Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

09 septembre 2008

GRALL Xavier / La sône des pluies et des tombes.

bok

Couverture de la version islandaise.

La Sône des Pluies et des tombes.
Xavier Grall
Note 5 / 5
Mémoire personnelle, mémoires collectives.
Pour ceux qui lisent les commentaires laissés de droite et de gauche sur ce blog, ont eu un jour la surprise de trouver des formules de salutation en islandais! Ces messages sont signés « Olöf », dont on aura deviné qu'elle est islandaise. Si j'en parle aujourd'hui ,c'est pour signaler la sortie d'un article la concernant, écrit par Bernard Le Nail. Cette dame ayant eu le bon goût de traduire mon poète et écrivain breton préféré, Xavier Grall.
Cela m'a donné envie de relire ce recueil de poésie (en français bien sûr!) et de remettre ma chronique au goût du jour.
Que dire que ce petit livre qui "trône" depuis 30 ans dans ma bibliothèque ? Qu’il m’est indispensable, et qu’il m’inspire, c’est évident, mais c’est surtout un compagnon de route comme certains disques de Neil Young. Il m’a suivi dans toutes mes divagations, tous mes déménagements, puis dans ma quiétude actuelle. Je l’ai lu et relu, toujours avec la même émotion. Entre « La fête de nuit » et « Sur la route » de  Jack Kerouac.
" Pas de préface à ma Sône,
Mes amis, attendez que je sois mort
Car je moissonne encore
Dans mon pays
Par les jours et par les nuits. "
X.G.
Hélas, Grall est décédé depuis, victime de certains de ces excès qu’il décrit si bien.
« Plaisirs maudits qui me crucifient
c'est fini, je m'en vais aux marais »
Toutes les étapes de ma vie sont là, regret et nostalgie dans "Allez dire à la ville " fêtes païennes et alcool. "Incandescences", rythmés comme un texte du Barzaz Breiz, le feu de la vie à la mort.
Hommage à Kerouac dans "Kerouac song ":
Kerouac est mort. Il y aura demain sur sa sépulture des goélands venus du Finistère. La gwerz dans le bec.
Que dire de ce superbe texte « Amour Kerné » et de sa version musicale par Dan Ar Braz?
Le respect de la famille dans "Tu lis ton ascendance ", présence de la mort qui rode dans « Qui, entre mes épaules ?» mais aussi une grande lucidité dans ces paroles :
« Qui, dans ces poumons gâtés
a fait germer les poisons des fatals tabacs
et les venins des drogues ignobles »
L'Ankou encore dans « Tristan :
« ... j'ai perdu ma vie, j'ai crevé mon cheval
follement j'ai brûlé ma vie comme une lampe »
Le regret de la fin d’un mode de vie dans le poème qui est mon préféré "Plainte de Yann Vari Perrot ", un texte militant, « Nous te ferons Bretagne »Les valeurs perdues du vieux pays dans "Pluies" ou "Marins" ; visite à ces chapelles bretonnes, chef-d’œuvre anonyme dans "Notre Dame de Korreguer":
« Ainsi meurent les cultes
Sous les fourches du temps
et des saisons meurtrières »
Quelques hommages à Armand Robin et à l’Irlande complètent ce recueil. Il y a un peu de provocation dans "Kerdruc september", complainte du touriste à Pont-Aven sous la pluie et devant la télévision.
Un dernier poème avant de refermer ce livre : « J'aimerais partir... »
Vieux livres, anciennes lectures, vous pouvez reprendre votre place pour quelque temps, mais un jour je reviendrais vers vous.
Je n'imaginais pas voir les poèmes de Xavier Grall traduits en islandais, mais j'en suis très content.
Merci Olöf de m'avoir donné un prétexte pour reprendre ce livre!

Posté par eireann yvon à 09:07 - Littérature bretonne - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

31 juillet 2008

SJÓN/ Le moindre des mondes.

Le moindre des mondes.
SJÓN.
Note : 4,5 / 5.
Donc pas le meilleur.
Seconde lecture islandaise, avec cet auteur né en 1962 à Reykjavík. Romancier et poète, il est considéré comme le meilleur parolier de la chanteuse Björk. Ce livre a reçu, en 2005, le prix littéraire du Conseil Nordique.
Trois périodes dans ce récit, du 9 au 11 janvier, du 8 au 9 janvier pour le récit numéro deux, puis du 11 au 17 janvier de l'année 1883.
Le premier récit se compose d'une trentaine de pages, certaines de cinq lignes, de dix mais rarement pleines. Pas de dialogues, l'histoire d'un duel entre un homme et un animal. L'homme, c'est le pasteur Baldur Skuggason, l'animal qu'il poursuit avec acharnement est une renarde rousse. La traque dura trois jours avant que l'homme appuie sur la gâchette... Pourquoi un homme de Dieu accepte-t'il de dormir dans la neige pour abattre cet animal? Nous aurons la réponse dans la troisième partie et elle n'est pas à la gloire du pasteur.
Le second récit met en relief deux histoires, une d'amour et une d'amitié, réunies autour de la dépouille d'Abba.Deux hommes la pleurent, Friðrick, le botaniste avec qui elle vivait et le simple d'esprit du village avec qui elle devait se marier. Mais qui était-elle, d'où venait -elle? On dit qu'elle était prisonnière sur un beau bateau qui a échoué sur la côte, qu'elle fut sauvée de la noyade par des paysans qui vidaient le bateau de sa cargaison, puis elle échoua en prison où le botaniste fit sa connaissance et la ramena avec lui.
Le troisième récit démarre à la fin du premier, le coup de feu est parti, mais la nature va se venger, le pasteur se rendra alors compte que le paradis n'est pas pour lui, ni sur la terre, ni au ciel. Mais parfois les flammes de l'enfer peuvent être sur la neige et la glace.
Le 23 mars, Friðrick écrira une lettre à un ami, lui expliquant la fin de l'histoire.....
Le botaniste Friðrick B. Friðjónsson est le brave homme érudit préservant Abba des moqueries et d'une certaine méchanceté du village et des paroissiens encouragées par le pasteur, Baldur Skuggason. Celui-ci n'est pas très catholique, normal, car il représente la religion luthérienne. Personnage violent il n'est pas très apprécié de la population, ni du botaniste.
Une enfant handicapée, Abba (Hafdís), mais est-elle encore une enfant? Son parcours est un enfer : abandonnée, puis recueillie par un vagabond, rendue à sa famille, elle fut vendue par son père à des étrangers. Il semble qu'elle fut ensuite revendue à l'équipage du bateau naufragé.
Háfdán, le simplet du village, homme grand et fort ; il espérait épouser Abba, hélas, la mort vient trop tôt.
Un livre court (123 pages) très original, sur la forme en particulier. Un roman déroutant dans sa chronologie, puis dans sa conception.En effet chronologiquement la première parie commence quand finit la seconde. Il semble que la première et la troisième partie sont là pour mettre en valeur le long milieu du livre avec son histoire très forte. Une oeuvre très particulière, qui passe de l'écologie au fantastique, après avoir disséqué la vie d'un petit village islandais avec des us et coutumes qui surprendraient de nos jours. A découvrir, mais qu'il est difficile d'en parler!
Une écriture évidement très poétique, même dans la description des paysages :
- Ici, tout n'est qu'azur uniforme, sauf le scintillement des cimes. C'est l'hiver dans la vallée de Dalur.
Ou alors :
- La vallée de Dalir s'enténèbre ; une après-midi chargée d'ombre entreprend son voyage vers le haut des pentes.
Extraits :
- La seule explication était qu'elle avait pressenti ses intentions :
C'était un chasseur.
- L'homme avait-il reçu de la renarde un message par transmission de pensée?
- J... je chuis venu cher... chercher le m.. maccabée de la fille....
- C'est toujours la même histoire avec les gens de Dalbotn : ils suintaient le café.
- Et pareillement, le parfum élève l'esprit de Háfdán, lui faisant oublier son tourment.
- Il espère que Háfdán, idiot comme il est n'ira pas desceller le cercueil en chemin pour regarder à l'intérieur.
- Elle leva la tête et le regarda droit dans les yeux ; elle se mit à sourire et ce sourire multipliait par deux le bonheur du monde.
Mais avant qu'il n'ait eu le temps de hocher la tête pour lui répondre, le sourire s'effaça de son visage et, instantanément, celui-ci se couvrit d'un masque empreint d'une telle affection que Friðrick éclata en sanglots.
- J'ai vu l'univers! Il est constitué de poèmes!
- Les Danois se dirent qu'il avait parlé là en « ritig Islænding », c'est -à-dire en authentique Islandais.
- Car si l'on rassemblait les deux moitiés de l'énigme, elles formaient alors un cercueil verni, confectionné avec art.
Éditions : Rivages.
Titre original: Skugga-Baldur (2005)
Autre chronique islandaise: ici

Posté par eireann yvon à 23:59 - Littérature mondiale - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

19 novembre 2007

ARGENTE Patrick / Voisinage du vent

argentregrand_M

Voisinage du vent.
Patrick ARGENTE.
Note : 3,5/ 5.
En bon voisinage.
J'ai rencontré Patrick Argenté par l'intermédiaire de la responsable du club de lecture de la médiathèque de Lorient. Cela m'a également permis de découvrir "La Part Commune", maison d'éditions rennaise. Je ne me prétends pas un connaisseur en poésie, donc je parlerai ici plus de choses ressenties que d'une quelconque qualité d'écriture.
La vie comme elle va, ses bonheurs et ses soucis, ses chagrins également. Et la mort aussi évidement. La solitude, que l'on croit deviner paysanne, dans le poème "Héritage".
La naissance avec cette phrase étrange :
- des femmes enceintes de leur landau.
La venue au monde, encore évoquée dans "Faire-Part".
La solitude aussi dans "Derrière le mur" ou dans "Présence". La routine qui dicte la vie de chacun d'entre nous :
- Chaque jour est plus intense
que de raison.
Le marché un matin d'hiver, une gare, un jour avec toutes ses interrogations:
- On ne sait qui s'en repart
on ne sait où vont les trains
les hommes ni les chiens.
La pluie dans "Temps chagrin", un banc qui amène cette question :
- Qui pense à s'asseoir?
Un cauchemar ou un tricot, des choses ou situations pas spécialement littéraires mais dont l'auteur tire partie.
Un très beau texte sur le temps passé (ou du moins c'est la manière dont je l'ai ressenti) "Cinéma" :
- ravagé par les années à attendre la fin des guerres et le retour des âmes dépossédées.
Ou encore dans "Le temps" :
- A regarder partir les chalutiers
on perd sa vie.
Peu de personnages dans ces courts textes, mais la figure marquante de toutes jeunesses:
- c'est ma grand mère revenue
de si pourtant longtemps morte
Ma grand mère joueuse de carte
par les matinées d'angine.
Et la Bretagne, celle de l'intérieur dans le très beaux poème du même nom. Un hommage tout en douceur et pudeur.
Les animaux sont omniprésents dans ces écrits et dans les titres. Ormeaux, chameaux et chacals (ils ne figurent pourtant pas dans la faune animale bretonne ces deux-là , mais dans l'humaine si!), poulets, âne et cheval, chats et doryphores, bref une vraie ménagerie.
Le monde tel qu'en lui même sans complaisance, ni fioritures mais avec tendresse et espoir.J'ai bien aimé certains textes, la majorité d'ailleurs ; pour d'autres j'ai éprouvé plus de difficultés.
A noter l'absence quasi-totale de ponctuation!
Un bon coup de vent mais de celui qui réveille par une lecture sereine et apaisée en communion avec la nature.
Extraits:
- On ne dit pas de quoi est mort l'écureuil
si l'escargot vit dans le plaisir de son estomac
et l'ormeau de son arc-en ciel intérieur.
- A deux doigts de l'ombre épaisse
à quoi servirait d'être riche?
- Une maison
c'est pauvreté pour un homme seul
- Il n'y a pas de sagesse qui pousserait
comme les herbes dans les prés
- Toutes les vaches sont mouillées
et noires comme les saints des chapelles.
Éditions : La Part Commune.

Posté par eireann yvon à 17:56 - Littérature bretonne - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

14 septembre 2007

MORANDI Roselyne / Partita

img304

Partita.
Roselyne MORANDI.
Note : 4/5.
Sons et lumières.
L'auteur définit ce livre comme une "Suite romanesque et poétique" dont le sous-titre est Les silences et la voix de Lisa Venise.
Une chose relativement rare, j'ai emprunté ce livre à mon épouse. Nous avions rencontré l'auteur au salon du livre de Guidel au printemps dernier. Et nous nous sommes revus pendant le festival interceltique de Lorient.
Un très beau livre, profitons pour parler de l'apparence avant le contenant. De belles illustrations dont certaines de l'auteur et un style et un format de lettres changeant pour les textes ou pour les poésies.
La "Suite numéro 1" "Au jardin de Lisa" est le récit entrecoupé de poésie du retour à la vie d'une femme au nom magique de Lisa Venise.
Elle se retrouve "Abordant une seconde vie" après avoir renoncé au bonheur. Elle a cru trouvé un homme, celui de tous ses rêves et idéaux, la réalité hélas fut toute autre.
La "Suite numéro 2" clôt l'ouvrage porte un très beau titre "Une île, une ville"
-Enfermé dans son cocon,
Château-Thierry, la ville
Devient une île.
Tristan qui semble fuir Paris et chercher l'oubli, marche au hasard dans les rues de cette ville. Il neige, ce qui ajoute à la mélancolie. De son côté, Lisa Venise sort de l'école de musique et entre dans un café boire un chocolat et se réchauffer. En sortant elle croise un homme. Tristan entre dans le café, une femme en sort avec un violon.
Commence alors une longue quête qui peut-être les réunira.
Peu de personnages, une femme, puis un homme apparaît. Tous deux semblent avoir des problèmes. Que leur réserve l'avenir?
Lisa Venise, femme Phénix renaissant de ses cendres, renaissance musicale :
-Lorsque je joue,
Je n'entends plus rien
De ce qui bruit autour de moi.
Et littéraire également, avec l'envie d'écrire qui participe à la guérison.
Nous ne savons pas grand chose de Tristan, si ce n'est que le hasard d'une ligne de chemin de fer l'a déposé dans cette ville, pour le meilleur ou bien pour le pire. Une écriture de très grande qualité, pleine de douceur et de charme. Un livre très intimiste qui, je le reconnais, n'est pas dans mes habitudes littéraires. C'est pour cette raison je pense, que j'ai eu autant d'hésitations pour me décider à le lire et surtout à en parler, mal sûrement ou du moins pas aussi bien que je l'aurais souhaité.
Extraits:
- La Lune est un croissant
Sur le ciel affligé.
- Elle était allée voir la mer, puis s'était remise à écrire à nouveau. Il y avait si longtemps qu'elle s'était tue.
- La vie de Lisa aujourd'hui est un soupir.
- Lisa est impuissante à endiguer le flot de ses douleurs qui la brisent toujours.
- Et cela elle aurait tant voulu le lui dire.
- Les mots.....
Ne pas en refermer la porte à peine entrouverte.
- Les mots,
peu à peu,
lui reviennent.
- Il est le seul, parmi les rares passants crispés par le froid à ne pas se presser.
- S'apprêtant à sortir à son tour, elle croise le regard d'un homme qu'elle n'avait pas remarqué.
- A sa déception se mêle une sorte de rage.
Pourquoi toujours vouloir forcer le destin.....Mais il se ressaisit.
- Les murs inanimés de la cité sont les seuls témoins de son errance.
- Il est temps, à présent, que le poète parle.....
Éditions : Rosédition.
Roselyne.morandi@orange.fr

Posté par eireann yvon à 21:41 - Littérature bretonne - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

03 août 2007

YEATS John Butler / Lettre à son fils William B.Yeats

John Butler YEATS.
Lettres à son fils W.B.Yeats.
Note : 3,5 / 5.
Père de tous les Yeats.*
Plus de 130 lettres de John Butler Yeats, si pour la plupart elles sont adressées à son fils William, il n'est pas le seul destinataire de ces courriers. Certaines sont adressées à ses filles Susan (Lily) ou à Elizabeth (Lollie). Et quelques unes à Jack B. Yeats, son plus jeune fils. Ses lettres ont été choisies et sont présentées par John MacGahern.
John B.Yeats est né à Tullylish dans le comté de Down et est mort à New-York en 1922.
Après avoir vécu à Londres et à Dublin, il accompagna sa fille Lily à New-York en 1908 et ne retourna jamais en Irlande. Tolérant, il ne méprisait pas les catholiques mais n'aimait pas les représentants de l'austère église anglicane. John Butler Yeats connut la gloire par fils interposés, peintre et portraitiste, il gâchait ses toiles et portraits par une dernière touche (toujours de trop), qui détruisait l'oeuvre. Écrivain et conférencier, il connut surtout des succès d'estime.  Son fils aîné William est un des plus grands poètes de langue anglaise, prix Nobel de littérature en 1923, et Jack fut un des plus grands peintres d'Irlande. Ils étaient en plus et contrairement à leur père des hommes d'affaires avisés.  John semblait pourtant croire en sa bonne étoile malgré le cruel manque d'argent qui le suivit sa vie durant, bradant des toiles à des prix très inférieurs au prix du marché. Dans plusieurs de ses lettres, il emploie le mot "succès". Il connut un temps les écrivains qui devaient participer au "Renouveau Celtique" et dans sa correspondance nous retrouvons les noms de Lady Gregory, qui fut la mécène de son fils William, de Synge dont Jack illustra le livre "Les îles d'Aran" dans l'édition française, le portrait de Synge est de John Butler Yeats. Une de ses lettres concerna également Oscar Wilde. Il côtoya également une multitude de personnalités de l'époque, des deux côtés de l'Atlantique.
On sent dans ses courriers une écriture solide et un sens de l'observation sûrement acquise dans son oeuvre picturale. Les sujets de ses correspondances sont variés, de la réflexion sur la société "Idéalisme américain et le paysan irlandais", l'art "L'art et le grand art". La vie de tous les jours "Mes trois logeuses" dans laquelle il fait l'éloge des soeurs Petitpas, bretonnes chez qui il vécut plusieurs années.
Un livre certes intéressant et instructif, mais qui n'est pas réellement essentiel.  Une lecture un peu fastidieuse à la longue que j'ai étalé sur un mois.
Extraits :
- Je me porte tout à fait bien-et je suis très confiant- mais il est impossible de vendre quoi que ce soit, c'est la morte-saison.
- La photographie est en train de supplanter le dessin noir et blanc, étant tellement moins chère et elle est mieux prisée des imbéciles....
- C'est un vrai cataplasme à la moutarde à ses heures.
- Mes portraits à la R.H.A** sont une réussite. J'ai reçu beaucoup de compliments, mais n'ai personne qui souhaite poser.....si bien que je suis en train de mourir de faim pour mes péchés.
- J'ai rencontré pas mal de succès-un réel succès depuis que je suis ici.
- Il y a la crainte du départ des gens et de l'absence de commande. Cela voudrait dire que je mourrais de faim. L'été dernier fut terrible.
- La personnalité a trop à dire pour la parole mortelle.
- C'est ce besoin d'argent qui ronge ma santé et mon bonheur.
- La poésie est le dernier refuge et le dernier asile de l'individu dont l'art oratoire est l'ennemi.
- Le beau pur n'engendre que la lassitude ou plutôt la paresse-la vacuité.
- Et que l'Angleterre est engagée dans ce qui est peut-être le seul conflit honorable auquel elle n'ait jamais participé.
Éditions : José Corti.
Titre original:"Letters of J.B.Yeats"
* En référence au titre "Mère de tous les Behan"
** Royal Hibernian Academy.

Posté par eireann yvon à 15:49 - Littérature irlandaise - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

20 août 2006

LE ROUX Alain / Sur la ligne d'ombre de l'eau

img139

Sur la ligne sombre de l'eau.
Alain LEROUX.
Note : 4 /4.
La Bretagne poétique.
Panorama de la poésie bretonne actuelle (ce recueil date de 2001)
Près de cinquante poètes répertoriés avec comme critère d’avoir publié et comme le souligne l’auteur : "Certains habitent en Bretagne, d’autres ont un certificat de naissance ou non, mais il y a toujours une racine qui rassemble".
J’avoue à ma grande honte que les seuls que je connaissais étaient Yves la Prairie (Milles et un propos d’un gardien de phare)et Youenn Gwernig "Le grand Youenn" ami de Kérouac et auteur de "La grande tribu" dont je parlerai bientôt. J’ai fait un choix arbitraire et je m’en excuse, ne pouvant pas parler de tous les textes de ce livre.
Un clin d’œil à mon ami Alain (Spirit) avec Gilles Durieux, né et habitant Ploudaniel dans le Finistère, et ami de Prévert.
Les poétesse et poètes de langue bretonne, Naïg Rozmor du Léon, Annaîg Renault qui prouve avec talent que l’on peut naître à Neuilly sur Seine et écrire en breton !
Puisse qu’il faut choisir, Gilles Baudry et son hommage à René Guy Cadou, Jean Yves Le Guen pour "Mots-poésie", Christine Guenanten, la Vannetaise. Thérèse Louet et sa charmante "Maternelle" :
-Chantent la brume des petits matins
En pensant encore et trop souvent
A l’heure des baisers des mamans…..
Un mot sur Muriel Marie et ses "Houles d’amour" et sur Malo Bouessel du Bourg dont il faudra que je relise les "Feuillets d’Irlande"
Finissons avec Sylviane Le Menn et son poème "Marée noire".
-La mer sue noire
pleure en larmes grasses
indélébiles
et l’oiseau en mourrant
pose sa patte pour signer
le poème épitaphe
qu’il ne sait pas écrire.
Editions An Amzer. (2001)

Posté par eireann yvon à 17:21 - Littérature bretonne - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

16 juin 2006

GRALL Xavier / Solo & autres poèmes

img138

Solo et autres poèmes.
Xavier GRALL.
Note : 4
Ex-Voto.
Recueil de poésie datant de 1981, illustré par un de ses amis Marcel Gonzalez, peintre de Pont-Aven.
"Solo" est le poème le plus long, environ cinquante pages.
Grall se présente à Dieu :
"Seigneur me voici c’est moi
je viens de petite Bretagne"
Il y parle de sa santé déjà déficiente :
-"Seigneur mettez vos doigts
Dans mes poumons pourris"
Il y invoque ses démons, l’alcool et la fête :
-"Les bars roulaient comme des rivières
j’ai prié comme jamais dans les ivresses"
Il énumère les poètes, ses frères de miséricorde, François Villon et Rimbaud, Verlaine, Georges Perros et Guillaume de Machaud.
La musique n’est pas oubliée, la classique avec Benjamin Britten et Beethoven, et la bretonne avec son frère de rébellion, Glenmor ou Dan ar Braz, qui lui consacrera un disque. La fin du poème :
"Mais Seigneur Dieu
Comme la vie était jolie
En ma Bretagne Bleue"
Dans "Ex-Voto"Il salue la mémoire de Max Jacob son voisin quimpérois et de Georges Perros:
-
"A Georges Perros cancérisé
A Max Jacob l’étouffé de Drancy
Donnez au paradis les jolies roses"
Plusieurs autres poèmes complètent ce recueil où Grall semble attendre la mort en renouant avec Dieu.
Une phrase qui m’émeut toujours autant dans "La mort si lente à venir":
-Et c’est seulement au chevet des mères mourantes
Que les fils des hommes accèdent à la connaissance !
Car il faut les ténèbres à l’illumination du cierge.
Editions Calligrammes.

Posté par eireann yvon à 14:00 - Littérature bretonne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

08 juin 2006

EGAN Desmond / Terre et paix

img142

Terre et paix (poèmes d’Irlande)

Desmond EGAN

Note 3,5

En souvenir du père.

Recueil bilingue groupant 8 ouvrages édités en anglais. De "Midlands" 1972 à "Song for my father", un large tour d’horizon de l’œuvre d’un des meilleurs poètes irlandais contemporains.

On trouve quelque poèmes engagés comme le très court mais cinglant "La question Nord-Irlandaise"

Près d’une voiture deux fillettes

Jouaient à chat perché….

Dites-moi combien de comtés

Valent leurs doigts éparpillés.

Ou alors le terrible "Autostoppeur" dans lequel un homme dont la maison vient d’exploser et qui est contraint de quitter le Nord où sa vie est en danger.

-C’est son boulot protestant qu’il a perdu

Pas de rancune : que pouvait faire le patron

S’il tenait à ses rotules ou à sa maison ?.

Desmond Egan rend des hommages littéraires, à Beckett, à Erza Pround, puis à des militants de tout bord Frère Romano, Benjamin Moloise, à Sean Mc Bride et aussi à John Mc Cormack, célèbre ténor irlandais. Quelques ballades bucoliques malgré tout : Les Midlands, le comté de Clare, Athlone sa ville natale.

Mais le dernier recueil concerne la mort de son père comme dans "Cancer"

-Quelques mois seulement, Dieu lui vienne en aide.

Ou bien d’autres vers pour ce père :

-Les sentiments ont leurs affluents,

parfois ils disparaissent sous terre

et parfois comme le Shannon

ils inondent leurs rives.

Une note de joie :

-Et il rit de bon cœur à Loughanavalley de

la pierre tombale érigée par un prêtre avant sa mort,

avec "A Bientôt" dessus.

Est-ce la présentation plutôt austère,  mais j’ai moins aimé que les 2 autres recueils dont j’ai déjà parlé. Il est vrai que ces poèmes ont pratiquement tous un fond plus grave que dans "Peninsula" par exemple.

Titre original : The selected poems of Desmond Egan.

Posté par eireann yvon à 19:18 - Littérature irlandaise - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

30 mai 2006

GRALL Xavier / Genèse & derniers poèmes

img135

Genèse & Derniers poèmes.
Xavier GRALL.
Note 3,5
Poésie inachevée, la mort ayant fait son œuvre.
Le projet était une suite de "Chants". Trois seulement furent achevés.
Dans ces chants la vie est présente, avec ses joies, ses rapports avec la nature et le monde. Il y parle des fleuves, des ports, des mers et des océans. Il parle aussi des marins et des pêcheurs et des navires qui font rêver les terriens.
-" Il y avait les ouragans
Il y avait la peur humaine "
Les derniers poèmes sont des œuvres sur le temps qui passe, sur la mort et la désertification de le Bretagne intérieure dans " Les déments " :
-" Par les chemins noirs de L’Arrée
où vont-ils les déments
A quel orme
Pour quel suicide? "
Nous avons tous, je crois, quelque part en mémoire le souvenir d’une maison, grande ou petite qui nous serre le cœur, dans le poème "Supplique des maisons anciennes " :
-" Demeure des fêtes et des mœurs anciennes
J’ai souvenir de ta rurale noblesse ".
Suit l’émouvant "Tombeau pour Bobby Sands"
-Briques et cendres Belfast
Ne revit Bobby que mort et blanc….
-Cromwell peut cracher ses dents
pourries dans le sang de l’Irlande".
Le dernier :
-Ne me parlez pas de moi
Sur ma tête mettez une pierre d'argile blanche
Et parlez-moi de la terre *
*Je vous parlerai plus tard du recueil d’articles du journal " Le Monde " qui porte ce titre.

Posté par eireann yvon à 13:58 - Littérature bretonne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

15 mai 2006

GRALL Xavier : Le rituel breton; La sone des

rituella_s_ne

Le rituel breton/ La sône des pluies et des tombes.
Xavier GRALL.
Note: 4,5/5
Mémoire personnelle, mémoires collectives.
J’avoue sans aucune honte que je vais parler de 2 recueils de poèmes de Xavier Grall, "La Sone des pluies et des tombes " et "Le rituel Breton-"
Pour Ulysse, s’il revient en Armorique " dit la page de garde du "Rituel breton", long poème lyrique, qui comme beaucoup de textes de Grall revient sur l’histoire des Bretons bourlingueurs. Les ports, les alcools, les rêves, la filiation à la Bretagne sont les thèmes qui lui sont chers. Le Maghreb et le Sud l’ont marqué également, lui qui fut appelé du contingent, pris dans des guerres qui ne le concernaient pas.
Et la mer autour et au-dessus de tout, le voyage, l’amour et l’amitié.
Good bye, kenavo
Nous allons respirer tous les parfums
Nous allons danser la pavane de la mer
Dieu et le vent pour suzerains
Nous allons fonder l’empire des paladins.

La Sone des pluies et des tombes :
Que dire que ce petit livre qui "trône" depuis 30 ans dans ma bibliothèque ? Qu’il m’est indispensable, et qu’il m’inspire, c’est évident, mais c’est surtout un compagnon de route comme certains disques de Neil Young. Il m’a suivi dans toutes mes divagations, tous mes déménagements, puis dans ma quiétude actuelle. Je l’ai lu et relu, toujours avec la même émotion.
" Pas de préface à ma Sone,
Mes amis , attendez que je sois mort
Car je moissonne encore
Dans mon pays
Par les jours et par les nuits. "
X.G
Hélas, Grall est décédé depuis, victime de certains de ces excès qu’il décrit si bien.
Toutes les étapes de ma vie sont là, regret et nostalgie dans "Allez dire à la ville " fêtes païennes et alcool dans "Incandescences", hommage à Kerouac dans "Kerouac song " ; valeur du vieux pays dans "Pluies" ou "Marins" ; visite à ces chapelles bretonnes, chef-d’œuvre anonyme dans "Notre Dame de Korreguer".
Le respect de la famille dans "Tu lis ton ascendance ", présence de la mort qui rode dans "Qui entre mes épaules", le regret de la fin d’un mode de vie dans le poème qui est mon préféré "Plainte de Yann Vari Perrot "
Quelques hommages à Armand Robin et à l’Irlande complètent ce recueil, il y a un peu de provocation dans "Kerdruc september", complainte du touriste à Pont-Aven sous la pluie et devant la télévision.
Vieux livres, anciennes lectures, vous pouvez reprendre votre place pour quelque temps, je reviendrais vers vous.
" Ah quand je mourrai
Enterrez-moi à Ouessant……… ".


Posté par eireann yvon à 16:27 - Littérature bretonne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,
« Accueil  1  2   Page suivante »