Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

09 septembre 2009

OZOUF Mona / Composition française.

Composition française.
Retour sur une enfance bretonne.
Mona OZOUF.
Note : 5 / 5.
Passé décomposé.
Beaucoup de mes amies du club de lecture de la médiathèque de Lorient m'avaient recommandé ce livre, le problème était qu'il est très demandé, alors j'ai attendu mon tour!
Ce livre qui n'est pas un roman peut être décomposé lui aussi en deux parties, l'enfance proprement dite, puis une réflexion sur les relations très ambiguës entre la France et les « pays » qui la compose. Géographiquement cette enfance ne se situe pas très loin de mon lieu de naissance, la mère de Mona Ozouf étant institutrice à Plouha, mais à cette époque les distances paraissaient plus longues!
Ce livre est différent des autres ouvrages sur le même sujet dont j'ai parlé ici-même, dans le sens où ce n'est pas un legs, comme dans « Mon Vieux grenier en Bretagne* », ni un roman comme dans « Ma Langue au chat** » ou « La peine du Menuisier***». Ici l'auteur nous parle de sa famille et de son enfance, mais ce père qu'elle a peu connu. Il est décédé quand sa fille avait quatre ans. Il a été un militant de la cause bretonne toute sa courte vie. Donc sa langue maternelle est le breton. L'approche des relations entre la langue bretonne et l'éducation scolaire est plus rigoureuse, plus scientifique tout en restant une affaire de cœur.
Grande spécialiste de la Révolution Française, Mona Ozouf nous parle des aspects négatifs de celle-ci sur les « Provinces » qui formaient la France, et la grande doctrine « La France, une et indivisible ».
Je partage tout à fait le point de vue de l'auteur pour la langue bretonne : la pilule a du mal à passer, pourquoi cette éradication forcenée ? Et ce mépris superbement affiché, c'était la langue des paysans et des pêcheurs, et alors! Elle donne l'exemple à une époque où les enfants dans les campagnes commençaient l'école à six ans, la seule langue qu'ils connaissaient était le breton, donc les bases étaient là. L'apprentissage du français n'était pas une difficulté en soi. Mais à la maison, le breton revenait naturellement. Les deux langues avaient leur utilité et étaient parlées chacune dans leurs territoires. Maintenant, le problème est à l'inverse, les enfants apprennent le breton à l'école, mais ce sont les parents qui ne le parlent plus!
Dans une vie, on rencontre beaucoup de personnages, et en général on commence par ses parents deux êtres diamétralement opposés. Le père Yann Sohier, fils de gendarme, militant breton, né comme il dit lui-même du mauvais côté de la Bretagne, qui dut apprendre le breton, qu'il écrivait et lisait, mais ne parlait pas bien. Et dans les années 1925/1935, le militantisme breton n'était pas monnaie courante, pour ne pas dire incongru! La mère Anna Le Den, bretonnante de naissance, institutrice à une époque où l'enseignement devait éradiquer le breton chez les enfants! Parlant breton avec sa mère qui comme souvent à l'époque était veuve et vivait avec eux, mais parlant français avec sa fille. Personnage omniprésent de toute enfance bretonne, la grand-mère qui s'occupait dans le cas présent de la maison et de l'éducation de sa petite fille. Une vie un peu austère entre femmes, dans un bourg breton, l'évasion toute trouvée, ce sont les livres, ceux en breton du père et les autres..... J'aime beaucoup la manière dont l'auteur rappelle le comportement des intellectuels de l'époque, tous n'étaient pas des saints, les courants d'idées changeaient rapidement, mais il est étrange que seuls certains représentants des mouvements bretons soient montrés du doigt? Elle remarque au passage qu'il est facile de juger plus de cinquante ans après quand l'histoire est écrite.
La littérature est omniprésente dans ce livre, les auteurs bretons de Xavier Grall à Per-Jakez Hélias en passant par Morvan-Lebesque, Louis Guilloux et son épouse Renée, qui était le professeur de l'auteur à Saint-Brieuc. J'ai découvert des écrivains que je n'ai pas encore lus, en particulier Jakez Riou, je me suis rappelé les grands anciens Emile Masson, Ernest Renan et pourquoi ne pas relire certaines pages du « Barzaz-Breizh »! Et la mythique Irlande, qui est présente dans les cœurs, et dans les esprits, Le Sinn Féin et les Pâques irlandaises, le rêve est loin désormais. A noter que pour le roman de Liam O'Flaherty, l'auteur utilise la dénomination de « Le dénonciateur » qui était en usage pour les premières éditions, mais qui est plus connu maintenant sous le titre de « Le mouchard ».
Ce livre est pour les non-bretons, (et ils sont plus nombreux que les bretons) une excellente approche de ce curieux phénomène, se réclamer d'une identité bretonne, aujourd'hui! Et tout cela en toute liberté et en toute connaissance de cause.
Extraits :
- …. quelle honte, si le facteur venait à la surprendre « en cheveux » !
- Quant à ma grand-mère, elle trouvait tout naturel de revire avec sa fille l'existence qu'elle avait elle-même menée, où les hommes étaient loin, en mer ou dans la mort.
- Ce Glaoda respecté était un taiseux.
- Vie rude, avare en éclaircies, repliée sur un territoire exigu. Pour se marier et on allait au plus près, à la limite du degré de parenté prohibée.
- Ma grand-mère, son costume, sa coiffe, sa langue, ses savoirs multiples, tout en elle parlait donc de l'identité bretonne.
- On a compris que la bibliothèque paternelle était militante.
- La maison, avec Masson, croit à l'alliance indispensable du socialisme et de l'identité bretonne. Là est le cœur même du combat militant.
- Reste le souvenir d'une perplexité.
- Jamais un conte breton. Pas la moindre chanson bretonne. Et rien sur les métiers bretons : on fait silence ici sur les activités de nos parents.
- Les héros de la maison, Judicaël et Nominoë, n'ont droit à aucune évocation dans la classe.
- Un écheveau de perplexité que je ne suis pas toujours pas sûr de débrouiller aujourd'hui.
- Il ne s'agissait pas simplement d'un enseignement négatif : Guilloux était un indicateur de lecture.
- La foi de l'école semblait l'avoir emporté décisivement sur celle de la maison, l'idéologie française sur les attaches bretonnes.
- Ainsi se consomme en quelques années la défaite des particularités. Elles ont contre elles, pour commencer, d'être diverses, foisonnants irrégulières, variables.
Éditions : Gallimard (2009)
*Mon vieux grenier en Bretagne. Louis Pouliquen.
**Ma langue au chat. Angèle Jacq.
***La peine du Menuisier. Marie Le Gall.

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21 février 2009

FAILLER Jean / L'homme que je n'ai pas tué et autres récits

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L'homme que je n'ai pas tué et autres récits.
Jean FAILLER.
Note : 4 / 5.
Et c'est tant mieux!
Second recueil de Jean Failler que je lise (il me semble d'ailleurs qu'il y en ait que deux) après « Le gros lot », celui-ci comprend neuf nouvelles. J'ai fait la connaissance de cet auteur à Riantec, et j'avais beaucoup apprécié sa gentillesse.
Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, imaginez un homme qui tranquillement boit un café dans son bistrot favori. Il sent un regard peser sur lui, et effectivement un homme le regarde! Le lendemain la même scène se reproduit, ils se parlent, essayent de se souvenir, bien longtemps avant, l'Algérie......
Nous retrouvons « Fanch Nedeleg », je dis bien, nous le retrouvons, car cette nouvelle fait également partie du recueil édité pour les 20 ans du festival du livre de Carhaix. Et Fanch se pose toujours la même question, que peut-on ambitionner d'autre que le bonheur ! Et pour cela pas besoin de donneurs de leçons!
« Histoire d'un vieux con », je pense que nous avons tous un jour ou l'autre rencontré ce genre de personnage. Prêchant une chose et faisant absolument son contraire, profitant de sa position pour transformer un enfant en souffre-douleur. Un vieux con, le problème est qu'avant d'être un vieux con souvent ces gens-là sont de jeunes cons. Enfin il y a une morale dans cette histoire, le petit Manuel réussira dans la vie, et le vieux con deviendra un très vieux con. Le bon vin vieillit bien, la piquette tourne au vinaigre et aussi au ridicule.
« Élise et le capitaine fou » se passe sur un de ses bateaux poubelles qui sillonnent les mers. Élise est pilote, elle doit mener un bateau à quai, mais voilà... Le capitaine est un ancien de la marine de guerre allemande, plein de suffisance et de bière, l'équipage est terrorisé par cet homme, bref c'est plutôt vogue la galère que la croisière s'amuse......
Dans « l'ostensoir », nous rencontrons à nouveau notre brave recteur de la paroisse de Cap Caval, curé de ce petit village sur la côte bretonne qui, après une histoire de louche et de luxure est de nouveau en ville. Ici, il participe à une grande fête organisée par l'église. Un somptueux défilé pour la Fête-Dieu, le ban et l'arrière ban de l'église est là, même Monseigneur en personne. Mais n'y aurait-il pas un oublié parmi les invités?
« Pervenche » est tout de bleu vêtue, mais elle ne distribue pas des amendes, non, mais pourtant dans cette histoire, certains en mériteraient.....
Le Bredin lui n'a pas besoin de diplôme ; dans sa sagesse, il sait comment soigner un chêne, mais la folie et la soif de vengeance d'un homme réduiront ses efforts à néant.
Tonton Lom aura sa vengeance sur sa belle soeur, elle sera, il est vrai posthume, mais au combien méritée! Il faut se méfier des écrits d'outre-tombe, ou alors on risque de finir à la rue. Par manque de pitié, on finit au Mont de Piété!
Des contes et des fables ainsi que quelques souvenirs, des fables car souvent il y a une morale simple, mais souvent oubliée à ces histoires. La modestie d'un petit curé, le bon sens d'un village qui défend son chêne, celui de Fanch également à qui son bonheur suffit, le sentiment de révolte des enfants contre l'injustice. L'église est égratignée dans « La quête » et dans « L'ostensoir ». Le profit, le gain et l' avarice qui mènent le monde dans « Elise et le capitaine fou » ou certains personnages dans « Le magot de Tonton Lom ». Une touche de fantastique, mais aussi une mise en garde dans « Le fantôme de minuit moins le quart », la nuit tous les chats sont peut-être gris, mais quand le souffle du chauffeur vire au vert, la nuit risque d'être d'un noir absolu.....
L'écriture est toujours très simple, mais en aucun cas simpliste, ce qui rend la lecture facile et donc agréable bien que le propos soit parfois moins souriant que dans « Le gros Lot ». Comme pour ce dernier les illustrations sont de Rozenn Failler, la fille de l'auteur.
Extraits :
- Comment appelle-t-on un homme qui surgit brusquement au bout de 40 ans !
- Et si ce n'était pas du sommeil du juste, je vous prie de croire que cela lui ressemblait bougrement!
- À l'époque, pour devenir  « quelqu'un », il convenait d'entrer dans l'Administration.
- Que serait devenue la paroisse sans Mlle de Bolbeck maintenant qu'il n'y avait plus d'enfants de choeur ?
- Ou dois-je vous conduire, belle demoiselle ? demanda-t-il avec emphase.
Je vous le dirai, fit-elle évasivement.
- Derrière lui s'empressaient les chanoines, avec leurs mines de courtisans dodus......
- Contre cette folie, les vaches ne savaient pas se défendre. Les arbres encore moins.
- Depuis, le carrefour n'est plus que le croisement bête de deux rubans de bitume.
- Ya.
Dans sa tête c'était du breton, mais ce Breton-la, les Allemands le connaissaient.
-... il était rentré au village pour, comme dit le poète, « vivre avec ses parents le reste de son âge ».
- maintenant que le magot de Tonton l'homme allait lui échoir, elle consentait à trouver quelques qualités au défunt.
- L'héritière, sa fille et le banquier (Ne dirait-on pas le titre d'une fable de La Fontaine?) s'en furent donc en délégation chez le notaire......
Éditions : Éditions du Palémon (2008)
Autres chroniques de cet auteur :
Le gros lot
Les Bruines de Lanester (Mary Lester).

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20 novembre 2008

POULIQUEN Louis / Mon vieux grenier en Bretagne

CHRONIQUE N° 600.

Mon vieux grenier en Bretagne.
Louis POULIQUEN.
Note : 5 /5.
Aux temps anciens, dans le vieux pays.
Ayant fait la connaissance de cet auteur à Carhaix et ayant trois de ses livres dans ma bibliothèque, j'ai d'un seul coup eu envie de les lire. Ce titre estampillé « Récits » sert de lien entre un homme et ses cinq petites-filles, « Les mignonnes » si bien nommées. Louis Pouliquen est né en 1933 à Saint-Thégonnec (Finistère) dans une famille de gens de la terre. Médecin il passera une grande partie de sa vie à Paris. Il commencera sa carrière d'écrivain à 57 ans.
Vingt récits donc se rapportant soit à un fait, soit à un souvenir, des tranches de vie bien ordinaires, mais des moments magiques pour ceux, qui comme moi, ont connu ce genre de situations.« Le champ du cheval », un homme laboure un champ, il est avec ses chevaux, ses complices depuis des années. Au loin un train passe, l'homme le prendra tout à l'heure. L'exil, Paris, les souvenirs remisés au grenier. Remisés seulement, pas enfouis, ni oubliés, mais toujours vivaces. Dans « Je l'ai retrouvé », il nous explique que ce grenier n'est pas forcément un lieu, mais parfois un coin de sa mémoire!« Ar Mignoned » nous raconte un dimanche en famille, la messe du matin, le repas, puis enfin le repos, les visites, les recherches pour savoir si les gens qui partagent la tablée sont de la famille ou pas? Les friandises achetées à l'épicerie du village, dont la patronne arbore fièrement sa coiffe. Autres rites, la visite aux champs, pas pour travailler, mais par respect de la terre. Peut-on aimer la terre perché sur un tracteur avec un walkman sur les oreilles?
Les titres des chapitres m'évoquent pleins de souvenirs dans mon grenier personnel.
« Les ciels », oeuvre d'art en perpétuel changement ; « Les noms propres » au son souvent rocailleux ; « Le Diable et le Bon Dieu », cela représente quoi pour un enfant :
- « Bref, le Bon Dieu repoussait, le Diable attirait. Rien n'était simple ». « Le Diable parlait le français », ce qui laissait les petits bretonnants perplexes ! Et la querelle des écoles!
Car le mot guerre est réservé pour les chapitres suivants : « La guerre » et  « La guerre toujours ». Les divers occupants , anglais, allemands, divers peuples d'Asie et les américains, enfin pour ce qui sera « Le Livre de la Diaspora » et la fin du vieux pays. Le monde moderne balbutiant entre dans la danse, les traditions reculent, s'effacent et disparaissent.
« Des métiers qui ne sont plus », Ar Pilhaouer, le chiffonnier est la traduction la plus proche, marchant ambulant. Le tueur de cochon qui officiait de ferme en ferme, menuisier, forgeron, maréchal ferrant, etc... « Les battages », dur travail, mais fête merveilleuse. « La langue du vieux pays » commence par cette phrase :
- Ce fut bien avant la guerre que celle qui fut déclarée à la langue de chez nous débuta.
« Les veillées », derniers soubresauts d'une civilisation qui se meure, et plongée dans l'histoire d'une famille.
Aline, Louis-François, les parents, Julie, Anne et Camille, Sophie et Agathe « Ar Mignoned ».
Les anciens aux noms fleurant bon la Bretagne, Chin Yvon ar Cosquer, Albert ar Kerlivit, Saïk ar Chapel, Diaoul Kamm, Job, Françan, Françis, Louis et tous les autres. « An Tad » littéralement « Le père », le conteur, la mémoire vivante de la famille. Patriarche imposant, mais plein de sagesse et de malice, Yves, le dompteur de vent!
Un très beau livre qui, sans aucun passéisme, nous met en phase avec un monde perdu. Les séquelles du remembrement ont transformé la topographie bretonne, adieu bocages et chemins creux, adieu broussailles et talus. Le profit avec la complicité d'une partie de la population est passé par là.
Reste la culture, pas maraîchère, l'autre, celle que nous avons en nous. Même si toutes les tentatives pour la sauver ne sont pas exemptes de reproches, elle existe. Un exemple m'a beaucoup touché : il y a quelque temps, un adolescent attendait le bus, il portait un tee-shirt noir à l'effigie d'un groupe de hard-rock, mais il avait sous le bras un biniou décoré des drapeaux breton et irlandais. Jeune homme, si vous me lisez, je vous remercie.
Un livre qui se veut un hommage à un art de vivre, et aussi que l'on rende justice à un monde dont la disparition a été programmée en même temps que celle de sa langue.
Merci Monsieur Pouliquen pour cet énorme coup de coeur.
Extraits :
- C'est le temps de l'inventaire.
- La plaine à pleurer ou à se révolter.
- Et durant le sermon du haut de la chaire nous étaient versés ces mots : breudeur kaer, mignoned kaer, chers frères, chers amis.
-...nous étions tous cousins. A la mode de chez nous.
- C'est dimanche aujourd'hui, au vieux pays.
Il a perdu ses habits de dimanche.
- Ploucs, disait-on à la ville et je fus traité de fils de ploucs. Pour cette injure et pour eux, souvent, je me suis battu.
- Nous entrions dans les mois noirs.
- Raconte-nous, Grand-Père, les chemins creux...
- Et la langue de France, car elle aussi est sortie vainqueur de ce combat.
- Débutèrent les années de la grande diaspora bretonne.
- « Encore un coup à boire.... Du gwin ruz pardieu, et le verre à ras bord...! »
- Derniers soubresauts de la résistance, ou premiers succès de la reconquête?
- Alors sans télévision notre soirée était merveilleuse!
- La mer était une étrangère à ce peuple de paysans.
Éditions : Coop Breizh (2001)

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31 octobre 2008

CROSS Eric / Le Tailleur et Anstie

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Le Tailleur et Anstie.
Eric CROSS.
Note 4 /5.
My Tailor is rich......
Eric Cross, est né en 1905 et décédé en 1975. Ce livre a une histoire à part dans la littérature irlandaise. Paru en 1942, il est censuré dès sa sortie, car il écornait allégrement certaines idées catholiques et il démystifiait également une mythologie celtique très passéiste. L'introduction est de Frank O'Connor (et ici ) qui eut lui aussi quelques soucis avec les autorités pour sa traduction du poème de Brian Merriman « The Midnight Court »(1945). Dans cette préface O'Connor nous prévint et nous comprenons le motif de cette interdiction :- « Elle et le Tailleur considéraient les rapports sexuels comme le sujet le plus divertissant de la conversation courante ; un trait dominant de la vie en Irlande gaélique qui subsista jusqu'à dans sa jeunesse , avant de commencer à disparaître avec l'acceptation de la langue anglaise ».
Un couple de gens qui semblent ordinaires, plutôt âgés et qui vivent dans un endroit retiré d'Irlande, laissons l'auteur parler :
- «  Dans le hameau de Garrynapeaka, le canton d'Inchigeela, la paroisse d'Iveleary, la baronnie de Muskerry, le comté de Cork et la province de Munster » D'un seul coup on imagine l'endroit, et la joie de ses hivers! Restent les contes et les veillées, avec des histoires plus abracadabrantes les unes que les autres!
La photos de la couverture nous fait découvrir un couple ridé, mais goguenard, mélange de fausse naïveté, mais de vraie roublardise. Compromis entre le paganisme ancien des gaéliques, pour qui la religion n'est pas une contrainte, mais une chose acceptée mais avec laquelle il est possible de faire des arrangements personnels sans que cela pose de problème.
Ne cherchez pas dans ce livre un roman quelconque, ici c'est plus une succession de petits riens de la vie quotidienne, les tâches de chacun et le rythme des saisons. De la tonte du mouton à la confection des habits. La récolte du lin, son traitement et la future chemise qui suivra un homme la plus grande partie de sa vie.
L'auteur par le truchement du « Tailleur » aborde tous les problèmes d'une société irlandaise pas très assurée sur ses bases, coincée entre un passé récent très douloureux, une église toute puissante et un avenir incertain. L'éducation, la langue, l'immigration sont des sujets de  mécontentement du « Tailleur » pourquoi faire des enfants instruits s'ils ne savent pas reconnaître un taureau d'une vache. Des réflexions parfois surprenantes après une séance de cinéma, son jugement sur les actrices d'Hollywood est le suivant : Jolies mais trop maigres, elles ne doivent pas manger à leur faim! Les souvenirs de jeunesse, les années d'apprentissage dans différentes villes d'Irlande de Cork à Belfast, puis à Glasgow. Les veillées funèbres étaient l'occasion de retrouvailles, et également de boire un peu plus que de raison, et pourquoi pas en organiser même si le mort est encore vivant! Et tout cela pour faire plaisir à un Anglais! Un chat aussi a droit à des funérailles et au respect des vivants. Une autre histoire savoureuse , Tim est ami avec le sergent qui représente l'autorité irlandaise, celui-ci doit chercher le « poteen » (alcool clandestin) qui circule librement dans le village et également chez le tailleur. La solution entre deux personnes de bon goût? Boire l'alcool en premier et commencer les recherches après! Ce qui fut (de chêne) fait!
Tim Buckley le tailleur et Ansty, son épouse, apparaissent comme deux êtres que tout oppose, lui est handicapé et lymphatique, elle est vive et toujours en mouvement, passant d'une charge domestique à une autre. Lui est enjoué, volontiers hâbleur. Il est instruit parlant le gaélique et l'anglais, écrivant également dans les deux langues. Il fut un grand tailleur, mais il n'exerce pratiquement plus, bénéficiant d'une pension, ce qui l'amuse beaucoup. Il aime traîner au lit le matin, bref un philosophe de la campagne. Bien sûr le bavardage est sa principale activité qu'il pratique en surveillant « La Vache », c'est un homme connu et respecté et ses amis sont nombreux et les visites aussi. Il a quelques taches ménagère également, il baratte le beurre toutes les semaines, nettoie les oeufs (en tirant sur sa pipe) quand c'est nécessaire et remonte l'horloge tous les jours. Les amis sont nombreux, Jerry, le sage un peu fou ou le fou plein de sagesse, ou encore Seamus Murphy, le sculpteur, compagnons de discussions sans fin.
L'écriture est à l'exemple des personnages simples, mais lyrique et vivante. On sent une perpétuelle recherche entre le mot juste mais pas savant car le Tailleur est un érudit, sachant écrire par exemple. Mais avec des lacunes surtout pour les adresses, qu'il ne met pas forcément dans le bon ordre, ou alors parfois il met son nom et son adresse sur l'enveloppe! Un solide sens de l'humour et de la dérision, mais aussi la tristesse de savoir que le Tailleur et Ansty assistent à la fin d'une époque et aussi au crépuscule d'une civilisation qui était la leur. Que reste t-il de l'Irlande aujourd'hui? Les contractions de mots et injures gaéliques se retrouvent dans les dialogues très souvent savoureux et empreints d'une grande sagesse. On cherche vainement à l'heure actuelle quelle raison a poussé les autorités à censurer ce livre!
Un petite remarque pour signaler que la traductrice de ce livre est Joëlle Gac, qui a également traduit « Peig, autobiographie d'une grande conteuse d'Irlande ». Ses connaissances de la civilisation gaélique sont un gage d'authenticité.Un livre souvenir dans la lignée de « Peig » ou de « L'homme des îles » de Thomas O' Crohan avec l'insularité en moins.
Un dernier mot pour remercier les Éditions Keltia Graphic pour avoir édité ce livre.
Extraits :
- Mais nous étions tous trop innocents pour nous douter de l'effet produit par le livre sur le gouvernement bien élevé de monsieur De Valera. Il fut mis à l'index pour « tendance licencieuse ».
- Sa lecture ressemble à une longue traversée à la nage dans les égouts.
- Humain d'abord. Ensuite, et ensuite seulement, Irlandais, catholique et tailleur.
- Mais le travail restera accessoire à la conversation.
- D'emblée le Tailleur vous salue chaleureusement. Pas Anstie.
- Sa vie est une succession de tourments. Elle est à la merci d'événements les plus anodins.
- Le Tailleur commence par pêcher les mouches qui auraient pu se noyer dans la bouteille.....à quelle adresse il fallait expédier le courrier.
- « Tu n'as qu'à l'adresser à Micky Sullivan, Montagnes Rocheuses, Amérique ».
-...car Anstie et le Tailleur, s'ils sont l'avers et le revers d'une médaille sont faits du même métal.
- A l'époque, les souliers n'avaient ni pied droit, ni pied gauche. Les deux faisaient le même office.
- Une preuve irréfutable, mais qui n'eut pas entièrement satisfait Euclide.
- Il n'y a plus de cause nationale à défendre, plus de Parnell ni de William O'Brien.....
-« Prends le monde comme il vient, lui te prendra comme tu viens »
- « Elle compte aussi une classe d'individus terriblement acharnés contre les catholiques et connus sous le nom d'orangistes ».
- La Mort cède la place au Temps.
Éditions : Keltia Graphic (2008).
Titre original : The Tailor and Ansty. (1942)
Hubert Nyssen parle de ce livre ici

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29 juin 2008

SANDS Bobby / Un jour dans ma vie (Ecrits de prison)

Un jour dans ma vie.
(Écrits de prison).
Bobby SANDS.
Note : 4 / 5
Tiocfaidh àr là*
5 mai 1981, la nouvelle que tout le monde redoutait est tombée. Bobby Sands est mort ! Il sera le premier d'une longue série de grévistes de la faim irlandais.
Ce livre nous parle d'une facette de Bobby Sands que l'on connaît beaucoup moins, l'écrivain ! Sands est bien sûr un écrivain très engagé, ce livre est une oeuvre de protestation et de dénonciation. La préface est de Gerry Adams, chose qui semble naturelle et l'introduction de Sean McBride, Irlandais, l'un des fondateurs d'Amnesty International et prix Nobel de la Paix en 1974, dont le père fut fusillé par les Anglais en 1916. Il ne faut pas oublier qu'au moment de sa mort Bobby Sands était député.
Ce livre contient une vingtaine de récits, le premier d'entre eux donne son titre à l'ouvrage et c'est également le plus long. Bobby Sands nous parle des conditions de détention de prisonniers républicains dans le bloc H de la prison de Maze (Long Kesh). Les autorités ont supprimé leur statut de prisonniers politiques aux membres de l'IRA, leur refusant par la même occasion le droit de porter leurs propres vêtements. Commence alors une protestation des détenus républicains qui se terminera par la mort de 10 hommes.
La vie pour les républicains dans la prison de Maze est une longue suite de brimades, de passages à tabac et de vexations en tous genres. Les conditions de détention sont inhumaines, les fenêtres n'ont pas de carreaux. Par jeu, les autorités décident de laver les murs au jet, inondant les cellules, détrempant les couvertures et matelas. Les matelas pourrissent et regorgent d'asticots. Les fouilles à «  l'anus » sont une forme très prisée d'humiliations, le vol de nourriture dans les rations des prisonniers est également monnaie courante. Les prisonniers organisent des cours de gaélique collectif dans leurs cellules quand les gardiens déjeunent, ce qui les rend méfiants car ils ne savent jamais ce dont parlent les détenus. Les petits bonheurs, une photo d'une manifestation rentrée clandestinement, un colis ou un courrier censuré qui arrive, la visite mensuelle au parloir. Un peu de tabac passé au nez et à la barbe du personnel de la prison, les nouvelles qui circulent venant de l'extérieur.
Trois poèmes dont « Chère Maman ». Dans un très beau texte « Des fleurs, mes amis, des fleurs » Bobby Sands rend hommage aux femmes d'Irlande et en particulier aux prisonnières d'Armagh, en les comparant aux fleurs :
-« Femmes irlandaises, qui contrairement aux fleurs dans la nature refusent de plier devant un vent étranger.. »
La suite est composée de courts récits, dont le dernier « Mars 1981 » est la narration qu'a fait Sands des 17 premiers jours de sa grève de la faim qui durera 66 jours..
Les personnages sont à classer en deux catégories, les prisonniers républicains, irlandais et catholiques, les gardiens britanniques et protestants. Le moins que l'on puisse dire est que la haine est omniprésente entre les deux !Certains matons particulièrement sadiques furent abattus par l'IRA. L'amitié et l'entraide seront sans cesse une force pour remonter le moral des détenus dans cet univers particulièrement dur et sectaire.
On trouve quelques phrases qui expliquent l'apparente incompréhension des Britanniques vis-à-vis des Irlandais, un journaliste anglais parle de toutes les possibilités dont l'Angleterre a usé et abusé en Irlande, il parle de « génocide » et il reconnaît que rien n'a marché. Il conclut par « La seule (possibilité) que nous n'avons pas essayée est le retrait total et sans condition ».Que reste-t-il de tout cela plus de vingt-cinq ans après ? Sean Mc Bride dans son introduction écrit ce qui suit :
« une telle solution ne serait envisageable que si la Grande Bretagne renonçait enfin à tout prétention de souveraineté dans cette île ».
Or c'est l'inverse qui s'est passé, la République d'Irlande a retiré de sa constitution l'article qui stipulait sa souveraineté sur l'ensemble de l'île ! Une paix relative semble régner mais....
J'ai été agréablement surpris par la qualité de l'écriture de ces textes, qui furent très légèrement remaniés.
Extraits :
- Trois tortionnaires primaires-et ils seraient ici toute la journée.
- Les matons n'aimaient pas que l'on emploie le gaélique. Cela les éloignait, leur donnait l'impression d'être des étrangers et les gênait même.
- Je ne pense pas que les Brits soient très contents en ce moment, fiston, avec tout le XXXXXXXXXXXXXXXXX (censuré).
- Autrement dit, ils vont le tabasser pour la troisième fois de la journée.
- Sans verres aux fenêtres, il n'y avait rien pour nous protéger.
- Qui le croirait si on disait que l'on passait l'été à ramasser des asticots pour nourrir les oiseaux?
- Et encore ce silence de tombe mortuaire. La tension suspendue comme une guillotine.
- ...l'un d'eux se mit à frotter vigoureusement avec une brosse à chiendent mon dos déjà en lambeaux.
- Et moi ? Je resterai toujours le même - un Irlandais luttant pour la liberté du peuple opprimé.
- Mais regarder un pot de chambre immonde ou quatre murs sales et puants ne fait qu'aggraver la déprime.
- Lundi 2 mars : J'ai vu le médecin et je fais 64 kg. Je n'ai pas de problème.
- Mardi 3 mars : 63 kg aujourd'hui et alors ?
- Samedi 7 mars : Je fais 61 kg aujourd'hui. En baisse.
- Lundi 9 mars : Je vais bien et mon poids est de 60 kg.
- Jeudi 12 mars : Je fais 58, 75 kg.
- Mardi 17 mars :Mon poids était de 57, 7 kg. Rien a signaler point de vue santé.
Éditions : Gatuzain.
Titre original: One day in my life. Writing from prison. (1983).
* Notre jour viendra

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19 décembre 2007

LE BOHEC Jeannette/ Les patates au lard.

Les patates au lard.
Jeannette LE BOHEC.
Note : 4,5 / 5.
Un autre monde*
Durant les années 1930, Jeannette Le Boher va passer ses vacances chez ses grands parents. Elle raconte avec candeur sa vie toute simple avec toutes les petites peines mais aussi les grandes joies d'une enfant de l'époque dans un milieu rural.
Habitant Perros-Guirrec, Jeannette Le Bohec, ainsi que ses soeurs passent leurs vacances au Réchou, près de Plounérin. Si seulement à peu près quarante kilomètres séparent les deux lieux, ce sont deux endroits foncièrement différents. Perros est au bord de la mer, l'activité touristique balbutie mais amène un travail saisonnier. Les parents restent travailler en ville, les enfants vont chez leurs grand-parents, à l'intérieur des terres. Dans un monde qui vit ses derniers jours. La religion est encore très présente et chaque jour se termine par la prière du soir. Les travaux des champs rythment la vie, les jeunes filles s'occupent des vaches, comme si tout cela était naturel. La famille est pauvre, mais les années de misère noire sont révolues. Mais une stricte discipline est exigée de chacun.  Les fêtes villageoises qui suivent les moissons sont des moments de joie partagés par tous, tout âge confondu (ce mélange des âges est encore une réalité en Bretagne).Les croyances et superstitions sont encore fortement ancrées chez ces gens simples. Le journal une fois par semaine, et les commerçants ambulants sont les seuls liens avec le monde extérieur.
Il y a un chapitre à déguster sans modération "Devant les pilligs"; que de souvenirs!
Parfois c'est la "Guerre des boutons" version bretonne, avec des joutes oratoires avec les "Kerneo" honnis. Depuis très longtemps visiblement, les Cornouaillais ont une mauvaise réputation dans le Trégor, pourquoi, nul ne le sait de manière précise! Mais c'est comme cela!
Le problème de la langue amène des situations douloureuses comme ce père veuf dont le fils aveugle est confié à une institution parisienne, l'homme ne parle que le breton, l'enfant que le français. Toutes leurs conversations passent par la fille bilingue.  Mais petit à petit les jeunes partent, le déclin est amorcé. L'auteur nous donne les chiffres suivants : en 1930, il y avait au Réchou, une soixantaine de personnes dont de nombreux enfants et adolescents. En 1987, ne vivaient plus, à l'année que treize personnes dont six aux environs de 60 ans et trois autour de 80 ans.
Mamm-goz (la grand-mère) personnage sacrée de mon enfance. Ce qui m'émeut, c'est que sur une photo de famille, ma grand-mère et ses soeurs portent le même costume et la même coiffe que la grand-mère de l'auteur. Quarante kilomètre séparent Ar Réchou où se déroule ce livre et Langoat où est née ma grand-mère.
La famille au sens élargi, cousins et cousines jouent et font ensemble les quatre cents coups. 1936 et les congés payés vont en partie réunir les "Parisiens" et les autres. Dans mon cas, les vacances en Bretagne étaient une suprême récompense après une année en banlieue parisienne. Évidement qu'entre les années 1930 et 1960, les choses avaient évolué mais pas foncièrement dans la structure familiale, les cousins étaient souvent là. Dans la ferme à côté de chez ma grand-mère il y avait des vaches, au bout d'un chemin quelques retenues d'eau avec des crevettes, et parfois on ouvrait une bouteille de cidre.
Une écriture simple comme, et c'est normal, si une enfant racontait sa vie. Les textes sont émaillés de mots bretons que je retrouve par-ci par-là. Et aussi quelques gestes comme faire une croix avec son couteau avant d'entamer un pain. Croix que ma mère fera jusqu'à sa mort même à plus de mille kilomètres de la Bretagne.
Un ouvrage très agréable avec juste ce qu'il faut de nostalgie sur une époque révolue.
Trois mots scelleront le trois septembre 1939, le sort de la Bretagne traditionnelle "Ar brezel zo!**"
Extraits:
- La prière bretonne monte dans la nuit d'été, avec l'alternance du solo menu de la récitante et du choeur sonore des répondants.
- C'était aussi cela la vie, impitoyable pour les pauvres et, plus encore, pour les isolés au fond de leur campagne.
- Une miche de pain ne s'entame pas sans être sanctifiée par un signe de croix tracé au couteau sur sa base.
- Mais c'était un évêque qui avait beaucoup à se faire pardonner : il ne connaissait pas le breton.
- La terre y est si pauvre que même les ajoncs restent nains.
- Mais une fillette de sa condition, devait à douze ans, commencer à gagner sa vie.
- Ce n'est pas compliqué : il faut traduire en français ce que mamm-goz énonce en breton.
- Je ne lui savais pas un timbre de voix si clair et un accent breton si peu accentué.
La fréquentation des touristes aurait-elle à ce point entamé son authenticité?
Éditions : Editions du Liogan.
* Titre du premier chapitre.
** C'est la guerre

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12 juillet 2007

BELLEC Hervé / Demain, j'arrête d'écrire

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Hervé BELLEC
Demain, j'arrête d'écrire.
Note : 4 / 5.
Ce serait dommage.
La quatrième de couverture parle de "Mots de billets" pour ce livre.
Des écrits posés ici ou là sur du papier, graves, tendres ou puérils.
Ce qui passe par la tête d'un homme un jour ou l'autre pour peu qu'il observe ses contemporains.
Pour cet été sur les plages bretonnes, prenez ce livre il permet de ne pas bronzer idiot
il se lit très bien, et en plus vous aurez l'air d'un autochtone.
Cet ouvrage commence par un texte appelé Roc'h Trédudon" qui me rajeunit et me fais sourire, le 14/02/1974, l'émetteur situé dans les Monts d'Arrée, sautait provoquant un éclat de rire pour certains et privant une partie de la Bretagne de télévision.
Du souvenir du premier baiser au chagrin ressenti pour faire piquer la vieille chatte devenue acariâtre et surtout trop malade, tout un flot d'émotions parcoure ces textes.
"La chanson des vieux amants" est une très belle chanson de Brel, c'est aussi un très court texte désopilant mais plein de tendresse et d'amour figurant dans ce livre.
De la poésie paysanne dans "L'arc en ciel" à l'exhibitionnisme des villes dans "Muselières" le constat n'est pas flatteur pour ces dernières.
L'hommage à Xavier Grall et à ses billets dans "La vie" dont l'auteur dit "C'était comme un souffle d'air frais".
"Made in Ireland" ou comment perdre ses illusions ou avoir l'impression d'être pris pour un pigeon!
Des "Rêveries" disons masculines, un feu rouge à Gourin, le seul sur 100 kilomètres pour Hervé Bellec sur la route de Guémené sur Scorff. Un jour un magasin ferme, tous les hommes se retrouvent comme des andouilles! Et la route paraît plus longue.
"Régis" aussi est un rêveur, il préfère dessiner (et bien d'ailleurs) des femmes nues que de s'occuper de la Constitution de 1791. Malheureusement c'est durant le cours d'histoire, pas pendant celui de dessin.
L'auteur et son entourage, des gens que l'on peut rencontrer au coin de la rue, un homme et une femme paniqués par un appareil photo dans un bar, sont les personnages de ce livre.
Cette dame, la soixantaine venant qui entame une correspondance qu'elle espère amoureuse sur le net, car son mari semble la délaisser ? Le dragueur de mauvais goût dans le train dont la voix insupporte tout le monde, et donne des envies de meurtre à tous les hommes présents!
"Mimosa" est une connaissance d'école, travesti, il fait carrière à Paris. Le sida l'a emporté. Une pensée parfois ne coûte rien.
"Le Scorff" (j'habite boulevard du Scorff, à Lorient) en fin de parcours de cette rivière. Des fois je me dis que j'aimerais mieux habiter à la source dans le calme de la Bretagne profonde.
Des tranches de vie, des brèves de Breizh et d'ailleurs, ou comment réfléchir et donner à réfléchir sur des situations de la vie de tous les jours.
Je ne peux qu'avoir de l'estime pour un homme qui dit en parlant de sa mort:
"Dans le même temps j'écouterai une fois de plus l'album "Harvest" de Neil Young. C'est sur le dernier morceau-Words- que je m'en irais".
Extraits:
- Parfois, j'ai envie d'arrêter d'écrire comme certains essayent de renoncer à la cigarette.
- Elle est venue pour m'interviewer, mais c'est d'elle dont elle parle.
- Notre haine est d'une courtoisie à toute épreuve.
- C'était LE centre de gravité de la Bretagne, le "Bagdad Café" de la route 66.
- Non, pas plus d'érotisme ici que dans une succursale d'une agence nationale pour l'emploi.
- Parfois j'en ai assez de vivre dans une rue où la chaussée est sans cesse labourée par d'arrogants 4X4 conduits par des riches tandis que le trottoir est arpenté de long en large par la ronde des chiens de combats que les pauvres tiennent en laisse.
- Faut pas se leurrer! Chez les écrivains, on trouve à peu près la même proportion d'abrutis que de gens bien que dans tous les autres corps de métier.
- Je vais à Spézet en passant par le Michigan et le Montana. Je suis le roi de la Prairie.
- Je serre les fesses, que fait-on des écrivains en mal d'inspiration?
- Tant mieux, ma part de rêve reste vierge.
- Je n'aime pas trop les Parisiens, surtout quand ils vous rappellent que vous n'en êtes point.
Éditions : Coop Breizh
Autres chroniques de cet auteur :
La nuit blanche .
Un bon Dieu pour les ivrognes.
Félicté Grall

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08 novembre 2006

ANONYME Chinois / Le vendeur d'huile qui conquiert....

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Le vendeur d’huile qui conquiert Reine de beauté
Anonyme chinois.
Eloge de la prévenance.
Note : 4/5
Si j’en crois la préface, et pourquoi ne pas la croire, l’auteur de ce court livre (80 pages)vivait au début du XVIIème siècle.
Pendant une invasion des Tartares, Yoaqin (Luth d’agathe) est séparée de ses parents. Très jeune, 11 ans au début de ses aventures, elle est instruite et surtout très belle (ce qui, dans ses temps troublés, arrange souvent les choses). Elle rencontre un ancien voisin, Bu Qiao, personnage peu recommandable, qui sous prétexte de retrouver sa famille la promène dans une grande partie de la Chine. Mais Yoaqin devenant de plus en plus belle, l’argent de plus en plus rare, Bu Qiao la vend à Mme Wang, patronne d’une maison de tolérance, qui la rebaptise Wang Mei, Wang la jolie qui devient Meiniang "jolie demoiselle".
Après quelques considérations hautement philosophiques, mais aussi très vénales, sur l’âge de la "défloraison" dans les maisons de tolérance de l’époque, la propriétaire des lieux qui est une dame patronnesse, et non pas la directrice d’une œuvre de bienfaisance, vend la première nuit de Yoaqin, mais préfère l’enivrer avant.
Suite à de longues, mais intéressantes dissertations sur le mariage, notre charmante demoiselle, après une période de bouderie, se lance à corps perdu dans son travail. Et à corps perdu, c’est à corps perdu.
Faisons connaissance du marchand d’huile :
Abandonné par son père, jeté à la rue par sa famille d’adoption, il réussit dans le commerce des huiles. En livrant Mme Wang, il aperçoit Meiniang. Economisant sou par sou, il va pouvoir passer une nuit avec sa dulcinée, moment qu’il attendra près d’un mois et pour voir l’élue de son cœur arrivée ivre. Par sa gentillesse et son amour insensé, il va conquérir l’amour de sa belle, ils se marièrent et eurent 2 enfants.
Yoaqin, prototype de l’orpheline pour des siècles à venir, Qin Zhong, lui est le prototype du brave gars, qui prouve que quand on veut, on peut. Mais tout cela est écrit d’une manière plus posée que la mienne.
L’écriture a ceci de particulier, que certaines phrases débouchent sur de la poésie qui semble compléter ou finir la dite phrase :
-C’est ainsi :
"Quand le sort est contraire, l’or perd son brillant ;
Mais que tourne le vent, le fer même étincelle"
-Ainsi réconfortée, Yaoqin se rendit de bon cœur chez Mme Wang.
"Ah, qu’il est triste de voir la perle des filles
Tomber dans les filets de la galanterie".
-Trouver un homme qui fût digne de son affection, mais ce n’était pas chose facile car :
"Les trésors les plus précieux sont sur ton chemin,
Mais hélas, l’amant parfait n’est pas pour demain "
Malgré l’histoire un peu à l’eau de rose(à l’eau de lotus parfumé !), j’ai bien aimé ce livre pour l’écriture et un certain humour surtout concernant le mariage.
Un dépaysement intégral, de mœurs, d’époque et de continent.
Bref, la lecture quasiment parfaite pour un après-midi d’automne, surtout quand l’évasion est à portée de bourse. Une philosophie de boudoir qui semble ne pas avoir pris une ride.
Extraits :
-Comme chacun sait, il n’est pas de bon récit sans coïncidence.
-Une fois qu’elle est déflorée, on peut commencer la moisson. Dès lors nous attendons de chaque jour nouveau sa récolte de bénéfice.
-"Venons-en au mariage réussi. C’est quand une fille est sur le déclin et dont les charmes s’estompent rencontre un célibataire d’âge mûr dont elle partage les goûts".
-Puis qu’il n’est pas de mon sang et qu’il n’a pas d’attachement profond, qu’il s’en aille.
-Sous le choc il resta comme ensorcelé, sans pouvoir bouger. Dans son ingénuité il ignorait tout de la vie galante.
-Qu’une fille aussi ravissante soit tombée dans une maison close, n’est-ce pas malheureux.
-En passant la nuit auprès de vous j’ai réalisé le rêve de ma vie. Comment oserais-je encore avoir de folles pensées !
-Beaux messieurs faisant assaut de galanterie,
Vous ne valez de loin maître Qin dans vos soins.
Titre d’origine : Maiyou Lang du zhan Huakui.
Traduit du chinois.
Editions Philippe Picquier.

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24 octobre 2006

BIZIEN Marie -Claude / Au bonheur du Clos

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Au bonheur du Clos.
Marie-Claude BIZIEN.
Note : 5 / 5.
Le bonheur est dans le livre.
Que dire de ce livre sans tomber dans des superlatifs qui seraient pourtant mérités ! Un couple, une "penn-ti*" des promenades dans les îles bretonnes et du bonheur.
La narratrice et son mari viennent d’acheter une petite maison abandonnée, alors commence un long chemin d’espoir et aussi de déceptions. Car, en tout premier, il faut défricher l’espèce de forêt vierge, qui a poussé pendant toutes ces années. Et comme le travail est rude, les corps souffrent. Mais au bout de trois semaines d’effort, un voisin se présente et leur dit "on voit que vous savez travailler la terre". Le labeur ne manque pas, l’eau si, un sourcier est appelé en renfort (le " débarquement " du dit Roro est un passage d’une drôlerie à la hauteur du personnage), un coup de gros-plant plus tard, il est décidé de voir cela par la suite. L’arrivée de Kiki, chien de la famille, moitié maçon, moitié architecte, contrariera les plans du jardin, mais enfin, c’est Kiki. La famille vient voir l’acquisition et goûter à la gastronomie bretonne (un petit échantillon?) :
-De crabes en langoustines, de moules à la crème en poissons succulents, de Kig a farz en Kouign amann, et en Plougastel aux fraises vermeilles sur Chantilly immaculée, l’union sacrée était réalisée.
Une visite dans les îles, Molène et son décalage horaire déroutant, Ouessant, les femmes en coiffe qui chiquent parfois. Mais la maison n’attend pas ; les travaux reprennent, monter un tas de bois pour l’hiver, l’équipe de maçons en dessous de tout, les hommes qui partent manifester à Paris, mais qui ne peuvent revenir suite à une grève des trains. Bref, c’est l’histoire d’une période de vie et de ses aléas.
Les personnages sont, comme on dit, " des sacrées gueules ", comme Roro, le sourcier qui est parti chercher de l’eau pour un parisien fortuné. La Bretagne et ses habitants, anonymes, fiers et secrets, dont les sobriquets étaient un mélange de gentillesse et de cruauté : "Chaussures à bascule" et son "joyeux compagnon ", rouge douze degrés. "Sucepine" dont le sens du balai devant la porte indiquait si elle était seule ou en galante compagnie.
Une écriture magnifique et des descriptions pleines de poésie :
-Ciel et mer, gris et blanc confondus, d’où n’émergeaient qu’une presqu’île fantomatique et les îlots noyés dans un brouillard d’eau !
Mais surtout, la langue et les tournures grammaticales bretonnes :
-"Pisque vous vouliez taleur du poisson, vous aurez un bar qui sortait de l’eau on vous a dégotté"
-"Allez Yec’hed mat ! Et tant pis pour tous ceux qui étaient pas là !"
En lisant cela, j’ai l’accent des anciens dans les oreilles et beaucoup d’émotion dans le cœur.
Des chroniques simples, la vie de tous les jours, dans un endroit où certaines valeurs perdurent encore.
Merci Madame Bizien, et merci à une dénommée Delphine de Lannion que je ne connais pas et qui m’a fait découvrir cette auteure.
*Penn-ti= demi-maison, au sens large petite maison.
Extraits :
-Mon petit bas de laine fut échangé contre une grosse clé rouillée.
-Petit refuge du passé aux proportions simples et parfaites, notre amour de penn-ti abandonné…….
-Bientôt les Adams et Eve vieillissant durent se dévêtir pour ne plus conserver sur eux que leur short par décence et leurs bottes par prudence.
-Trois superbes forces de la nature, auprès desquelles, Ben-Hur, Tarzan et Superman auraient fait figures de mauviettes.
-Un bâton à la main, chaussé de bottes, il avait le corps sec et droit, le visage régulier, ouvert et sévère à la fois propre aux agriculteurs du Léon.
-Nous les avions baptisé, Job et Yvonne, en souvenir d’un vieux couple adorable qui s’était toujours aimé d’amour tendre.
-Sur le seuil Terry me souleva dans ses bras. Je tenais dans les miens, bien serrée entre nous une boite à bonheurs. Toute simplette et si fragile…Nous l’avions trouvé au penn-ti.
-
Dans le Clos elle avait grandi. Elle était chez elle ici.
Edition Coop Breizh. (1998)

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