Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

08 octobre 2009

MALTE Marcus / Toute la nuit devant nous.

Toute la nuit devant nous.
Marcus MALTE.
Note : 4 / 5.
Retiens la nuit*
Ayant, il n'y a très longtemps, beaucoup apprécié « Intérieur nord » du même auteur, je récidive avec encore un recueil de nouvelles. Ces récits sont plutôt longs, trois en tout pour 125 pages.
La nuit devant nous, mais au matin, la nuit est derrière nous, et on ne peut pas toujours parler de bonne nuit! Nuits blanches ou nuits noires?
« Le fils de l'étoile ». Meslet a onze ans, garçon solitaire, les vacances sont pour lui une corvée et les colonies de vacances, un cauchemar! Heureusement il fait la connaissance de François aussi refermé et silencieux que lui. Au nom du proverbe qui dit : « Qui se ressemble s'assemble », il se lie d'amitié. La nourriture de la colo a plutôt des effets dévastateurs sur les intestins de Meslet. Ce qui un matin lui vaut les sarcasmes des autres membres de la chambrée. Vengeance divine, ils tombent malades, sont hospitalisés en urgence et le meneur passe de vie à trépas. La fin des vacances est agréable pour nos deux amis. Ils se retrouvent l'année suivante, le château qui les accueille est encore plus en ruine que l'année précédente, certaines parties étant même interdites, car hantées! François annonce à son ami que sa mère est morte. Hélas, encore une fois ils sont dans le collimateur des autres. Muriel, une des accompagnatrices, ne semble pas particulièrement les apprécier, surtout Meslet plus jeune et qui ne se défend pas. Un jour qu'elle est particulièrement odieuse, François glisse à l'oreille de son ami : « T'inquiète pas, elle ne t'embêtera plus! » Le lendemain matin, après une nuit d'orage, Muriel a disparu.... La nuit suivante sera pour Meslet celle du passage à un monde très différent du sien!
« Des noms de fleurs ». Ils s'appellent Cynthia, Virginie, Marco, entre eux ils se sont donnés des noms de fleurs, Rose, Iris, Lys ou Chardon Ardent. Les fleurs, c'est la beauté, la pureté, l'amour, la nature, l'odeur, la vie. La beauté irradie, l'atome aussi! Quatre jeunes rêvent de changer le monde. Que faire pour vraiment marquer les esprits ?
« Le père à Francis » est une belle histoire qui me rappelle plein de souvenirs, la vie d'un petit club d'une cité de la ville de Marseille. Ce football là, celui de mon enfance, des adultes bénévoles qui ne comptaient pas les heures, des gosses comme nous qui prenions le métro et le bus, un casse croûte dans la poche. Nous ne rêvions pas de carrière, ni d'argent. Une histoire qui est celle de millions d'enfants partout en France. Bravo et merci de rendre hommage à tous ces « Pères de Francis » qui ont permis à beaucoup d'entre nous de rester des gosses avec quelques repères pour plus tard.
Deux enfants en colonie de vacances, pas réellement faits pour ce genre de vie en communauté, seule une sorte de solidarité peut rendre leurs vacances plus supportables. Mais pour François, la solidarité n'est pas un vain mot! Quatre adolescents à peine sortis de l'enfance, mais quel monde leur laisserons-nous? La pollution, l'atome, une terre irradiée. Déjà désabusés, ils se demandent comment faire bouger les choses! Un coup d'éclat, d'accord mais lequel? Une cité, des minots, un homme dévoué, Marseille et le football, même si certains glissent sur des pentes savonneuses, c'est beau le sport à ce niveau-là!
L'écriture est toujours très belle. J'ai trouvé ce livre moins désespérant que« Intérieur Nord », sûrement grâce à la nouvelle qui clôt ce recueil, qui malgré tout, pour moi est une histoire remplie d'espoir et de bonté.
Il est vrai également que les tranches d'âge des personnages devraient laisser une grande place à l'avenir. Avenir que semblent refuser les protagonistes de « Des noms de fleurs » ; ne sont-il pas un peu lâches malgré leur courage ? Car il est évident que leur geste ne solutionnera pas le problème de l'écologie mondiale.Extraits :
- Une certaine forme, un avatar de bonheur, c'est vrai.
- Quand même, cette phrase, ces mots, j'aurais dû me méfier.
J'entends encore ce rire, parfois, trente ans après, je suis obligé de m'asseoir pour ne pas chavirer.
- Sa tombe, comme sa loge, était toujours fleurie.
- Je m'appelle Rose.
Je ne veux pas vivre sur une Terre irradiée.
- On pourrait croire qu'ils dorment, on pourrait croire qu'ils sont morts mais ils respirent et les yeux bleus d'Iris sont grands ouverts.
- Elle a poussé son premier cri tandis que le nuage radioactif passait lentement au-dessus de sa tête.
- C'est seulement maintenant que j'y pense. Maintenant c'est trop tard.
- Après les autres clubs, presque ils se battaient pour venir jouer chez nous.
- Á force, ils nous connaissaient tous et peut-être qu'on était le club le plus célèbre de Marseille. A part l'OM c'est sûr.
- Après, ce même jour, il y a Tapie qu'est venu me voir. On l'appelle comme  ça parce qu'il fait toujours le barbeau et se la joue homme d'affaires.
Éditions : Zulma.(2008)
*Chanson langoureuse !
Autre chronique de cet auteur :
Intérieur Nord.

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16 août 2009

EMERY Alain/ Divines antilopes.

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Divines antilopes.
Alain EMERY.
Note : 4,5 / 5.
Quel cirque la vie*
Après « Canaille & Compagnie », c'est le second recueil de nouvelles d'Alain Emery que je lis. Nous nous somme rencontrés dans le superbe petit port du  Dahouët dans les Côtes d'Armor. Rencontre très amicale sous un beau soleil breton (eh oui, cela existe!) Nous avons longuement parlé de ce style littéraire que nous apprécions tous les deux, lui comme auteur, moi comme lecteur, la nouvelle.
« Barnum » fait penser à la « World Compagnie » où des hommes sont chargés de préparer des licenciements collectifs au nom de la rentabilité et des bénéfices des actionnaires. Mouse et Wagner sont de ceux-là, avec leurs chauffeur, garde du corps et exécuteur de basses œuvres, ils sillonnent les routes. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, et parfois une fin tragique!
« La cuisine des anges » ou les mécomptes de Perrault. Calomnié, il en restera toujours quelque chose, alors faire la sourde oreille par intérêt n'est pas un problème, sauf peut-être d'arithmétique !
Dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, on pense au proverbe « L'homme est un loup pour Lou ». L'appareil photo remplace le fusil chez l'homme prédateur, Lou, ancienne actrice, gloire nationale en fin de vie et de carrière remplace l'antilope... Le prédateur sort toujours gagnant. Un très beau texte.
« Chinook », c'est un vent de folie qui souffle sur la vie d'un homme. Écrivain à succès, imbu de sa personne et de son personnage, une femme et quelques gâteries vont le réduire en miettes, le transformer en loukoum ou en pâte de fruit. Hé oui, monsieur l'écrivain, l'amour est souvent une question d'humilité, alors quand on en est dépourvu..... Un autre très beau texte.
« Tout l'or du monde » n'a jamais rendu la vie à qui que ce soit! Un homme pense qu'il l'a appris à ses dépends, mais beaucoup trop tard!
Il est également question de courrier dans ce recueil, « Lettres mortes » entre les lettres d'un noble et celles d'un gueux, pour qui le préfet prendra t-il fait et cause? L'épouse d'un défunt écrit à la maîtresse de celui-ci qui a écrit un livre sur son mari.
Les chiens ont leurs places dans ces récits. « Chiens entre eux », récit très noir qui se passe dans un endroit encore plus sombre que le récit, « Amigo » nous parle de la rencontre entre vagabonds sous le soleil de Catalogne.
Des personnages souvent pathétiques, en bout de course, d'autres portant leurs secrets comme un lourd fardeau, un autre facétieux jusqu'à la mort. Une galerie d'hommes et de femmes, souvent ni meilleurs, mais aussi parfois pires que la moyenne du genre humain.
Bourne est mort avec « Les illusions en moins ». Sa vengeance contre les gens qui l'ont méprisé de son vivant sera posthume. Son seul ami veille sur ses dernières volontés, avec beaucoup de zèle. La cupidité est un vilain défaut, pour Bourne ce ne fut pas une découverte.
Un général et son majordome, Vieux Général, vieille baderne repue de morts et de gloire. Sottise et vanité, mais un homme, un jour, sonne à la porte.....
Un enfant et sa mère dans « Sortir du silence », la vie en quatre dates pour le fils, à huit, onze et quinze ans et aujourd'hui, le retour dans la maison familiale et ce secret qui le poursuit. Et cette phrase :
-Désormais, je suis là, entre le temps révolu et celui qui me reste et comme je songe à chacun de mes gestes, je n'en regrette aucun.
Le résumé de deux existences gâchées.
Un Français au Paraguay, les gens se rappellent sa présence, sa bonté mais aussi sa mort. Un homme a trahi les siens, naguère gibier, il est devenu chasseur, et le fusil dorénavant est entre ses mains. Le bonheur est-il à ce prix? Une femme, ancienne danseuse de tango, se refuse à vieillir, mais le poids des ans est là. Un enfant assistant au procès de son grand père, un homme est menacé d'un fusil, mais l'assaillant ne tire pas, enfin pas sur lui, mais ce geste le poursuivra toute sa vie. Un vagabond est accusé d'un double crime, c'est un coupable idéal et pourtant....
J'aime beaucoup ce recueil, car il n'est pas évident que dans ce genre de livre, toutes les nouvelles soient de bonne qualité, ce qui est le cas ici. Certains récits donnent un petit air sud-américain et espagnol à ce livre et apportent un peu de soleil à ces histoires ayant un côté bien noir qui correspond souvent au genre humain. Pour les lecteurs, qui comme moi, affectionnent le genre nouvelles noires, un livre à découvrir.
Extraits :
- J'ai une trogne de brute. Une tête d'assassin.
- Crier ne sert à rien. Pleurer non plus. Personne n'entend plus personne.
- Dans les petits pays, la méchanceté est une lèpre qui nous occupe. Nous sommes des gens de sentences.
- A ses côtés, un bouquet éclatant de pilules mortifères.
- Juste après, sa carapace de nurse anglaise s'est entrouverte sur un sourire de garce absolue....
- A nos débuts, je la croyais à mes pieds. Elle n'était qu'à mon chevet.
- Signé : Le Bourne, qui rigole rien que d'y penser.
- En somme, je suis une ordonnance qui joue les majordomes. Tête basse, je fais mon temps.
- Au fil des siècles, notre sang indien s'est dilué au leur et peut-être sommes-nous moins vivants qu'autrefois.
- Vanel, à s'allonger sur l'encolure de sa bête, n'était plus qu'une ombre courbe.
- C'était la pire des bauges. Ce soir-là dans la lumière parfumée brasillait des trognes à faire peur. Amarrés à leurs timbales, ils buvaient sans sursaut, comme on écope au milieu des naufrages.
Éditions : La Tour D'Oysel (2009).
*Allusion à la première nouvelle du recueil « Barnum ».
Autre chronique de l'auteur :
Canaille & Compagnie.

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02 août 2009

BOURVEN Yann / Le dérèglement.

Le Dérèglement.
Yann BOURVEN.
Note : 4,5 / 5.
Rangement et dérangement!
Second livre de ce jeune auteur né à Rennes que je lis. Très différent dans sa structure que « Mon héroïne », ma précédente lecture, et étant un amateur de nouvelles (ou de courts textes) noires et un peu décalées, j'ai beaucoup plus apprécié.
Des récits fulgurants, et même si les textes ne sont pas violents en eux-mêmes, on sent que la vie peut basculer, que la folie est là sous-jacente, entre les lignes.
« Le Chien » nous raconte une chasse à l'homme pourchassé par une meute de villageois dont son propre père! Il ne comprend pas les raisons de cette haine, pour lui c'était un acte d'amour, mais pour les autres, non.....« Le Pêcheur » réunit quatre personnages qui ont chacun un rôle à jouer, un pêcheur, un écrivain, une sirène et une bouteille! Une bouteille à la mer sauvera t-elle les hommes? « L'Actrice » est la narration de la vie d'une femme, hier au sommet de sa gloire, ayant joui de la vie, avec excès. Aujourd'hui sa carrière terminée, au chevet de son père mourant, elle tente de se réconcilier avec lui! « L'enfant au yeux rouges et les huit ombres qui ont marqué l'histoire » parle pêle-mêle de Marie et de Joseph, et de Jésus mais aussi d'un enfant, d'un fou, mais ne cherchez pas une vérité biblique dans ce texte! « Période 2016-2018 » chaque existence d'un homme à ses périodes, mais qui peut nous dire ce qui nous attend plus tard?
« Le poème » est l'Ombre absolue, mots uniques et multiples. Je suis......
Beaucoup de personnages, mais tous sont à la limite de la raison, excessifs loin de la norme classique. « La Tueuse et le Fuyard » est une dissertation sur le mal et la mort, un très beau texte. Un cinéaste se meurt, mais la caméra tourne encore.... Une femme seule accouchant d'un cauchemar le long d'une voie ferrée sinistre. Les amours de Pluton et de Proserpine sur une péniche, cela sonne comme une chanson enfantine, mais ce n'en est pas une!
Paris devient une ville personnage mêlant amour et haine dans « Retour à la non-réalité » et dans un long poème « Bordeline ». Paris est également le point de départ de la nouvelle qui donne son titre au livre. Mais une chanson et un reste de whisky font s'évader les pensées du narrateur.
Quatorze textes en cent-sept pages ne permettent pas de flâner en route, donc l'écriture est incisive, précise, dénuée de fioriture. Elle est parfois choquante, souvent osée, les histoires et les propos quelquefois très immoraux, mais je reconnais que j'ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce livre. J'étais suite à la lecture de « Mon héroïne » pas très enthousiaste pour commencer celui-là, mais cela n'a pas duré, je pense que l'auteur est très à son aise dans ces courts récits, qui traite une multitude de sujets très diversifiés.
« Un genre de serpent littéraire » qui commence ce livre (et qui en quelque sorte le finit) en est une très bonne introduction. Une découverte pour les amateurs de littérature hors des sentiers battus.
Extraits :
- ... les puissants arrogants finiront dans un lac de sang, tu l'entends c'est l'écho de toutes les révolutions qui ont échoué...
- ... demain je retrouverais ma tendre égarée mais pour le moment j'écris sans pour autant vivre en paix.
- Le Fuyard: La vie est une autoroute déserte alors j'essaie de me cacher derrière ces mots beaucoup trop sombres.
- ... c'est la fin, mais mes crocs de clous vous infecteront, je me répandrai, je vous terrasserai, salauds, tétanos béni et rage de beauté !
- ... comme je t'aime lorsque tu serres entre tes bras décidés le vent voilé des songes et des corps enfin abattus....
- ... dans son sourire de pirates il y a des dents qui manquent et des pleurs intérieurs, à moins que ce ne soit la pluie qui s'amène...
- ... léchouilles de goulot et simples paquebots juste le temps de perdre son temps.... extraire des mots qui évoquent cette terre nourricière.
- ... je le sais je le vois souvent s'éclater avec des hommes et des femmes lors de partouzes insensées, j'ai installé une caméra microscopique tout au bout de son gland violet !
- ... les mères de familles sont des astres sanglants et pleurent souvent quand elles se réveillent : je suis une femme seule, et mon monde n'est pas encore né.
- Mais malheureusement toutes les villes se ressemblent les hommes se cabrent comme des chevaux enragés mais ils ne font qu'imiter les rebelles qui sont morts pour rien depuis bien longtemps.
- ... j'écrase les fougères je broie les genêts et je détruis les cabanes des paysans-cimetières insulte la Bretagne qui stagne sous un climat océanique même température toujours la même douleur et l'ennui......
- ... j'allume la chaîne j'écoute ce vieux Neil Young et ma fenêtre à des accents d'auto-stop.
Éditions : Sulliver (2009)
Autre chronique de l'auteur :
Mon héroïne.

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16 avril 2009

PRILLEUX Fédéric / Dans le panneau!

Dix ans, cela se fête!
Donc vive "La noiraude & La fureur du Noir".
Cela se passe, ici!

Dans le panneau!
Frédéric PRILLEUX (Coordinateur).
Note : 4 / 5.
Ne pas tomber dedans!
Reprenons le même principe que tous les ans, dix écrivains, cinq professionnels et cinq amateurs sous la direction de Frédéric Prilleux nous donnent ce rendez-vous, qui est le 8ème. Pour eux et pour moi!
Les auteurs sont pour cette édition : Gérard ALLE, Patrick BARD, Philippe GOURNAY, Philippe HUET, Sébastien KLOTZ, Max OBIONE, Céline PENVERNE, Maryse POLY, Claudio RUBILIANI, et Dominique SYLVAIN . Les panneaux, en général sont là pour interdire quelque chose, alors bravons les interdits!
« Moi non plus, je n'aime pas avoir froid ou soif. Le café vous est offert, servez-vous et bienvenue »
Le panneau, qui est également le titre de la nouvelle est alléchant et étrange! Surtout qu'il est signé « L'ermite » et qu'il se trouve dans un village abandonné. Une histoire pathétique d'un des nombreux laissé-pour compte de nos sociétés modernes. Mais un randonneur veille...
« Il est interdit de se doucher dans le cimetière », est une des plus intéressantes nouvelles de ce recueil, la plus réussie à mon goût. Nous sommes à la Réunion, nous cheminons au propre comme au figuré avec le narrateur. Il marche pour oublier ou pour se souvenir, pour ne plus voir ce père, alcoolique, ancien fossoyeur, cet homme détestable et détesté, craint et isolé. Il est à l'agonie et le fils revoit sa vie, sa mère. Une dernière offrande et l'eau purificatrice.....
« Attention à la marche » est une de mes nouvelles préférées, un éditeur loupe une marche, se blesse grièvement, trouve un interlocuteur pour lui raconter sa vie. Il pense tenir enfin le chef d'œuvre qui va changer sa vie, le sortir de l'anonymat, il a rendez-vous aujourd'hui avec l'auteur...Ne pensez pas que le fait que le titre du livre « Lady Bigouden » et le nom de plume de l'auteur soit Dominik Kerity aient eu une quelconque influence! Ou alors vous me connaissez bien mal!
« Défense de déposer des ordures » nous raconte la rencontre d'un homme qui urine sur le bord d'une autoroute et d'un escarpin rouge. Cet homme s'imagine l'histoire de ce soulier abandonné là, une dispute, le rendez-vous d'un couple illégitime? Enfin, il a fini, referme sa braguette et laisse la chaussure à sa place..... Sur le pont au-dessus un cycliste l'observe.
« Baignade interdite » clôt ce recueil, et prouve que ce n'est pas très agréable de nager en eaux troubles où flottent un cadavre. Surtout si vous commencez à mentir à la charmante représentante de la gendarmerie. Le mort étant un homme riche, pas comme le cantonnier qui meurt peu après....
Quelques personnages ordinaires, parfois, un couple de retraités de l'enseignement cherche une noble cause à défendre. Ils veulent changer de vie, chasser l'ennui, bref tout quitter, et dans ces cas là ils trouvent la cause! À eux le Maroc, le sable, le soleil et peut-être aussi un mirage......
Un journaliste qui doit faire un papier sur un double suicide, à Etretat! La femme a fait un vol plané avec sa voiture, l'homme s'est lui pendu! Quelle motif avait cette femme de se suicider? Apparemment aucun, elle écrivait des poèmes et allait être publiée, récompense pour elle alors pourquoi mourir et de cette manière bien peu sentimentale! On est loin de l'envolée des amants éperdus, mains dans la mains! Méfiez vous de la chute....de la falaise! Et la poésie n'est pas toujours neutre!
Une prostituée se rappelle des circonstances qui ont décidées de sa vie. Un jeune allemand pendant la guerre, qui lui fait découvrir l'amour, la naissance d'un fils, la honte et la tonte, et maintenant ces deux hommes qui sont les clients qu'elle ne voulait pas......
Une femme battue, qui écrit pour faire pénitence, une petite fille surprise de l'intrusion d'un couple dans une maison qu'elle s'était appropriée et qu'elle observe jours après jours.
Un recueil plus exotique que les autres, Maroc, Ile de la Réunion, mais vu le contexte ce n'est pas réellement le paradis!
La recette étant la même, ma chronique également, des écritures très différentes, du très bon et du moins bon. Mais le moins bon est malgré tout de bonne qualité, un bon cru. A l'année prochaine donc!
Extraits :
- Gisèle se mit à éplucher le guide du Routard plus souvent que les poireaux.
- Vous verrez qu'un jour, on appellera les cons « Personnes à compréhension différée ».
- Mon père ne croyait en rien, pas même à sa propre bêtise et aux propos insensés qu'il tenait.
- Le tas de ferraille fut une Clio bleu marine, et ressemble maintenant à une œuvre d'un César qui n'aurait pas fini le boulot.
- Tu as raison Mathilde, je suis une erreur de trottoir.
-Je vois le grand-père Tramvouez qui marche sur le quai de Loguivy, me tenant par la main et racontant ses pêches d'Islande.
- Les autres bébés ils rient des fois, pourquoi tu ne ris jamais toi ?
- Il disait souvent que leur vie aurait été différente si elle ne lui avait rien caché.
- Il lui faudrait encore tuer demain.
- C'est dingue le nombre cachottiers que comptent ce patelin, tu ne trouves pas Clément ?
Éditions : Terre de Brume. /Granit noir(2008).
Voir mes autres chroniques ici
.

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28 mars 2009

URIEN Emmanuelle / La collecte des monstres.

La collecte des monstres.
Emmanuelle URIEN.
Note 5/5.
A chaque jour suffit sa benne
.
J'avoue à ma grande honte qu'à part une nouvelle dans « Mes chers voisins » opus annuel de « La Noiraude &La fureur  du noir », je n'avais rien lu de cette auteure. Pourtant je suis, du moins je le pense, un bon public pour ce genre d'écrits. Ce livre est son troisième recueil.
18 nouvelles souvent courtes, mais allant droit au but, un monstre se cache dans toutes ces histoires, souvent il est banal, tranquille dans son coin, se faisant oublier.
Dans « Cas de figure 38 » il se cache sous un masque, cela fait moins peur aux enfants.
Quand on se prostitue pour payer ses études, on se donne des règles, c'est bien normal. Mais la première doit être de ne pas se moquer d'un éventuel client! Et de ne pas baisser sa garde!
Plaie d'argent n'est pas mortelle dit le proverbe, tout le monde le sait, les proverbes ont souvent un fond de bon-sens. Un grand photographe apprendra à ses dépends qu'un agent est là pour gagner de l'argent, et pas du tout pour prendre la pose.
Aminata est muette, mais elle entend très bien, trop bien même parfois. Au centre d'un cercle parfait, tracé sur le sol, il paraît que la magie fait une «Zone de silence ». Un dernier trait, un dernier bruit, et comme par magie enfin le silence, un silence de mort!
Travailler dans un zoo, cela paraît tout bête, mais quand on est observateur, il n'y a pas beaucoup de différence entre le comportement des humains et des babouins.
« Alice  attend » épouse de routier ou de marin, les femmes attendent, c'est bien connu! Mais parfois elle aimerait bien que ce soit elle qui puisse partir!
Une Juliette qui attend son Roméo, ce n'est pas nouveau, ni très original, mais quand la Juliette, parle de physique idéal, c'est peut-être se vanter. Pour Roméo, la réponse est tranchante et sans fioriture « Je suis l'homme qu'il vous faut ». Et pourtant il amène des fleurs...
Une femme est victime d'un accident, alors elle ruse pour obtenir des entretiens d'embauche. Un homme marche, encore et encore, il vient semble-t-il de Pologne, la guerre est finie, il se dirige vers l'île de Bréhat. Après avoir quitté l'enfer, retrouvera-t-il le paradis?
Innocent ou coupable, de toute façon pour cet homme qui sort de prison, il ne peut être que coupable, mais 5 ans c'est long, et dans la rue rien n'a changé, ceux qui l'ont envoyé en prison ont toujours pignon sur rue, lui, par contre sa vie est foutue.....
Un homme et une femme dans une voiture, sous la pluie, lui part refaire sa vie au Canada, elle lui reproche de l'abandonner. Alors sur le bord de l'autoroute commence ce que l'on appelle « laver son linge sale en famille » et depuis le temps, il est sale le linge.
Des femmes rongées par la maladie, comme Firmine dans « Leurre de gloire », ou la narratrice dans « La pas du crabe », un comptable qui s'appelle Noël, cela inspire confiance, enfin, cela devrait, un autre qui trouve une situation en or, un magistrat qui devrait mieux lire son courrier, une marathonienne qui court, cela parait normal mais que laisse-t'elle derrière elle?
L'écriture est très agréable, les nouvelles étant brèves, il n'y a pas de temps mort (Il n'y a d'ailleurs que le temps qui ne meurt pas!) ni de descriptions trop appuyées. L'auteure réussit le tour de force de nous surprendre très souvent avec des fins d'histoire absolument inattendues et parfois énigmatiques. Un choc et un coup de coeur, comment croire en l'espèce humaine après tout cela!
Tiens, je vais regarder le film « Freaks » de Tom Browning, là au moins les monstres ne le sont que physiquement!
Extraits :
-Ils sont tristes, les gens, ils ne gagnent pas à être connus, même comme ça, sous pli discret.
-Ce cliché, c'est une photo de la femme idéale. Et cette femme, c'est moi, c'est bien moi.
-Sophie, je te demande pardon. Peut-être qu'après tout je ne reviendrai pas.
-Il est vrai que, depuis, on a fait du chemin.
-La magie, ce n'est pas un jeu.
-Vue imprenable sur un enfer minable.
-Il se voudrait exempt des défauts qu'il lui reproche.
-Il m'a piqué mes clés hier soir au bistrot, et voilà le résultat. Pour une fois qu'il la ramenait...
-Mon mari m'a quitté après quelques semaines de contemplation navrée, sur de vagues excuses.
-On réclamait un peu moins ses faveurs, et plus du tout ses talents. De ce côté-là, ça ne change pas grand-chose.
-Et pour une fois dans ma vie, je suis à contresens.
-Il avait démontré que l'on pouvait vivre sans coeur.
- Nous ne sommes pas des monstres.
Éditions : NRF/Gallimard. (2007).
Le site de l'auteur, ici.

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27 mars 2009

ROUX Annelise / Peccata mundi

Peccata mundi.
Annelise ROUX.
Note : 4 / 5.
La camarde fait sa récolte.
Je ne connais pas cet auteur, à part un texte «  Toiles» dans le recueil de nouvelles, « À saisir ! », parution annuelle de « La Noiraude & La Fureur du Noir ». Native du Médoc, elle a écrit plusieurs romans noirs. Ce recueil ne comporte si l'on peut dire que cinq nouvelles.
La nouvelle qui donne son titre à l'ouvrage, ouvre celui-ci, et donne le ton à ce livre. Un docteur intuitif Tanguy Martineau, dit l'Aviateur (allez savoir pourquoi ?) est appelé sur les lieux d'un viol particulièrement sauvage. D'entrée, il déteste Manuel Nozehec, un des policiers chargés de l'accompagner sur le lieu du délit. La victime est Diane Capian, une chanteuse. Ils sont accueillis par CoraWeber, agent et manager de l'artiste. Le coupable est très rapidement trouvé, mais trouvé mort. Il s'est en effet suicidé. Il travaillait sur la tournée de l'artiste, semblait être un homme sans problème. L'enquête dévoilera que ce crime n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît.
« La camarde ». Les rêves des uns ne sont pas forcément les rêves des autres, la mort a-t-elle aussi des rêves ? Dans cette histoire nous suivons un juge martiniquais, religieux et amateur d'horoscope, un carreleur serbe, une prostituée algérienne, un patron de bistrot proxénète. Pour le juge l'affaire paraît simple, Dzarcos, le carreleur a tué Malika l'algérienne dont il était le concubin. Mais le contexte est beaucoup plus sordide que cela, être serbe et regarder un certain France/Croatie dans le bistrot où travail votre amie, entouré de français avinés, n'est vraiment pas la garantie d'une soirée calme! La mort en ces jours-là n'a ni maillot ni nationalité. Une lettre, simple bout de papier, une écriture infantile donnera la solution..... Le rêve est devenu cauchemar! « Jeu de société familial ». Le Cluedo revu et corrigé par l'auteur, d'abord présentons la famille, sorte de capharnaüm bourgeois, pressons pour la présentation car la plupart seront morts sitôt que nous aurons fait connaissance. Mlle Éléonore, une énigme à tous points de vue, est-ce son nom et son prénom ? Est-elle américaine, si oui d'où? Nouvelle-Orléans ou Californie? Le colonel Raid, homosexuel mais qui se soigne, mais les traitements ne sont pas toujours efficaces. Mme Leclerc cuisinière souillon et radin, le docteur Kracker amicalement surnommé «Apéro» apparaissent et parfois disparaissent! Mme Rhymel, est-elle maquillée avec soin, elle et le professeur Jabuse, y passent aussi! Mais j'abuse peut-être votre temps? Vous n'êtes pas joueurs? Prenez la place du mort dans ce cas!
Les personnages sont pour la plupart des gens hors normes, un médecin homosexuel vivant avec un danseur étoile, un policier ayant une fille fortement handicapée, une agent et manager qui n'est pas que cela pour l'artiste dont elle s'occupe, tout cela débouchera sur la mort d'un homme. Quelquefois les gens pensent bien faire! Des bons français buvant plus que de raison, supporters chauvins, ou hommes de la campagne, rythmant les heures de travail à la bière ou au vin rouge. Une réalisatrice de cinéma bénéficiant d'une bourse à la Villa Médicis, où elle rencontre un architecte chaud lapin nommé ...Bulgome! Mais autre chose lui empoissonne la vie et lui coupe l'appétit. Pour fêter son arrivée de Normandie, la maison a mis les petits plats dans les grands, et a préparé des « Tripes à la mode de Caen ». Délicate attention!
De délicates attentions, Switch en a manqué toute sa vie, ce dernier texte, celui qui clôt ce recueil est d'une noirceur profonde et qui met mal à l'aise. Pauvre enfant, séquestré, pris pour responsable de la mort de sa mère à sa naissance. Certaines coïncidences sont troublantes.....
Un recueil collant à une certaine réalité de la France actuelle, dans « La camarde », jubilatoire dans « Jeu de société familial», même si on rit jaune. L'écriture est moderne et rythmée, style que j'aime bien pour ce genre littéraire, la nouvelle étant courte, il faut aller rapidement à l'essentiel, ce que l'auteur réussit très bien. Je pense que je lirai un de ses romans bientôt.
Extraits :
- Il prenait les femmes en leasing. Sept ans d'utilisation en moyenne, avant de changer pour un modèle plus récent.
- Il pensait au légendaire Bartali, ascète romantique, religieux fervent ; à Hinault, si grand seigneur et pugnace dans la montée des cols-royal.
- ....l'imaginant sans peine en train de suer sang et eau sur un problème d'arithmétique, dans un lycée de seconde classe du côté de Paimpol ou de Saint-Brieuc......
- Dites, maugréa Bonnaventure, outré, où avez-vous effectué votre stage? A l'hôtel Lutétia, en 1940?
- Ces plombs sautent, dit Daniel. Il protège le disque dur et sacrifie tout le reste. Comme un disjoncteur par temps d'orage, si vous voulez.
-Famille d'Irlandais catholiques, boutée hors de chez eux par la famine des pommes de terre.
- Bon père de famille recherche secrétaire susceptible de répondre à certains critères.
- Empestant les frites et la graisse de porc. L'haleine dûment empinardée. Tocarde elle est, tocarde elle restera.
- N'importe quelle vie ressemble à un film de série B. à un moment ou à un autre : la grandeur de chacun réside uniquement dans le fait de tenter de dépasser cette limite.
-Le type même du pet-de-loup prétentieux et bonasse. Il avait dû être notaire dans une autre vie.
- Elle entra sur la pointe des pieds. Aussi désirable qu'une joueuse de catch au moment de pénétrer sur le ring.
- J'aimais ce vertige, qui était le contraire du vide.
- Ils seront dans le noir, comme quand papa m'enferme.
Éditions : Gallimard/ Série Noire. (200o)

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26 mars 2009

OBIONE Max / Balistique du désir.

Balistique du désir.
Max OBIONE.
Note : 4,5 / 5.
Il ne faut pas prendre ses désirs pour la réalité!
J'ai découvert cet auteur dans le recueil de nouvelles « Dans le panneau » édité tous les ans par « La Noiraude/ La fureur du Noir ». Son texte « Attention à la marche » m' a donné envie de lire autre chose de cet écrivain. Ce livre comprend vingt et un récits, donc je ne parlerai pas forcément de tous.
Quand un homme dit : « j'aime pas les petits légumes », il devrait réfléchir que le nouveau slogan à la mode est il faut manger au moins cinq fruits et légumes par jour. Résultat, il mangera les pissenlits par la racine! On peut aimer « la peau des femmes » sans être obligé de leur faire la peau, Oskart lui semble l'avoir oublié, le médecin psychiatre va tenter de lui rappeler!
« Ankylose » nous démontre que l'excès de lecture peut parfois pousser un adolescent à tuer! Surtout quand la lecture du moment est « Le rouge et le noir » et que la copine de sa mère lui dévoile ses seins et se permet des caresses très osées. Mais prononce, hélas pour elle, une parole malheureuse!
La mort également dans ce très émouvant récit « Poisoned Town ». La musique, l'amour et le dernier trip!
« Argile chaude », c'est la triste histoire d'un écrivain aux prises avec son éditeur, la représentante de son éditeur, le départ de son épouse, ajouter en plus qu'il n'écrit plus! Comme il aime beaucoup la bonne chaire, les émotions fortes lui sont déconseillées, mais certaines personnes de son entourage vont lui en donner des émotions!
« Joseph n'ira pas au paradis » et pourtant cela commence bien pour lui. De la compassion et de la charité, c'est agréable, ensuite vient l'amour, mais cette attirance se transforme en désir sexuel exacerbé!
« Mon gun » c'est le triste récit de la vie de Gégé, il était artisan, puis a voulu s'agrandir, mais il s'est brûlé les ailes. J'ai beaucoup aimé l'écriture de ce court texte, style argo.
Les personnages qui hantent ces récits sont tout, sauf ordinaires, enfin notre ordinaire à nous qui nous pensons des gens ordinaires.
Deux enfants, dont un infirme, qui décident de tuer le dernier amant en date de leur mère. Un privé et un insecte, ce n'est pas une fable, mais un conte cruel. Un futur navigateur doit savoir tenir la rampe ou la rambarde, sinon c'est le Saut de l'Ange! Un tueur à gages qui tue par amour et non pas pour de l'argent, mais il faut malgré tout rester professionnel pour l'après. Surtout quand tout le monde y trouve son compte! Une ancienne policière amputée de la jambe après un accident du travail est un peu susceptible et ne supporte pas certains mots! Une sommité scientifique qui retrouve des anciennes pulsions. Paulette a un problème dentaire, son assassin devait avoir une dent contre elle! Bref des assassins et des morts, c'est la vie, enfin pas pour tous. Un enfant précoce, mais pas forcément dans le bon sens, une policière charmante, un enfant qui aime son grand-père et la chienne de celui-ci les vengent et un accidenté de la route sont aussi des protagonistes de ces histoires.
Ces récits sont courts , donc ils ont du rythme et vont à l'essentiel en peu de lignes. Marc Villard en parle très bien dans sa préface. Du noir très noir, avec quelques pépites particulièrement brillantes, comme « Myriam trouble » ou « Caramel dur » par exemple.
Extraits :
- Ma mère prétend qu'il est très intelligent, c'est pour ça qu'il ne veut pas s'en débarrasser comme le proposent les hommes de sa collection.
- Pourquoi faut-il expliquer ce qui constitue ma personnalité intime ? C'est ainsi, malgré moi, malgré vous.
- On achève bien les bêtes blessées....
- Rimbaud, oui et aussi Dylan Thomas et René-Guy Cadou.
- Son démarrage calamiteux, bide mou et queue en pénitence.
- T'es venue pour un after, poulette ?
C'était bien Yves, le beau mec de « L'épave », dans un numéro de salaud.
- « On ne rit pas de ces choses-là ! ».
- Ginette, elle a dit : « c'est-y- pas malheureux de gâcher un si beau costard que j'ai payé à la sueur de mon cul ».
- «  Toute la différence entre la culotte de coton et le string dentelle », qu'elle a remarqué Ginette.
- J'aurais dû me méfier.
- « L'intellect ne vaut rien en face d'une femme qui veut baiser » pense-t-il avec accablement devant la tournure des événements.
- « N'ayez pas peur, tout ceci n'a jamais existé ! »
- Paulette avait les dents noires mais le baiser savant.
- Je me fous d'elle, depuis que j'ai refusé qu'elle m'embrasse. Un caramel, même par ces temps de pénurie, c'est trop peu pour supporter son menton qui pique.
- Ses yeux sont beaux, elle est belle, toute femme ayant cette générosité je la trouverais belle....
- ...le pardon est dans nos coeurs...
Éditions : Krakoen. (2007) ici
Le site de l'auteur, là.

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25 mars 2009

MONTSERRAT Ricardo / Les dix petites noires.

Les dix petites noires
Ricardo MONTSERRAT.
Comme les femmes en noir,
triste et seule elle m'attendra
.*
Note : 3,5 / 5.
Je ne connais pas cet auteur, mais le thème de la nouvelle noire se déroulant en Bretagne m' intéresse vivement. Ricardo Montserrat, écrivain engagé et homme de théâtre, est né en Bretagne dans une famille de réfugiés catalans. Il anime des ateliers d'écriture un peu partout en France, mais surtout dans les milieux des exclus de la société libérale.
Marie n'a « Rien dit », peut-être qu'elle aurait du, mais elle n'a rien dit, quand son mari est rentré de captivité. Mais elle n'a rien dit encore une fois, alors après c'était peut-être trop tard?
Lucienne, pleure sa jeunesse et sa vie. Son père a été enlevé par la résistance, retrouvé mort après avoir été torturé, par qui? pour quoi? Elle s'interroge et regrette, si j'avais été un garçon....
Anna est une nouvelle qui m'intrigue et qui malgré plusieurs lectures me pose un problèmes de compréhension et de chronologie. Mais ici encore les dénonciations et la mort sont au coin du bois.
Josèph, chrysalide, papillon de la mort, brûle les ailes de ceux qui l'approchent de trop près, et pourtant, comme attiré par sa lumière d'autres fascinés viennent, encore et toujours..... une nouvelle très étrange.
Minie est petite, comme l'indique son surnom, alors elle se donne de la peine pour grandir. On lui parle à l'école des grands hommes d'états, des géants de la littérature, pauvre Minie un jour les Allemands sont venus à la ferme, et elle était toute petite, et bien jeune......
Madeleine est née « déhanchée » en plus elle a épousé un ivrogne, c'est quoi sa vie, « Un chemin de croix » . Mais après un accident son existence devient un calvaire.
Renée, elle ne veut pas grand chose « Deux sous de bonheur », encore faudrait t-'il que cette monnaie ait encore cours, sinon cela risque d'être cher payé. Que dis-je au prix fort!
Marcelle a une soeur jumelle, qui lui prend évidemment tout, l'amour de sa mère, le lait, l'affection etc.... Jeanne devient belle, c'est l'honneur de la famille, mais Jeanne meurt, alors le monde change et Marcelle....
Louise a aimé Valentin, ils se retrouvaient avec tous les jeunes du village aux pieds du calvaire, ils étaient tous les deux nés le 14 février! Amour ou calvaire! Une belle leçon de courage, pauvre Louise, mais elle se vengera, elle ainsi que toutes les femmes bafouées.
Momone est sur scène, elle parade, l'homme de sa vie vient de mourir entre ses bras. Une nouvelle écrite comme une pièce de théâtre en un acte, avec poésie et chansons.
On baisse le rideau, le livre est fini!
Dix femmes, dix prénoms, dix histoires et autant de morts si ce n'est plus. Les séquelles et les changements survenus en Bretagne après la guerre à travers l'histoire tragique de dix femmes, avec bien évidemment des hommes, qui ont toujours ou très souvent le mauvais rôle, celui du mort. Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, ce n'est pas toujours les femmes qui les tuent! Mais toujours, ce sont elles les victimes. Trop jeunes ou alors soudain devenues trop vieilles, jamais à la bonne place au bon moment, trop naïves ou amoureuses, mais portant toujours le poids du monde sur leurs épaules.
C'est très bien écrit, mais parfois je n'ai pas réellement compris toutes les subtilités de ces nouvelles.
Par contre j'aime bien la tournure de certaines phrases :
-Le marin revient. Il avait marié un restaurant. Au Soleil Levant.
D
es histoires noires, très noires, un humour grinçant et cynique des gens bêtes et très méchants, aussi infréquentables les uns que les autres. Je garde de ce livre un sentiment mitigé, mais un ouvrage très attachant et surprenant.
Extraits :
- Son coeur a cessé. Le deux avril 1952, à deux heures et demie.
-Oh, il m'en avait voulu. Il savait compter.
-Je ne pouvais pas savoir qu'il reviendrait.
-Vu dans l'état dans lequel ils l'ont laissé.... Les nazis n'auraient pas fait pire.
- C'était un homme honnête. Un facteur. Il savait garder les secrets. Il n'allait pas à confesse.
- Ma mère n'avait pas 18 ans qu'elle était déjà fatiguée.
-....ma mère avait pleuré sa jeunesse qui s'en allait entre les mains du temps.
-Mon père était parti comme les autres, avec les autres qu'il connaissait, pour se battre contre d'autres qu'il ne connaissait pas.
- ...j'écrivais des cartes postales et soignais ceux qui n'avait pas voulu mourir à la première escarmouche.
-Les femmes s'occupent davantage des enfants que sont les hommes que de leurs propres enfants.
- Cet amour là n'existe pas. Les hommes sont lourds et grossiers.
- Ici, seuls les ivrognes et les députés parlent trop.
- Je n'étais pas sa jumelle, j'étais son ombre.
- Ceux de la communes sentaient tous la même chose, le poisson et le linge bouilli. La Cologne le dimanche.
- Où est ta coiffe, Louise?
- Un rapide, rigolaient les cochons, à chaque bal il trempait son poireau dans au moins trois marmites.
- Les couilles tirent vers le bas, les ailes vers le haut. C'est connu.
- Je n'aime pas les gens qui se cachent derrière une barbe.
- Le matin, il avait la tête d'un trépassé.
Éditions : Ramsey.(2000)
*Gilles Servat, la blanche hermine.

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24 mars 2009

MALTE Marcus / Intérieur Nord

Intérieur Nord.
Marcus MALTE.
Note : 4 / 5.
La route des morts est la seule qui tienne.*
J'ai lu cet auteur pour la première fois dans le recueil de la Noiraude & la fureur du Noir. Son texte « Inoxydable » était excellent et m'a donné envie de lire autre chose de cet auteur.
Quatre nouvelles, ou plutôt quatre récits sur la solitude de l'homme, solitude voulue ou imposée.
Dans « Musher » Jacques semble déboussolé, il le dit lui même, il ne sait plus ce qui est normal ou pas! Isolé dans sa montagne natale, il repense aux derniers évènements de sa vie. Évènements récents qu'il tente de comprendre. L'arrivée de ce couple, l'homme, Cole beaucoup plus âgé que la femme Lauren. Ils recherchaient le calme, ils pensent l'avoir trouvé. La vie s'organise, le couple descend au village le matin, l'après-midi l'homme se repose, la femme et Jacques font des sorties avec les chiens. Ils visitent la région, de plus en plus loin, et leur relation change petit à petit..... Un jour Jacques lui fait visiter le lieu dit « Le Pas du Paradis », n'est-ce pas plutôt le début de sa descente aux enfers.....
« Prends ton manteau dans le couloir,
et prends mon amour pour escorte »
Dans la nouvelle « Le jardinier » Bruno a un jour oublié son escorte, il a été tué par deux individus en tentant de défendre sa petite amie, qui retirait de l'argent d'un distributeur, mourir pour 200 francs! Son père évoque les bouleversements causés par cette mort dans la famille. Leur couple est brisé, son épouse a rejoint une communauté « L'espérance ». Nathalie la fiancée a refait sa vie, Serge le frère aîné a petit à petit pris ses distances. Alors le père, la nuit roule, avale des kilomètres, et retourne au travail le matin. Les assassins n'ont jamais été retrouvés par la police. Un jardinier ne dit-il pas qu'il faut prendre la mauvaise herbe à la racine et la trancher nette ?
Imaginez un ange, mais un ange un peu particulier :
L'ange accoudé
Avait
Un petit coup dans l'aile
et dans le nez
c'est « L'ange pleureur ». C'est l'histoire d'une longue recherche, celle entreprise par un homme, des années auparavant pour retrouver une femme, et elle est là maintenant devant lui, dans ce café d'Amiens, vieille « pochtronne », interpellant les clients de passage pour un verre de Martini. Trop décatie, elle ne se prostitue plus que très rarement, ou alors pour effacer une ardoise au bistrot. Ce jeune homme l'écoute, lui offre à boire, la raccompagne chez elle, lui parle. Elle lui raconte par bribes sa vie, une enfance difficile mais heureuse, mais il y a bien eu un jour une cassure! Et qui est réellement ce jeune homme, qui doit repartir vers sa vie à lui?
« Jeanne, ma Jeanne », c'est l'amour fou, absolu, celui dont un homme ne se remet pas!
Je n'oublie pas que tu fus celle
que j'ai aimée
la seule.
Lucien, la quarantaine, a été marié, enfin il a plutôt vécu en parallèle avec son épouse, mariage forcé, suite à ce que nous appellerons pudiquement une erreur de jeunesse. Chauffeur routier, il part toute la semaine, leurs relations deviennent de l'indifférence polie, sans dispute, pourquoi continuer à perdre deux vies, alors ils divorcent. Lucien change de métier et devient représentant de commerce, il aime ce travail, un jour il fait la connaissance de Jeanne, il revient la voir, fait la connaissance de Jérémie son fils.... C'est le début du bonheur pense t-il, mais, la vie cette garce en a décidé autrement.
Un montagnard pris au piège de l'amour et de la mort, les grands espaces et ses chiens, il n' a connu que cela. Quand un couple vient s'installer chez lui pour quinze jours, tout sa vie bascule, il ne sera plus jamais le même.
Un homme sillonne les routes la nuit, que moissonne t-il seul au volant de sa voiture ?
Un jeune homme et une vieille alcoolique à Amiens, histoire pathétique de cette femme.
Les histoires d'amour finissent mal en général, celle de Jeanne et de Lucien finira très mal, et la morale ne sera même pas sauve.
De la déraison, des détresse profondes, des hommes qui touchent le fond, tuant par amour, ou aimant à la folie, les deux souvent combinés d'ailleurs. Un très bon livre analysant des gens souvent à la raison à la limite du point de rupture. Des vies qui basculent, sur un mot, un geste, un regard, des existences pathétiques poussées à l'extrême.
A signaler que chaque histoire est précédée d'un texte, plutôt long pour « Musher », d'où sont extraites les phrases en italique.
Extraits :
- Ça m'avait passé, ces histoires, et maintenant, ça me reprend. Mais ils ne sont plus là. Il n'y a plus personne pour me porter.
- C'est à ce moment-là que j'aurais pu dire non. Je sais. Un non ferme et définitif.
- On évite de parler de sa mère. À quoi bon ? Nous savons tous les deux ce qu'il en est. Les choses n'iront pas en s'améliorant.
- Dorénavant, je peux affirmer connaître la véritable valeur de la vie. Et de la mort.
- Si profondément enfouies que même les torrents de Martini que charriaient son sang ne pouvaient les exprimer.
- Elle n'avait pas de grand appétit mais elle avait soif, sempiternellement soif.
- Je ne cherche pas à me justifier, ni à me faire pardonner. Personne ne peut plus me pardonner.
- C'est comme ça : j'ai toujours eu tendance à croire que les gens, dans le fond, sont exactement ce qu'ils ont l'air d'être.
Éditions : Zulma / Roman Noirs. (2008)
* Phrase extraite de « l'introduction ».
Amanda, Bladelire et Tamara parlent elles aussi de ce livre.
Le site de l'auteur, ici.

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23 mars 2009

ÉMERY Alain/ Canaille & Compagnie

 

En janvier, certains magasins font « La quinzaine du blanc »; en cette fin du mois de mars, je vais faire « La semaine du noir ». De la nouvelle noire plus précisément, 6 recueils d'auteurs qui pour l'instant ne sont pas encore sur ce blog à titre personnel, certains figurent dans des ouvrages collectifs. Ils apparaîtront par ordre alphabétique. Ce sera une petite semaine, je me reposerai dimanche, et vous aussi sûrement!
A suivre,
Yvon.
Canaille & Compagnie.
Alain ÉMERY.
Entre gens du même bord.....
Note : 4 / 5.
De cet auteur, né à Saint-Brieuc, je ne connaissais qu'un seul texte : « Chez moi, » paru dans le recueil « En Bretagne ici et là. ». J'avais beaucoup aimé une phase : « Que voulez-vous, je suis d'Erquy...C'est dans la viande. Je ne peux rien contre ça ». Un de ses romans se nomme d'ailleurs «  Erquy sous la cendre ». Ce recueil de 19 nouvelles est paru en 2005.
Le jeu voilà l'ennemi, un homme  « entre dans l'ombre », sur lui il a un peu d'argent, il est sûr que pour une fois la chance va lui sourire. D'ailleurs chez lui, il a eu un bon présage.....
« Tolérance zéro » notre futur n'est pas très gai, cette nouvelle est là pour le rappeler. Un homme sûr de ses principes et des lois qui régissent le monde est confronté à un dilemme. Il aime une pauvre, qu'est-ce qui est pour lui le plus important la raison ou l'amour ?
« Passer au travers » tout homme aura le droit à son quart d'heure de gloire disait AndyWarhol. Le problème est d'être considéré comme le symbole de la lâcheté. Pour le personnage principal de cette nouvelle la vie est devenue une parenthèse! Mais sans le vouloir, la société lui donne l'occasion de se venger.
« Grand sorcier » est à mon goût l'une des meilleures histoires de ce livre. Imaginez un homme, expert en produits dopants, sévissant dans toutes les disciplines sportives. Un jour, il prend un homme normal et à force de piqûres et de pilules le transforme en une espèce d'étalon, roi des rings. Mais les étalons ont également des besoins sexuels, et la femme du « Grand Sorcier » n'est pas insensible au charme surdimensionné du sportif. Alors, le roi de la dope se rappelle d'un cocktail maison, cocktail en intraveineuse.....
« L'ordre des choses » est immuable. Alors, quand on veut tricher cela peut se retourner contre l'instigateur de ce mauvais coup. C'est ce que découvre avec stupéfaction un homme d'affaires devant la maigre assistance qui s'est déplacée pour son enterrement. Simulé, l'enterrement !
« Safari » pas d'animaux tués dans ce safari photo, une seule cible Edwige, une belle bête en réalité. Mais dans le tableau de chasse il faut un mort!
« Le pactole » cela se mérite, c'est ce que pense Jean René Barmont, qui excelle dans son métier enfin le métier dont il se prévaut : chasseur d'héritage. Et ne croyez surtout pas que c'est la belle vie, ils font faire des sourires et des ronds de jambes. Il en passe des nuits au chevet de gens malades, bref une occupation à risque.
« La médaille », comme toutes les autres, elle a son revers. Mais on ne l'emmène pas dans son cercueil, alors pourquoi ne pas aller demander à la future veuve de lui donner cette fameuse médaille?
Des personnages souvent pris des des événements qui les dépassent, comme un enfant de 10 ans, dont le père se présente comme « Nono le roi des mécanos », et qui en plus bat son épouse. Mais quand on n'a que 10 ans....
Une femme est horrifiée, un rasta attend chez son docteur, un chauffeur de taxi pense que sa vie ne sera plus la même après avoir transporté cette femme sublime. Il ne se trompe pas. Un sous-préfet qui découvre sa femme parmi les manifestants, une femme pensait pouvoir devenir Miss Monde, à bientôt 40 ans que lui reste-t-il ce rêve de jeunesse? Un notaire un peu aviné et soudain généreux, un postier un peu timbré, un bûcheron amoureux et un homme en colère, derrière chez lui dans son bois....Un garçon un peu simplet, qui dorlote son champion en vue d'une grande course, cela demande de l'attention et des soins. Même si la mère n'est pas d'accord.
Si comme moi on n'est pas trop gêné par la noirceur dans la littérature, ce recueil fait partie des très bons. L'écriture est très agréable (plus que certaines situations !) et la présentation très aérée, ce qui rend la lecture plus facile. En plus, et cela ne gâche rien, il y a beaucoup d'humour noir et désespéré dans beaucoup de ces histoires. Cela amène parfois un rire jaune évidemment.
Extraits :
- Il sait de quoi il parle, lui qui a vendu son rein gauche pour finir de payer sa voiture.
- Je crois que nous sommes tous programmés pour l'enfer. J'ai vécu le mien sans broncher.
- Déhydroépiandrostérone, erythropoïetine....À la seule évocation de ces liqueurs barbares, j'étais comme un poisson dans l'eau.
- Un virtuose des corticoïdes ! Le Mozart de la nandrolone ! Ces potions n'avaient aucun secret pour moi, et cette généreuse partition s'offrait le plus dévoué des chefs d'orchestre!
- Il représentait l'État. L'État, avec un grand E.
- Je crois pouvoir dire que je suis un monstre normal.
- Certains hommes murmurent à l'oreille des chevaux. Régis, lui, savait susurrer à l'oreille des gourdes.
- Il passait, auprès de son écurie, pour un être absolument exquis. Jamais ils ne les brusquaient.
- Je ne sais plus qui a dit que j'étais un médiocre en plein déclin.
- Aussi régulière que les flux et reflux des marées, l'inquisition poursuit son œuvre.
- Tu vois, Nanard, si tu ne fais rien à l'école, plus tard, tu seras comme eux.....
- Parce qu'il reste des cartouches qu'il y a encore de la place. Beaucoup de place.
- Elle mourut sans même s'en apercevoir.
Éditions : La Tour d'Oysel (2005)

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