «  Tu me saoules ?»
- C'est pareil quand je demande pour mon père. Tout devient abîme et torture. Il ne faut pas en parler non plus. Surtout pas.
- Se cogne contre le radiateur en fonte. Le mur non. Pas assez dur pas assez pointu.
- Toutes ces blessures tout ce sang. À panser penser. Tous ces pansements.
- Reproduit le même schéma fusion-rejet. Trop d'énergie ce combat incessant pour reconstruire. Où sont mes fondations. Les ai-je laissées en mère?
Éditions : Sulliver (2009)

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20 octobre 2009

JAOUEN Hervé / Les Endetteurs.

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Les endetteurs.
Hervé JAOUEN.
A bien taux, chers clients !
Note : 4 / 5 .
Écoutant les nouvelles, je me suis rappelé que j'avais ce livre depuis relativement longtemps. L'ayant payé comptant, je n'ai pas eu d'agio pour ce livre dormant. Je n'ai pas non plus payé de découvert, car je ne l'avais pas encore ouvert (le livre)! En suis-je content, c'est la question au taux d'intérêt variable.
Une petite anecdote, pendant la lecture de ce livre, je suis passé à ma banque ;dans le fil de la conversation, la personne au guichet m'a dit « je loue votre humour »! Je me suis méfié, à quel pourcentage?
Prenons deux personnes ordinaires, un homme Paul G , une femme Éliane F.(et non pas Virginie). Lui a deux enfants, elle trois. Elle est infirmière dans un hôpital, lui est professeur de dessin. Ils se rencontrent, s'apprécient et, malgré leurs déboires précédents, décident de vivre ensemble. La cohabitation entre les différentes progénitures se passent bien, enfin un rayon de soleil pour tous. Signe de bonne fortune supplémentaire, Paul devient directeur d'une école en Bretagne, Éliane demande alors sa mutation, elle n'est pas la seule postulante à un retour en Bretagne. Plutôt que d'attendre indéfiniment, elle démissionne et s'installe comme infirmière libérale. La voie dorée s'ouvre devant eux. Ils achètent une maison, qui s'avère être une très mauvaise affaire, la facture de chauffage est astronomique, celle d'isolation également. Pour se simplifier la vie, ils se marient, mais gardent chacun leur compte dans deux banques différentes, plus le compte professionnel d'Éliane. Le premier été en Bretagne est paradisiaque, les visites, les dépenses somptueuses, les loisirs des enfants, bref le bonheur! Mais le bonheur ne dure que le temps d'un été, les nuages approchent avec l'automne, le travail d'Eliane ne démarre pas vraiment, les paiements des différentes caisses tardent, mais les charges sont elles à honorer. Les enfants veulent des animaux de compagnie, on achète un chien de race......
Alors commence petit à petit la spirale infernale des cartes de crédits, des cachoteries entre mari et femme, chacun sa carte et pas un mot au conjoint, la voiture d'Éliane rend l'âme, il faut se résigner à ce gros achat. Alors intervient Mister Killer, vendeur aux dents longues et aux méthodes douteuses, mais qui possède la solution miracle, la LAO! Éliane conquise signe et accepte un petit arrangement sur les dates, entre gens bien, chère madame! Résultat, le délai de rétractation est dépassé!
La situation financière du couple se dégrade, mais ils semblent toujours aussi insouciants, la tempête approche à grand pas.....
Autant l'attitude de certains banquiers et surtout de certaines banques est scandaleux, autant Paul et Éliane  ont un comportement qui prête à caution, et ils ont également leur part de responsabilité dans la situation inextricable qui est maintenant la leur. Le système bancaire avec la multiplication à l'infini des cartes de crédits, de facilités de paiements, de facturations différées ont créé un système où l'argent est devenu une chose irréelle, pratiquement impalpable. La publicité dont l'auteur ne parle pas, mais qui conditionne par exemple le comportement du couple vis à vis des enfants, pour qui rien n'est trop beau, le voisin de classe a le blouson vu à la TV, etc.....
La civilisation des loisirs est aussi en cause, la situation financière est grave, mais Paul achète un bateau, le couple et les cinq enfants partent faire du ski......
Ce livre se divise non pas en chapitres, mais en années, An A +1 par exemple.
Une chose dans ce livre m'a surpris, et pas forcement rajeuni, la monnaie est le franc. Normal, me direz-vous, ce livre date de 1994, et l'euro n'avait pas encore pignon sur rue.
Un bon roman qui m'a appris beaucoup de choses, dont la signification du fameux mot à la mode, le crédit « Revolving ».
Je trouve qu'il y a un manque de poésie dans le nom des cartes de crédit citées dans ce livre, mais cela n'est visiblement pas le but : Gold Primus, Permaprêt, Crédit Confort, Customer, etc....
Extraits :
- Là, point de délinquance, point de drogue, point de racket à la sortie des écoles.
- Acheter : l'infinitif est impératif.
- On baptisa la propriété d'un nom breton Ker Eol, la maison du soleil.
- Monsieur joue au grand argentier. Il sonne l'employé du guichet et vouvoie ses troupes. Il fera carrière.
- On a claqué du fric. On a claqué le fric de la banque, l'argent des travaux. Pas en totalité. Une bonne partie.
- d) Éliane F. parle pas breton, et nombreux sont les gens âgés plus à l'aise dans leur langue maternelle qu'en français.
- Simple tolérance. Il s'agit pas d'une autorisation .
- Non, répond Bourbao, c'est une formule hypersimplifiée, le crédit TGV.
- «  Un piège à cons, vous allez voir. On va régulariser des comptes débiteurs, y a pas de doute ».
- Ils se sentiront des ailes dépensières. Le pognon leur brûlera les doigts. Ils replongeront.
- Le délai de réflexion est écoulé, la double commission acquise.
- Paul G. ne doute plus d'être indésirable. La B3C ne lui fera pas de quartier.
- Mon euphorie se dégonflait à mesure que mon livret de Caisse d'Épargne diminuait.
- « C'est le bonheur d'être à crédit ».
- Paul a presque le rang de notable.
Éditions : Stock (1994).
PS. Hervé JAOUEN sera avec de nombreux autres auteurs à Carhaix, ce week-end.

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16 octobre 2009

POULIQUEN Louis/ Comme des larmes de sang.

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Comme des larmes de sang.
Louis POULIQUEN.
Note : 4 /5.
Pâques sanglantes!
Troisième ouvrage de Louis Pouliquen à figurer sur ce blog. J'ai cherché ce livre pendant quelques temps, mais la patience est, parait-il, récompensée! Beaucoup d'écrivains bretons ont écrit sur l'Algérie, je pense en particulier à Xavier Grall et à Pascal Rannou dans son roman « Sentinelles de la mémoire »* .
Un homme décide de partir quelques jours en Algérie, là où vingt ans plus tôt, il avait participé, comme médecin appelé sous les drapeaux, à ce que l'on nomme, par un doux euphémisme « Les évènements d'Algérie ». Il emmène avec lui, Thomas, son fils, qui connaîtra enfin, la vie de son père, médecin appelé dans le sud algérien . Tout commence un dimanche de Pâques, un vieil homme arrive pendant les cérémonies militaires, il veut du secours pour les enfants du village qui ont de fortes fièvres. Le convoi part très rapidement ; un jeune appelé, près de son retour en France, incite pour en être, le narrateur lui cède sa place . Il ne sait pas encore qu'il vient de sauver sa peau. En effet, les quatre hommes du convoi sont retrouvés morts dans le village désert, détail sordide : leurs yeux ont été arrachés de leurs orbites. Bulow, le commandant du régiment de légionnaires reconnaît la signature de Ben Larbi, un rebelle que l'on pensait mort!
La chasse à l'homme peut commencer, elle sera implacable et tous les coups seront permis, même les plus ignobles, et dans chaque camp. Ben Larbi sera capturé, et le narrateur chargé de le remettre en état pour le livrer aux tortionnaires de service. Le jeune médecin et Ben Larbi apprécieront la compagnie l'un de l'autre, mais hélas, où sont l'humanitaire et la compassion dans ces jours troublés...?
Le narrateur, comme beaucoup de jeunes hommes, se trouve mêlé à des évènements qui ne le concernent pas, beaucoup d'appelés du contingent étaient hostiles à cette guerre, ainsi que la majeure partie de la population française.
Son fils, Thomas, avec l'insouciance de sa jeunesse, pense que son père a eu de la chance de vivre de tels moments. Mais comme beaucoup d'hommes qui ont participé à ce conflit, son père n'en parlait pas.
Glénan, le médecin chef, est un homme bon, mais il a aussi quelques fantômes à l'esprit : sa fille qu'il n'a pas revu depuis des années, et surtout, il repense à ce soldat vietnamien qu'il a soigné pour le livrer à ses bourreaux! Et cet homme lui a craché au visage, chose qu'il ne peut effacer de sa mémoire.
L'aumônier, natif d'une île finistèrienne, est un personnage entier, mais lui aussi s'interroge sur le bien fondé de la politique française et la pérennité de sa foi! Lui, comme tous les autres, pense que le désert rend fou!
Bulow, légionnaire, rescapé de tout, de la Russie où il servait dans l'armée allemande, de l'Indochine où on le croyait mort. Soldat implacable, il est un grand connaisseur de poésie, mais parfois certaines nuits, ses fantômes le rattrapent, alors la Suze est le seul remède. Il a juré d'avoir la peau de Ben Larbi, car tuer un homme est une chose que tout soldat accepte, mutiler les cadavres est contraire à son éthique militaire.
De Montorgueuil, le bien nommé, commandant de la base, sorte de patriarche, aimant le faste, les défilés, et la rigueur. L'archétype du militaire à l'ancienne, n'ayant que mépris pour les appelés, qui pourtant meurt aussi au combat. Un personnage comme on en rencontrait souvent dans l'armée, aristocratie désargentée, les filles étaient religieuses, les garçons militaires!
Ben Larbi, le rebelle, homme intelligent, et travailleur, fut élevé par un riche colon, propriétaire terrien qui pensait lui confier la gestion de ses biens, mais son entourage s'y opposant, Ben Larbi fut remercié du jour au lendemain. Beaucoup pensent que sa haine est née ce jour précis!
Peu de femmes, Agnès, fille de Glénan, que le narrateur a croisé pendant ses études, et Isabelle de Vieilleville, fille du propriétaire terrien qui a permis à Ben Larbi de poursuivre des études.
C'est très bien écrit et plein d'humanité, Louis Pouliquen aborde le problème du personnel médical en temps de guerre, soigner un homme pour le torturer et le tuer! Quel est l'intérêt humain de ce genre de pratiques, à quoi cela sert-il de sauver un homme de la mort pour l'envoyer vers une fin inéluctable et souvent très douloureuse!
Extraits :
- De la poitrine ou peut-être du flanc coulait une tache brune qui se répandait sur le sable. Dans l'air chaud, flottait une odeur fade.
- Les vents de l'horreur s'étaient levés et le souffle de sauvagerie passait sur Tarouat.
- Il détestait l'agitation et les discours qui s'en suivaient et qui trop souvent, révélaient la médiocrité des hommes.
- Ce pays m'avait envouté. J' avais, en arrivant ici voilà plus d'un an, bu le philtre de la passion.
- « Ici tout se dilue. C'est le pays de la démesure ».
- Il devait tenir de ses ancêtres ce goût immodéré du faste. De Montgorgueil était à son affaire.
- Les autres- simples appelés du contingent- jouaient les parents pauvres comme ces pièces rapportées lors d'un mariage et que l'on accueille du bout des lèvres dans les familles.
- Un silence de mort régnait. Ici, toute vie avait depuis bien des années disparu.
- « Martyre ? Maudite ? Ne sait pas! Mieux vaut oublier tout ça, n'est-ce pas ? »
- « Oui, mon vieux, nous les préparons pour la mort ».
- « Si la chance nous aide,il guérira avec un peu de séquelles .»
- « Des séquelles ? Mon vieux, il n'en aura jamais. »
Éditions : Éditions du Liogan (1995)
*Chronique ici.
Autres chroniques de l'auteur:
Mon vieux grenier en Bretagne,
ici.
Les marées d'équinoxe,
ici

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13 octobre 2009

McCORD Howard / L'homme qui marchait sur la lune.

L'homme qui marchait sur la lune.
Howard McCORD.
Note : 3,5/5.
Gens de la Lune.
Auteur texan né en 1952, vétéran de la guerre de Corée, cela explique que quelques actions de ce récit se déroulent à cette époque.
Il a fallu 11 ans pour la traduction d'un livre culte si j'en crois la quatrième de couverture, alors que certains livres incultes sont disponibles sur le marché et en français, quelques mois seulement après leur parution! Mystère, mais bravo aux éditions Gallmesiter. A signaler que ce livre est court, 134 pages et que quelques vers de W.B.Yeats servent d'introduction à cette histoire.
« La Lune » est une montagne dans le Nevada, un homme William Gasper la sillonne depuis plusieurs années. Il viens chercher ici la paix du corps et surtout de l'âme. Il n'a plus de famille, son frère s'étant suicidé des années auparavant. Sa profession qu'il n'exerce plus, était tueur au service de l'armée américaine, donc il a forcement plus d'ennemis que d'amis. Ses seuls biens terrestres sont des fusils qu'il a enfermés dans un conteneur qu'il loue à Mary-Gail Henry, une femme de Sterns, une petite ville perdue, enfin un hameau en réalité. Pendant ses pérégrinations , il se remémore sa vie, une enfance pas très facile de gaucher contrarié. Ses deux passions, la lecture et le tir. Comme il est plus facile de vivre du tir que de la lecture, il s'engage dans les Marines qui lui apprendront à tuer. Envoyé en Corée, il survivra au désastre militaire de Chosin, marchant des jours dans des éléments hostiles aussi bien militaires que naturels. Il gagne enfin la mer et sera sauvé par un navire de guerre américain. Un mystérieuse femme participera à cet épisode de sa vie, Cerridwen et son chat Palug. Elle réapparaît parfois dans sa vie, et pas toujours avec des intentions amicales. De cette aventure il gardera un goût pour la marche dans des contrées désertes en particulier l'Islande, autour du glacier Hofsjökull, qui lui donne ce sentiment de silence et de solitude. Mais aujourd'hui dans le Nevada, l'instinct de Gasper lui permet de pressentir d'autres présences humaines, une, deux? Des randonneurs, des chasseurs? Et si c'était effectivement des chasseurs et lui le gibier! Alors commence une partie de chasse, l'enjeu, tout simplement la survie du plus fort!
Une ode à la nature grandiose, mais également hostile, somptueux décor pour cette étrange aventure oscillant entre le calme de la montagne et la mort violente qui y régne. William Casper a appris à survivre et son instinct est intact, il se dévoile par petites touches, sa vie, son oeuvre de mort, les sentiments confus que cela lui a procuré, car l'argent n'est pas une fin en soi. Il donnait rarement la mort dans des conditions qui auraient soulagé sa conscience. La sorcière Cerridwen et le chat Palug, qui, pour l'occasion, est un homme en chair et en os. Représentent-t-ils le mal? Casper n'est-il pas l'incarnation du bien? Il semblerait que Cerridwen aurait pu tuer William, mais elle ne l'a pas fait, encore une question et une énigme pour le lecteur. La loueuse Marie-Gail Henry n'intervient pratiquement pas dans le récit, mais quand elle le fait, l'écriture est en italique et ses monologues nous permettent de deviner ce qui va se passer.
Un rythme lent à la vitesse d'un homme qui marche dans un environnement hostile et une forte touche de fantastique. Une oeuvre intéressante, mais que je ne qualifierais pas d'oeuvre culte.
Tout est bien mené, bien décrit, mais cela m'a un peu laissé sur ma faim. Je trouve que d'avoir mélangé l'intrigue policière, la défense de la nature, l'irréel et un zeste d'espionnage ne rend pas la fin très crédible. J'ai un certain sentiment d'inachevé, mais je souligne que cela n'engage que moi.
Extraits :
- Mais méfiez-vous c'est deux fois plus loin qu'il n'y paraît, et deux fois plus vache. Et M.Gasper, il aime bien qu'on le laisse tranquille.
- Il ne se mêle pas des affaires des autres et je ne vois pas pourquoi on se mêlerait des siennes.
- J'aime tuer les coupables et c'est une chose en laquelle j'excelle.
- Eh bien, dit Mary-Gail Henry, j'ignore ce qui a pu causer un pareille attention, mais vous êtes la troisième personne en trois jours à venir m'embêter au sujet de ce brave M.Gasper.
- Elle aimait les sonorités du gallois ; elle avait apprécié ce peuple, alors elle utilisait ce nom. (Cerridwen)
- Chief Russell avait l'imagination d'un pingouin et l'humour d'un âne.
- Je suis un assassin, de caractère comme de profession.
- Il arrive un moment où, même pour un nihiliste cynique comme moi, la vie se fait monstrueuse et dégoûtante.
- J'étais un des Danites, un des Anges de la Vengeance.
- J'en suis aujourd'hui à 140, et je n'en suis pas lassé, toujours pas lassé. Même si je joue encore dans les petites divisions du championnat de la mort.
Éditions : Gallmeister. Collection « Nature Writing » (2008)
Titre original: The Man Who Watked to The Moon. (1997)

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01 octobre 2009

GUDMUNDSSON Eimar Már : Les anges de l'univers

Les Anges de l'univers.
Eimar Már GUDMUNDSSON.
Note : 4 / 5.
O.T.A.N. en emporte le vent!
Écrivain né à Reyjavik en 1954, il a publié des recueils de poésie, puis des romans.
« Les Anges de l'univers » a obtenu le Grand prix de la littérature nordique. C'est, avec pas mal de retard, ma dernière contribution à l'année de l'Islande de la médiathèque de Lorient.
Ce roman se compose de deux parties « Les anges de l'univers » et « Ombres errantes », titres très explicites pour décrire la lente déchéance du narrateur.
Páll ne peut oublier sa date de naissance, en effet, ce jour là l'Islande entre dans l'O.T.A.N, ce qui n'est pas du goût de tout le monde semble t-il ! A la suite d'un embouteillage, son père n'était pas présent! Il nous raconte sa vie du berceau à l'asile psychiatrique de Kleppur.
Certains souvenirs sont plus marquants que d'autres, un beau et mystérieux voilier apparaît, avec pour des enfants son lot de questions! Une voisine un peu grassouillette qu'il persuade qu'il entend son cœur battre quand il pose son oreille sur son sexe nu! L'alcool et les quatre cents coups avec les copains, embauchés pour vendre des fouets factices, pas commerçants pour deux sous(?). Leur part est de deux couronnes par vente, ils les cèdent donc à deux couronnes! La voisine n'est pas des plus réjouies. Un séjour au bord de la mer, chez un vieil excentrique avec qui il fera le coup de feu contre un bateau islandais, qu'il avait pris pour navire de guerre russe. Après une altercation avec son père, il décide de partir en Amérique avec pour seul bagage un transistor.
La seconde partie est beaucoup plus sombre, car elle concerne principalement son internement. Páll déroule pour nous sa vie chaotique, nous sentons en lui un certain goût pour la peinture, comme le père d'un de ses amis. Mais hélas.....Son père a eu certains problèmes avec la famille de son épouse, on le voyait souvent au bal, contant fleurette de çi, de là, ne saluant personne. Une explication franche permis de se rendre compte de la méprise, ce n'était pas son père, mais son frère jumeau! Sa mère est un personnage plutôt discret, ses frères et sœurs sont souvent apeurés lors de ces séjours à la maison.
Ses amis de jeunesse et les jeunes filles rencontrées, tout cela nous rappelle qu'il fut un garçon comme les autres, un grand chagrin d'amour et des problèmes de santé ont malheureusement fait qu'il est devenu un être quasiment obèse bourré de médicaments!
Ses voisins, comme Thór qui se fit sauter un oeil un jour de chasse, Eyvindur, chauffeur de car, tueur de chats ; voulant changer de vie, il achètera un chalutier, fera faillite et sombrera dans l'alcoolisme. On croise aussi Ragnar un de ses oncles, communiste, contestataire, grand parleur devant l'éternel. Mais il reconnaît qu'il ne ment jamais, mais enjolive toujours!
Une galerie de personnages plus extravagants les uns que les autres, par exemple Pétur, qui rentre chez lui en plein milieu d'une promenade, car il a verrouillé sa porte, et les fantômes qui habitent chez lui ne pourront pas sortir! L'Empereur des aurores boréales, qui peint plus vite que son ombre, tout du sol au plafond. Il travaille à la confection d'une statue, la sienne Mais dit-il « Je me suis fait trop gros » . Il roule en carrosse noir tiré par trois chevaux! Le bachelier dément que la maladie emportera.
Que de destins tragiques dans ce livre et surtout dans cet hôpital!
Une écriture très poétique, un ton un peu doux-amer, la construction de ce livre fait plus penser à une suite de saynètes qu'à un véritable roman. A lire pour l'originalité du sujet, même si celui-ci est plutôt austère et amène le lecteur à des conclusions guères réjouissantes.
Quelques lignes de poésie sont posées par-ci, par-là dans ce livre, mais la mort est très présente également, les suicides et les pêcheurs naufragés sont la plupart du temps les causes de ces décès.
Extraits :
- ... et quand je serai à mon tour tout maculé de peinture, les doigts verts et bleus, convaincus d'être la réincarnation de Vincent Van Gogh.
J'ai mal à l'oreille.
- Ragnar est communiste et ne s'en cache pas : « soit on est communiste, soit on est con. »
- C'était longtemps avant les jours de la graisse médicamenteuse, avant les jours du café à la louche et de la toux tabagique.
- Marilyn, grande infirmière de la solitude ; l'éternel féminin en communication téléphonique directe avec l'éternité.
- Je trouvais qu'il avait changé, mais ça ne veut rien dire parce que, moi, j'avais déjà basculé.
- Plus tard, quand je mourus, c'est lui qui officia à mon enterrement et pour autant que je sache, il s'en est bien tiré.
- Maintenant j'écris une histoire.
J'écris ma propre oeuvre.
- En fait, le temps est toujours compté, même s'il s'avère qu'il y en a toujours à revendre.
- L'aliéné dit qu'il est mort et enterré. Tous les dimanches, il va au cimetière mettre des fleurs sur sa propre tombe...
- Non, cette tombe n'est pas assez profonde pour contenir nos sentiments à tous.
- Quand les montagnes enlèvent leurs blouses blanches, c'est l'heure de la visite des oiseaux.
Éditions : Flammarion(1998)
Titre original : Englar Alheimsins (1993)

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24 septembre 2009

LOZEREC'H Brigitte / Trait pour traits.

Trait pour traits.
Brigitte LOZEREC'H.
Note : 4 /5.
Portraits de famille.
J'avais, il y a quelques temps, été impressionné par le roman « L'intérimaire » de cet auteur, que je n'ai plus lu depuis des années. Donc je pourrais presque parler de redécouverte. D'entrée de jeu, j'ai été attiré par la présentation de ce livre, et comme ma seconde passion après la lecture, c'est la peinture, c'était l'occasion de renouer avec l'œuvre de Brigitte Lozerec'h.
Mathilde est désormais une femme heureuse, ses talents de peintre sont reconnus. Elle est mariée à un peintre lui aussi célèbre. Que de chemin parcouru depuis son arrivée en France quelques années auparavant, avec sa mère, veuve avec trois enfants, elle et William son frère jumeau, et Eugénie la plus jeune. Le déracinement est total, le français qu'il faut se réapproprier, la fortune envolée, fini le temps des précepteurs et autres professeurs à domicile. Pour les deux aînés, cela sera la pension, et par de surcroit dans un établissement religieux pour Mathilde. Cette ambiance étriquée la marquera pour longtemps, et la laissera un peu déboussolée. Surtout que pendant ses absences, sa jeune sœur mettra la main mise complète sur sa mère et sa grand mère. Pendant ce temps, William, lui, découvrira la liberté, mais c'est un garçon et l'époque est plus simple pour eux. Pour Mathilde, il reste la peinture, mais ce n'est pas un métier en ce début de siècle, surtout pour une toute jeune fille. Elle est très vite amoureuse de Frédéric qui est un peu plus âgé qu'elle ; ils se marièrent, mais n'eurent pas d'enfant...Mais dans ce bonheur sans tache, une personne s'interpose, Eugénie..... Pourtant le succès est là, l'argent, les voyages, la gloire . Et la vie continue, des zones d'ombres du passé ressurgissent suite à la découverte par William d'anciennes lettres. Qui fut réellement ce père anglais? Beaucoup de questions restent sans réponses, mais le peu de réponses apporte un éclairage nouveau sur la vie de la famille en Angleterre.
La guerre approche, et avec elle de grands bouleversements........
Beaucoup de personnages féminins dans ce livre, à commencer par Mathilde Lewly, un premier déracinement à la mort de son père suivi d'un départ pour la France, le passage d'une grande demeure à un appartement parisien, de très longs séjours en écoles religieuses.
Frédéric Thorins est passé du rôle de professeur à celui de mari, il aidera Mathilde dans sa carrière tout en développant la sienne propre.
Eugénie, sa jeune sœur, ayant vécu seule, réclame l'attention générale, jalouse et colérique, elle ne supporte pas d'être une sorte d'ombre de son aînée, voulant peindre, car Mahilde peint! Faut-il revenir dans le passé pour trouver les causes de cette animosité?
La mère se remarie et a un autre enfant, ce qui semble l'éloigner encore plus de Mathilde. La grand-mère très dure et moraliste est très sévère, la tante Dylis, femme affranchie qui vit en France depuis de longues années. Volontairement ou en exil? Un des seuls personnages féminins montrant dans la famille un peu de chaleur humaine.
La vie au début des années 1900 en France, mais pas selon le schéma classique. Ici le personnage principal est franco-anglaise, artiste-peintre fréquentant une sorte de bohème avant gardiste, mais qui souffre des mêmes maux que le commun des mortels.
Les pages sur l '« école » de Clichy »et ses habitudes nous font pénétrer dans ce monde soi disant non-conformiste et interlope des créateurs de l'époque. Il est fort probable que, la drogue en plus, les comportements soient les mêmes aujourd'hui.
Un livre intéressant se déroulant à une époque où, pour une femme, les obstacles étaient très nombreux, en particulier dans une famille étouffante avec une sœur envahissante. Oser se lancer dans une carrière artistique demandait un certain courage. Cet ouvrage a certainement du nécessiter beaucoup de travail dans le monde de la peinture et dans l'étude du début des années 1900.
Extraits :
- J'avais entendu depuis des années : « la plus grande doit céder, Mathilde, ne la fais pas pleurer... »
- Une Mathilde souterraine s'est mise à vibrer après ce refus.
- Il fallait apprendre à admettre l'inadmissible.
-Elle semblait se réjouir de mon errance en ces lieux et savourer mon malaise, en châtelaine qui reçoit ses pauvres.
-Derrière cette gaieté se cachait des peines, des manques et des solitudes. Je l'ai appris au fil du temps.
- Qu'elle disparaisse une bonne fois ! Ai-je demandé in petto à Dieu ou à diable. Il n'est plus question de morigéner comme une enfant.
- Je démêlais mal la déception, le dédain et le chagrin chez ma mère.
- Seulement je ne voulais pas qu'elle me dévore pour échapper à sa vacuité.
- Le créateur n'a rien à dire sur son œuvre, il lui suffit de l'avoir faite.
-Elle m'a coupée au milieu de ma tirade : «C'est un homme, lui.... »
- J'avais au cœur une colère inouïe, mais toujours inavouable.
Éditions : Belfond (2009)
Le site de l'auteur, ici.

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14 septembre 2009

MORGAN Cédric / Le Bleu de la mer.

Le Bleu de la mer.
Cédric MORGAN.
Note : 4 / 5.
Comme la vie était jolie
En ma Bretagne bleue.*
Ce roman, le second que je lis de cet auteur après « Oublier l'orage », a obtenu le Grand prix de la ville de Carhaix en 2004.
Quétier, peintre de renom, revient en Bretagne après quarante ans d'exil volontaire du moins pendant quelques années. La soixantaine passée, il aspire à une certaine tranquillité, essayant de vivre un peu en marge du monde, surtout l'été.
Retour sur sa vie, l'enfance pas très heureuse, la mort du père marin pêcheur, une scolarité où il était le souffre douleurs de l'école. Le manque de tendresse de sa mère, ses seuls bons souvenirs sont le cerf-volant que lui a confectionné Briag, le cordonnier, et surtout sa cousine Pantou, la fille de l'oncle Enéour qui lui a appris certaines choses de la vie. Mais tout cela aura une fin! Le départ pour l'Algérie, la découverte des méthodes des soldats français, les viols, les vols, hommes et chiens tués au nom de la colonisation! Il désertera par la Tunisie et la Sicile où il restera plus de vingt ans. Suivront de longues années d'exil en Sicile.
En cet été de forte chaleur, il fait la connaissance d'une jeune femme en vacances avec sa petite fille. Ils commencent par se saluer sur la plage, puis se parlent. Elle semble s'intéresser à lui, le peintre ou l'homme? Elle a cherché dans l'annuaire son adresse, petit à petit, ils se rencontrent plus souvent, elle non plus n'a pas réellement connu son père, soi-disant mort pendant une guerre quelconque. A cause de la présence de cette femme, il change sa manière de vivre, elle vient à l'atelier, parle de leur vie et des secrets de famille, qui, semble-t-il, les rapprochent! Certaines zones d'ombres masquent une partie de leur enfance. Mais les vacances se terminent, Raphaëlla partira demain.......
Quétier oscille, cet été là, entre nostalgie et ferveur de l'adolescence. La nostalgie d'un mode de vie plus simple, plus proche de la nature. Ferveur pour Raphaëlla qui le replonge dans certains sentiments oubliés, le trouble, l'émoi, l'angoisse, l'anxiété et l'attente de leur prochaine rencontre du lendemain. Il redevient un collégien au temps de ses premiers rendez-vous avec une fille! Il peint, en pensant à Raphaëlla un « Nu de dos » qui, pense t-il fera le bonheur du propriétaire de la galerie qui vend ses tableaux.
Raphaëlla, comme son nom ne l'indique pas, est islandaise, mais née à Florence. Mariée à un allemand, elle est seule toute la semaine avec sa fille. Elle peint également. Elle parle de son enfance en Islande, de sa mère et des contradictions de celle-ci concernant son père, le biologique!
Pitra, la Sicilienne, qui l’a recueilli et aimé,Pourtant un jour il l'abandonnera, une amnistie générale étant votée en France pour tout ce qui concerne les événements de la guerre d'Algérie. Alors il peut rentrer en France.
Hosin, le patron du café-restaurant est un ancien camarade d'école, il tente gentiment de le questionner sur sa vie pendant tout le temps qu'il a passé loin de leur village natal.
Un livre baignant dans la couleur, la luminosité et la poésie. Une histoire mêlant passé et temps présent, remontant de l'enfance à cet été, soulevant au passage quelques mystères qui auraient sûrement gagné à rester dans le passé. Une oeuvre un peu intimiste, où les choses comme les relations entre Quétier et Raphaëlla évoluent lentement sous une forte chaleur.
Quelles petites choses me parlent dans ce livre, j'adore la peinture et je me reconnais tout à fait dans l'expression : « Je suis un vieil ours sans manières auquel on a appris la moralité ». J'apprécie également les quelques lignes consacrées à Briag le cordonnier, ayant moi même passé quarante ans à travailler dans la chaussure! Quant à Silvana Mangano, cela me rappelle un passage de « Journal intime » de Nanni Moretti, scène d'anthologie!
Extraits :
- Les fleurs ne demandent qu'un peu de pluie.
Et moi, avec mon arrosoir, je suis le ciel, le nuage qui les désaltère.
- Je me persuade quelque chose en moi l'intéresse. Quelle folie!
- Le mot aventure est exagéré, celui d'aubaine convient mieux.
- Un pêcheur n'est jamais à l'avant du bateau, c'est bon pour les touristes; il ne guette pas l'horizon, c'est bon pour les plaisanciers.
- Je suis un enfant qui très tôt apprivoise de l'oiseau blanc du silence.
- Un spécimen hors du temps qui pose ses draps sur le pré pour les blanchir au soleil ?
- Je conclus qu'il est grand temps que l'été se termine, car je deviens vraiment stupide.
- Souvent je vais le voir travailler : à l'observer, je comprends que tailler le cuir, planter des clous à quatre faces dans un talon, procure de la joie.
- ....je me souviens de ma mère les soirs de tempête qui sortait devant la porte jeter du gros sel dans le vent. Pour calmer l'océan.
- Je fais très tôt une différence entre le bonheur et la réalité de l'existence.
- Dans le petit jardin une femme en noir, tablier relevé, une bêche en main. Un côté Silvana Mangano.
- Je suis un vieil ours sans manières auquel on a appris la moralité.
- J'ai la chance unique de pouvoir me tenir loin du souci le plus laid de l'esprit humain : la rentabilité.
- Chaque matin je reprends le voyage comme, après le naufrage, le marin survivant.
Éditions : Phébus (2003)
*Xavier Grall. Solo 4. Extrait de Solo et autres poèmes, éditions Calligrammes (1981)

Posté par eireann yvon à 21:37 - Littérature bretonne - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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