Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

04 octobre 2009

MACKEN Walter / Les vertes collines & autres histoires.

Les vertes collines & autres histoires.
Walter MACKEN.
Note : 5/5.
Jeux de dupes!
Recueil de 21 nouvelles de cet auteur de Galway que j'apprécie particulièrement. Félicitations aux éditions « Terre de Brume » de rééditer son œuvre, et d'essayer de le faire connaître en France. Il fut également directeur de théâtre et acteur. En faisant quelques recherches, je me suis rendu compte que Walter Macken avait joué dans quelques films, en particulier « The Quare Follow » d'après l'oeuvre du même nom de Brendan Behan et avec Patrick McGoohan dans le rôle principal.
L'Irlande rurale dans toute sa complexité, cruelle et mesquine sous ses airs bon enfant. La chasse est pour certains une partie de plaisir, pour d'autres une occasion de rappeler à certaines personnes qu'il ne faut pas forcément prendre les gens pour des imbéciles.Pour épouser la fille que l'on aime, parfois, il faut se laisser mener en bateau par son futur beau-père. Colm n'est pas ravi, mais il ravit le cœur de sa bien aimée. Les paroles blessantes dans « La Maggie Barney » qui déstabiliseront un homme et gâcheront deux vies. Les Irlandais ont deux passions, les courses de chevaux et le « hurling ». « La belle Dame » nous parle de compétitions équestres, un homme riche veut que son cheval gagne, le propriétaire du champion en titre est son débiteur, l'argent est-il plus fort que la morale sportive? A l'époque on pouvait se poser la question, maintenant non! Une très belle histoire, l'une des meilleures de ce recueil. Pour le hurling, lorsque le personnage principal s'appelle Filou et qu'il est question de rivalité familiale et de gros sous (enfin toutes proportions gardées), cela n'est pas forcément très fair-play! Rappelons nous la définition qu'en donne Ken Bruen : « C’est quoi encore, ce truc-là ?
Quelque chose entre le hockey et l’homicide.»
« Un Athée » est également un très bon moment du livre. D'un côté il y a Joe, dernier enfant d'une famille de 7, maladif et souffreteux, il est le souffre douleurs de la famille. De l'autre, il y a Peter, colosse un peu marginal, les deux vont se lier d'amitié, mais pour la famille de Joe, Peter est de la pire engeance dans la très catholique Irlande, il est athée....... Ce qui semble pire que d'être protestant! « Les enfants du mardi » est une belle histoire comme son nom l'indique de naissance un mardi, la première chez un « Tinker », gens du voyage irlandais, la seconde dans une famille aisée, le point commun, le médecin du village.....« Marqué » nous raconte l'amitié entre deux hommes, dans un coin perdu de la campagne irlandaise. Mais, un jour une automobile arrive et un homme en descend!  Quelques histoires de braconnages, en rivière ou en mer, mais que fait la police! Un peu de contrebande de « poítín* » dans « Le Roi » la nouvelle qui clôt ce recueil. A quoi bon avoir été personnage du comté, une légende vivante pour laisser son trône vacant! 
Dans les nouvelles de Macken, il y a souvent un personnage récurrent que l'on retrouve par ci, par là. Solo, curé athlétique, était celui du précédent recueil « Et Dieu fit le Dimanche », ici c'est Geaglers que nous retrouvons. Le dit Geagler n'est pas précisément un saint, toujours à la limite de la légalité, vivant d'expédients, plein de ressources et d'imagination pour se venger de soi disant plus malins que lui. Mais parfois c'est à ses dépens. Nous croisons un marin qui n'a jamais navigué, qui déteste la mer, mais la mer est la plus forte malgré tout...... Pauvre vieil homme! L'exil ou l'amour, l'homme choisit l' Amérique, mais il en reviendra plus vite que prévu! Pourquoi courir le monde, les collines ne sont pas plus vertes ailleurs! Une vieille anglaise et son chat, mais dans la campagne irlandaise, ce n'est pas gagné! Joe est de retour après six mois d'hôpital, c'est le bonheur, ses copains l'accueillent avec joie, mais plus rien ne sera comme avant, hélas.Une écriture qui paraît très simple, donc une lecture facile, mais je pense que beaucoup de travail est nécessaire pour arriver à ce résultat. Un des meilleurs recueils de nouvelles de la littérature irlandaise, et un de ceux qui décrit le mieux le monde rural avec ses défauts et ses qualités. À noter le langage employé par Meila dans la nouvelle «  Étranges poissons » dont voici un exemple avec des constructions de phrase gaélique, que Walter Macken maitrisait parfaitement :
- Loin d'la route que j' 'ai trouvé, dit Meila, sur la page près de l'la mer.
Extraits :
- À croire que les korrigans lui avaient jeté un sort. Mais c'était comme ça, il fallait bien qu'il l'admette.
- Un sport aussi ancien que l'Irlande- et davantage même.
-En général, les gens regrettaient qu'ils fussent venus au monde, et auraient préféré que le monde en fut débarrassé.
- Il n'avait jamais eu l'intention de s'attacher de nouveau à quelques êtres vivants que ce soit.
- La vie doit-elle être cynique au point de vous obliger à être le témoin de tels contrastes ?
- Un regard comme celui-là ne devrait pas se trouver ailleurs que dans les yeux d'un chien malade, pensait-il.- Il n'y avait rien d'autre devant lui que sa vie, il avait enterré les années mortes dans la sueur.
-
Vous ne vous souvenez pas de lui ? Un asticot court sur patte qui n'a jamais travaillé de sa vie, avec des lèvres minces comme une incision dans du lard maigre.
- On était là à esquiver, à rire, à vilipender derrière leur dos les ploucs qui parlaient irlandais.
Éditions : Terre de Brume (2007).
Titre original : The Green Hill & Other Stories (1962).
*Alcool clandestin à base de pommes de terre.
Autre chronique de cet auteur :
Et Dieu fit le dimanche.

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27 septembre 2009

Le COZ Pierre / L'Autre Versant du jour.


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L'Autre Versant du jour.
Pierre Le COZ.
Note : 4 ,5 / 5.
Ici ou ailleurs!
Un auteur, né dans le Finistère, que je découvre par ce recueil de nouvelles qui s'est vu décerner le « Prix Prométhée de la Nouvelle* » en 2007. Le genre de découverte complètement inattendu, un ouvrage inconnu, la consonance du nom breton et la question rituelle, pourquoi ne pas le lire? Disons tout de suite qu'il n'est ici aucunement question de Bretagne, tout se passe plus au sud, entre Toulouse et l'Afrique, avec une incursion à Paris.
Ce livre commence par une série de courts textes intitulés « Cités interdites », que nous visiterons en suivant les pérégrinations d'un homme. Les cités ( mot plus évocateur que celui de ville) en question sont méditerranéennes ou africaines, de Marseille à Dakar en passant (c'est le mot qui convient le mieux) par Marrakech et Taroudannt. L'histoire est somme tout assez banale, cet homme veut fuir l'Occident ; à Marseille il rencontre un dénommé Fad, qui lui propose de le rejoindre au Maroc en lui offrant un travail spécial, mais lucratif. Alors vogue l'aventure....
J'ai par moment pensé à Jack Kerouac dans l'évocation des départs et des nuits trop arrosées.
Restons au soleil dans « La vue de Tolède », le soleil n'est malheureusement que dans le ciel, pas dans la vie.« Le tombereau de Couperin » est une histoire d'amour et une excellente nouvelle. Rachel aime Kristoff, mais elle ne supporte pas de ne pratiquement rien savoir de sa vie antérieure. Qu'a t-il fait
pendant les quinze ans qui ont séparé son départ de Pologne et maintenant? Obsédante question!
« État de siège » est un texte très fort, comment dans un monde dévasté par la guerre vivre quasiment en vase-clos une grande passion pendant que les gens meurent dans la ville? Une histoire poignante qui se passe dans un monde qui peut paraître lointain, mais qui sera sûrement le nôtre.
Paris sert de décor au récit « Le Haut-Pays », Julie et Paul s'aiment et déambulent dans la capitale. Le temps d'une année, changeant de quartier, d'habitude, de lieux de résidence, le mouvement continu de deux êtres avides de découvertes. Mais dans l'ombre de la bibliothèque nationale, ils découvrent le Haut Pays où ils habiteront un jour peut-être?
« Les amants du Tage » est un court texte que j'ai trouvé très énigmatique, où il est question de port et bateaux à quai. Mais un jour ces navires partiront....
Ce livre se termine par une lettre de l'auteur à Guy Rouquet, créateur de l'Atelier Imaginaire, association à but non lucratif qui permet la promotion de jeunes auteurs francophones. Pierre Le Coz emploie un mot qui, je pense, définit très bien ce recueil : « errance ».
Un homme veut vivre son rêve, fuir l'Europe, ou se fuir lui même, le voyage, l'alcool, les rencontres, mais la curiosité est un vilain défaut. Un enfant de neuf ans muré dans son silence au sein d'une famille aimante, mais un jour l'épouse, la mère n'en peut plus....
Des couples qui se quittent, séparés par le doute ou la mort, l'homme congédié prend le premier train, encore plus au sud vers des horizons nouveaux. Un autre quitte un pays en guerre pour retourner chez lui, mais seul. Dans une autre nouvelle, c'est la femme seule qui rejoint le lieu des rêves à deux. Tous les personnages de ce livre ont en commun une grande solitude, voulue ou subie, car la mort aussi réclame son dû.
« Cités interdites » est un court roman policier écrit comme une poésie. Les descriptions des cités sont belles, il y a une scène où notre « héros » rencontre une femme, ils boivent et finissent la nuit ensemble. C'est très bien écrit, décrit avec pudeur, et au matin l'homme épuisé dit à sa compagne « Tu es un paradis ». Merveilleux compliment, je pense.
La question obsédante de ce livre est « Où vivre », l'endroit de sa naissance? Le lieu où la vie vous a mené? Dans ce lieu que vous pensez avoir choisi? Mais avons-nous réellement le choix? Être en mouvements, partir, voyager, est-ce une finalité en soi?
Une découverte, pour quelqu'un comme moi, grand amateur de nouvelles.
Extraits :
- Sous sa braise liquide, la mer semblait couver un incendie.
- Il le savait : l'aube révélerait un monde où tout serait de nouveau en place, les tours et les immeubles, les usines et les centres commerciaux.
- Est-il possible qu'il put résider toute sa vie dans cette prison d'air et de rues?
- Ainsi se soignait-t-il de sa vieille maladie de l'errance.
- Parler, c'est commencer de mourir, c'est consentir au temps, à l' inexorable de son écoulement sans retour.
- Les morts ne savent pas qu'ils sont morts. Ils ne sont plus là et ils ne sont même pas ailleurs.
- Pour lui, elle restera dans sa mémoire la Ville rouge, celle où l'espace de quelques saisons, il avait cru trouver son destin.
- L'insurrection les avait mariés aussi sûrement qu'un prêtre ou qu'une réclusion dans la même cellule.
- La ville autour de lui était comme une cité fantôme abandonnée par les chercheurs d'or.
- C'était une de ces nuits d'été où l'air stagne comme une eau invisible au-dessus des toits.
- Elle n'osait lui dire qu'il n'était poète que lorsqu'il cessait d'écrire.
- Ils sont venus ici, dans cette ville où le temps s'écoule autrement, où l'été était un sursis.
- Ils savent pourtant que les heures ordinaires reviendront.
Éditions : Les éditions du Rocher. (2007)
* Ce prix est décerné tous les ans par « L'Atelier Imaginaire » dont le site est ici.

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06 septembre 2009

BRIEUC Michelle / De l'une à elles.

Brieuc

De l'une à elles.
Michelle BRIEUC.
Note : 3,5 / 5.
Le piège de la vie*.
Recueil de 7 nouvelles d'un écrivain que je découvre à cette occasion. J'ai lu ce livre deux fois, dont la seconde après avoir rencontré l'auteur au cabaret littéraire du festival interceltique de Lorient.
« Moi, Hugo Voltzky, né à Prague ». Suite à un accident, Hugo, pianiste virtuose, a perdu la mémoire. Magda qu'il a découvert plusieurs années auparavant veille sur lui.
Dans la baie de Calvi, elle se remémore sa vie, son mariage avec un artiste italien, son veuvage, puis sa rencontre avec Hugo. Grâce à elle et à son influence dans le monde musical, sa carrière prend de l'essor. Mais Hugo a d'autres projets pour lui-même!
« Sang de femme » est une nouvelle très réaliste, dramatique même. Elle raconte la vie d'une femme, Lison, qui quitte tout par amour ; la lune de miel se terminera mal, très mal. Elle deviendra SDF, connaîtra l'alcool, les coups, les viols, la déchéance. Nous suivons le naufrage d'une vie ou de ce qu'il en reste. Un récit qui fait froid dans le dos.
« Solstice d'Hiver». Une nouvelle bouleversante de simplicité, de pudeur et de nostalgie. Une saison froide, que vivent ensemble Clotilde et Léa ; pour l'une d'elles, le crépuscule de la vie approche à grands pas. La tante et sa nièce ont réuni leurs deux solitudes, se souvenant des temps anciens où la maison était pleine d'enfants, puis de petits-enfants.......
«L'espérance au cœur». Louise naît dans une campagne froide et grise. Très jeune, ses parents la placent dans une maison bourgeoise, une amie lui fait découvrir la différence des classes. Puis elle est embauchée dans une usine et commence une carrière de militante syndicaliste. Une nouvelle qui comme son nom l'indique est pleine d'espérance!
« La Jeune Fille aux Hortensias» est un tableau qui orne le mur de la maison où vit la narratrice. Son père mourant lui désigne le portrait, mais ne peut malheureusement donner plus d'explications. Alors, elle s'adresse à Mado qui a toujours travaillé ici. Celle-ci, d'abord réticente, lui expliquera que cette femme est sa mère qu'elle croyait décédée.....
«
Le Banc des Vendanges ». Dominique rentre au bercail, rappelée par sa mère. Les deux femmes ne s'entendent guère, Dominique considérant qu'elle a été évincée de la gestion du domaine vinicole de ses parents. Pour quel motif sa mère la rappelle t-elle?
« Quai de Gare» un trio classique, un homme, une femme et une gare! Les gares sont des lieux à part, le bonheur des retrouvailles ou tristesse des départs, lieu de rencontre ou de déchirure, pour Moune et Louis, c'est un lieu de rendez-vous. Ne serait-il pas temps pour nous d'envisager la vie autrement ?
Les personnages principaux sont des femmes très souvent meurtries par la vie.
Magda a façonné Hugo, mais cela est-il suffisant pour le rendre heureux ?
Lison est devenue une ombre de la rue, silhouette que l'on remarque même plus tellement elle semble faire partie du paysage urbain.
Pour Clotilde et Léa, la solitude est-elle plus facile à vivre à deux ?
Louise, fille de la campagne, deviendra militante des droits ouvriers. Le beau portrait d'une battante.
Dominique fera le trajet inverse, elle grandira au milieu des vignes, puis partira à la ville.
Moune devra-t-elle se contenter encore longtemps de cette vie de rendez-vous amoureux entre deux trains?
Un bon recueil bien écrit, des destins de femmes, la solitude qui souvent les entoure et les vies dramatiques de certaines. Il est dommage, du moins à mon avis, que les deux dernières nouvelles soient moins convaincantes que les autres. Mais ne boudons pas notre plaisir, cinq nouvelles de très bonne qualité commencent ce livre.
Extraits :
- Les souvenirs sont douloureux lorsqu'ils ne sont plus partagés.
- L'honneur, mon enfant, l'honneur d'un pays se traduit par les actes de ses hommes.
- Elle fait partie de celles que l'on nomme, poliment, les exclues.
- Souvent immature, à force de violence de précarité, elle se fuit jusqu'à se fondre dans une dégradation inexorable.
- La mort les ronge jusqu'à devenir l'ultime secours d'un temps passé pour rien.
- Elle tient bon, elle n'a pas encore fini de vivre et sa lucidité balance entre l'espoir et l'angoisse.
- La vie est longue, geint-elle.
- Elle repense à son père, sa mère, à tous les siens qui crient misère dans le silence de leur résignation ou la colère de leurs souffrances inaudibles.
- Ma vie violente mon corps, mon esprit, mon âme peut-être.
- Tant de mots quand, subitement, je ne sais plus rien de moi, de nous.
- Ma mère, bien que toujours élégante, m'apparut un peu ratatinée, le cheveu moins bouclé, le regard fort autant que le froid, les traits tirés.
-Les quais de gare ont ceci de particulier qu'ils dépouillent les voyageurs de l'identité, dans l'indifférence et l'ennui.
- La nostalgie, c'est comme les sables mouvants : il ne fait pas bon s'y enfoncer.
Éditions : Les ateliers de Porthos (2009).
* Phrase extraite de la nouvelle « Sang de Femme »

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23 juillet 2009

Le MUT Anne-Marie / Les douces amères.

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Les douces amères.
Anne Marie Le MUT.
Note : 3,5 / 5 .
Aigre-douces.
J'ai tout récemment découvert cet auteur, en faisant des recherches sur une collection de recueils de nouvelles édités par la Coop Breizh que j'aimais beaucoup.
J'apprécie les gens ayant eu un parcours atypique, cet auteur en fait partie. Ayant une formation scientifique, elle fut technicienne de laboratoire. Ensuite elle enseigna le français dans un collège, puis elle travailla dans la crêperie familiale. Ces renseignements datant de 1996, je les donne sous toutes réserves. Elle a obtenu le prix des écrivains bretons en 1992. Dix neuf nouvelles souvent très courtes, le recueil faisant 125 pages.
« La chanson de Tanguy » est pour moi une nouvelle magnifique, un enfant Tanguy, une mère, qu'il n'a pas à juger, un oncle qu'il adore. Et la vie, la mort de la mère, le cadeau de l'oncle, quelques notes de musique, et l'appel de la mer. Mais un jour l'envie, le besoin de revenir est le plus fort, alors quarante ans après...... Je n'ai pas sillonné les mers, mais il m'a fallu quarante ans pour revenir à Paimpol.
« Esquisse »est une histoire étrange, celle d'un peintre qui fait le portrait d'un revenant.
« Le chant lointain des matelots » est un très beau texte, nous faisons la connaissance de Maria, la femme qui n'aime pas la mer, mais qui a de bonnes raisons pour cela.
« Moi, Guillaume » nous transporte en de grâce 1648, sur les traces d'un pèlerin sur la route de Compostelle. « La Mari-Katell »est également une très belle histoire, celle d'un bateau, et d'un secret de famille.
« Les deux frères » auraient dû être le nom d'un autre bateau, mais pour l'un des deux, la vie en avait décidé autrement.
Morana, lointain souvenir d'un homme, les vacances aux îles Chaussey. Il avait 12 ans, elle en avait dix, mais elle avait été amputée d'une jambe. Les années de bonheur défilent, la joie des vacances, l'amitié qui se transforme en un autre sentiment! Mais 1939 est la.......Tanguy, un des plus beaux personnages de ce livre, pris entre deux amours, sa mer et la mère! Et l'amitié de son tonton Gab! Gaïdig, vieille femme pour qui la vie est un bouquet de fleurs, une fois par an. Gwenn jeune fille d'un pays blanc, mais qui rêve de couleur. Mayta, la cavalière, la Tante Noire et son fils Gustin, sont d'autres personnages de ce recueil. Flamme, la soeur amoureuse, tout feu tout flamme, son idéal masculin, c'est la statue de Poséidon, mais dans la vie, l'idéal.... Quelques animaux également, comme « La rousse », chatte mystérieusement apparue dans un village, et qui y reste ou alors Iota, le chat blanc ami de Paul.
Certaines de ces nouvelles ont un côté fantastique, pour ne pas dire étrange ou déroutante.
Elle est également l'auteur de deux autres recueils, « L'orange rouge » et « La jument de lumière ».
Extraits :
- Un bref instant une gamine se détourna et je vis, ou plutôt je sentis l' éclat gris-bleu d'un regard.
- Je connais aussi ce rocher noir au pied duquel un soir on l'a trouvée. Ses cheveux ruisselaient comme des algues et un sourire apaisé flottait sur ses lèvres.
- Pleures pas, le mousse, ce n'est pas ta faute tu sais bien.....
- « Te voilà, Mab, dit-elle simplement ».
- « C'est mal ce que font les hommes, disait-elle encore. La terre est trop vieille pour qu'on se moque d'elle. »
- La mer, berceau de Venise, sera-t-elle son tombeau ?
- Il était plongé dans la contemplation du fond de ce verre qui semblait contenir tout le désespoir du monde.
- La mer. Toujours la mer. Il portait en lui toute la mer et ses grandes aventures.
- Et puis là bas au presbytère, monsieur le curé jouait avec le chaton noir un petit mâle prénommé Lucifer.
- De la corolle fragile de mon camélia, trois pétales, silencieusement, sont tombés. Rouge sang sur le bois brun de la table, ils ressemblent à trois petits coeurs.
- Soledad, c'est vrai, je l'avais oublié, ton nom veut dire Solitude.
- Et je le sus tout de suite. Ma soeur avait trouvé Poséidon.
Éditions : Coop Breizh / Nouvelles. (1996)

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18 juin 2009

LIVORY Pierre/ Déferlantes.


Déferlantes.
Histoires maritimes.
Pierre LIVORY.
Note : 4 /5.
La mer encore et toujours!
J'ai eu l'occasion de parler avec Pierre Livory au dernier salon de Guide au sujet du recueil de nouvelles « Femmes de mer ». Il participe ce week-end au salon du livre de Vannes. Nous avions justement abordé la nouvelle comme genre littéraire et il m'avait conseillé de lire ce livre. Comme c'est en général un style qui me plaît, et qu'il faut bien commencer par quelque chose pour découvrir un auteur, alors hissons les voiles.
Treize nouvelles, normalement cela porte bonheur, mais pour les gens de mer, je ne sais pas.
« La barre à roue » débute ce recueil, imaginez une île au loin, l'île aux Morts Marins, là des naufragés ne faisant plus partie du monde des vivants, mais pas tout à fait morts, attendent. Un jour la mer leur rendra la dernière pièce de leur bateau, alors il pourront enfin gagner le paradis des Gens de Mer. Yvonnig est de ceux-là, loin de là dans un port breton Martine, son épouse survit, elle aperçoit l'île, entend l'appel de son mari. Elle quitte la mer pour regagner sa montagne natale, mais Yvonnig lui parle encore..... Elle rentre en Bretagne et prend conseil de Gildas, le grand-père........
« Envers et contre tous ». Paul est amoureux de Valérie, qui l'aime en retour, alors pourquoi la famille et la loi s'opposent-ils à cet amour? Paul est professeur, Valérie lycéenne, elle se noiera un jour de sortie en mer, Paul sera condamné à plusieurs années de prison. Plusieurs années après, carrière et vie brisée, il cherche à comprendre.... Une très belle histoire sur un amour condamné d'avance et sur l'intransigeance du monde.
« Deux mains gauches » est une leçon d'humanité et d'amitié. Pas de ces amitiés tapageuses, non, mais de celles profondes, quasiment muettes. Mais quand Albert, après une longue absence due à un très grave accident du travail, lui, l'ours a bien changé. L'accueil qui lui est réservé lui met du baume au coeur, mais comment un ouvrier consciencieux tel que lui a-t-il pu avoir cet instant d'inattention?
« La dernière porte ». Le proverbe dit : il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Ici il faudrait la pousser! Tanguy tente de se reconstruire, depuis le drame qui a changé sa vie! Franchir cette porte et enfin .....
« Nectar plus ultra ». Il est question de vin, et d'un secret. Mais , comme il s'agit d'un secret de famille, je ne le dévoilerai pas.
« Marée d'équivoque » est une jolie histoire, celle de Pierrig et de sa voisine la fée Lénaïg. Pierrig en laisse même tomber sa crêpe!
« Guerre et pêche », c'est aussi le quotidien caché de certaines situations pour le moins tendues!
Un bon livre qui ne nous embarque pas dans un monde de gens exceptionnels, il n'est aucunement questions de surhommes courant les mers. On côtoie des hommes et des femmes comme on en trouve dans tous les ports.
Un marin et son épouse : lui a disparu en mer, elle écoute, non pas les sirènes, mais sa supplique. Un homme et une jeune fille, deux vies gâchées, celle de Paul sera-t-elle sauvée par l'amitié et la mer? Léonard, ce n'est pas le vieil homme et la mer, mais le vieil homme et l'enfant, l'histoire d'une amitié malgré la grande différence d'âge. Un jour le vieil homme n'est pas au rendez, Pierrig tente de le rejoindre....Une belle histoire et un homme pour qui la nature est une source de bonheur oculaire et culinaire!« Cuir de furie » est un commentaire sur une photo publicitaire, un homme et une femme, des blousons en cuir et de l'argent pour tous! Tout le monde est heureux! Vous connaissez l'expression « course à l'armement », c'est ce qui se joue dans un port breton entre deux frères et un de leurs amis ! Mais ce genre de rivalité teintée de jalousie peut tuer. Un naufrage et un marin dans le compartiment étanche de son bateau. Il est là seul depuis six jours, il voit des mirages. Seulement en mer les mirages ne sont pas des oasis, mais des sirènes! Il vaut peut-être mieux traverser les mers que les déserts! Pour Loïc, le bricoleur et son char à voile, Céline et Hervé et leur bateau, la vie c'est le bonheur et le malheur, le flux et le reflux!
On trouve toujours ce mélange des légendes profondément ancré dans la mémoire collective et une sorte de fatalisme forgée au fil des temps. La mer sera de toute façon la plus forte, alors aux hommes de faire avec. Car même quand elle n'est pas omniprésente dans le récit, on sent sa présence lointaine.
Pour les lecteurs qui aiment les vagues et l'odeur de l'iode, mais aussi des récits d'amours et d'amitiés.
Extraits :
- C'est bien connu, il n'est que trois espèces d'hommes : les Marins, les Vivants et les Morts.
- La surface de sa mer intérieure redevenait calme.
- Mais, tout doucement et de façon pernicieuse, le monde raisonnable avait ourdi sa vengeance.
- Mais sauvage, la nature sauvage, ce n'est pas la sauvagerie de l'homme, que je sache !
- Il compte ; l'on se soucie de lui !
- Alors il ouvrira la porte de la dernière chambre de la maison, là-bas au fond, en dominant son appréhension.
- Alors que faire ? Se calmer d'abord !
- Les grandes idées sont souvent simples, et comme il n'y a que la foi qui sauve...
- Pierrig la laisse se calmer et recouvre son gîte, comme il le fait soigneusement pour tous les cailloux qu'il soulève.
- Eh bien, je vais te réchauffer une bonne crêpe d'hier soir, avec du beurre et de la confiture.
- Tu n'aurais pas vu Lénaïg, par hasard pendant que tu pêchais ?
La crêpe tombe au fond du bol et Pierrig manque de s'étouffer.
Éditions : Liv' Éditions (2007);
Le site de l'auteur, ici.

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09 mai 2009

THOMASSAINT Jacques / Ici et Là-bas

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Ici et là-bas.
Jacques THOMASSAINT.
Note : 4 / 5.
Ou peut-être ailleurs?
La première fois que j'ai lu une nouvelle de Jacques Thomassaint, c'était « Sous le sable » dans le recueil « Nouvelles de Bretagne » édité par le centre régional du livre en Bretagne en 2007. J'avais beaucoup aimé. Puis j'ai également lu « Le voyage à Perros » avec le même bonheur. Nous nous sommes rencontrés au salon du livre de Guidel, il y a quelques semaines.
« Ici » et « Là-bas » et « Nous avons été » sont trois poèmes insérés dans ce recueil, comme il y avait déjà de la poésie dans « Le voyage à Perros ».
Quatre marins, le bistrot d'un port et « La fille près du bar ». Une soirée comme les autres, les marins boivent et parlent de leur journée. Une fille entre, commande un whisky, ne dit rien, ne regarde rien. Loïc est tourmenté, la radio annonce un drame en mer. Les aléas de la mer tu parles, chienne de vie...et cette femme.... Un très beau texte, une apparition, une sirène dans un repaire de pirates....
« La belle dormeuse ». Un homme suit un parfum. Une odeur dans un cinéma, sa vie en est bouleversée! Passant de l'euphorie à des périodes plus sombres. Petit à petit, il s'enhardit et un jour il ose lui prendre la main...Est-ce cela l'odeur du bonheur? Il est dit que l'amour est aveugle!
La nouvelle « Le drapeau » commence par une page en italique qui n'est pas de l'auteur. Nous sommes, je pense, dans une région de l'est de la France un jour de 16 juin. Un village est en effervescence, un orage tant attendu se prépare. Mais jamais les bruits annonciateurs de ce qui semblerait une cause naturelle ne viennent de cette direction là?
« Le vent du Sud »Mon vieux, vous voulez que je vous parle de cette nouvelle, vous êtes bien curieux mon vieux. Enfin mon vieux, c'est façon de parler! Et puis le vent du sud, c'est une sacrée histoire! Et un sacré vent! Oui un sacré vent!
« La rose des sables » est l'histoire d' un homme qui marche, il franchit le désert, puis des contrées demi- sauvages, parfois bien accueilli, parfois chassé à coup de pierres ou de bâton. Il traverse des banlieues sans fin, arrive enfin à la ville, mais les murs sont infranchissables. Très loin, un village attend la réponse à la demande de ce marcheur solitaire.... Que sommes-nous devenus, des monstres d'égoïsmes!
« La première pierre » qui osera la jeter, une nouvelle pour lutter contre tous les intégrismes, les femmes toujours en victimes expiatoires....Un texte très dur, sorte de vision prémonitoire ? Il est à espérer que non.
Le commun des mortels comme personnages, des marins, qui ne sont pas tous nés avec la vocation, un homme seul avec une caisse - en bois? Une pièce nue, au sol quelques menus restes, ficelles, papiers, morceaux de carton, sur les murs la trace des objets depuis peu décrochés. Un homme, une caisse de lattes - en bois blanc? Un paysan et ses animaux aux noms bien lourds à porter, heureusement ils ne s'en rendent pas compte! Fanch, vieux garçon, c'est normal, les journaux le disent, c'est chez nous qu'il y a le plus de dépressifs, d'alcooliques et de célibataires! Alors si un soir vous ajoutez le vent du sud? Une jeune femme qui lit, le titre du livre « L'heure creuse » et il s'en passe des choses dans cette nouvelle. Tous les événements d'une vie découlent d'un autre qui l'a précédé! « Un homme sans importance » subitement en a beaucoup, n'est-ce pas madame son épouse? Pour divorcer, il faut un mari! Un peintre peaufine sa toile, chaque personnage est une couche de couleurs, mais l'un d'eux vient à disparaître! Une nuit d'hiver, les hommes pris d'une peur ancestrale, tirent sur une silhouette blanche, et tirent encore et encore. Mais ce seront les femmes au matin qui découvriront le drame.
Un groupe fuit sans relâche depuis vingt cinq jours, l'épuisement les guette, mais la volonté est encore là, farouche...
Certaines fins de ces nouvelles sont très énigmatiques, et parfois obligent à une relecture plus approfondie. Des histoires pleines de nostalgie et de tristesse, mais malgré tout une leçon de vie, qui n'est pas toujours heureuse mais demain peut-être...... nous reviendrons à cette barbarie. Un terrible constat, hélas possible! Le plaisir de lire des récits courts, mais incisifs. Un très bon recueil.
Extraits :
- « Et le poète comme un amer à l'horizon
Où la vague noie un ultime soleil noir ». Ici.
- Pas bavard, c'était un taiseux, boulot-boulot, alors on ne lui demandait rien, et lui non plus.
- Bref, la nuit s'annonçait, douce comme une nuit de printemps quand la Bretagne a le parfum du genêt et le goût poivré des iris.
- Mais il avait osé lui prendre le bras avant qu'ils traversent la rue.
- N'attendant personne. Depuis....
- Alcoolique, Fanch, il était pas. Pas plus que nous autres, en tout cas.
- De « sans ambitions », elle était passée à «  pauvre type ».
- Maître Poirot, qui n'était pas un hercule, appela le serrurier à la rescousse pour pousser la porte bloquée par l'amas d'immondices.
- Il était reparti. Ceux qui savaient se turent. Ceux qui ne savaient pas ne demandèrent rien.
- De cet instant, il décida d'éviter tout ce qui portait l'uniforme, quelle qu'en soit la couleur.
- L'obscurité reste muette et indicible.
- Depuis toujours nous avons obéi.
- Confondant obéissance et confiance.
- Des siècles d'obéissance muette absorbaient toute velléité de refus.
Éditions : Les éditions Mutines (2002).
Autre chronique de cet auteur:
Le voyage à Perros.
Le site de l'auteur ici.

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27 avril 2009

Collectif des habitants de Plougastel/ Les statues de notre calvaire ont disparu!

Les statues de notre calvaire ont disparu !
Collectif des habitants de Plougastel-Daoulas.
Note : 3,5/ 5.
Descendre de son piédestal!
En 2004, la commune de Plougastel fête les quatre cent ans de son calvaire. Erwan Liziard, en stage chez l'éditeur, est chargé de faire quelques photos de la ville. L'une d'elles détonne par son originalité, Erwan a en effet retiré toutes les statues du calvaire! Voir la photo sur la couverture du livre. De fil en aiguille, la municipalité a l'idée de lancer un concours de nouvelles dont le titre sera « Les statues du calvaire ont disparu ». Ce livre est une sélection des soixante dix nouvelles reçues!.Je signale ici l'intégralité des auteurs de ces courts récits, et je les félicite pour leur imagination
(ils sont nommés dans l'ordre de la table des matières) : Régis de la Turmelière ; Aurèle Bompas ; André Morvan ; Monique Cuny-Maguet ; Laurent Corre ; Mick Kervalla Le Mens(dont la nouvelle est en breton et français) ; Jean-Claude Keromen ;Claude Vennegueus ; Michel Guillerm ; Nadège Gourmelon ; Michel Creac'h-Cadec ; Rachel Derval-Ropers ; Mariannick Bodiger ; Jean-Claude et Claire Quéré et trois élèves de l'école publique Ker-Avel ; Indiana le Foll ; Romain Le Meur et Quentin Perez.
Comment faire disparaître 182 statues? Et pourquoi? Chacun des écrivains a son idée et sa réponse sur le sujet!
Depuis la guerre des Chouans et une fusillade tragique, à cause d'une malédiction, les statues quittent leurs places, et c'est le jour de Noël! Parmi les suppositions, au Hit-Parade de fautifs, les plus nominés sont les Kerhorès* envers qui les habitants de Plougastel semblent avoir quelques griefs! Depuis le temps, plus personne ne se souvient lesquels! On trouve également des collectionneurs extra-terrestres. Les korrigans, Elfes et autres Lutins sont également cités, mais parfois ils aident les humains, alors le mystère reste entier!
Pourtant par exemple, Naïg et son petit fils Lomig enquêtent! D'autres se posent des questions, que deviennent les statues en fin de carrière, comment se passe leur retour aux sources? Et puis de temps à autre, n'auraient-elles pas le droit de prendre des vacances? Quatre cents ans à la même place, quel calvaire! Un chat, suite à une discussion avec la reine des Korrigans, résout le mystère.« Plougastel, souviens-toi de ta promesse! » est le message adressé depuis les Etats-Unis, après la disparition des statues! Mais quelle promesse peut-elle être la cause de ces événements?
Je vais citer deux nouvelles en particulier, car elles ont un côté tragique, « L'âme des statues » et « Nonette et les statues du calvaire ».
Les personnages sont les habitants de Plougastel, car même s'ils sont fictifs, certains ont dû se reconnaître! Beaucoup d'enfants ou d'adolescents sont les héros de ces récits, certains hélas auront des destins tragiques, mais les autres seront des enquêteurs zélés.
Nous faisons également connaissances avec quelques saints, enfin assez pour être statufiés. Mais étrangement, celle qui revient le plus souvent dans ces récits est « Katell Golett », Catherine la perdue , la pécheresse qui changeait de mari tous les jours. On rencontre également un tailleur de pierres heureux et bien d'autres personnages.
Comme dans tous recueils collectifs, les écritures sont très diverses. Il faut aussi noter que l'âge des participants est très disparate, l'un des auteurs est né en 1939, les plus jeunes sont à l'école primaire. Dans les livres mentionnés, figure « Le dictionnaire des Mythologies » de Myriam Philibert qui doit être très intéressant.
A signaler de très belles illustrations de Philippe Motais, d'auteurs des nouvelles ou de leurs proches.
Une bien belle aventure qui, j'espère, créera quelques vocations avant quatre cents ans!

Extraits :
- « Ma doue beniguet, ai-je bu autant quej'en ai la berlue ? Mais non je n'ai pas rêvé ».
- ...avec son impeccable coiffe blanche et son austère tablier noir surmontant de nombreux jupons, elle brille des derniers éclats du chic breton d'antan désormais relégué au folklore régional.
- Oui, c'est ça, elles souffraient d'un manque d'amour. Et les touristes ! Ah là là ! Parlons-en !
- Longtemps, je les ai vus sans les regarder, elles étaient là, faisant partie de notre quotidien, c'est tout ! Qui s'en souciait vraiment ?
- Il était beau le rêve de Cheun!
- Jamais plus avoir connu son histoire, nous ne regarderons les statuts du calvaire avec nos yeux blasés d'adultes, mais avec la candeur d'un regard d'enfant.
- En effet, si je m'exprime maintenant en français, le breton est ma langue maternelle comme elle était celle des artisans qui m'ont sculpté il y a de ça 400 ans.
-«Mais enfin, Maturin, ce que tu nous racontes tient pas debout, tu as rêvé, ou bien ta soirée a débordé de chouchen ».
-« Inquiétant, parce que les promesses, ce n'est pas ça qui manque ! » se dit l'élu.
-«  Bonjour, lui dit le nain, d'où viens-tu? Et pourquoi es-tu déçu ?
Les statuts ont disparu ! répondit l'enfant.
Éditions : Déliou (2004) Que je tiens à remercier pour m'avoir envoyé la photo de la couverture et également pour la rapidité de leur réponse.
* Kerhorès, habitants de la commune voisine du Relecq-Kerhuon, jadis ennemis héréditaires, souvent dans ce livre accusés de tous les maux!

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10 avril 2009

BINGHAM Sallie / Libertinages.

Libertinages.
Sallie BINGHAM.
Note : 3,5 /5.
Lit terre à terre.
Sallie Bingham est née dans le Kentucky en 1937. Ces onze nouvelles sont mes premières lectures de cet auteur et sont dues au plus grand des hasards. Comme son titre l'indique, ce recueil tourne essentiellement sur certaines dérives amoureuses. Son titre original « Transgressions » est d'ailleurs on ne peut plus explicite. « Benjamin » est un vieux bonhomme acariâtre de quatre-vingt dix ans râleur et égoïste et goujat. Peintre jadis célèbre, son heure de gloire est passée, mais parfois un musée l'invite. Et aujourd'hui il doit inaugurer une salle avec un de ses tableaux, mais une dernière tentation a croisé sa route. Un beau texte sur l'amour, le désir et le temps qui passe.
Un autre peintre dans « Une fille remarquablement jolie », mais celui là n'est pas connu. Cory, un lendemain de fête où elle avait abusé de boissons fortes se réveille nue dans un lit inconnu. Elle cherche ses vêtement qui traînent de droite et de gauche et se rhabille en regardant l'homme peindre. Les formules d'adieux sont pathétiques, elle marche vers ses habitudes dans un quartier qu'elle ne connaît pas et voit défiler sa vie....
« Le grand lit » est une affaire de famille, une partie de l'héritage de Liz. Un soir Olivier lui raconte un de ses fantasmes amoureux, fantasme qu'il avait assouvit naguère avec la complicité de son amie de l'époque. Liz accepte de se prêter au jeu! Mais un jour, après qu'Olivier l'a quitté, elle se pose la question, qu'espérait-elle?Dans « L'épine », une femme âgée, une des dernières rescapées de son époque, se fait aider pour réparer une clôture par un voisin beaucoup plus jeune qu'elle. Elle lui raconte sa vie, ses mariages, les hommes, ceux qu'elle a quittés, ceux qu'ils l'ont abandonnée, un amant qui était marié, une existence ordinaire. Elle lui demande de parler un peu de lui, s'il vit seul etc......
Une professeure de soixante-trois ans, qui ne cache pas son âge, demande l'aide d'un de ses étudiants pour l'aider à faire des confitures, l'abricot fait-il partie des fruits défendus?
Trois hommes et des coussins, pourrait être le sous-titre de « Le parfait refuge », deux homosexuels vivent heureux, mais l'intrusion d'un jeune homme, puis d'une chatte enceinte va rompre cette équilibre.
Un homme Stanley, une femme Maria, et une question: qu'est qui ne va pas entre eux? Pauvre Stanley!
Une ancienne professeure de lettres dit ceci : « Faire l'amour pour moi a toujours été une manière de converser. Ce qui prime c'est l'aptitude de l'amant à écouter.... » Attention au dialogue de sourd, ou elle devrait, cette brave dame, se rappeler du proverbe « La parole est d'argent, mais le silence est d'or ».
Une femme part en pèlerinage sur les lieux d'une aventure amoureuse de son époux, lui laissant au passage leurs deux petites-filles....
Des femmes parfois mère poule, souvent autoritaires et solitaires, se posant des questions mais se remettant rarement en cause.
Un livre agréable, qui se lit avec un sourire parfois, avec tristesse souvent. L'âge, voilà non pas l'ennemi mais le problème. Ces personnages sont souvent revenus de beaucoup de choses, la vie ne les a pas épargnés. Certaines et certains vivent plus ou moins bien leur veuvage, ou alors le départ du mari, un beau (?) matin. Des hommes et des femmes oscillant entre résignation et espoir. Le propre de l'espoir c'est, hélas d'être déçu. Malgré tout cela ce livre n'est pas triste, juste lucide. Un recueil très intéressant, dommage que tous les récits qui le composent ne soient pas d'égale valeur.
Extraits :
- C'étaient les mots d'un vieux poète à un jeune poète. N'eussent-ils pu être aussi ceux d'une vieille femme à un jeune homme ?
- Il se demande tout à coup si elle est ambitieuse. Sa robe noire peut le laisser penser.
- Chouette, pensa-t-elle. Comme s'il parlait d'une virée à la fête foraine. Mais c'était le mot juste.
- Le garçon s'infiltra dans ce cocon sur la pointe des pieds. Il traita les deux hommes comme des oncles, les respecta et les évita.
- Elles se sourirent, tels deux compagnons de voyage dans le rude pays de l'amour.
- Il l'avait supposée plus vieille – faisant au moins cinq ans de plus que lui – et la gêne le laissa sans voix.
- Nous avons tous les deux la soixantaine et une soirée gâchée pèse plus lourd sur nous aujourd'hui que trente ans plus tôt.
- L'espace d'un instant, ils crurent tous les deux que les soins étaient finis, terminés, inutiles, que l'amour refleurirait, pour la vie.
- Les mots de Joyce volettent dans la pièce comme des moineaux piégés.
- Et le jeune homme l'a suivi comme les jeunes hommes suivent les sorcières ou les marraines de leur bien-aimé dans les vieilles histoires.
- J'ai perdu tout et tout le monde si tôt dans ma vie.
- Je n'aurais rien appris si je n'avais pas été livré à moi-même sitôt.
Éditions : Joëlle Losfeld (2007)
Titre original :Trangressions (2002)

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01 avril 2009

FORD Richard / Péchés innombrables.

Lu dans le cadre de l'auteur du mois de « Lecture-écriture »
Péchés innombrables.
Richard FORD.
Note : 4/5.
Tous les péchés ne sont pas mortels!
Je me souviens d'avoir lu Richard Ford, il y a longtemps, donc je redécouvre cet auteur, grâce à ce recueil de nouvelles, dix en tout.
« Intimité ». Un soir d'insomnie, un homme de sa fenêtre voit une femme se déshabiller lentement. Des sentiments confus en découlent, est-il vraiment un voyeur? Il pense à son épouse endormie dans leur chambre, mais il recommencera le lendemain et les jours suivants, puis subitement arrêtera. Mais parfois la vie réserve des surprises!
Un « Moment privilégié » c'est peut-être une soirée et un repas au restaurant entre un homme et sa maîtresse. Lui est de passage à Chicago, elle réside dans un hôtel luxueux, lui parcourt le monde, elle est mariée à un homme plus âgé mais riche. Bref une histoire banale, mais l'auteur transforme cette histoire en un moment privilégié, y compris pour le lecteur . Un très beau texte.
Ces « Retrouvailles » ne sont pas forcément faciles ni les bienvenues, un éditeur dans une gare rencontre sans le vouloir le mari d'une de ses anciennes maîtresses, leur dernière rencontre avait été plutôt percutante! Est-ce réellement une bonne idée de reparler de tout cela, surtout que cette femme a quitté leurs vies à tous deux. C'est Noël dans « Crèche ». Toute la famille est en vacances, Faith est avocate, spécialisée dans le cinéma, en plus de son travail, elle doit aussi s'occuper des problèmes de tout ce beau monde, sa soeur est en cure de désintoxication, son beau-frère la drague, et de son côté les affaires de coeur ne sont pas des plus simples mais c'est Noël..........
Adultère dans « Dominion » elle est canadienne, lui est américain, ils travaillent ensemble et sont amants depuis des années. Mais un jour à Montréal, le mari téléphone dans la chambre d'hôtel et donne rendez-vous à l'amant dans le hall!
« Abîmes », qui clôt ce recueil, est la nouvelle la plus longue. Comme dans « Dominion » un homme et une femme ont ensemble une aventure des plus torrides. Ils travaillent dans la même société immobilière et doivent prendre beaucoup de précautions, car il sont mariés chacun de leur côté. Un jour malgré tout ils décident d'aller voir le Grand Canyon. Mais des divergencese font jour : hors du lit, point de salut?
Un écrivain en mal d'inspiration qui la nuit regarde par la fenêtre, un journaliste qui rejoint sa maîtresse dans un hôtel de luxe est abordé par un homme dont il n'a aucun souvenir. Il faut reconnaître que sa journée fut pleine d'émotions. Un autre homme se remémore son enfance à la Nouvelle-Orléans , dans une famille hors-norme, son père est parti vivre avec un homosexuel fortuné, sa mère a installé un musicien noir à la maison, l'alcool coule à flot, bref une enfance pas très ordinaire. Un jour son père l'invite à une chasse au canard.....La découverte d'un chiot abandonné dans le jardin d'un couple va-t-elle avoir une influence sur leur comportement? Surtout qu'ils ont d'autres chats à fouetter.Majorie pense peut-être que c'est malin de dire à son mari que le maître de maison où ils sont invités à été son amant! Pour Steven la pilule sera peut-être dure à digérer!Un couple dont le mari a eu une assez longue aventure tente de se reconstruire, en partant en voyage. Retrouver la paix et la sérénité, se reparler à nouveau, c'est bien mais passer ses vacances à Belfast, c'est pas très romantique, même si ce Belfast là est dans l'état du Maine! Enfin l'espoir mène à tout!
Une très belle écriture, très précise, avec plein de détails mais sans alourdir le texte.
Un monde de petits bourgeois prototypes d'une Amérique aisée, un constat doux-amer, dans « Dominion » par exemple où il se joue une rivalité entre le mari canadien et l'amant américain.
Richard Ford n'a peut-être pas la férocité d'un John Cheever vis-à-vis de la société américaine, mais d'une manière plus feutrée, il nous en décrit certains vices, l'alcool, l'adultère, la drogue, le dollar tout puissant. Souvent dans ces nouvelles les lieux ne sont que des endroits de passage, des hôtels, des gares, comme si les personnages n'avaient ou ne voulaient pas avoir d'attaches ou alors que leurs travails les transforment en éternels voyageurs.
Une agréable découverte.
Extraits :
- À l'époque, nous formions encore un couple heureux.
- Elle choisissait souvent des mots déplaisants. Collatéraux. Interaction. Réseau. Caution. Des mots qu'employaient ses amis.
- Dans une lettre à son ami le grand John Synge, Yeats dit que nous devrions combiner le stoïcisme, l'ascétisme et l'extase.
- Ce qui se passa entre Beth Bolger et moi ne vaut guère les lignes qu'il faudrait pour en rendre compte.
- Ce sont des choses qui arrivent, du moins en théorie.
- La journée avait été trop excitante, ou pas assez. Leur mère était en cure de désintoxication. Leur père est un connard.
- « C'est difficile de savoir comment mettre fin à quelque chose qui n'a jamais tout à fait commencé ».
- Belfast.... Comme la ville où on se bat ?
- Bizarre d'être aussi intelligent au lit, et pas du tout à d'autres moments.
Éditions : Éditions de l'Olivier (2002).
Titre original :A multitude of Sins. (2001)

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29 mars 2009

Collectif/ Femmes de mer.

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Un peu de bleu dans une semaine bien noir.
Femmes de mer.
Collectif/ Cercle de la Mer de Lorient-Kernevel.
Note : 3,5 / 5.
Une nouvelle à la mer.
Ce recueil, édité en 2008, est le résultat d'un concours organisé conjointement par l'association des écrivains bretons et le cercle de la mer de Lorient-Kernevel.
Le thème se devine dans le titre de ce livre, les femmes et la mer. Huit nouvelles, les seuls auteurs que je connaisse sont Alain Emery (et encore pas depuis longtemps) et Joël Hamm pour « Un été à tuer » dans le recueil « A saisir »publication annuelle de « La Noiraude & La Fureur du Noir ».
Les autres auteurs sont : François Aussanaire, Philippe Brondeur, Sylvie Dubin, Geneviève Livory, Pierre Mangin et Sylvie Padellec. Trois femmes seulement, mais elles prennent les deux premières places du concours. Ces récits sont classés de la première à la cinquième place, plus trois prix spéciaux.
Prenons la mer!
Un petit mot sur chacune de ces nouvelles : « Pénélope », c'est l'histoire d'une femme qui, contre vents et marées, refuse ce qui semble être l'évidence, son mari est mort en mer. Cinq mois déjà qu'il est parti avec son équipage.....
« Les Veilleuses, » texte plein de tempêtes et de poésie. Un homme et trois femmes dans un phare, pour l'homme, quelle aubaine! Mais il refuse l'amour, il le niera longtemps, mais un jour....
« Ici-bas », c'est l'île de Monhegan, au large des côtes du Maine aux États-Unis, ce n'est pas le paradis, mais elle une femme veut pas quitter cette île malgré son veuvage.
La sagesse populaire dit « Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée! », mais elle ne dit pas si elle doit être verrouillée ou pas! Doit-on également verrouiller son coeur et ses sentiments?
« La vague » nous raconte la triste vie d'une épouse, Liza, dont le mari manque de maturité. Il part, revient quand il est en manque d'argent, il boit beaucoup. Que faire sinon céder sans cesse, s'apitoyer sur son sort, mais un soir, c'est trop....
« Dernière nouvelle » qui est sans doute ma préférée est l'histoire d'une femme qui quitte tout pour partir en cargo pendant les vacances. Et elle écrit année après année ces nouvelles sont comme des bouteilles à la mer, ce qu'elle fait d'ailleurs. Elle les enferme et les jette à l'eau, espérant un jour trouver un lecteur, recevoir un mail lui disant : je vous ai lu, mais hélas... Alors elle décide de forcer le destin, quelqu'un enfin la lira...
« Dentelles de la mer » a obtenu un prix spécial que je trouve amplement mérité, l'écriture est quelque chose d'indéfinissable, baroque, poétique, très riche, et très belle, pleine d'inventivité. Un personnage, créature étrange, Calypso telle une nymphe antique, parcourt cette nouvelle pleine de charme :
-"Quand elle marche, ses pieds ne bougent pas : c'est la terre qui tourne plus vite sous elle pour qu'elle avance".
« Rigadellenn », c'est un conte, non pas de fée, mais de sirènes, les sirènes ne sont-elles pas les fées de la mer! Morgan est la plus belle des sirènes, un jour elle est sauvée par un jeune marin-pêcheur. Elle lui promet monts et merveilles, plus son coeur pour qu'il la suive. Lui plein de sagesse est un homme heureux et il aime une fille du village, donc il refuse! Quelle peut-être la réaction d'une sirène vexée?
« Histoire de Maria Terra, de Vivien et de la mer. » L'éternel combat d'une femme et de la mer. Maria a perdu son mari en mer, son père et deux de ses frères, mais elle refuse que son fils suive leurs traces. Elle sait que dès l'âge de seize ans, il partira à moins qu'elle trouve une solution....
Une femme en noir refusant l'évidence, un journaliste partant faire un reportage sur les femmes gardiennes de phares, une veuve à qui la solitude pèse parfois, une mère veillant sur son enfant, toutes et tous d'une manière sont victimes de la mer. La mer, mangeuse d'hommes, on lui prête cette réputation! Qui hélas se confirme souvent.
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec le classement du jury, mais chacun jugeant suivant sa propre sensibilité de lecteur, tout cela reste très aléatoire!
Extraits :
- Elle avait trouvé son équilibre dans la négation complète. Pourquoi venir la déranger ?
- Lévina eut ce mot sibyllin : « Elle fait le compte du temps. » Je ne sais pas si c'était le compte ou le conte.
- Mais j'étais un pauvre type. Je suis resté avec les deux femmes muettes et lointaines.
- Nous n'avons jamais retrouvé Ronnie, mais il ne m'a jamais vraiment quitté.
- C'est encore un des mystères qui courent dans ces hommes-là. Ils n'échappent jamais à la mort.
- Un infirme de tendresse !
- ....Elle entreprit de raconter sa propre histoire : Dernière nouvelle.
- ....petite femme voûtée comme une cave d'autrefois.
- Et les seringues, y a pas de mystère : elles ne servent qu'à piquer les petits cons ou les vieilles bêtes. Alors colère.
- Dans la famille, c'est devenu une tradition : nous baignons dans l'univers des contes.
- Mais Maria a vu les yeux de Vivien devenus plus clairs encore, comme si la mer avait commencé à entrer en eux.
- ....elle s'en fait le serment : Maria va assécher la mer.
- Elle lui souhaite bon voyage. Elle allait dire « bon vent ».....
Éditions : Liv'éditions (2008).

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