Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

28 juin 2009

FRENCH Tana/ Comme deux gouttes d'eau.


Comme deux gouttes d'eaux.
Tana FRENCH.
Note : 3,5 / 5.
Comme un Eire de ressemblance!
Encore un roman policier se passant en Irlande, en République d'Irlande cette fois. C'est dommage que j'ai commencé ce livre ne sachant pas que ce n'était pas le premier de la série, ce que je regrette, car l'auteur revient souvent sur le passé de Cassie. Enfin, cela me donne l'occasion de découvrir une nouvelle romancière.
Quand un soir, Cassie Maddox, inspecteur de police, est invitée à se présenter sur les lieux d'un crime, elle ne se doute pas de ce qui l'attend. Elle y découvre en effet le cadavre de son sosie, et chose encore plus étrange les papiers de cette femme décédée sont au nom d'Alexandra Madison! Cassie avait endossé cette identité il y a quelques années pour infiltrer un réseau de trafiquants de drogue! Opération dont elle n'était pas sortie indemne, ayant ensuite demandé sa mutation dans un autre service!
Mais chasser le naturel, il revient au galop, alors lorsque Franck, son ancien chef, lui propose de se faire passer pour la défunte, après quelques hésitations, elle accepte! Il semble que ce soit la seule solution, car les recherches sur place ne donnent rien! Les étudiants avec qui elle résidait semblent insoupçonnables. Une rencontre fortuite durant sa promenade nocturne et fatale paraît peu probable, elle n'a pas été agressée sexuellement et rien ne lui a été volé!
Et qui est réellement cette femme qui ne laisse rien derrière elle! La police pense à une étrangère, mais sans certitude. Un autre élément trouble la police, la victime était enceinte, donc il y a eu dernièrement un homme dans sa vie !
Alors après avoir étudié tous les documents en possession de la police, Cassie rentre au bercail, cette maison où l'attendent quatre personnes qui connaissent mieux Alexandra qu'elle ne la connaît! Et sûrement que toute erreur sera fatale ou pour le moins extrêmement préjudiciable pour elle.
Cassie Maddox est la narratrice et le personnage central de ce roman. Elle succombe au charme de cette utopie qu'est la vie dans ce manoir entourée d'étudiants brillants, mais aux études pour le moins surprenantes! Pourtant elle est là pour une mission bien précise, découvrir l'identité d'une femme et de la personne qui l'a assassiné!
Frank Mackey, son ancien chef de service, homme brillant, persuasif, pensant à tout, même au pire. Son épouse l'a quitté, car homme de devoir, sa vie de famille était devenue inexistante.
Sam O'Neil est également policier, est aussi petit ami de Cassie. Il voit d'un mauvais oeil l'intrusion de Frank dans leur couple, mais surtout il n'aime pas du tout le rôle d'appât que va jouer Cassie dans cette dangereuse substitution.
Rafe , Justin, Daniel, les trois mousquetaires sont unis comme les doigts de la main et Abby,est la seconde femme du château! Mais était-ce vraiment la vie de château? Sous le vernis, que restait-il de cette vie en communauté? Un idéal de vie, des amitiés sincères ou de la poudre aux yeux? Alexandra l'aurait-elle payé de sa vie, car elle, elle est vraiment morte et cela au moins une personne le sait!
Un roman plutôt classique, plus proche de Gemma O'Connor ou de Bartholomew Gill par exemple que de ses confrères Ken Bruen ou Sam Millar. Une oeuvre à l'ancienne, (sans que cela soit péjoratif), mais intéressante, seconde petite remarque, j'ai trouvé ce roman trop long!
Ce n'était pas non plus forcément pour moi le bon moment de le lire, mais je l'ai malgré tout trouvé intéressant et surtout il m'a semblé bien documenté, en particulier sur ces personnages que sont les infiltrés et la vie de dissimulation perpétuelle qui est la leur! Avec les risques énormes qu'ils prennent dans chaque mission.
Il est à signaler que Tana French, comme beaucoup d'autres auteurs irlandais, n'est guère optimiste sur l'avenir de son pays et des grandes villes de celui-ci.
Extraits :
- En 10 ans, Dublin a changé à une allure vertigineuse.
- Déjà, à la fin de mon séjour à la brigade, j'avais perçu, dans la ville les prémices de la démence. Tôt ou tard, nous nous trouverions confrontés à la boucherie.
- Des crimes aux racines profondes, typiques de la vieille Irlande, peu susceptibles de bouleverser un enquêteur aussi expérimenté que Sam.
- Ce fut la dernière fois que je la vis. Au cours de nos existences, nous ne nous étions trouvés face-à-face que 10 minutes.
- Voici ce qui définit l'infiltration : ni pitié ni ligne rouge. C'est pourquoi, entre autres, j'avais arrêté.
- Même pris à l'improviste, ces quatre-là piquaient la curiosité. Je sentais l'auteur du pain d'épices entre le cuir, j'entendais les cantiques en l'arrière-fond. Une vraie carte de voeux. Ils étaient trop parfaits. Virginaux, irréels.
- À l'inverse de mes compatriotes, dépossédés de leurs terres pendant des siècles, je n'ai pas l'obsession de la propriété.
- Hyland ! Quel nom grotesque ! grogna O'Kelly. C'est un pédé ou un connard d'angliche ?
- Les maisons qui datent de la grande famine parsèment toute la contrée, on ne les remarque même plus.
- Il était fort possible, en effet, que je n'en sorte pas vivante.
- Sam souhaitait tellement que ce fut l'un des quatre...
- Il s'y connaissait autant en médecine qu'un marchand de bonbons.
- Nous vous haïrons toujours, vous savez...
Éditions : Michel Lafon (2009)
Titre original :The Likeness.(2008).
L'avis de Cuné, ici, qui reporte à d'autres opinions.

Posté par eireann yvon à 11:56 - Littérature irlandaise - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

29 mai 2009

Fermé pour cause de salon de Penmarc'h.

affiche2009

Fermé pour cause de........(2)
Salon du roman policier et de la BD de
Penmarc'h.
Il y a quelques années j'avais été, mais de manière totalement fortuite, visiter ce salon. Ce week-end ce sera prémédité! Et joignant l'utile à l'agréable, nous passerons par la même occasion un peu de temps au bord de mer, comme si je n'étais pas toute l'année au bord de la mer!
Parait-il que l'assassin revient toujours sur les lieux de son crime! Je ne me rappelle pas avoir tué quelqu'un lors de mon dernier passage à Penmarc'h, ni ailleurs non plus entre parenthèses.
Beaucoup de rencontres en perspective, dont vous trouverez le détail sur le site du « Goéland masqué »(Cliquez sur Penmarc'h).
Cette année, Jean-François Coatmeur en est le président, et Gilles del Pappas, l'invité d'honneur. Maryse Rivière sera récompensée par le grand prix du festival pour son roman « Sous le signe de la souris ».
Ce grand prix récompense chaque année le premier roman d'un auteur Breton ou résident en Bretagne. Elle succède ainsi (je ne mentionne ici que les ouvrages que j'ai lus) à Isabelle Amonou, Gérard Alle, Claude Barthany et Yvon Coquil, lauréat en 2008.
J'espère une fois encore faire de belles rencontres, mais il n'y a aucune raison pour que cela ne soit pas le cas. Et puis les salons littéraires maintenant, je vais bientôt y avoir un fauteuil à mon nom! Et cette année, j'en ferai au moins deux de plus!
A bientôt.
Yvon

Posté par eireann yvon à 13:10 - Parlons-en ! - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

17 février 2009

AMONOU Isabelle / Morts fines à Morlaix

Morts_fines___Morlaix

Morts fines à Morlaix.
Isabelle AMONOU.
Note : 4 / 5 .
Le roman d'une famille.
Je ne connais pas du tout cet auteur, née à Morlaix et vivant près de Rennes. « Morts fines à Morlaix » est son premier roman. Un second « Fournaise » a été édité depuis.
Début mai 1968, nous sommes à Morlaix, un pharmacien est retrouvé mort. À cette époque où la province considère que Paris est à feu et à sang et que la guerre civile proche, la thèse du suicide arrange tout le monde, sauf une jeune inspectrice de police Françoise Levasseur. Alfred Lebreton, son épouse Pauline et leur fille Laura forment une famille apparemment sans histoires, membres de la bourgeoisie locale. Pourquoi chercher plus loin! Trente ans plus tard, l'affaire est oubliée, mais Pauline est retrouvée assassinée. Françoise Levasseur est encore en poste à Morlaix, et elle est toujours persuadée que la mort d'Alfred n'est pas due à un suicide. Thèse qui lui semble renforcée par l'assassinat de Pauline. Pauline avait embauché Michel Cotten, biographe, pour mettre de l'ordre dans ses mémoires. Elle dictait celles-ci, puis lui faisait parvenir les cassettes. Quelques-unes étaient prêtes avant sa mort, mais la police les saisit avant lui. Cela permet à Françoise de les écouter avec un soin très particulier, et petit à petit de connaître la vie de cette femme, qui ne fut pas aussi calme qu'on aurait pu le penser. L'enquête avance plutôt doucement. Du fait de ses activités, dans le journalisme et dans des clubs sociaux, Pauline rencontrait beaucoup de monde. Mais d'après une voisine, un homme venait souvent la voir les derniers temps. Après recoupements, il s'avère qu'il s'agit de Michel Cotten, est-ce son empreinte que la police a trouvée sur les lieux ? Un soir, il invite Laura au restaurant, et ose enfin le geste dont il rêve depuis des années. Il essuie une fin de non-recevoir des plus cinglantes.
Mais le proverbe dit que parfois femme varie...... Mais une autre question se pose : que sont devenues certaines des cassettes enregistrées par Pauline avant sa mort?
Michel Cotten est écrivain, mais d'un genre un peu particulier. Il gagne sa vie en racontant celles des autres . Il s 'essaye parfois à la littérature, romans et nouvelles, mais sans grand succès. La mort de Pauline lui rappelle des souvenirs parfois douloureux. Il était en effet très proche de Laura, sa fille. Mais la vie ne l'a pas épargné, il se remet doucement de problèmes d'alcool et de divorce. Ces différentes rencontres ne vont-elles pas de nouveau le faire retomber dans ses anciens problèmes.
Laura Lebreton, l'amour de jeunesse de Michel, est devenue un écrivain célèbre. Elle vit seule, et financièrement elle ne paraît pas avoir de problèmes particuliers. Et pourtant, son comportement est pour le moins déroutant.
Pauline Lebreton, sa mère, s'est remariée et est devenue journaliste, son second mariage s'est avéré rapidement une erreur, que l'on ne peut pas qualifier de jeunesse.
Albert Lebreton, pharmacien mort en mai 1968 : il était le symbole d'un homme qui avait réussi, devenant un notable apprécié dans cette ville du Finistère. Alors pourquoi cette mort, et pourquoi Françoise Levasseur a-t'elle des doutes sur la cause de ce décès ?
Thomas Lebreton est né après la mort de son père, il vend du sommeil à une clientèle aisée, il a peu d'estime pour sa mère et sa soeur et il semble abuser de certaines substances qui lui sont faciles d'accès.
Françoise Levasseur, l'inspectrice de police, se souvient du contexte de la mort de ce pharmacien. Les autorités avaient, semble-t-il, d'autres chats à fouetter que d'enquêter sur ce qui semblait être un suicide. Trente ans après, elle cherchera à faire la lumière sur le décès de son épouse. Avec Vincent son supérieur, alors que tout les oppose, ils cherchent, fouillant la moindre piste.
Des écritures croisées, nous retrouvons par exemple Michel Cotten chez le docteur Broux, son psychiatre. Il se remémore sa jeunesse et ses relations avec Laura, gâchées, de sa part, par une timidité maladive. Mais il n'est pas le seul client de ce psychiatre ! Il écrit à Laura, mais garde cette correspondance. Nous suivons également le manuscrit d'un roman policier que Laura est en train d'écrire, fiction ou pas?
L'auteur nous offre en supplément, en début de certains chapitres qui coïncident avec un jour nouveau, une leçon de pharmacopée concernant la morphine. Je ne suis pas assez scientifique pour vous en faire un résumé. Un très bon roman, avec une intrigue qui tient en haleine, mais qui réclame beaucoup d'attention, car l'auteur ne respecte pas forcément l'ordre chronologique des événements.
Extraits :
- C'est insensé, je le sais, mais je ne parviens pas à t'oublier.
- Gauche caviar, celle-là, pas comme Vincent, plutôt droite champagne.
- Elle semblait épuisée, au bord de la rupture nerveuse. Je l'ai laissé parler.
- J'ai changé de milieu, comme on dit, j'ai intégré la bourgeoisie bien-pensante d'une petite ville de province.
- ... le type n'a pas aimé la façon dont je parlais de Kerouac, et pourtant....
- Les morts finalement étaient toujours des gens extraordinaires... quand ils sont morts.
- Je préfère encore avaler des pesticides, des nitrates et autres saloperies bien de chez nous.
- Ma vie est vraiment mal faite. Depuis que je ne bois plus, je n'ai plus de femme.
- Absurdement, tout à coup, me sont venues à l'esprit les paroles de la chanson de Brel....
ils ont nagé si bien, ils ont nagé si loin, qu'on ne les revit plus...
Faut dire, qu'on ne nous apprend pas à se méfier de tout....
- Parce que je le manipule. Et je n'aime pas ça.
Éditions : An Tu All Ar Mor. (2004).
Ce roman a obtenu le grand prix 2005 du « Goéland masqué » au festival du roman policier de Penmarc'h.

Posté par eireann yvon à 00:00 - Littérature bretonne - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

27 décembre 2008

MORVAN Daniel / Miss Bella Donna

Miss Bella Donna.
Daniel MORVAN.
Note : 4 / 5.
Assassin en herbes!
J'ai découvert cet auteur dans le recueil de nouvelles édité pour les 20 ans du festival du livre de Bretagne de Carhaix. Son très étrange texte « Rose et le bûcheron noir » m'avait fortement intrigué! Né à Morlaix en 1955, il est journaliste, il écrit également pour « Armen » où il s'occupe de la chronique littéraire.
En peu de temps, trois femmes droguées et violées sont découvertes aux environs de Nantes. Ce qui intrigue les policiers, c'est la méthode employée pour droguer ces femmes, un mélange de belladone et d'autres plantes hallucinogènes! D'ailleurs pour l'une d'elles, une jusquiame noire est retrouvée dans sa gorge! Une nouvelle race de délinquants sexuels vient de faire son apparition, le violeur écologiste! Ce qui désarme un peu les policiers chargés de l'enquête. Ceux-ci, Cédric et Fleck, interrogent des spécialistes des plantes, surtout à fumer, et petit à petit en apprennent plus, mais si peu! Les victimes portent leurs initiales tatouées finement sur un sein, autre perversion du tueur . Elle se nomment Anaïs, Betty et Carlotta, et l'alphabet est encore long!
Au cours d'une soirée branchée où elle est personnellement invitée, Awen, qui s'est fait accompagnée de Cédric, apprend qu'une chanteuse irlandaise la réclame comme coiffeuse! Pour le célèbre festival de rock de Paule, dans le Finistère, cette chanteuse se nomme Diane O'Neill, et la course poursuite peut commencer dans le cadre d'un rassemblement gigantesque! Tous les personnages étant sur place, envoyez la musique!
Les policiers, Cédric Elie Sibéril de Kersaint, et son supérieur, le commissaire Octavio Fleck, sont chargés de l'enquête, qui les plongent dans un monde qui leurs est inconnu! Ils préfèrent comme euphorisant le liquide que la fumée! Awen, coiffeuse, a été élevée dans une famille adoptive à Ouessant, est-elle si innocente qu'elle en a l'air, en effet Cédric découvre chez elle des substances prohibées?
Les deux rescapés de mai 1968, Erwan Le Déguignet, ex-journaliste halluciné spécialiste des plantes hallucinogènes et le « Grand Fanch » ex-beatnick, ayant séjourné aux U.S.A, poète et chanteur (toute ressemblance avec un personnage ayant réellement  existé ne me semble pas fortuite du tout!) amènent leurs contributions.
Lannurien, ancien marin remplace Anthony qu'Awen n'aimait pas comme coiffeur. Ses mains dénotent pour sa profession, mais il a travaillé sur des bateaux de croisières, Awen le trouve sympathique.
Angel travaille dans le ciel, sur les pylônes du festival, de là-haut, il voit tout, en particulier le drame qui se prépare. Hans, un vieil hippy allemand rescapé de Woodstock, fume son joint tranquillement, religieusement, un peu revenu de tout, il croisera l'assassin. Des mexicains basanés, un sombrero sur le nez, le côtoieront également. Malheureusement pour eux et pour deux jeunes filles innocentes, les décoctions offertes par notre herboriste, feront qu'ils auront un sacré coup dans le nez, ajoutez un journaliste du "Cultivateur du Perche", vous aurez une partie de la faune d'un festival!
Cette lecture me conforte dans mon opinion, l'écriture est très particulière, ce qui n'est pas pour me déplaire, bien au contraire. L'histoire est structurée en deux parties, avec l'ajout de nouveaux personnages. Nous suivons en particulier le cheminement de l'assassin, ses errances, et les signes avant coureurs de sa folie meurtrière. L'auteur nous amène en voyage, enfin dans les monts d'Arrée et sème des indices qui nous égarent. La soirée ultra-branchée dans l'île de la Madeleine à Nantes est très bien décrite avec une faune bigarrée, futile et prétentieuse. Quelques phrases ou descriptions sont très poétiques. Un bon roman et une intrigue originale.
On trouve aussi dans ce livre quelques références littéraires, Beckett, Hunter Thompson et Kerouac. Pour ce dernier, je ne suis pas surpris, il est souvent cité par les auteurs de cette génération.
Extraits:
- La seule chose dont il n'avait pas rêvé, être un flic, ce qu'il était maintenant.
- Vingt-sept ans plus tard, Awen est de celle dont la beauté vous pourfend dans la rue.
- Il y a l'Awen de l'île qu'on devine là-bas de la côte par beau temps. La femme du dehors et l'îlienne du dedans.
- Cédric était trop impressionné, la reine de Saba en personne l'avait invité sur sa couche.
- La mandragore éclot sous les potences.
- Dans le poison et le viol, il atteint avec sa victime la fusion absolue.
- Si j'étais une fille, j'aimerais mieux m'appeler Zita que Diana par les temps qui courent.
- Et pour appeler les choses par leur nom, nous avons affaire au pacte de l'alphabet sanglant.
- Oh, un vieux truc « Satori à Paris ». Un écrivain américain vient à Paris pour retrouver les origines de son nom breton.
- Ce n'est pas son meilleur bouquin, Kerouac était tellement imbibé sur la fin. Je pense qu'il y a l'intuition de sa mort dans ce bouquin.
- Pauvre Jack.
- Hormis les Rolling Stones, qui ne se déplaçaient pas pour moins d'un million, on pouvait tout s'offrir. Neil Young, Lou Reed, tout le monde.
- Il se dit que les paysans du centre Bretagne avaient même réussi à faire venir l'océan jusqu'à chez eux.
- ...ils auraient été heureux comme dans les poèmes de René-Guy Cadou, d'un bonheur bref et fragile...
- Il ressemblait à ces paysans qu'on voit aux foires aux chevaux dans le Donégal.
- Ce qu'elle n'aimait pas dans l'amour c'était l'éternité.
Éditions : Latitude Ouest (2002)

Posté par eireann yvon à 22:14 - Littérature bretonne - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

11 novembre 2008

Le MER Françoise / Colin-maillard à Ouessant

img182

Colin-maillard à Ouessant.
Françoise Le MER.
Note : 4 /5.
Au royaume des borgnes...
Je me suis aperçu après coup que lors de ma semaine du polar breton, je n'avais parlé que d'auteurs masculins! Alors je tente de faire mon mea culpa ; bien tardivement, je le reconnais!
Or, à part Michèle Corfdir (et ici), j'avoue mon ignorance. Il me semble à Carhaix être passé plusieurs fois devant Françoise Le Mer, qui avait un grand choix de ses ouvrages policiers et comme j'en ai dans ma bibliothèque, et que c'est son premier roman, embarquement, non pas pour Cythère, mais pour Ouessant.

"Qui voit Ouessant voit son sang* » et du sang ils en voient les inspecteurs Le Gwenn et Le Fur en découvrant le cadavre de Marie dans un endroit retiré de l'île. Qui a bien pu commettre une telle horreur? Tuer avec une telle sauvagerie? Et pourquoi? Cette jeune fille dont la grand-mère réside sur l'île travaillait à l'hôtel Bellevue pendant ses vacances scolaires. Comment cette adolescente que tout le monde disait ordonnée a-t'elle pu oublier son sac à main à l'hôtel? Des mégots près du lieu du crime peuvent-ils aider à résoudre le meurtre?
L'enquête commence, François, petit ami de la victime, a un bon motif : elle venait de le plaquer le soir même. Les policiers ne croient guère à sa culpabilité. Il avoue avoir eu des relations sexuelles avec elle, mais pas ce soir là. Cache-t'il malgré tout quelques détails aux enquêteurs?
Les résidents de l'hôtel ont aussi leurs lots de secrets, certaines rencontres fortuites font penser que des relations hors mariage se nouent. Le Fur surprend une dispute, le soir au fond non pas d'un bois, mais du jardin, un homme et une femme, et des menaces de mort!
Maryvonne Goadec, qui travaille à l'hôtel, est certaine d'avoir trouvé ce qu'elle appelle « La poule aux oeufs d'or », quelqu'un qu'elle pense faire chanter. Mais on la trouvera étranglée dans l'hôtel! Quentin découvrira les goûts morbides de cette femme, qui collectionne les articles de journaux concernant des crimes horribles. Quelques jours plus tard, un nouveau crime est commis! Charlotte, la nouvelle serveuse est retrouvée étranglée.
Les pensionnaires de l'hôtel aussi méritent que l'on regarde de près leurs activités et les raisons de leurs présences à Ouessant. Présences qui ne sont pas toujours si innocentes que l'on croit, une femme étant par exemple venue pour voir enfin l'épouse de son amant! Lequel amant n'était pas au courant! Des couples avec chacun leurs secrets mais qui fournissent un alibi aux conjoints!
Les inspecteurs brestois, Quentin Le Gwenn et Michel Le Fur, sont les personnages récurrents de plusieurs livres, ils font ici leurs premières apparitions.
Le gentlemen et le rustre pourrait être l'appellation de leur tandem, l'un a une certaine classe, l'autre une vulgarité certaine, presque caricaturale parfois. Mais souvent c'est avec des gens différents que l'on fait les bonnes équipes.
Reconnaissons à Le Fur un langage très imagé, qui met un peu d'humour dans ce roman.
Beaucoup de personnages secondaires, car les pensionnaires de l'hôtel et le personnel sont les premiers suspects : des familles bon chic bon genre, un diplomate, madame et leur fille, une mère célibataire possessive et son fils, dont elle lit le courrier, un ornithologue qui semble planer, un couple de commerçants brestois, etc... bref un monde en modèle réduit. Le personnel est composé en majorité d'îliens. Seul le patron, son épouse et sa fille sont d'ailleurs. Ils viennent de reprendre l'hôtel depuis à peine 6 mois, venant de Nouvelle-Calédonie. Maryvonne Goadec pense avoir gagné le gros lot, elle déchantera! François, lui, connaissait Marie depuis longtemps, la déception lui aurait-il fait commettre l'irréparable, mais d'autres pistes surgissent?
L'auteur étant professeur de français, l'écrit est clair et précis, donc rien à dire à ce sujet. Cela mérite d'être souligné car ce n'est pas toujours le cas. Beaucoup d'humour également, certaines descriptions de la gente féminine ne sont pas très tendres :
- Un visage pensa Quentin, en pâte à modeler, encadré d'un brun terne assorti à son regard de brebis.
- Avec sa permanente serrée et son visage granitique, Quentin pensa qu'elle ressemblait à un caillou.
Les hommes n'ont pas non plus le beau rôle, égalité des défauts!
On apprend quelques moeurs de l'île qui paraissent bizarres, mais logiques, par exemple pour éviter que les chiens n'attaquent les moutons, ils les dégoûtent de la laine en les faisant dresser (façon de parler!) et pas très gentiment par des béliers. Cela calme leurs ardeurs à s'attaquer aux ovins pour toute leur vie!
L'auteur nous livre également une étude sur les us et coutumes des vacanciers, dont certains auraient préféré Saint Tropez! Un roman agréable qui se lit bien avec une intrigue qui tient non pas la route, mais la marée.
Extraits :
- Et puis étant donné votre position, je représente un peu la France.
- Il aimait cette ville, sa ville, malgré sa laideur, ou peut-être à cause même de sa laideur.
- Par contre Ouessant est un pays qui se mérite.
- Le temps des naufrageurs, hantés par la fin, était révolu.
- ...l'inspecteur Le Fur, dont l'estomac était réglé comme une journée de couventine.
- Ici, nous avons affaire à des durs à cuire, c'est pas comme sur le continent... Enfin, c'est plus rigolo aussi!
- Yvette Duquesne est aussi inconsistante que de la bouillie pour bébé.
- ...mais il n'y a que les anciens pour comprendre la sérénité du malheur.
.- ..il se conduisit comme une marquise douairière en visite de courtoisie chez un archevêque...
- La mère causait si fort que même mon copain Beethoven réclamait des boules Quiès.
- Mais l'adjoint de Quentin, tenace comme une bigoudène réclamant sa monnaie....
Éditions : Alain Bargain. (1998)

Posté par eireann yvon à 18:09 - Littérature bretonne - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

23 octobre 2008

VENNER Yann / La disparue de Guingamp.

img158

La disparue de Guingamp.
Yann VENNER.
Note : 4 / 5 .
En Avant Foot !
Troisième opus des aventures de Fanch Buagalez* et d'Eugéne Cabioch dit la Brebis.
Donc on prend les mêmes et on recommence, avec comme but le football (facile celle-là) et l'industrie de la cochonnaille (qui rime avec canaille?). Les deux réunis (du moins dans ce roman) ne sentent forcément l'eau de rose.
Balle au centre, début du match. A une époque à la télé les « Shadocks pompaient », ici Fanch et la Brebis ramaient, ramaient. Tomber en panne d'essence avec le bateau, ce n'est pas le genre de la maison, quand en plus la voiture de Fanch est vandalisée et le jardin de la Brebis est transformé en garrigue asséchée dans les Côtes d'Armor, ce n'est pas l'effet du hasard. Fanch, malgré qu'il file le parfait amour avec Gwendoline, s'en inquiète et prévient son ami Le Tellier à Saint Brieuc.
Pendant ce temps, Stereden, valeureux gendarme, reçoit une lettre lui annonçant sa promotion, missive qui le met dans tous ses états (de service bien entendu). Sa joie est de courte durée, arrivant chez lui il apprend que sa fille Rébecca a fugué (vu son âge, c'est ce qu'on appelle en musique une fugue mineure). Celle-ci croyant au père Noël, malgré ce mois de juillet caniculaire, est partie rejoindre Victor, footballeur africain, grande vedette de l'En-Avant de Guingamp (on parle de changer le nom du club pour «En Reculant de Guingamp», mais c'est un secret pour l'instant). Les joueurs et la ville se préparent pour le début du championnat « En Avant-Olympique de Marseille »L'arrivée de Rebecca, à moitié ivre pendant le repas des joueurs, n'est pas du meilleur effet. Victor part avec elle pour tenter de la calmer. On retrouvera le footballeur assommé, mais Rébecca semble s'être volatilisée. Son père recevra son scalp et une demande de rançon beaucoup trop forte pour sa situation!
S'ensuivent plusieurs récits, l'enquête sur l'enlèvement et sur les divers méfaits perpétrés à Trelouzic. Et l'on découvre les motivations profondes de la personne responsable de cet enlèvement. On assiste également à la préparation du match, puis au match dont le résultat est de .....but pour.....
On ne peut pas réellement parler de personnages tant ceux-ci sont caricaturaux par exemple, Félix Stereden, gendarme alcoolique bête et fasciste, Madame Marie-Thérèse (non je ne la ferais pas celle-là) aime bien téter l'Ambassadeur (l'apéritif, pas le diplomate), leur fille Rebecca (de malheur) frise (elle passe son CAP de coiffure) le degré zéro de l'intelligence humaine.
Même le footballeur n’y n'échappe pas, il est intelligent et lettré, le Président du Club est débonnaire et joyeux luron, chose qui n'a plus cours dans la football-business! Directeur des charcuteries « La belle Rosalie », il est le parfait exemple de l'autodidacte malin, mais peu instruit.
L'ami Yann a mis un peu la pédale (le vélo étant le deuxième sport breton après le football) douce sur les calembours. Et à mon avis, ce n'est que mieux, même si moi, en ce moment, je me retiens. Une enquête qui ne démarre vraiment que pendant la seconde partie du livre. Une lecture agréable pour une histoire qui est loin de l'être (agréable). Mais c'est un roman policier, avec son cortège de morts et de violence.
Extraits :
- Le zénith est partout. Nul endroit pour se mettre à l'abri! Pas même l'ombre d'un espoir.
- ... à Guingamp, véritable tour de Babel du football breton.
- Il est vrai que le monde du sport est avant tout le monde de la finance, et le jeu en vaut la chandelle! Qu'il faut brûler par les deux bouts ; surtout pour les publicitaires.
- Quant au vrai jeu, le football il existe bien réellement, mais c'est un autre univers-un univers si terre à terre.
- Le lit et la table, voilà la bonne hauteur! Car le ciel est trop haut, et la terre trop basse!
- Et si c'est la télé qui le dit, foi de gendarme, Téléfoute ne saurait mentir!
- Son cerveau fait de la béchamel. Une drôle de sauce.
- Le peuple a trouvé sa nouvelle Jeanne, son guide spirituel qui lave plus blanc que blanc.
- On déjeune en silence, chacun dans sa solitude intérieure. Difficile de partager l'indicible.
- Il n'est pas question de mélanger la celte altitude et l'arrogance d'une sardine qui aurait bouché à elle seule le port de Marseille.
- Il y a aussi une nette diminution du contenu de xénobiotiques dans les mèches colorées.
Pas étonnant que beaucoup de sportifs se décoloraient les cheveux.
Éditions : L'Ecir (2007).
*Voir les résumés des épisodes précédents, ici et!

Posté par eireann yvon à 14:12 - Littérature bretonne - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

22 octobre 2008

SEGALEN Laurent / Généalogie mortelle à Quimper.

Généalogie mortelle à Quimper.
Laurent SEGALEN.
Note : 4 / 5.
Cousins à la mode de Bretagne*
Je me replonge dans les aventures de Gaetan Letrusel, ancien journaliste devenu détective privé. Le voilà aux prises pour cette troisième aventure avec un meurtre de famille, dirais-je! C'est empoisonnant ces grandes familles!
Hubert Hélias organise la rencontre de tous les descendants de Hyacinthe Hélias. L'ambiance est festive, certaines personnes se rencontrent pour la première fois, le repas est excellent, bref une bien agréable façon de renouer les liens familiaux. Seule fausse note, mais de taille, Hubert meurt en buvant son café. Le cyanure présent dans le breuvage n'a pas été mis là par erreur et pas du tout pour faire une farce amicale! Gérard Strullys, policier brestois, cousin par alliance de la victime était de ce fait présent à la fête. Son épouse Lucie ne surmontant pas son chagrin, il demande à Gaetan de l'aider, mais d'une manière tout à fait officieuse ; il interrogera les cousins les plus proches, en particulier ceux qui ont aidé à la préparation de la fête sous le prétexte de recherche généalogique. Notre détective se trouve pris entre deux feux et deux villes, Brest et Quimper, entre Léonards et Cornouaillais, entre Nord et Sud Finistère! Les motifs apparents manquent, seul un différend sur une parcelle de terrain opposait Hubert et certains de ses cousins. En effet ceux-ci envisageaient d'agrandir le terrain de golf, et pour cela il devait acheter du terrain à Hubert, chose que celui-ci refusait catégoriquement. Jean Jacques, un des partisans de l'agrandissement du golf, est mis en prison, incrédulité de la fratrie. On ne tue pas pour un bout de terre, même si le désaccord est profond. Gaetan envisage, pourquoi pas, une erreur de victime. Si l'homme à abattre n'était pas Hubert? Logiquement un autre meurtre devrait suivre, le coupable ne pouvant s'arrêter sur un échec. Une enquête chez le traiteur fait chou blanc, celui-ci jouissant d'une réputation bien établie. Mais pour Gaetan, c'est la routine qui fait bouillir la marmite. Des vols de caddies sur une grande échelle, qui semblent être l’œuvre d'un gang de voleurs de métaux. Il s'occupe de la logistique d'un magasin de motos , de trafic de drogue dans le train entre Rennes et Brest et également d'un marin-pêcheur qui semble s'enrichir de manière suspecte, un possible trafic de godaille avec certains restaurants du centre ville. En tant qu'ancien journaliste, il suit l'actualité de près, un accident de voiture coûte la vie au propriétaire du plus grand restaurant de Quimper et à son épouse, un homme d'affaire hollandais arrêté par la police, car le fisc semblerait avoir un sérieux contentieux avec lui, bref la vie continue. Et au fond de sa prison, Jean-Jacques se tait encore et toujours! L'enquête de police semble piétiner.
Pour Gaetan, la solution vient peut-être de l'histoire de la famille, tous ces cousins qui ont grandi ensemble dans le même village, un problème social, une rivalité amoureuse bien cachée? Car enfin, on ne tue pas un homme sans motif sérieux!
Gaetan Letrusel est toujours perspicace, Evi toujours aussi jolie, mais efficace, ce qui ne gâche rien, bien au contraire. Gérard Strullys, copain et policier brestois, est partie prenante dans cette affaire qui concerne une grande partie de la famille Hélias des plus anciens aux plus jeunes, ce qui donne une belle galerie de personnages secondaires.
J'aime bien l'écriture de Laurent, elle est simple, proche du parler, c'est peut-être vrai, mais c'est facile à lire ce qui parfois fait du bien. Bref un roman de bonne qualité avec quelques rebondissements que l'on attendait pas. Et un changement complet de décor par rapport à ses premiers romans. Ici nous entrons de plein pied dans l'histoire d'une fratrie bretonne, solidement ancrée dans sa terre, ses valeurs et son mode de vie.
Comme d'habitude une note d'humour, ici c'est le nom de certaines rues : rue Burma, (où Gaetan a ses bureaux, respect oblige!) rue Rapp, place Claude Sérillon ou quai Bruno Masure!
Extraits:
- Baptêmes, Mariages et Sépultures, c'est à dire les trois moments dans le passage sur cette terre pour tout un chacun, du moins en bonne terre de Bretagne catholique.
-Le drapeau tricolore et le « Gwenn ha du » flottent de concert fièrement au fronton (de la mairie).....
- La conviction du policier est très forte, mais sans être définitive.
- Ici j'ai affaire à des bigoudens, des glaziks et des cornouaillais. Chez ces gens là, il ne faut pas demander de légèreté.
- Pour moi la plupart des meurtriers sont des gens ordinaires. Peu sont des esprits supérieurs même s'ils croient tous en être.
- Le détenu peut moisir tranquillement à l'ombre, il n'intéresse plus personne.
- Le matriarcat en Bretagne n'est pas encore une chose révolue, pensa l'ex-journaliste.
- « Tiens, ces deux là, Hubert et Jean-Jacques sont des bébés « trédudon** ! »
- La révolution sociale qui était en cours dans le pays n'avait pas encore déteint sur les fermes aux abords du pays glazik.
Édition : Astoure.
Autres chroniques de cet auteur :
Crédit fric à Brest.
Meurtre d'un Léonard.
*Phrase qu'employait très souvent ma mère pour des cousinages pas trop orthodoxes. (Ni catholique non plus d'ailleurs).
** Roc'h Tredudon, un des sommets des monts d'Arrée, célèbre pour son émetteur de télévision qui fut plastiqué dans les années 1970. L'explosion elle même fut suivie, environ neufs mois plus tard d'une explosion .... démographique! Comme quoi l'abus de télé nuit!

Posté par eireann yvon à 11:27 - Littérature bretonne - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

21 octobre 2008

FLAGEUL Denis / Les tempestaires.

Les tempestaires.
Denis FLAGEUL.
Note : 4 / 5.
C'est la fête à Toussaint!
J'ai eu l'occasion de croiser cet auteur dans différents recueils de nouvelles, je pense à   « Grains » et aussi dans « A saisir ». Mais c'est le premier roman de lui que je lis.
Quand Toussaint Mével, un lendemain de cuite, reçoit un appel de son copain de boisson, Fanch, il quitte les bras de Malou pour aller voir ce qui se passe. Et ce n'est pas très agréable, le vieux chat de Fanch a été tué, et celui-ci sérieusement tabassé. Entre combines douteuses dans leur profession de brocanteurs ou alors un des nombreux maris trompés, Fanch ne manque pas d'ennemis, soit, mais là! Quand quelques jours après, Toussaint reçoit la visite d'une mystérieuse femme, qui elle aussi a été battue, il se pose certaines questions, surtout quand celle-ci lui donne une enveloppe à remettre à Fanch.
Or celui-ci, quelques jours après sa sortie de l'hôpital, est sauvagement assassiné avant que Toussaint ne lui remette la-dite enveloppe ! Mona, jeune femme qui n'est pour rien dans l'affaire, disparaît également, elle a la malchance d'être là où il ne fallait pas et en plus au mauvais moment. La femme de Brainville, un riche industriel des environs, se tue en voiture ; or il s'avère que c'est la mystérieuse femme qui a remis l'enveloppe à Toussaint! Il semble que la théorie du mari trompé soit un peu dépassée. Mais alors pourquoi? Dans la lettre, Toussaint découvre une liste de noms qui ne lui disent absolument rien, sauf celui de Brainville. Il demande l'aide d'Yves Kermeur, journaliste alcoolique. Et ce que celui-ci découvre ne sent pas réellement la rose, loin s'en faut. Malou pense qu'il est nécessaire de prévenir la police, qui questionne d'ailleurs Toussaint par l'intermédiaire de Lebas, qui le soupçonne fort de ne pas tout lui dire. Kermeur, lui aussi disparaît ; il tombe entre les mains de deux tueurs aux ordres de Brainville. Pour Toussaint, l'étau se resserre! L'affaire semble avoir des ramifications internationales et également politiques, mais il poursuit l'enquête en mémoire de Fanch. Le pot de terre contre le pot de fer, mais ne dit-on pas aussi que qui sème le vent récolte la tempête.
Toussaint Mével, personnage ordinaire, sa vie de brocanteur lui suffit, pas mal d'alcool, des soirées dans les bars, Malou qu'il aime , mais un soir ce qui semble être une entorse à la fidélité va être lourd de conséquences pour Mona, pauvre femme perdue.
Fanch est son copain de boulot et souvent de goulot. Il est toujours embrigadé dans de menues affaires pas toujours très légales, mais rien de très répréhensible. Quelques maris trompés ne le portent pas forcément en haute estime, mais de là à le torturer et le tuer! Soit le coeur a ses raisons que la raison ignore, mais là c'est de la déraison.
Jean-Jacques Brainville, dont l'épouse Muriel était la dernière conquête de Fanch, est-il capable d'un tel forfait, surtout que Muriel est maintenant décédée dans un accident de voiture?
Un livre glauque, mais cela lui donne un certain charme, la description d'un dimanche moyen dans une ville grise noyée sous la pluie est la meilleure solution pour avoir envie de retourner se coucher.
Un monde de gens à la périphérie de la société bien pensante, aimant la vie, l'alcool et les femmes et en face des affairistes se moquant de la légalité, bien protégés par leur argent et leurs relations, mais quelques sentiments humains émergent de tout cela.
Un bon roman : tous les ingrédients sont là, l'argent à tout prix pour une certaine catégorie de personnages, l'amitié et l'amour, une intrigue qui tient la route, bref un bon moment de lecture. Une fin apocalyptique pleine de rebondissements.
J'ai trouvé dans le passage où Toussaint fait la connaissance de Mona dans un bar, une poésie qui m'a fait penser à un passage de « La fête de Nuit » de Xavier Grall. En plus Flageul lui donne le même prénom! Hommage peut-être?
Extraits:
- Alors, il restait planté là, à regarder le grand nettoyage. Dirty Old Town.
- Que le déluge vous submerge, ô impeccables imbéciles.
- Roule, fleuve profond. Jusqu'à mon Finistère. Une autre large rasade. C'était nécessaire.
- Et toujours l'or se changeait en plomb.. Du plomb dans l'aile, hélas ! pas dans la cervelle.
- Novembre en Bretagne, c'est la Toussaint tous les jours.
- Commencer à se connaître, c'est souvent commencer à se haïr.
- Le café avait un goût de chiotte. Dehors, il faisait un temps de merde. On était vendredi et il avait devant lui la perspective d'une journée à filer la chiasse.
- J'ai l'impression d'abandonner quelque chose.
Ou quelqu'un.
- Job lake barz*, l'homme qui boit plus vite que son ombre.... Au poil quoi!
- Alors allez-y ! Soyez des héros ! Soyez des putains de héros ! Mais sans moi! Sans moi!
- Vous avez les réseaux, les ramifications, nous, nous avons le produit. Il s'agit simplement de faire coïncider les deux. Une coproduction en quelque sorte.
Éditions : Instantanés de polar. La baleine.
*Poster de Nono qui est une version du célèbre dessin de Lucky Lucke « L'homme qui tire plus vite que son ombre ».

Posté par eireann yvon à 11:14 - Littérature bretonne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

20 octobre 2008

DREAN Michel / Ploemeurtre.

Ploemeurtre.
Michel DREAN.
Note : 4/5.
Les requins de Fort-Roqué.
Michel Dréan est un voisin, il habite en effet Ploemeur (où entre parenthèses, on ne meurt pas plus de mort violente qu'ailleurs). De ce fait nous nous croisons au gré des salons littéraires des environs. Mais je n'ai encore rien lu de lui. Il faut dire que vu la quantité de polars régionaux paraissant en Bretagne, il est très difficile de suivre.
Nous sommes au mois d'octobre, le Fort-Roqué vient de changer de main. Ce fort aux origines lointaines et incertaines, proche de la côte, vient d'être acheté par Nicole Le Bruhec. Et cela ne plaît pas forcement à tout le monde, surtout à un groupe d'écolos, peut-être pas très pur, mais dur oui. Enfin c'est surtout ce qu'elle veut en faire qui pose problème aux résidents. Un complexe hôtelier, marina, thalassothérapie, etc.... De là à la noyer en plein jour dans la piscine municipale en espérant que le projet tombe à l'eau, il n'y a qu'un pas, et ce pas quelqu'un l'a franchi! Et avec un aplomb surprenant! Le seul témoin, Casimir, 9 ans, avec un prénom qui ne l'avantage pas. L'enquête doit faire le moins de vagues possibles, Vincent Terrach arrive de Rennes, il connaît très bien la région et son arrivée n'est pas très bien perçue par les policiers locaux.
Casimir redit à Terrach la même chose qu'aux autres policiers qui l'ont interrogé, mais un détail le gêne, un fait dont il n'a pas parlé, un genre de mensonge, mais par omission, rien de grave, pense t-il? Mais cet oubli en fait une seconde victime potentielle. Mais si tuer une femme représentant le capitalisme sauvage est un acte de guerre, tuer un enfant de neuf ans est une chose ignoble, mais nécessaire, car le meurtrier a croisé Casimir et a senti dans le regard de celui-ci la peur. Au cours de l'enterrement de la femme assassinée, Vincent reçoit un coup de téléphone anonyme, lui conseillant de s'intéresser aux liaisons extra conjugales du conseiller général, Maurice Calloch. Puis une lettre anonyme révélant d'autres choses. Et une autre encore....
Les finances et le politique main dans la main, les pressions, le barrage des élus, les menaces de la direction, tout pour que l'affaire s'étouffe d'elle-même. Une passion amoureuse pour compliquer encore un peu la situation, bref rien ne manque.
Vincent Terrach revient, chez lui, sur ses terres qu'il avait quitté quelques années plus tôt, et ce retour ne se fait pas de gaieté de coeur! Trop de mauvais souvenirs sont encore présents dans sa mémoire. La mort de ses parents, ses problèmes personnels avec son frère, seul membre de sa famille qui lui reste, mais dont il n'a plus de nouvelles, nous sont révélés petit-à petit. C'est un homme seul, évitant de trop se lier, avec les femmes ou pendant le travail.
Nicole Le Bruhec, veuve très aisée d'un roi de l'agro-alimentaire, est une femme d'affaires ne reculant devant aucun sacrifice, flattant les hommes politiques de tous poils et de tout bord (de mer, si je peux me permettre!) Vincent doit interroger Sonia Gelanges, sa secrétaire, maîtresse femme, et croqueuse d'hommes, qui ne laisse pas notre policier insensible.
L'assassin que nous nommerons par son nom de guerre « Crazy Horse », a été tiré au sort, il s'est acquitté de sa tâche, mais un grain de sable et venu dérégler le plan qui semblait parfait. Et quel est le rôle exact de « Géronimo », autre écologiste et chef de ce groupuscule qui a décidé la mort de la femme d'affaires?
Casimir lui était avec ses copains qui le charrie un peu à cause de son prénom, il descendait sur le toboggan quand il a vu un homme partir, et découvert une femme noyée.
Beaucoup de personnages secondaires l'enquête se passant dans une ville de 20000 habitants et le récit ayant certaines ramifications politiques, nous rencontrons des élus locaux.
Une conception originale, nous connaissons l'assassin très rapidement et il nous explique comment il a pu faire la connaissance de sa victime. Les chapitres portent le nom ou le prénom des personnes concernées, ainsi que le jour et l'heure. Cela s'avère très pratique car beaucoup de personnages secondaires sont interrogés par Vincent Terrach.
En prime une promenade touristique dans Lorient et ses environs, si j'ose dire.
Extraits :
- ...le symbole carte postale d'une ville à la recherche de son identité touristique.
- Elle avait une vision beaucoup plus mercantile de l'avenir du site.
- Dans leur pays aussi ils avaient leurs Montagnes Noires et leurs propres luttes à mener.
- Au début quand il lui avait plongé la tête sous l'eau elle avait cru à un jeu.
- Si le ridicule avait tué, je serai mort un nombre incalculable de fois.
- Ces connards d'Américains appelaient cela des dommages collatéraux.
- La mer n'avait que faire des estropiés. Elle ne voulait pour l'affronter, que des hommes valides en pleine possession de leurs moyens.
- Des pêcheurs qui, après avoir affronté la mer, devaient encore se battre contre le cours du poisson.
- Même la médiathèque coincée à l'autre extrémité ne trouvait pas grâce à ses yeux. (Cette pensée n'engage que son auteur!)
Éditions : Blanc Silex Editions. Réédition : Chemin Faisant
Vincent Terrach est le personnage principal de deux autres romans :
Keromansonge aux éditions Chemin Faisant. Ces deux ouvrages sont disponibles ici
La lune dans le Kenavo paru cette année aux Éditions du barbu.

Posté par eireann yvon à 10:31 - Littérature bretonne - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

19 octobre 2008

BUAN Hugo / Hortensias Blues.

Hortensias Blues.
Hugo BUAN.
Note : 4 / 5.
L'hortensia, c'est pour offrir?
Premier roman de cet auteur Malouin, donc une découverte totale.
Nous sommes à Rennes, ou plutôt dans un quartier huppé de la capitale bretonne. Le commissaire Workan arrive sur les lieux d'un meurtre, une maison médicalisée « L'Albatros ». Un dentiste, Marotan y a été tué, l'instrument du crime : une canne de golf, mais chose étrange, un hortensia bleu est posé sur les fesses du mort! Commence alors ce qui ne semble qu'une enquête de routine : interrogatoire de la veuve qui révèle que feu son mari était un coureur de jupons et que parmi tous les maris trompés, peut-être que? Le personnel féminin ? Bref quelques pistes, mais rien de concret. Workan apprend un contentieux entre le mort et le psychiatre Michel Avril, est-ce suffisant ? En tout cas, il l'arrête!
Septembre semble un peu tôt pour une épidémie de grippe, mais de meurtres non. L'Ankou fait sa vendange. En effet Chabrier qui exerce dans le même immeuble, ami de golf du défunt dentiste, est également tué d'un put en pleine tête. Le club de golf se transforme en club des défunts! Le docteur Avril étant toujours en garde à vue, il semble qu'il faille chercher un autre coupable? Même méthode, même fleur, même assassin? Les recherches se poursuivent, mais dans plusieurs directions à la fois, les épouses sont interrogées révélant certains secrets, Chabrier ayant épousé la première épouse du dentiste assassiné! Certaines spécialistes de « l'Albatros » ayant eu des aventures avec Marotan! Les feuilles mortes et les cadavres se ramassent à la pelle, quelqu'un en veut (c'est un euphémisme) aux membres du cours médical masculin exerçant leurs talents dans cette maison médicalisée. L'enquête est de plus en plus ténébreuse et réserve encore pleins de surprises, car le mode opératoire change, les crimes se délocalisent, se mettent au vert! Et comme Workan est daltonien, il voit rouge!
Le commissaire Lucien Workan, Toulousain de coeur et Polonais d'origine, une affaire familiale l'a fait muter il y a quelques années à Rennes. Chose qu'il ne regrette pas. Honnêtement j'ai du mal à avoir de la sympathie pour le personnage, son comportement comme avec le docteur Avril est vraiment malsain. Il peut également être méprisant pour ne pas dire odieux avec ses subalternes ou les personnes mêlées de près ou de loin aux crimes. Bref un homme blessé par ses propres problèmes familiaux, il vit en effet séparé de son épouse et de sa fille, et il le supporte très mal. Personnage intègre, ses rapports avec sa hiérarchie sont pour le moins conflictuels, surtout quand les victimes appartiennent à la bourgeoisie rennaise. Par contre je me dis qu'un homme aimant l'andouille de Guémené ne peut pas être tout à fait sans qualités!
Leila et Lerouyer, ses deux adjoints, sont tellement différents que chacune de leurs rencontres est sujet à des disputes diverses, ils sont pires que des collégiens infantiles! Bref, les vannes et vacheries de toutes sortes volent bas.
Le roman se déroule sur une dizaine de jours, donc pas de temps mort (mais des morts oui!) ni dans l'enquête, ni dans l'écriture de bonne qualité, mais souvent très imagée avec un humour caustique, en particulier dans les accrochages entre les enquêteurs. Une bonne histoire, mais des personnages pas très attachants car vraiment trop futiles dans leurs relations et leurs comportements.
Ayant travaillé dix ans à Rennes, j'ai eu beaucoup de plaisir à essayer de revoir les lieux où se déroule ce roman.
Un petit mot sur la présentation de ce livre, qui je trouve, est très réussie. Le style et la taille des lettres (j'ai failli dire « la police »!) rendent la lecture aisée et la présentation des pages est très aérée, ce qui ajoute au plaisir de la lecture. Cela mérite d'être souligné et l'éditeur d'en être remercié
.
Extraits:
- Il avait vu pas mal de crimes, d'embrouilles, mais celui-ci le laissait perplexe.
- Il aimait ce peintre anglo-irlandais (Francis Bacon), dont les portraits exprimaient la douleur et le déchirement.
- En fait le divisionnaire n'aimait que Pont-Aven et Gauguin, parce que ce n'était pas loin de chez lui.
- Vous allez voir, Leila et Frémont, tous les deux enfermés dans un bureau avec le fichier du dentiste, ça va réveiller les volcans d'Auvergne.
- Vous ne pouvez pas imaginer pour quelles broutilles on peut tuer, docteur.
- C'est exact, j'ai beaucoup d'humour, je suis le fils spirituel de Vladimir Poutine et de Margaret Thatcher.
- Il l'emmerdait grave, le dévitaliseur de canine, une vrai kalachnikov entre les jambes.
- Ça s'est terminé en véritable boxon. Moi j'te dis....à côté, Yalta c'était une réunion Tupperware.
- D'abord elle est baraquée vaut voir comme...on dirait une Walkyrie de Wagner.
-Il fallait un prénom celtique ou gaélique pour échapper à l'extermination en Armorique.
Éditions : Pascal Galodé éditeurs. (2008).

Posté par eireann yvon à 10:54 - Littérature bretonne - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
« Accueil  1  2  3  4   Page suivante »