Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

18 mai 2009

VALLERIE Erwan & NONO/ Ils sont fous ces Bretons!!

NONO (Illustrations)
VALLERIE Erwan (texte)
Ils sont fous ces Bretons!!.

Note : 4 / 5.
Ah, bon?
S'il vous plaît, pour ce couple de précurseurs, ayons une pensée! Et revenons sur cette phrase prophétique :« Trousse de survie pour découvreurs des Armoriques ». En lisant ces lignes, quelques notes de musique me reviennent en mémoire « Les Bretons typiques » de Gilles Servat!
Un couple BCBG, Monsieur est muté à Quimper, Madame voulait vivre à Aix (est-il nécessaire de vous préciser Aix en Provence. Pas Aix La Chapelle!). Et le pire est que l'heureux élu nommé à Aix se nomme Le Bourbec, Madame, de rage, jette sa coiffe par dessus les moulins.
Les auteurs vous préviennent, il y a des phrases à ne pas prononcer, en voici trois:
1°) Nantes n'est pas en Bretagne.
2°) La langue bretonne est un patois à éradiquer.
3°) Il faut construire des marinas dans les petits ports bretons.
Il y a dans cet ouvrage un test très intéressant pour vous indiquer à quel genre de bretons vous avez affaire, avec ajout ou retrait de points, un permis de bretonnitude en quelle sorte! A noter un retrait de 50 points (le maximum) si les enfants jouent avec une poupée Bécassine!
Quelques noms de chapitres, un Breton peut en cacher un autre. Travailler au pays des vacances. The Armorican way of life . Une vraie tête de Breton. Bouillon de culture et marchands de soupe. Ce n'est pas grave de n'être pas Breton.... puisqu'on peut le devenir !
Ce livre se termine par le questionnaire suivant : « Mesurez votre degré d'intégration », avec quelques questions très pertinentes comme celles-ci : «  j'achète exclusivement du beurre salé » ;
«  je plains ces pauvres parisiens » ;  « je trouve bizarre qu'un enfant s'appelle Jean-Jacques et pas Erwan comme tout le monde » ; « j'ai passé au moins un album de Bécassine au broyeur » ;  « les nouveaux arrivants disent que je suis bien breton ».
Le climat est une part très importante de la mythologie bretonne, avec ce mot magique « Micro climats », sinon vous pouvez entendre les expressions suivantes « Crachins », « Grains » etc....
Les personnages foisonnent bien entendu, certains sont dessinés avec un trait de crayon clinique par Nono. Comme par exemple, ces deux marins sous la pluie, casquettes et cirés, l'un dit à l'autre : « Ce n'est pas cet été que l'on verra des seins nus sur la plage ». Sur un autre dessin, la légende dit « C'est l'été, il pleut », le Breton répond « Oui, mais attention!... La pluie est tiède! ».
Je vous passe tous les clichés habituels, la mer, l'église, la guerre des écoles, etc, etc. Mais les auteurs en parlent, n'ayez crainte!
On trouve en début de chapitres des textes signés par de grandes plumes (enfin des plumes de paons) et de nombreux autres, mais pas de délation ici (à part quelques médailles). Ces extraits ont en commun un mépris de la Bretagne, et surtout aucun sens du ridicule :
- Landerneau, la ville de célébrités comiques et qu'on oppose à Paris, la vie universelle, comme un exemple de la stupidité provinciale. Onésime Reclu. 1902.
- ..... quelle toquade saugrenue de la Bretagne et des bretonneries mes parents avaient-ils en tête lorsque ma pauvre soeur et moi sommes nés? On n'a pas le droit d'appeler Gwen-Aël un enfant innocent.....C'est comme lui jeter une malédiction. Jean Dutour. 1983.
- Nous, jusqu'à présent, nous avions la Bretagne qui suffisait à nous fournir en putes et en bonnes. Mais voilà-t-il pas que même les Bretonnes veulent plus être bonnes. Jean Cau. 1963.
Et la palme (académique) :
- Créons pour l'amélioration de la race bretonne quelques-unes de ces primes que nous réservons aux chevaux et faisons que le clergé nous seconde en n'accordant la première communion qu'aux seuls enfants parlant français. Auguste Romieu. Sous-préfet de Quimperlé, Revue de Paris. 1832.
Une page se nomme « Nous n'aimons plus Paimpol et sa falaise ». Il y a également dans cet ouvrage un cours absolument surprenant sur la prononciation du nom des villes et des villages en Bretagne. L'abus de chouchenn fait moins mal à la tête que ces quelques exemples! Un cours de cuisine se nomme délicieusement « l'étalon-beurre » où il est question de « Kouign-Amann » de « Gâteau breton » et de crêpes ( Je préfère les galettes, mais c'est une question de goût). Il est également question de « Kig Ha Farz », d'andouille de Guémené et de fraises de Plougastel!
Un mot sur les auteurs, j'avoue ne pas connaître Erwan Vallerie et je m'en excuse ; j' essayerai de me soigner rapidement. J'ai, et ceci depuis de nombreuses années, quelques albums de Nono à la maison. Le premier que j'ai acheté était « Jour de Bretagne », cela ne date pas d'hier (1981). Je me rappelle également l'avoir croisé au dernier festival de Carhaix.
Un bon moment de lecture, un humour proche parfois de l'auto dérision, avec quelques éclats de rire souvent les bienvenus.
Extraits :
- Lorient-la-Jolie y a perdu l'essentiel de son charme, mais, pour être devenue banale, la ville n'est pas déplaisante.
- Il y a quarante ans, l'affaire paraissait réglée : il n'y avait plus de Bretons. (Mais des habitants des départements de l'Ouest, note personnelle).
- La mer n'est pas qu'un terrain de jeux.
- La marée, en Bretagne, est la folle du logis.
- Car cette terre n'est pas désenchantée, mais pudique.
- Cela va vous paraître ubuesque, mais jusqu'à la fin des années 60 les prénoms bretons étaient interdits.
- Le pompon allant à Ker-Miaou, la villa où Paul Léautaud allait retrouver sa maîtresse, qu'il avait dragué à la SPA et qu'il appelait d'ailleurs « La Tigresse ». Tout Pornic en rit encore.
Éditions : Coop Breizh. 2003.
Imprimerie : Keltia Graphic.

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17 juin 2008

KERGRIST Jean / Grand bal à Saint-Lubin.

Grand bal à Saint-Lubin.
Jean KERGRIST.
Note : 4,5 / 5.
Kreizh-Breizh*, contes et mécomptes!
Ne surtout pas oublier le sous-titre « Contes de Jean Kergrist ». Ces contes furent écrits en 1971 à Lyon pour la radio. Ils furent édités pour la première fois en 1972, puis ils devinrent spectacles avec évidement Jean Kergrist en vedette Armoricaine!.
« Job Penvern » a une obsession, ne pas être oublié, quand l'Ankou aura fait son oeuvre. Un jour de marché à Rostrenen , Milig le Scanv** lui donne un conseil avisé :
-« Si tu veux que l'on parle de toi après, qu'il avait dit, il faut que l'on parle de toi avant».
Sage parole mais comment la mettre en pratique! Parce que Job ne veut pas qu'une pierre tombale le rappelle au bon souvenir dans ce bas monde, non, il veut une place dans la mémoire de chacun. Enfin un jour la solution lui vient à l'esprit, en plus un jour de pèlerinage à Sainte Anne d'Auray! Une apparition!
« L'irrésistible ascension de Person*** ». Où on peut être Person et être plus qu'envahissant! Mais comme le dit l'auteur « A défaut d'écharpe, c'est une veste qu'il attrapa ».
Dans « Histoire d'eau » il n'est pas question de porno, mais d'eau! En période de pénurie tous les moyens sont bons pour gagner du liquide, et comme dans tout marché il y en a qui ont le bec dans l'eau!
Pour résumé l'histoire nommée « Le lit clos », je dirai que c'est un conte coloré où certaines personnes ne peuvent se voir en peinture.
« Les bourrasques de la Toussaint » c'est la fête des morts et en général il ne fait pas beau, et puis cette brave femme Conan est prise entre deux feux, elle ne peut pas être au four et au moulin le même jour, à la même heure, que faire? Sa décision est prise,    « Cochon qui s'en dédit »!
La fête, aussi pour les mariages par exemple mais malgré que les « Bretons ont des chapeaux ronds » ils ont parfois la tête près du bonnet! L'arrachage des patates aussi est un jour de liesse pour Yann Poupinec, sauf que cette année sa femme s'est invitée chez les voisins et en plus précisément ce jour là! Et une bouteille de cidre à chaque extrémité du sillon, par grosses chaleurs, attention abus dangereux!
Des personnages du cru, avec un mélange de naïveté et de rouerie, le bon sens de gens de la terre, les grandes paroles et les sermons les impressionnent, mais sans plus.Un recteur, (non pas dans l'île de Sein, ce n'est pas le lieu), mais aux prises avec des vaches possédées par le démon. Dans nos campagne, braves gens, cela va de mal en pis! Avant les vaches regardaient passer les trains, mais faute de trains, elles ruminent dans leurs têtes! Et ce n'est pas bon!Un pique-assiette s'invite au village, et bientôt c'est lui qui invite le village à voter pour lui! On croise un fabricant de lit clos, qui , conscience professionnelle oblige, les essaie les uns après les autres!Anastasia est surnommée d'une manière peu charitable « Nasta Krampouezh**** ». Alors le jour de la fête à Saint Lubin, elle décide d'être la Reine de la journée. Ce sera un pardon du feu de Dieu! En Bretagne, et ailleurs aussi tout finit par une chanson, comme dans la dernière nouvelle du recueil « Le cochon à deux pattes ». Mais tradition oblige ce sera un « Kan ha Diskhan ».Tous ces gens dansent une joyeuse gavotte (sauf bien sûr le cochon), passant d'un conte à l'autre, étant parfois les moqueurs, parfois les victimes des moqueries.Toujours cet humour corrosif et jubilatoire. Les petits travers d'une époque où un brin d'humanité avait encore cours, mais cela n'empêchait pas la vengeance, la mesquinerie, un peu de jalousie aussi et des rancoeurs qui remontent... d'ailleurs plus personne ne se rappelle depuis quand, ni pour quels motifs. J'adore cette phrase : « Toujours qu'ils sont en train de mettre des fourches dans leurs roues de brouettes ».Les querelles de clochers avec les aspects dérisoires, mais si représentatifs d'une époque où le chef-lieu de canton semblait au bout du monde.Une bolée de cidre, quelques danses et on oublie tout cela! Rendez-vous au prochain bal, d'accord?
Un mot sur la très belle couverture : Job, peinture d'Hélène Le Briéro.
Extraits:
- Il ne connaissait pas bien la mer, mais sentait comme un aimant chaque fois qu'il voyait des marins.
- Tu dis des racontages, mam.
Des racontages, demande à Fanch si c'est des racontages.
- Le fils de Person était devenu quelqu'un.
- Avec ça sur la tête, on aurait dit un Parisien en vacances et ça impressionnait beaucoup les paysans.
- Le fils Mevel faillit mourir électrocuté en montant lire une affiche sur un pylône à haute tension.
- ...tout Rostrenen donnait dans le moderne. On causait même français. Cela faisait plus chic.
- Job Loédec avait pris femme du côte de Callac et à Saint Lubin, la coiffe à cornes, cela faisait étranger.
- Ils avaient cassé leurs sabots et ils fallait bien arranger cela devant le recteur avant que cela se remarque de trop.
- Entre Yann Poupinec et sa femme, il y avait comme tout un tas de ronces qui avait poussé depuis un paquet d'années.
- Parce que tu veux aussi m'ôter le lard de la bouche.
- Loïc était natif de la montagne et tout ce qui ressemblait à l'eau lui faisait froid dans le dos.
Éditions : Ton Doubl.
Éditions : Keltia Graphic : En coffret 3 titres : La gavotte du cochon; Grand bal à Saint-Lubin et Flora .
* Centre-Bretagne.
** Il est plus connu sous le nom de Glenmor.
***Recteur en Breton.
**** Crêpe en Breton

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14 avril 2008

KERGRIST Jean / La cordillère des jambes

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La Cordillère des jambes
Jean KERGRIST

Note : 4,5
Fantasia en Bretagne Intérieure.
Premier roman que je lis de ce touche-à-tout de génie (rougis pas Jean). Comme rien n'est simple, c'est le premier que je lise, mais c'est le dernier édité. Le mythe de Marion du Faouët, revu, corrigé, transposé, démystifié, dépoussiéré, réactualisé, kergristé en un mot comme en cent.
L'action commence dans le bar d'un petit village de la Bretagne Intérieure. Valérie, la serveuse, qui je vous l'accorde, est accorte et canon (de blanc ou de rouge, chacun ses goûts). Donc Valérie qui ferait damner un saint, alors qu'elle en a deux, et même un pas encore Saint comme le Père Maunoir qui sévit dans la région à une époque lointaine. Mais ne nous perdons pas dans le décolleté de la demoiselle qui sert à boire à un dénommé André Le Gall. Celui-ci qui est dans le civil employé du CIA de Plounévezel, est là incognito pour un mystérieux rendez-vous.
Le temps passe, il est le seul client et craint pour sa vertu, quand le téléphone sonne, c'est pour lui. A l'autre bout du fil (et du canal de Suez), c'est l'homme qu'il attendait, l'émir de Langoélan, pseudonyme du Cheik Al Fayed Kamal Koutchma, souverain de l'île de Béni Tanb. Laquelle île est comme personne ne l'ignore un point stratégique sur la route du pétrole! Et cet homme puissant, pour donner du sang neuf aux habitants de son île, cherche une mère porteuse bretonne pour lui donner un fils.
Commence alors la quête , non pas du saint Grall, mais de la divine matrice pour que le prince du pétrole puisse y procréer. Et cette quête ne sera pas sans aventures ni rencontres étonnantes, un rave party dans la campagne, un commerçant ambulant et bossu, un moine tibétain, j'en passe et des meilleurs. Le banc et l'arrière banc des barbouzes de tous poils, des autonomistes bretons, une promenade en brancard , un enterrement et une Mercedes qui explose, un périple plein de péripéties!
André Le Gall, lui le discret aime le vin, beaucoup le vin. Il caresse un rêve (pas que cela d'ailleurs), de faire le tour de tous les vignobles de France, et de Navarre aussi, s'il y en a! Délégué par le patron du CIA auprès de l'Emir celui ci lui promet un flot de liquide qui lui permettra de mettre le tonneau en perce dans toutes les caves de l'Hexagone.L'Emir (nommons le ainsi pour simplifier) lui rêve d'une femme, il est prêt à tout mais dans la discrétion (pour cela rien n'est moins sûr). Et mirage, non pas une oasis, mais une photo dans un bistrot, non pas une femme mais « LA FEMME ». François, paysan du coin qui porte toute la misère bretonne sur ses épaules, les crédits, ses sept enfants, une épouse qui ressemble à un adjudant chef! Alors, il rêve ( à un moment il "ravera" même) du Mexique, de sa voisine Céleste (un don du ciel), de quitter cette terre humide, bref de changer de vie!
Ramadou Blaye est l'auteur de la photo, dont le modèle fait perdre la tête à l'Emir. L'exposition se nomme  «Paris la garce»  mais la photo a été prise à Locronan. Et Manon le modèle est bretonne. Ramadou lui rêvait d'indépendance artistique, il l'aura du moins financièrement.
Un roman qui commence comme une farce qui tourne au réquisitoire. Le début amuse, les démêlés de nos héros se suivent et ne se ressemblent pas. Mais la plume de Kergrist se fait plus incisive, il constate et dénonce ce monde agricole victime de la mondialisation, mais il dénonce que certains ont fait fortune, laissant les moins chanceux aux bords des chemins creux, ces chemins rasés pour la productivité. Il constate que les élus sont ou désarmés ou dépassés ou aveugles en vue des prochaines élections. Au passage il égratigne la religion, toutes les religions, « Opium du peuple » parait-il!l Hélas ici les rêves, comme partout, ont une fin.
Extraits:
- La serveuse éclata d'un gloussement de pintade. Arrivée de la commande sur la gare de triage de son petit cervelet.
- Valérie....comme d'Estaing?
Connais pas c't' énergumène!
-
L'épectase assurée!Le syndrome cardinal Danielou en plein milieu des ajoncs de Kerguzul.
- Ils n'ont pas encore réceptionné la commande de neurones permettant de regarder plus loin.
- Même un peu pété on reste agent CIA, crénom !
- J'étais au bar à vin comme convenu, mais un peu en dessous de la ligne de flottaison.
- De quoi faire frémir toutes les mann-gozh de Guémené à Pouldreuzic. (Hauts lieux de la tradition culinaire bretonne, note personnelle).
- Ces barbelés sont la signature des barbares. D'ignares. De brutes épaisses. De talibans bretons. De connards de première.
- Une nana vachement belle. Bien équipée du bustier.
- Les généreuses de poitrine le sont aussi dans la vie.
- Ils sont plus vulgaires que leurs cochons.
- Les enfants deviennent tous aussi cons que leurs pères.
- Les poulets sont dix fois plus dopés que nous. Ils crèvent aux moindres bruits.
- La flotte c'est notre trésor. Comme qui dirait le sperme de la terre. Sans elle, tout devient stérile.
- En Bretagne Intérieure, on est des Occidentaux à mentalité orientale.
Éditions Coop Breizh.
Couverture : Détail de « La Dame en rouge » de J.R. Ghéroldi.

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19 mars 2008

KERGRIST Jean / Chronique brouillonne d'une gloire passagère

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Chronique brouillonne d'une gloire passagère

Jean KERGRIST

Note : 5

Coups de coeurs et coups de gueules!
Ma rencontre littéraire avec Jean Kergrist est très récente et je le regrette. J'avais vu ses livres à la médiathèque mais bizarrement j'avais toujours plus urgent à lire! Puis un jour j'ai acheté « Barouf à la campagne » et depuis je suis un lecteur qui rattrape son retard!
Cela démarre fort par « Sus au cons » et cela se termine encore plus fort par «  les cons, le retour ».Mais entre les deux, 160 pages oscillent entre truculence et gravité, entre espoir et désillusions, sans amertume avec un sentiment de ne s'être jamais renié et d'avoir toujours été fidèle à ses principes.D'anecdotes pour le moins étranges, comme louer une place de cimetière à l'avance pour être enterré en face d'Armand Robin! Mais la malchance s'en mêle, une secrétaire oublie de le noter, et quelqu'un meurt avant lui. Personne n'est en vérité pressé de mourir et quelles relations peut-on avoir avec un voisin de sépultures? Ne dit-on pas muet comme une tombe!
La création fortuite du « Clown Atomique » est fort bien racontée, dire que ce personnage va changer sa vie pour plusieurs années et avoir beaucoup de successeurs.Mais la vie d'homme public non formaté n'est pas évidente tous les jours quand un artiste dépend d'une subvention décrétée par copinage. Une carrière se joue sur une photo en première page d'un quotidien régional, ou se déjoue pour un commentaire lapidaire sur la même première page du même quotidien régional!
Beaucoup de pudeur dans l'évocation des années de galère, quand les dettes obligent à l'acceptation de tous les contrats, avec son lot de fortunes diverses. Le courant ne passait visiblement pas entre l'EDF et l'auteur, l'un était pour le nucléaire, l'autre pour une énergie classique!
J'ai regardé en début de semaine le DVD du film de Jean Kergrist « Le missionnaire ou la vengeance de Dahut », il est évident que l'argent manque, le générique final ne fut jamais tourné faute de moyens financiers! Et pourtant ce film mérite d'être vu, mais la Bretagne n'était pas prête a recevoir d'elle-même une image différente de celle collée à sa réputation. Elle n'est pas encore capable d'accepter qu'un missionnaire succombe au charme de Dahut!
De spectacles en tournées, la vie d'un homme qui se raconte et aussi se dévoile sans ostentation avec courage et honnêteté. De démêlées financières en problèmes administratifs, de coups d'éclats comme cet épisode. Suite à un manque de subvention de la mairie de Nantes, le conseiller artistique de cette ville ayant refusé une aide de 700 €, le spectacle qui descendait la Loire en péniche ne put avoir lieu. Ce même conseiller artistique venait de débourser 1 million263000 € pour le Royal de Luxe. Une quête permit de rassembler 2,108 kilos de pièces jaunes pour un montant de 17,07 € qui fut remis à la mairie de Nantes devant quelques journalistes! Je n'ai pas raconté tout le livre, à vous de chercher le reste!
Les personnages de ce livre sont à part une bande d'amis, (trop nombreux pour les citer tous) les créations scéniques de l'auteur (je ne parlerai pas des divers magouilleurs de tout poil et des hommes politiques tout bord, qui ne sortent pas grandis de la lecture de ce livre). Les amis, les vrais, n'ont pas besoin de moi pour se reconnaître. Les tontons ici ne sont pas flingeurs, mais dragueurs, la cousine pour qui il n'y avait pas que l'école qui était libre! Une anecdote trop amusante pour ne pas en parler, l'auteur était enfermé suite à un accident technique dans une chambre, ce fut Louis Guilloux qui servit, la pipe au bec, de pompier de service en hissant la grande échelle!
L'écriture n'est pas ici la qualité primordiale, ici c'est la véracité qui prime. Un homme se penche sur sa vie et le fait très humblement. Merci Maître Jean.Un dernier mot, la préface est de Jean-Bernard Pouy, et elle vaut la lecture! Merci Jean-Bernard. Et bravo aux Éditions Keltia Graphic pour ce beau livre, agrémenté de nombreuses photos.

Extraits:
- Au retour du front on l'a toujours dans le cul.
- Plus facile de se faire oublier que de se faire connaître.
- Dans artiste il y a artisan.
- A croire que le théâtre est un art destiné à guérir les timides.
- Puis l'été 1978, je mettais un point final à mon aventure lyonnaise en rentrant définitivement en Bretagne, soulagé de pouvoir chanter avec Gilles Servat : « Je dors en Bretagne ce soir ».(Combien sommes-nous à avoir pris les paroles de cette chanson au pied de la lettre? Note personnelle).
- Le film fit scandale auprès des dévots. Il s'en trouve en Bretagne de coriaces.
- Je me suis entraîné pendant des jours à imiter Tati dans sa tournée de facteur à l'américaine.
- J'expliquais aux badauds que, bien plus fort que Giscard et son «  avion renifleur » j'avais dressé ce taureau de la Cogema à renifler l'uranium.
- En Bretagne on trouve tout ce que l'on peut imaginer.
- Honte d'être fils de paysans. Honte d'entendre mes parents parler breton à la maison. Honte de nos sabots et de nos blouses trop rêches.
Éditions : Keltia Graphic
Autres chroniques ici et .

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12 février 2008

KERGRIST Jean / La gavotte du cochon

La Gavotte du cochon.
Jean KERGRIST.
Note : 4,5 / 5.
De port en porc, franco de port, quelle vie de cochon!
Je continue ma lecture des "contes" de Jean Kergrist. Après "Barouf en campagne", entrons dans la danse (bretonne évidement!).
Malgré tout l'auteur pas trop téméraire commence par la préface! Déception, allons je m'attendais à plus de fantaisie, mais une phrase retient mon attention "J'ai en commun avec mes héros la conviction de me savoir fragile". Avec ses contes nous voyagerons et à bon conte (compte?).
Pour commencer direction la Russie avec "La petite photocopieuse" où la question est comment faire pour avoir une photocopieuse alors que tous les crédits ont été alloués à l'achat de mitaines spéciale écriture, je ne résume pas les noms soviétiques, avec leurs rallonges qui me laissent un peu désemparé.
"Une pipe pour le pope" ou le pope a t-il croqué la pomme! Vous attendez des explications, bon d'accord. Kyrina est pulpeuse et plus qu'accorte, je vous l'accorde. Mais est-ce ses charmes ou ses fromages de chèvre qui lui donnent le droit à une visite privée du monastère. Rien ne dit qu'elle a accordé ses faveurs au pope! Et puis le tabac n'est pas expressément interdit par la religion.
Dans "Et la mer?" ou comment faire le maximum de bénéfice sur l'échine d'un porc transporté de port en port, passant de statue de porc d'import, puis devenant au port suivant porc d'export! Cela va de soie (de porc)! Mais il semble que quelqu'un nous mène en bateau!
"Les falaises d'Etretat" ou en plus guilleret après une faute de frappe "les fadaises d'Etretat". Pour Eric Delarampe, (il a vraiment du mal à la passer) le concours de poésie, une fois encore rime avec déception.
"L'éclipse" ou attention au mélange. Le lambig et la marijuana normalement ne se prennent pas de la même manière. L'un se consomme, l'autre se consume. Le mélange des deux peut avoir des effets détonants.
"Un coeur très gros" ou les malheurs d'un brave homme. Cela n'a pas réellement chauffé dans la vie de Marcel, alors quand en voyage en Irlande il s'éprend d'une veuve, il est prêt à lui offrir son coeur. Quoi de plus normal!
"A chaque âge sa bouillie", ou les malheurs d'Antoinette. Ah Antoinette et son parfum "Fleur de Lisier" faute d'attirer les hommes, au moins son parfum la suivra jusqu'au bout.
Léonie où l'Ankou a maintenant des roues et un moteur. On le sait que la grande faucheuse doit passer un jour ou l'autre, pourquoi pas à quatre vingt ans, un soir d'ivresse gnôle et vin 5 étoiles. Mais les problèmes sont pour ceux qui restent!
La gavotte du cochon et Notes sur Jean Kergrist, ou comment se présenter. Merci L'auteur.
Un fonctionnaire (russe) rêve d'une photocopieuse, il sait que c'est une machine, mais il faut vaincre la bureaucratie!
Une bretonne, pilote dans le port de Brest, défend la morale humaine et animale et surtout l'intégrité de la mer.
Un poète courant après un grand prix de poésie dans la bonne ville d'Etretat, mais sa sombre machination politico-amoureuse encore une fois, ne lui donnera pas l'occasion de se venger de sa belle famille.
Des femmes de la grecque vendeuse de fromage de chèvre à Antoinette fleurant bon la campagne, il y en a pour tous les goûts.
Encore quelques éclats de rire assurés, à lire pour rire. Pourtant certaines situations n'ont rien de comique.
J'ai failli oublié de signaler la venue d'un nouveau saint dans le calendrier breton "Saint Lisier". Un homme qui vécut toute sa vie en odeur de sainteté!
Extraits:
- La lettre du 14eme bureau de la planification administrative lui proposait cependant une solution.
- "L'essence précède t-elle l'existence?"
- Tout à l'heure le frère portier va tomber directement en enfer en regardant ses cuisses.
- Un prix spécial féminin, créé pour l'occasion, offrait à la future gagnante, dix ans de soutiens-gorges gratuits.
- J'habite le Centre-Bretagne et le Centre-Bretagne m'habite. Principe de plaisir.
- Personne ne sait plus très bien ce qui déclenche le grand charivari.
- Aujourd'hui il est fortement décidé à prendre en main la vieille charrue de son destin.
- De la nécessité de toujours bien vérifier le calibrage avant usage. Surtout pour se pendre, pour laisser une dernière chance au destin.
- Restait le parfum d'Antoinette authentique et tenace.
- Léonie, en plus d'aller sur ses quatre vingt ans, allait maintenant sur ses un gramme cinquante à l'échelle du biniou. Mais comme elle n'avait pas de permis, elle ne risquait pas la suspension.
Éditions : Contes toujours. (2001)

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25 janvier 2008

KERGRIST Jean / Barouf en campagne

Barouf

Barouf en campagne.
Jean KERGRIST.
Note : 4,5 /5.
Du bruit dans Landerneau!
Surtout ne pas oublier le sous-titre du livre "Contes cruels".
Première oeuvre de cet auteur né en 1940 que je lis, et je pense que cela ne sera pas la dernière. Surtout que j'ai dans ma bibliothèque personnelle "Conseils à Gogo" avec des dessins de Nono! Incontournable.
Dans "Barouf à Bringolo", tout semble aller pour le mieux dans la campagne bretonne, les subsides de Bruxelles coulent comme du bon cidre dans les bouches assoiffées des gros trusts agro-alimentaires, qui, malgré cela, décentralisent à tour de bras, et non pas pour le centre Bretagne, que nenni, beaucoup plus loin, pourquoi délocaliser de Scaer à Carhaix? Le Brésil est plus rentable. Les pseudo mises aux normes européennes sont de la poudre au yeux. Mais comme dit le proverbe "Cochon qui s'en dédit".
"Le préfet soûl au chant" est aux prises avec une manifestation paysanne. Étant manifestement saoul, il harangue les manifestants, il perdra de sa superbe quand on découvrira quatre cadavres dans les sous-sols de la préfecture! Le commissaire chargé de l'affaire apprendra que dans le monde de l'élevage, les inséminations ne sont pas toujours artificielles. La preuve, ce poème lubrique pas très reluisant d'ailleurs : "Sur les chemins de Compostelle, la zone humide de mon sous-bois gardera pour longtemps la trace de ton bâton de pèlerin". Comme la fin de cette histoire est politiquement correcte, le préfet sera muté à un poste supérieur.
Une "Rave à Toulbrien", c'est le rêve pour Tonton. Il écoule son stock de gnôle pas très légal, et fait payer aux jeunes filles plus charmantes les unes que les autres un service de douches au jet d'eau dans un endroit retiré de sa ferme. Et comme il est le seul préposé au maniement du dit jet d'eau, tout le plaisir est pour lui. Et en ces temps troublés où les raveurs ont bon dos, son cheptel (bovins, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit) double en deux ou trois nuits.
"Mort à Venise", c'est la triste histoire d'un petit village du centre Bretagne qui n'attire pas les touristes, alors que faire? Le conseil municipal envoie l'un des siens à la pêche aux idées. Gilbert, jeune retraité, en profite pour une seconde tentative de lune de miel. Mais Venise, c'est plutôt le paradis pour une épouse volage. Hélas à cause d'un gondolier, tous les projets de Gilbert vont tomber à l'eau. Il descendra de son nuage et soudain s'arrêtera de planer. Et Toulbrien restera désespérément inconnu!
Pour la nouvelle "Yvette échangiste", pour celle-ci, jeune veuve, la solitude est dure à porter. Alors quand grâce au fond des actions innovantes, Bruxelles avait débloqué quelques sous, un club échangiste s'était installé dans le village. Pour Yvette, c'était une aubaine, que dis-je une bénédiction! Ce soir c'est le grand jour, string sexy acheté au chef lieu de canton (discrétion oblige), mini-jupe et maquillage discret : à elle l'aventure!
Et comme l'aventure est au coin de la rue, pour la fin vous êtes priés de lire ce livre, je ne vais pas tout faire.
"Les trois frères Le Maout" ont toujours vécu ensemble, mais l'âge venant il faudrait penser à l'au-delà, alors des divergences apparaissent! L'auteur réussit le tour de force dans cette nouvelle de citer Glenmor, Xavier Grall et Armand Robin!
Pour conduire les porcs à l'abattoir, rien de mieux qu'un chauffeur togolais et musulman, aucun risque , ni de fauche de porcs, ni quand il faut souffler dans le ballon.
Préfet conservé au vieux whisky ne perd jamais son degré d'incubation, ni son rang dans la hiérarchie nationale. Tonton, pour lui les raves, c'est le bonheur : "Laissez venir à moi les petites raveuses égarées" et il en profite. Yvette pense à son mari, l'homme de sa vie, qui l'a laissé seule sans amour, d'accord elle y pense parfois et furtivement, mais elle y pense! Et ses frères, tous des connaisseurs, et fiers de leurs écrivains à qui ils veulent rendre hommage. La cruauté n'empêche pas l'humour (noir parfois) et c'est tant mieux. Une découverte et une très belle couverture (Fetz-noz à Kermain de Jean René Ghéroldi).
Extraits : - "Le cochon est la viande du pauvre".
- "Le cochon est l'avenir de l'homme, car des pauvres, il y en aura de plus en plus".
- Notre capacité à polluer, constitue, croyez-moi Monsieur le préfet, le meilleur gage de notre compétence à dépolluer.
- La petite coopérative agricole des débuts s'était, au fil des ans, transformée en cochon gras.
- Pour l'instant nous contrôlons la situation. Une chance que personne ne lise "Sciences et Vie".
- Et puis maintenant, à tout prendre comme Paradis, je préfère Vanessa.
- Voyage gratuit au dessus des montagnes rousses et des murailles d'échines. Glissades en douceur sur les chattes du Niagara. Collines superbes et variées, ornées de bouquets fleuris.
- La publicité est affaire d'irrationnel.
- Du catholicisme à l'échangisme, le saut, du coup, paraissait jouable.
- Glenmor passait souvent à la ferme chercher une ou deux bouteilles de lambig pour faire des grogs à Xavier Grall, un peu souffreteux des bronches.
- Un gars de Plougernevel, mort à Paris, tabassé dans un commissariat.
- Un breton de l'intérieur, instruit d'une trentaine de langues, à commencer par le breton sa langue première et qui ne jouait pas au fier pour autant.
Éditions : Éditions des dessins et des mots.
Pour faire plus ample connaissance de l'auteur.

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01 janvier 2008

RIEL Jorn / La vierge froide et autres racontars.

Ce titre a été lu dans le cadre du club de lecture des blogueurs et blogueuses.

La vierge froide et autres racontars.
Jorn RIEL.
Note : 5 / 5.
Gros et lents au Groenland.
J'ai un très bon souvenir de ce livre lu il y a très longtemps. Je ne sais pas s'ils sont gros, les personnages, mais pour être lents (surtout si le vent est contraire!) ils sont lents dans leurs têtes. Ils ont des excuses, le cerveau congelé! En avant pour une relecture bien méritée.
Imaginez des équipes de deux personnes, souvent des hommes, parfois des animaux, jamais de femmes (sauf en pensée). Donc ils sont là disséminés sur la glace, à des distances respectables les uns les autres. Leur travail, la chasse, ils savent quand ils sont arrivés, la date de départ est plus aléatoire! Les jeunes font leur apprentissage comme Anton qui n'en finit pas de découvrir que le manque de soleil n'est pas sain pour le moral, soit! Mais le manque de femmes, c'est encore pire! Mais il y a des remèdes! La course contre le vent, mais le vent comme les femmes varie, petit Anton!Même là-bas, l'art ne laisse pas forcément de glace, surtout ceux qui en font commerce.
Allons découvrir Emma, la vierge froide! Pour cela parodions un peu le grand Jacques :
Et puis et puis
Et puis il y a Emma
Qui est belle comme un soleil.
Oh oui, il aima Emma, Mads Madsen. A la folie, il la décrit avec lyrisme :
- Emma, tiens, c'est comme si elle était faite rien qu'avec des beignets aux pommes.
- Quand Emma dit quelque chose, par exemple, c'est aussi beau que quand on chante l'hymne national à plusieurs voix.
Mais malgré tout, il ne faut pas perdre le nord, le grand Nord, devrais-je dire!
Qui oui, quel malotru peut penser après avoir lu ce livre que des funérailles doivent être tristes. Plus personne j'espère, des funérailles doivent êtres joyeuses (ou ne pas être!) La recette pour réussir cette cérémonie, un mort, un beau mort; un Comte par exemple. Un dernier voyage glacial et une bande de joyeux drilles très affectés. De quoi se réchauffer, pas en intraveineuse, mais au goulot, du combustible de premier choix. Un cercueil qui flotte de préférence. Dernier ingrédient un auteur mélangeant le tout avec maestria! Le seul qui peut en mourir, c'est le lecteur! De rire!
Les personnages : déjà il est impossible de les nommer tous, mais quelle cohorte de "Gueules", souvent pas racontables. Mais ces hommes ont souvent des coeurs d'or, mais pas toujours.
Valfred, maître dormeur, le roi de la nuit Arctique. Le cuisinier chinois qui jouait de la mandoline, et qui s'inquiétait pour savoir comment les phoques respiraient sous la glace! Un lieutenant qui a besoin d'être dompté, "le Noir", un étranger, un norvégien!
Des animaux aussi, un coq, Alexandre pas trop fier d'ailleurs et ayant certains problèmes de jour et de nuit. Mais bon, il n'avait pas demandé son affectation dans cette contrée retirée. Le surnom d'Alexandre le bienheureux lui aurait été à merveille, même si son copain de chambrée, Herbert, était un incorrigible bavard! Après le décès de son coq, ce dernier en manque de compagnie part chez Lodvig le taciturne. Et que les mots coulent à flots! Et le placide Museau qui nourrit les chiots. C'est dur pour un chasseur de perdre ses lunettes, depuis pour lui c'est la nuit, polaire en plus. Ajoutez un cochon qui par magnétisme ressemble à un humain! Et répond au doux nom de "Le roi Oscar"!
L'écriture est simple, ce qui va très bien avec le propos, un chasseur du Groenland ne peut pas parler comme un étudiant d'Oxford (ou de Cambridge d'ailleurs).
Un grand moment de bonheur. Une excellente idée pour finir l'année en beauté. Ou pour commencer l'autre, histoire de briser la glace!
Extraits :
- Valfred ne le comprenait pas. Car Valfred était un mufle qui ne se plaisait bien que dans l'obscurité.
- Il pouvait rester assis derrière la remise à gratouiller (sa mandoline) jusqu'à ce qu'on soit mûr pour chialer à la mort.
- Mais Herbert aimait Guess Grave. C'était un romantique doté d'une âme d'artiste.
- Sûrement pas commode d'être un coq par ici, j'imagine. Mais tu remplis ton devoir Alexandre, ça mérite d'être noté.
- Chin-chin répondit un Lodvig presque prolifique.
Il y avait de toute évidence certains mots qu'il n'avait pas complètement oubliés.
- Il ne distinguerait pas un morse furieux d'un capelan mort, murmura Bjorken.
- Parce que d'après ce qu'il savait, la pomme de terre venait justement d'Amérique, comme le chewing-gum et la syphilis.
Éditions : Gaïa et 10/18.
Titre original: Den Kolde jomfru og andrer skoner.( 1993)

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06 novembre 2007

MAZETTI Katarina / Le mec de la tombe d'à côté.

Le mec de la tombe d'à côté.
Katarina MAZETTI.
Tomber dans le piège!
Note : 4/ 5.
Premier roman que je lis de cette journaliste suédoise. Il fut un gros succès dans son pays d'origine, et bénéficie de nombreux avis favorables en France. Un humour assez particulier mais que personnellement j'aime bien.
Une femme au prénom prédestiné, Désirée, un homme pas réellement béni des dieux au prénom de Benny sont voisins de tombes. Elle pleure son mari (enfin pas de trop), lui entretient la concession tombale d'à côté. Et rien, mais rien en commun et une nouvelle illustration du proverbe populaire "L'amour est aveugle" ou du moins très myope (ou alors il regardait ailleurs!). Ou alors comme le chantait si bien Georges Brassens:
-"Il y a des jours où Cupidon s'en fout".
Car enfin tout les oppose, ces voisins de tombes, et ils passeront tout le temps de leurs aventures en disputes et réconciliations. L'une veut aller à l'opéra, lui doit s'occuper de ses vaches et moutons, elle a un bel appartement de femme seule un peu maniaque, lui une ferme qui tombe (!) à moitié en ruine dont il ne s'occupe pas.
Leurs fréquentations sont diamétralement opposées, intellectuelles pour elle, campagnardes pour l'autre. Ta flèche s'est trompée de direction ce jour là, Cupidon!
Désirée dite "La Crevette", est instruite, veuve d'un mari qu'elle n'aimait pas trop avec le recul. Enfin le genre d'homme gentil, propre sur lui, un peu ennuyeux et pour la bagatelle, c'était pas le septième ciel! Justement son veuvage commence à la titiller un peu, mais de là à succomber au charme de Benny, il n'en est pas question!
Benny lui s'occupe de la tombe de sa mère. Vieux garçon pas souvent sorti de sa campagne natale, il est propre sur lui, mais sent l'étable et est pour le moins rustre. Un peu sauvage par dessus le marché, il n'y a pas trop de fantaisie dans sa vie, la traite des vaches rythme ses journées.
Désirée a une copine Märta, malheureuse en amour, abandonnée par son Robert, qui revient ensuite, pas un bon exemple masculin, se dit Désirée. Si tous les hommes sont comme cela!
Bengt-Göran et Violette sont les voisins de Benny, lui est un ami d'enfance, le courant entre Désirée et eux est plutôt alternatif avec risque d'explosion.
C'est bourré d'humour, de bons sentiments, aussi un peu à l'eau de rose (comme les pages du livre). Un grand moment que cette histoire d'amour et d'incompréhension mutuelle, qui se dévore avec quelques éclats de rires entre deux "vannes" que se lancent nos tourtereaux !
Excellente idée également de reproduire deux fois la même situation avec deux visions du même fait, on se demande parfois si tout le monde parle de la même chose! Et évidement les désaccords sont à chaque fois très profonds.
A lire pour un moment de détente, mais pas si innocent qu'il en a l'air, et pour une fin pour le moins surprenante.
Extraits :
- Les seules femmes qui passent à la ferme sont l'inséminatrice et la véto.
- En général, je n'éveille pas plus d'intérêts auprès des beaux mecs que le dessin d'un papier peint choisi par le responsable de H.L.M.
- Mes pieds et mes ovaires avaient besoin d'être domptés, sinon ça allait tourner au ridicule.
- Ce n'était pas exactement un déclic. Plutôt comme quand je touche la clôture électrique sans faire gaffe.
- Tout le temps, on a parlé - elle surtout, c'est vrai.
- Mais quand on va chercher des filles au cimetière, il faut faire avec ce qu'on trouve.
-Et aujourd'hui sa frangine a quatre mômes et ressemble à un sumo.
- Qu'est-ce qu'elle veut dire avec cette foutue expression, choc culturel ?
- Il s'agit de styles de vie qui entrent en collision!
- Tout devient tellement réciproque et compliqué. On ne se sent pas libre.
- Le nouveau, dit-elle. Il m'intrigue. Soit il n'est absolument pas pour toi, soit il est le seul envisageable.
- Chut, j'essaie ma vie ! a-t-elle dit.
- J'ai répondu un peu sèchement, que les seules choses qui paraissaient vraiment rentables dans ce monde étaient les armes, la drogue et le sexe.
Éditions : Gaïa.
Titre original: Familegraven.

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24 septembre 2007

BELLEC Hervé / Félicité Grall.

Félicité Grall.
Hervé BELLEC.
Note : 4 / 5.
La félicité et le graal.
Roman de 2004, dont le sous-titre pourrait être "La vie n'est pas un long après-midi tranquille".
Suite à divers petits incidents dans sa Normandie natale, Rémi Briquebecq s'est vu contraint de quitter Rouen pour Brest. Il est muté dans une bibliothèque d'un quartier de la capitale du Ponant. Il se satisfait plus ou moins d'une vie solitaire jusqu'au jour où il rencontre Félicité, institutrice dans un quartier sensible. Donc rendez-vous est pris chez Félicité pour aller défendre un projet culturel qui tient particulièrement à coeur à l'institutrice. Rémi n'ayant plus de permis de conduire accepte bien volontiers d'avoir un chauffeur. Mais il sait pas encore ce qu'il l'attend. Quand cette charmante jeune fille prend une douche, notre pauvre Rémi ne regarde pas, il écoute, et c'est peut-être pire pour lui, mais l'heure tourne, le retard commence à être une notion qu'il va falloir prendre en compte. Après un départ sur les chapeaux de roues, comme une vieille "Lada" plus proche de la casse que de son âge d'or peut en faire, il faut faire demi-tour, Félicité a oublié son dossier! Donc retour case départ, Rémi attendant dans la voiture jette innocemment un oeil dans la boite à gants et trouve un paquet de préservatifs bien entamé! Félicité revient avec son dossier, mais changée de pied en cape ; le jean-tee-shirt est remplacé par une jupe légère et seyante! Rémi n'est pas au bout de ses surprises, plus d'essence et mademoiselle a tout oublié, argent, chéquier, etc! Puis la panne d'essence, et les raccourcis supposés, bref les heures passent, la réunion pour la défense du projet a du plomb dans l'aile. Par mégarde, Rémi se rend compte que la douce et troublante Félicité, a un "flingue" dans son cabas! Puis elle décide que la réunion, elle s'en fout et à la place elle préfère d'aller se baigner! Rémi ne sait plus à quel saint (seins) se vouer! Pour la suite, laissez faire l'imagination et l'humour de l'auteur!
Félicité Grall est charmante, mais un peu tête en l'air et vraiment imprévisible dans ses actions ou raisonnements. Sa conduite (pas celle de sa voiture qui elle aussi mériterait que l'on si arrête!) oscille entre charme et désinvolture. Et puis est-il normal d'avoir une arme sur soi! Bref, elle est adorable, épuisante et tête à claques!
Rémi Briquebecq lui un peu naïf succombe petit à petit au charme de Félicité. Mais il se demande quand même qui est cette jeune femme farfelue et qui parfois abuse de la situation mettant son compte en banque dans un état catastrophique.
Ce roman pour le moins trépidant se déroule sur quelques heures d'un après-midi que l'on pourrait qualifier de bien occupé.
J'aime bien les livres d'Hervé Bellec, car ils parlent toujours de moments privilégiés de ma jeunesse de Jack Kerouac à Neil Young et dans ce livre de Steve McQueen dans "Au nom de la loi".
Extraits:
- Je me méfiais toujours et à juste titre de faire l'amalgame entre le physique et le mental.
- Oui, Brest, pourquoi pas, après tout.
- Je vaquais çà et là, en pointillé, sans but bien défini, sans espérance démesurée.
- En jaille?
Oui, en piste, quoi. En java, si tu préfères!
- On aurait dit Amélie Nothomb, avec disons vingt ans de plus.
- Un peu à la façon de Joss Randall quand il arrachait les mises à prix dans le générique d"Au nom de la loi" le mercredi après-midi à la télé.
- J'étais vraiment une cruche, la reine des pommes.
- Vois-tu, Camaret, c'est un peu le clitoris de la Bretagne.
- Un démon. Cette fille était un démon.
- S'agissait pas non plus de les prendre pour plus cons qu'ils n'étaient.
- Je l'ai suivie. Je les ai toujours suivies, les unes après les autres.
- Je l'ai serrée plus fort. Ça faisait longtemps.
- Sur ce je deviens aussi muet qu'une dalle de granit.
Éditions : Robert Laffont.
Autres chroniques de cet auteur :
Un bon dieu pour les ivrognes.
La Nuit Blanche.
Demain j'arrête d'écrire.

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06 avril 2007

O'BRIEN Flann / Une vie de chien

Une vie de chien.
Flann O'BRIEN.
Note :3,5/ 5.
Paddy, deux whiskys!
Livre datant de 1961 et bizarrement, c'est la première fois que je le lis.
En effet j'ai longtemps été persuadé que ce livre et "Le pleure-misère, ou la triste histoire d'une vie de chien" était un seul et même livre. Donc je vais essayer de rattraper mon erreur.
Deux frères orphelins, Manus et Finbar, sont recueillis par un oncle pas trop académique, buveur et anticléricale, truffé de rhumatismes, seuls la bière et le whiskey irlandais semblent atténuer ses douleurs. Les deux enfants grandissent dans cette famille hélas endeuillée par la mort de la tante. Comme elle aussi souffrait depuis des années et ne quittait guère sa chambre, elle est vite oubliée. Surtout qu'un vent de libéralisme souffle sur la maison. L'oncle a de mystérieuses occupations concernant le bien être de la gent féminine de l'époque. Le grand frère complote dans son coin des affaires on ne peut plus louches, pour ne pas dire plus. Et le petit frère contemple tout cela sans trop poser de questions, mais en rouspétant un peu quand sa chambre devient le débarras de son frère. Bref, dans cette Irlande très farfelue, tout semble être éternel. Mais un traitement prôné par le grand frère va briser cette routine. Pour l'oncle Collopy, il ne reste comme espoir qu'un voyage à Rome, une entrevue avec le pape et un miracle, ce qui pour lui est un comble! Les frères Manus, l'aîné, et Finbar, sont recueillis par un de leur oncle. Dans une ambiance pour le moins étrange, ils grandissent cahin-caha. Le grand est le catalyseur et le petit l'observateur ; à l'aîné, les combines qui devraient l'enrichir, les soirées aux pubs et les ivresses profondes. Sur Finbar, repose, avec l'aide d'Annie, la fille de Collopy, l'entretien de la maison et ses espoirs de revoir Pénélope, une de ses amies. L'oncle Collopy dont la distraction favorite est le bavardage avec son compère, mais néanmoins ennemi, le frère jésuite Fahrt. Leurs discussions sous-entendant un certain désaccord, masquent une grande amitié.
Moins bon que les autres livres de Flann O'Brien, certaines trouvailles sont amusantes comme donner des cours de funambulisme par correspondance. Mais certains dialogues sont très longs et n'apportent pas grand chose à l'histoire. Les querelles religieuses sur le rôle des Jésuites, entre l'oncle Collopy et le père Fahrt, qui ne sont pour eux que prétexte à boire, nous saoulent vite, mais sans le plaisir de boire. Une impression très mitigée, que l'on est loin de la verve du grand Flann O'Brien.
Une bizarrerie de ce livre, les enfants vont à l'école de la rue Synge, alors que normalement l'histoire se termine en 1910 ; donc l'Irlande était encore sous tutelle britannique, et Synge est mort depuis à peine un an!Extraits :
- Il croit que le lait est du poison, exactement comme vous, vous pensez qu'une goutte de bière, c'est du poison.
- Bien entendu ce récipient était opaque et par conséquent mystérieux ; on ne savait jamais quelle quantité de liquide il contenait, ni combien Mr.Collopy en avait bu.
- Vous avez bien dit "humbles" mon Père? Un Jésuite humble autant dire que c'est un chien sans queue ou une femme sans jupon.
- Ce ne serait pas la première fois que dans ce pays, quelqu'un irait en prison pour défendre un idéal.
- Tu es le plus ignoble et le plus malhonnête des beaux parleurs d'Irlande, ça c'est sûr.
- Dès qu'il fut sorti, je m'en allais moi aussi. Car j'avais rendez vous avec le Destin- et avec Pénélope.
- Car les Jésuites c'est quelquefois une police encore plus fortiche que les uniformes bleus.
- Sur l'étiquette, le terme "cuillère à s." voulait dire cuillère à sirop et non pas cuillère à soupe.
- "Le Pape": Comment se porte votre cher pays, notre Irlande bien aimée?"
"Collopy": Comme ci comme ça, très Saint Père. Les Anglais y sont toujours".
Éditions : NRF. Gallimard. (1972)
Titre original: The hard life.
J'ai mis la couverture d'une édition anglaise, car elle est plus amusante que celle de chez Gallimard.
Autres chroniques de cet auteur :
Le Pleure-Misère.
La kermesse irlandaise.
Dublinoiseries

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