Littérature d'Irlande,de Bretagne et aussi d'ailleurs

« On ne naît pas Breton, on le devient, à l’écoute du vent, du chant des branches, du chant des hommes et de la mer ». Xavier Grall.

16 octobre 2009

POULIQUEN Louis/ Comme des larmes de sang.

img019

Comme des larmes de sang.
Louis POULIQUEN.
Note : 4 /5.
Pâques sanglantes!
Troisième ouvrage de Louis Pouliquen à figurer sur ce blog. J'ai cherché ce livre pendant quelques temps, mais la patience est, parait-il, récompensée! Beaucoup d'écrivains bretons ont écrit sur l'Algérie, je pense en particulier à Xavier Grall et à Pascal Rannou dans son roman « Sentinelles de la mémoire »* .
Un homme décide de partir quelques jours en Algérie, là où vingt ans plus tôt, il avait participé, comme médecin appelé sous les drapeaux, à ce que l'on nomme, par un doux euphémisme « Les évènements d'Algérie ». Il emmène avec lui, Thomas, son fils, qui connaîtra enfin, la vie de son père, médecin appelé dans le sud algérien . Tout commence un dimanche de Pâques, un vieil homme arrive pendant les cérémonies militaires, il veut du secours pour les enfants du village qui ont de fortes fièvres. Le convoi part très rapidement ; un jeune appelé, près de son retour en France, incite pour en être, le narrateur lui cède sa place . Il ne sait pas encore qu'il vient de sauver sa peau. En effet, les quatre hommes du convoi sont retrouvés morts dans le village désert, détail sordide : leurs yeux ont été arrachés de leurs orbites. Bulow, le commandant du régiment de légionnaires reconnaît la signature de Ben Larbi, un rebelle que l'on pensait mort!
La chasse à l'homme peut commencer, elle sera implacable et tous les coups seront permis, même les plus ignobles, et dans chaque camp. Ben Larbi sera capturé, et le narrateur chargé de le remettre en état pour le livrer aux tortionnaires de service. Le jeune médecin et Ben Larbi apprécieront la compagnie l'un de l'autre, mais hélas, où sont l'humanitaire et la compassion dans ces jours troublés...?
Le narrateur, comme beaucoup de jeunes hommes, se trouve mêlé à des évènements qui ne le concernent pas, beaucoup d'appelés du contingent étaient hostiles à cette guerre, ainsi que la majeure partie de la population française.
Son fils, Thomas, avec l'insouciance de sa jeunesse, pense que son père a eu de la chance de vivre de tels moments. Mais comme beaucoup d'hommes qui ont participé à ce conflit, son père n'en parlait pas.
Glénan, le médecin chef, est un homme bon, mais il a aussi quelques fantômes à l'esprit : sa fille qu'il n'a pas revu depuis des années, et surtout, il repense à ce soldat vietnamien qu'il a soigné pour le livrer à ses bourreaux! Et cet homme lui a craché au visage, chose qu'il ne peut effacer de sa mémoire.
L'aumônier, natif d'une île finistèrienne, est un personnage entier, mais lui aussi s'interroge sur le bien fondé de la politique française et la pérennité de sa foi! Lui, comme tous les autres, pense que le désert rend fou!
Bulow, légionnaire, rescapé de tout, de la Russie où il servait dans l'armée allemande, de l'Indochine où on le croyait mort. Soldat implacable, il est un grand connaisseur de poésie, mais parfois certaines nuits, ses fantômes le rattrapent, alors la Suze est le seul remède. Il a juré d'avoir la peau de Ben Larbi, car tuer un homme est une chose que tout soldat accepte, mutiler les cadavres est contraire à son éthique militaire.
De Montorgueuil, le bien nommé, commandant de la base, sorte de patriarche, aimant le faste, les défilés, et la rigueur. L'archétype du militaire à l'ancienne, n'ayant que mépris pour les appelés, qui pourtant meurt aussi au combat. Un personnage comme on en rencontrait souvent dans l'armée, aristocratie désargentée, les filles étaient religieuses, les garçons militaires!
Ben Larbi, le rebelle, homme intelligent, et travailleur, fut élevé par un riche colon, propriétaire terrien qui pensait lui confier la gestion de ses biens, mais son entourage s'y opposant, Ben Larbi fut remercié du jour au lendemain. Beaucoup pensent que sa haine est née ce jour précis!
Peu de femmes, Agnès, fille de Glénan, que le narrateur a croisé pendant ses études, et Isabelle de Vieilleville, fille du propriétaire terrien qui a permis à Ben Larbi de poursuivre des études.
C'est très bien écrit et plein d'humanité, Louis Pouliquen aborde le problème du personnel médical en temps de guerre, soigner un homme pour le torturer et le tuer! Quel est l'intérêt humain de ce genre de pratiques, à quoi cela sert-il de sauver un homme de la mort pour l'envoyer vers une fin inéluctable et souvent très douloureuse!
Extraits :
- De la poitrine ou peut-être du flanc coulait une tache brune qui se répandait sur le sable. Dans l'air chaud, flottait une odeur fade.
- Les vents de l'horreur s'étaient levés et le souffle de sauvagerie passait sur Tarouat.
- Il détestait l'agitation et les discours qui s'en suivaient et qui trop souvent, révélaient la médiocrité des hommes.
- Ce pays m'avait envouté. J' avais, en arrivant ici voilà plus d'un an, bu le philtre de la passion.
- « Ici tout se dilue. C'est le pays de la démesure ».
- Il devait tenir de ses ancêtres ce goût immodéré du faste. De Montgorgueil était à son affaire.
- Les autres- simples appelés du contingent- jouaient les parents pauvres comme ces pièces rapportées lors d'un mariage et que l'on accueille du bout des lèvres dans les familles.
- Un silence de mort régnait. Ici, toute vie avait depuis bien des années disparu.
- « Martyre ? Maudite ? Ne sait pas! Mieux vaut oublier tout ça, n'est-ce pas ? »
- « Oui, mon vieux, nous les préparons pour la mort ».
- « Si la chance nous aide,il guérira avec un peu de séquelles .»
- « Des séquelles ? Mon vieux, il n'en aura jamais. »
Éditions : Éditions du Liogan (1995)
*Chronique ici.
Autres chroniques de l'auteur:
Mon vieux grenier en Bretagne,
ici.
Les marées d'équinoxe,
ici

Posté par eireann yvon à 22:05 - Littérature bretonne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

21 avril 2009

CORLOUËR Luc / La tourmente. Kenavo.

La tourmente. Kenavo.
Luc CORLOUËR.
Note : 5 / 5.
Bienvenue à Montparnasse*.
Auteur né à Montauban, c'est son premier roman. Du côté paternel, il appartient à une ancienne famille de négociants de Tréguier. Passionné d'histoire, en particulier de la guerre 14/18, il a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées. Ce roman a obtenu le prix des bretons de Paris en 2007.
Paris dans les années 1900, la construction du métro a fait affluer de toutes les provinces françaises de nombreux ouvriers dont beaucoup de bretons, pas très bien acceptés des habitants de la capitale. Témoins, cette réflexion d'un chef de chantier :
- « Si t'es pas content tu peux partir et le foutre dans ton sac. Ça fera deux mal français de moins sur ce chantier ».
Parmi ceux-ci, il y a Louis Callennec, 18 ans, il vient de Pleubian dans les Côtes d'Armor. Il doit assumer la majorité des besoins de sa mère et de ses soeurs restées au pays. Leur père, Erwan, comme des milliers d'autres est mort en Islande pendant une campagne de pêche. Le travail est très dur, les journée très longues pour un salaire de misère, en plus il a fait un achat inconsidéré, une reproduction de « La Tourmente », goélette de Paimpol dans une bouteille en verre! Quelques membres de sa famille habitent également Paris, comme le frère de son père Eugène, menuisier rue de Vaugirard. Il est ami avec un jeune lycéen parisien, Julien ; malgré leur différence, il sympathise très vite. Car Louis a un autre problème, que Pierre Lesage, parrain de Julien et député, pourrait régler. Le prochain tirage au sort des jeunes partant pour trois ans à l'armée! Mais il y échappe! La vie suit son cours, le travail harassant, les grèves, le licenciement. Julien, son sursis terminé, part au Maroc où la situation se dégrade. Louis trouvera un autre travail, se mariera hélas pas pour le meilleur, mais pour le pire. Les années passent, Julien revient du Maroc. Louis veut rentrer au pays, Julien l'accompagne, il y a dix ans que Louis est parti! Mais ce ne sont que des vacances, il faut retourner à Paris. Louis divorcera, continuera sa vie, qui passera monotone, le mal du pays ne le quittera pas, encore et toujours retourner vivre à Pleubian.
Mais un matin le tocsin sonne partout en France, la guerre est déclarée, l'hécatombe peut commencer.....
En Bretagne, à la fin de cette boucherie la constatation est amère :
- « Plus rien ne serait comme avant.... »
Louis, est un jeune homme naïf en débarquant à Paris. Comme beaucoup, il apprendra à ses dépends que certains principes qui guidaient son existence n'ont plus cours ici! Il connaîtra la haine et le mépris qu'affichent certaines personnes pour les provinciaux et en particulier pour les bretons. Il défendra les ouvriers pendant les manifestations, mais il tentera de s'interposer quand un ingénieur sera tué. Il sera malgré tout licencié, son mariage sera de courte durée, courageux, il sauvera un colonel de la mort dans un accident de voiture. Mais dix ans c'est long, trop long....
Julien, c'est le Parisien, celui qui l'a guidé dans la capitale, devenu un frère malgré la différence de classe sociale. La guerre du Maroc lui ouvrira les yeux, mais le marquera à jamais, en lui faisant découvrir la face cachée du colonialisme. L'amitié entre Louis et lui ne se démentira jamais même dans les jours sombres qui les attendent.
Guyomard, le « pays » de Pleubian, le copain des bons et des très mauvais jours, ami de travail et de fêtes, le fidèle avec qui on peut parler de là-bas....
J'ai beaucoup aimé ce livre, car il parle sans fioritures d'un phénomène qui a marqué le vingtième siècle en Bretagne, l'exil. Il évoque aussi ce qui a marqué en Bretagne la fin d'une manière de vivre, la guerre de 14/18, le monde paysan amorçait son déclin, la pêche à l'Islande était terminée , la natalité des années passées entraînait obligatoirement un flot migratoire qui ne prendra fin que des dizaines d'années plus tard.
Extraits :
- Déjà que je n'aime pas les bretons, ni les les fainéants... Alors, les bretons fainéants!....
- C'est qu'elle ressemble tellement aux bateaux de Paimpol....
Mais c'est de là qu'elle vient, gamin. Regarde sur l'socle : Yves Le Louarn, Loguivy.
- Rue de Vaugirard...La rue est animée. Nombreux sont les bretons en costumes traditionnels et les bretonnes en coiffe.
- Il m'a répondu qu'on avait pas besoin d'intellectuels de gauche sur le chantier. C'est depuis... En plus , comme je suis breton, tu vois, j'ai toutes les qualités.
- Ah, volé tu l'as pas celui-là, Erwan!
- Au chantier du  métro, il y avait quelques pays : Tréguier, Paimpol, Ploubazlanec, Trédarzec.
- Est-il vrai que la plupart des gens ne parlent pas français dans votre région?
- « Kenkuit eun deiziou eun Pleubian memez glas eu rafe! »
(Un jour à Pleubian même s'il pleut »
- C'est dur, très dur, mais il faut y aller, Louis, ar bara e ao du-hont! (le pain était là-bas!).
- Comme beaucoup de marins bretons, il ne savait pas nager.
- Ils mourraient aussi, mais bien plus loin. Ollivier avait décompté presque cent-vingt tués de Pleubian depuis le début de cette guerre.
- En faisant des efforts, il était arrivé à comprendre, puis à parler le breton alors que la plupart des gens de la région tentaient le contraire.
Éditions : Le Cormoran. (2007)
* Ce qui n'était pas spécialement le cas dans les années 1900.
Site de l'auteur, ici.

Posté par eireann yvon à 16:00 - Littérature bretonne - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

18 mars 2009

CHEVALIER Gérard / Ici finit la terre.

Ici finit la terre.
Gérard CHEVALIER.
Note : 4 /5.
Et certains y perdent la vie.
Un auteur que je découvre avec ce livre. Cet ouvrage est en compétition pour le prix du Goéland masqué du festival du roman policier de Penmarc'h dans le Finistère. Gérard Chevalier est pour l'instant surtout connu comme comédien et scénariste. Ce livre est son premier roman.
L'île de Batz, à la fin de la guerre, là-bas comme ailleurs, des règlements de compte ont eu lieu. Soazig, une îlienne, était amoureuse d'Hans un allemand. Elle fut rasée et lui, fait prisonnier. Un peu plus tard, Hans revient sur l'île avec un autre de ses compatriotes, Villem, comme travailleurs prisonniers. Hans, pour aider une veuve à l'entretien de sa terre, Villem pour seconder Riou, le cantonnier . Ils seront tués tous les deux. Un marin amoureux de Soazig, qui avait menacé de mort l'officier allemand, apparaît comme le coupable idéal, mais un témoignage digne de confiance vient l'innocenter! Pourquoi ces deux hommes sont-ils morts, et par qui ont-ils été tués?
Et puis deux morts de plus, après les millions de la guerre! Pour les enquêteurs, un autre problème se pose, certaines révélations les mènent sur la piste d'un trafic d'armes, ils arrêtent les coupables, Loïc Le Gall et Pierre Madec, mais ceux-ci ne passeront même pas en jugement. Soazig, libérée de prison, s'est suicidée en apprenant la mort d'Hans.
Le temps passe, certaines familles s'enrichissent en ces temps troublés, des couples se séparent, d'autres se font. Les haines sont toujours aussi vivaces dans cet espace où pratiquement tout se sait.
Nous sommes en 1973, Le Menez, ancien garde-champêtre, qui n'avait jamais caché ses sentiments pro-allemands, est tué, puis vient le tour de Loïc Le Gall, famille qui s'est fortement enrichie depuis la fin de la guerre. Ils ont été abattus avec la même arme que les deux allemands, plusieurs années auparavant! Et cette arme qui, normalement, est au tribunal de Quimper, a en fait disparu.
Puis Pierre Madec est aussi abattu.......Et puis...... la liste s'allonge....
Commence alors une seconde enquête, qui mettra encore une fois en lumière la duplicité de certaines familles, leur sorte de repli sur eux-mêmes, leur défense opiniâtre de l'argent et de la terre.
Beaucoup de personnages dans ce roman, les femmes se révèlent plus intéressantes que les hommes souvent dépeints comme des coureurs de jupons frénétiques ou des arrivistes pour qui les conquêtes féminines et monétaires sont les seuls buts.
Soazig est une femme passionnée, altière, ardente et ambiguë, pleine de contradictions, elle choisira le suicide, laissant sa fille Marie-Hélène à la garde de Dominique qu'elle avait connue en prison.
Gwenaëlle, amie d'enfance de Soazig, est restée à Batz, s'est mariée, a eu des enfants, dont une fille qu'elle a prénommé Soazig, mais son couple s'est détérioré au fil du temps. La veuve Le Floc'h est une figure de l'île, respectée, elle a accueilli Hans et lui a toujours témoigné beaucoup d'affection. Affection qu'elle reportera sur Giuseppe, prisonnier italien, qui le remplacera et qui restera sur l'île.
Pierre-Yves Legarrec, après une période noire due à la liaison entre Soazig et Hans, sera initié aux joies du corps par une longue liaison avec une dame dont nous tairons le nom, puis il épousera Gwenaëlle après le divorce de celle-ci.
Certains personnages pittoresques, comme Braouzec surnommé « L'intellectuel », et son copain Chang, le chinois, ou d'autres comme Papy Riou qui, des années après, regrette encore la compagnie de Villem, nous réconcilient avec quelques-uns des hommes de ce roman.
Les habitants de l'île, les clans et les familles, la nature souvent hostile servent d'arrière plan à ce roman, âpre et dur mais qui se lit bien. Une histoire diabolique et une intrigue bien menée, un coup de maître pour un premier roman.
Extraits :
- À son arrivée sur l'île, Chang avait compris d'emblée les codes qui régissaient la vie de la population partagée en deux groupes inégaux et bien distincts : le peuple des gens de mer et le peuple des cultivateurs.
- L'ordre dont les Germains s'étaient portés garants se retourne contre eux.
- Mais quand ils ouvraient leur amour ou leur amitié, c'était pour toujours, gare à celui ou celle qui trahissait. Leur hargne aussi pouvait être aussi éternelle.
- Rescapés d'un conflit qui leur avait gâché de belles années, ils se laissaient aller à la joie de vivre sans réserve.
- Leur seule différence se situait au coeur : le père n'en avait jamais eu.
- Il aimait son île comme on aime une femme. Chaque fleur, chaque buisson, chaque oiseau lui appartenait.
-
Ses sens étaient-il plus forts que son coeur ?
- Le message dit : NEDELEG LAOUEN.
Vous croyez que je peux comprendre votre langue de sauvage!
- Il n'a pas voulu quitter Quimper, la véritable capitale de la Bretagne, à son avis.
- Tous ont conscience d'un drame dont les racines prennent naissance ici et essayent d'en trouver les raisons.
- Ça va jusqu'à des histoires de revenant, ou de l'Ankou, le personnage de la mort en Basse Bretagne.
- Ce sont des yeux qui peuvent rester ouverts indéfiniment sur l'horizon. Leur expression est dure. Des yeux habitués à défier le mauvais temps. Ou alors à le respecter. Sans haine.
- Et le journaliste enchaîne, imperturbable, sur le résultat du football, nouvel opium du peuple, occultant à lui seul les soucis de la gente masculine.
- Quant à l'île de Batz au XXIe siècle, elle défie toujours le temps.
Éditions : Coop Breizh. (2008)
Site du Goéland masqué, ici.

Posté par eireann yvon à 08:15 - Littérature bretonne - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

29 janvier 2009

RUSSEL James / Peindre au noir

James RUSSELL.
Peindre au noir.
Note : 4,5 / 5.
Âmes soeurs et heures sombres.
Cette oeuvre est la première traduction française de cet auteur. Il est très connu en Grande-Bretagne, où il a déjà édité 11 de ses romans.
Un couple se promène dans un sous-bois et découvre un homme de petite taille dépeçant un cadavre à coups de hache. Dans la campagne anglaise, un homme et une femme boivent le thé, l'homme meurt, mais de mort naturelle. Cet homme, Murdo, aidait la femme, Sidonie Keene, qui était une amie de longue date, à vendre des tableaux peints par la soeur de celle-ci. Sidonie nous raconte sa vie, celle de Murdo, et également celle de Naomi, sa soeur. Nous sommes en 1997, les élections anglaises approchent. Pendant l'enterrement de Murdo, un homme, Ticky cambriole la villa de Sidonie. Il agit pour le compte de Gottfleisch, son patron.
Commence alors un double récit, l'ancien qui commence dans les années 30 avec Sidonie pour narratrice. Nous faisons la connaissance de sa famille, sa mère qu'elle déteste, son père qui l'adore, l'insouciance de ses années, mais la guerre approche.
Un peu sur un coup de tête, Sidonie épouse un Américain et part vivre avec lui ; rapidement, elle divorce, mais reste en Amérique. Sa soeur reprend contact avec elle, car du fait du testament de sa mère, elle a hérité de la grande majorité des biens. Naomi voudrait vendre la propriété familiale car il semble qu'elle ne soit pas la bienvenue en Grande-Bretagne! Que s'est-il passé pour elle, au cours de ces années de guerre et pourquoi vit-elle dorénavant en Suisse? Le temps passant, son oeuvre picturale a pris beaucoup de valeur, ce qui intéresse fortement Gottfleisch, un marchand d'art peu scrupuleux, qui est le commanditaire de Ticky. Cette entrée par effraction dans la villa de Sidonie va réveiller des souvenirs que tout le monde aurait voulu oublier. En effet, quelques années après la guerre, le rôle assez trouble de quelques britanniques semble sortir de l'oubli et Naomi et Sidonie étaient de celles-là. Nous les suivons en Allemagne, leurs vacances, leurs rencontres avec certains dignitaires du régime nazi Gobbels, Goering, ou Himmler. Sidonie évoquera également Unity Mitford, les Jeux Olympiques de Berlin en 1936 et la tristement célèbre « Nuit des longs manteaux ».
À la suite de ce cambriolage, Sidonie est aussi victime d'un chantage d'une personne proche de son entourage. Elle est en plus très sollicitée par Hugo Gootfleisch, qui semble d'un seul coup s'inquiéter de sa sécurité. Son véritable motif est surtout de savoir si elle possède encore des toiles de sa soeur!
Le personnage principal de ce livre est Sidonie Keene, elle est le lien entre deux époques, témoin privilégiée des bouleversements de la société britannique. Après une jeunesse passée près d'une mère qui la déteste, elle découvre le monde dans les années 30. Une période brillante où beaucoup d'artistes commencent à se réfugier en Grande-Bretagne. Elle fréquentera quelques peintres célèbres, aura quelques amants dont Murdo, militaire dont elle dit avoir fait le siège. Elle mettra un an avant de l'attirer dans son lit. Ils resteront très bons amis tout le restant de leur existence. Femme de conviction, elle s'engagera politiquement dans la « British Union of Fascists », parti ouvertement pro-nazi et sera emprisonnée pour cela. Mais elle ne reniera jamais ses idées, même des dizaines d'années plus tard.
Naomi, sa soeur, est morte oubliée et dans la misère. Elle est décédée dans un accident de voiture quelques jours après son retour en Angleterre. La presse a un moment soupçonné Sidonie d'avoir un peu aidé cette mort! En effet sa mère l'avait déshérité au profit de Naomi.
Hugo Gottfleisch, marchant d'art, arnaqueur et receleur, est un être obséquieux, prêt à tout pour arriver à ses fins, en usant de la manière forte, il obtient la fameuse enveloppe qui permettait de faire chanter Sidonie.
Ticky est un de ses hommes de main . Celui-ci, suite à un accident, est défiguré et handicapé, il aime les jeunes garçons, fugueurs de préférence, et il semble en avoir trouvé un, Cy. Commence alors un voyage dans le Londres des squats et des paumés. Mais Cy, sous ses airs de gentil garçon, prendra vite l'ascendant sur Ticky.
Murdo Fyffe, ami et agent de Sidonie, était-il si honnête que le pensait cette dernière ? En tout cas ce n'est pas ce que pense, Angus, son fils, personnage falot, ne réussissant rien par lui-même, perpétuellement à la recherche d'argent, qu'il perd dans des combines pour le moins ratées.
Et nous retrouvons notre couple, dans un sous-bois, et un homme de petite taille dépeçant...........
Un excellent roman, très bien écrit et je pense très bien documenté également. La chronologie n'étant pas toujours respectée, ce livre requiert une attention soutenue. Il nous raconte l'histoire de ces soeurs qui, ayant vécu malgré tout des existences en marge des normes, finissent toutes les deux dans une sorte d'opprobre national. En effet ce livre en plus d'être un roman sur le monde de l'art, est aussi un rappel historique sur une période assez sombre de l'Angleterre. La montée des mouvements pro-nazi, dont Sidonie fera partie, son admiration pour Oswald Mosley, mais nous apprenons également, que suivant le modèle des États-Unis, beaucoup d'étrangers furent arbitrairement emprisonnés, ainsi que certains Britanniques connus pour leur opinion pro-nazi ou pacifiste. Nous suivrons donc l'ascension rapide de ce groupe fasciste, mais sa chute sera principalement due à l'emprisonnement de beaucoup de ses membres dirigeants.
Ce côté historique est vraiment un plus pour ce roman, et une découverte de cet aspect relativement caché de la guerre en Grande-Bretagne. Un livre parfois gênant, les opinions de Sidonie choquent maintenant, mais fort intéressant. Un peu long (460 pages) et l'auteur s'attarde parfois en route, surtout pour l'intrigue policière.
Extraits :
- « Les soeurs de la tentation », voilà le surnom qu'il nous donnait.
- Avec le temps, Naomi aussi peindrait dans le noir.
- Avant-guerre, la Grande-Bretagne était confiante.
- Même quand j'étais petite, Naomi ne pouvait rien faire de travers -Sa peinture était encensée, ma musique ignorée. Elle était talentueuse, moi terne. Elle ravissante, moi si ordinaire.
- Oh ne vous occupez pas de moi : je ne fais que radoter. Je sais qu'il est impossible de dire à quoi ressemblent les choses il y a combien... 60 ans.
- Un ami de l'Allemagne ? Oui, il l'était, mais au même titre que notre gouvernement d'alors, la famille royale et la grande masse du peuple britannique.
- Il préférait les rassurantes platitudes d'hommes en costume. Il croyait qu'en ne faisant rien, ils assureraient la paix.
- Nos amis d'avant-guerre s'étaient largement dispensés de venir. Les amitiés d'après-guerre, quant à elles, n'était pas encore nées.
- Derrière ce masque, elle conservait les vestiges d'une grande beauté et le mystère intemporel des femmes.
Éditions : Fayard Noir (2009).
Titre original : Painting in the Dark.

Posté par eireann yvon à 15:42 - Littérature policière - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

04 décembre 2008

SCHMITT Eric-Emmanuel / L'enfant de Noé.

L'enfant de Noé.
Eric-Emmanuel SCHMITT.
Note : 3 / 5.
Moi c'est toi, toi t'es moi!
Je ne connais pas du tout cet auteur, mais ayant pris certains engagements vis à vis d'un lycée de ma ville, je me dois de lire ce livre, et peut-être d'autre, en vue d'un échange d'idées avec les élèves. Joëlle en a déjà parlé ici.
Le thème de ce premier trimestre « La discrimination envers les juifs ». Je suis loin des mes bases littéraires, mais le devoir m'appelle!
Un court préambule se déroule en 1945 en Belgique, Joseph a 10 ans, il traverse une estrade en espérant un miracle, que ses parents le reconnaissent, ou que d'autres gens l'adoptent! Comment en est-il arrivé là?
Trois ans plus tôt à Bruxelles, c'était un enfant heureux, sa mère était belle, mais une menace de plus en plus pressante pesait sur eux, famille juive. Sa mère le confie à une famille de nobles, et s'en va......Mais même chez ces personnes, la police chasse les juifs, il doit partir à la campagne, à Chemblay à « La Villa  jaune », institution catholique, mais également refuge d'enfants ayant dû fuir.
Il passe d'abord quelques jours chez Marcelle, la pharmacienne, surnommée « Sacrebleu », femme de caractère et de conviction. Elle fabrique de faux papiers et recrée la vie de Joseph, lui apprend son nouveau rôle de petit catholique. Ensuite dans une institution, il est « parrainé » par Rudy qui s'avère être également un enfant juif! Mais surtout il devient ami et complice du père Pons, dont il partage le secret. Sur le principe de l'arche de Noë, ils s'apprennent mutuellement les différences de leurs rites particuliers. Joseph découvre alors ce qui le distingue des autres. La police surveille « la Villa Jaune » , police belge d'abord qui n'est pas très regardante, mais si la Gestapo s'en mêle, cela sera beaucoup plus grave. La vie pendant la guerre n'est pas facile, la faim est souvent là et le danger peut venir à n'importe quel moment. Des petits gestes peuvent être lourds des conséquences, comme cet officier allemand qui rentre dans les douches, alors que les enfants juifs sont nus. Il fermera les yeux, donnera de l'argent au père Pons, mais il ne sera pas récompensé! Marcelle, par bravade inutile, joue « La Brabançonne » sur l'orgue de l'église après la nouvelle de la libération de Bruxelles. Suite à ce geste, elle sera torturée et déportée et les enfants seront démasqués.
Joseph est le principal personnage de cette belle histoire, enfant à l'esprit fin et attentif, il tente, en cette période troublée, de comprendre le pourquoi de cette guerre et de la chasse aux juifs qui en résulte. Pendant longtemps il espérera devenir catholique, mais il ne le fera jamais.
Père Pons, homme d'église, juste et avisé, cache un secret, qui intriguera quelques temps Joseph et Rudy. Joseph découvrira la vérité ce qui scellera les destins de ce prêtre catholique et de cet enfant juif.
Avec Rudy, parrain de Joseph, garçon trop vite poussé, ils formeront un tandem d'amis, et le resteront également après la guerre, malgré le fait que leur opinions varient sur la politique israélienne.
Marcelle, pharmacienne, anticléricale, mais qui aide le père Pons, même au prix de quelques entorses à la légalité ; hélas son esprit de liberté sera plus fort que la simple prudence. Un grand personnage, profondément humain, comme tous les autres d'ailleurs.
Des personnages plus inquiétants, comme le « Gros Jacques » collaborateur et dénonciateur des siens. Les habitants du village comme la majorité des gens de l'époque aident comme ils peuvent, mais, pas au détriment de leurs petites habitudes. Il est parfois nécessaire d'user de ruse comme le fait Marcelle pour arriver à un résultat.
Belle écriture, claire, ce qui donne une lecture facile et relativement rapide. L'histoire est « gentillette », mais les réflexions sur les religions sont très pertinentes. Un livre agréable, sans plus.
Extraits :
- Certes, mes chaussures faisaient mauvais effet. Deux morceaux de carton vomi. Plus de trous que de matière.
- Tout avait commencé dans un tramway.
- Ne me demandez pas à quoi ressemblait ma mère : peut-on d'écrire le soleil?
-
Le contraire de juif, c'est nazi.
- Je me demandais si mes parents n'étaient pas pauvres.
- Mademoiselle Marcelle s'apparentait à tout sauf à une femme ; on aurait dit une pomme de terre sur un corps d'oiseau.
- Ce n'est pas la chance qui te manque Rudy, c'est la cervelle.
- Le respect ne s'adresse pas à ce qui est certifié mais à ce qui est proposé.
- Vous voulez dire que quoi qu'il arrive , Dieu s'en fout?
- Voilà, Joseph. Les chrétiens sont ceux qui se souviennent et les juifs ceux qui espèrent encore.
- Je me demande si nous les chrétiens ne sommes pas seulement des juifs sentimentaux...
- En temps de guerre, le pire des dangers est l'habitude. Particulièrement l'accoutumance du danger.
- Je veux devenir catholique!
Éditions : Albin Michel (2004)

Posté par eireann yvon à 18:12 - Littérature française - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

22 juillet 2008

RANNOU Pascal / Sentinelles de la mémoire

Sentinelles de la mémoire.
Pascal RANNOU.
Note : 5 / 5
Mémoires cachées.
Premier roman de cet écrivain spécialiste de Tristan Corbière, de Guillevic et de Pierre-Jakez Hélias. Il est également poète et enseignant.
Un enfant cherche à connaître la vérité sur ses deux oncles François et Yves, morts au Vietnam à un an d'intervalle. Leurs noms figurent sur le monument aux morts du village, certains s'en plaignent. Comment peut-on mettre en parallèle les morts pour la liberté de la France et des hommes morts en refusant la liberté à un peuple colonisé ! Des années comprises entre 1938 et 1980 nous suivons la vie d'un petit village des Monts d'Arré. De la fin de la guerre dans le Finistère à la fin de l'enquête d'un homme sur certains membres de sa famille...En 1972, Geo, le neveu des morts, s'interroge toujours. Il a grandi, est devenu journaliste et le voilà de retour au pays. Sa grand-mère reçoit une lettre d'un homme qui cherche à retrouver Fanch avec qui il était au goulag 40 ans plus tôt! Une annonce dans un journal local lui donne l'occasion de retrouver un témoin de l'époque, qui lui remet des carnets écrits par Fanch pendant leur parcours entre Dunkerque et l'Allemagne. Puis, à la fin de la guerre, Fanch revient au village, la vie reprend ses droits, le pardon annuel est de nouveau organisé, la diseuse de bonne aventure jette un cri d'effroi en lui lisant les lignes de la main...
Le narrateur, le « passeur-narrateur » comme dit si bien la quatrième de couverture, Geo, le souffre douleurs de l'école, l'intellectuel, grandira et acquerra une conscience politique. Il comprendra que la France s'est servie des Bretons pour créer ou garder des colonies lointaines. Il cherchera pourquoi ses deux oncles, Fanch et Lili, ont choisi à un moment de leur vie le mauvais côté de la barrière. Pourquoi sont-t-ils morts en parias en défendant la France, alors que d'autres pour la même cause sont considérés comme des héros.Pourquoi ce silence dans la famille quand leur souvenir est évoqué ? Laors ,qui séjourna avec lui en Allemagne et en Indochine, racontera le voyage, les humiliations que ces soldats subirent en France, les dockers qui refusaient de charger les bateaux, les quolibets sur leur passage !
Fanch (François) était militaire quand la guerre éclata et fut fait prisonnier aux portes de Dunkerque. C'était un homme usé à son retour en Bretagne, il travaillera quelque temps à Paris. Puis il suivra les conseils de son jeune frère, s'engagera dans l'armée pour, pense-t-il, servir son pays !
Yves, dit Lili, lui, restera au pays pendant la guerre et s'occupera de son frère quand celui-ci rentrera d'Allemagne. Puis il le rejoindra au loin pour une guerre coloniale qui cachait son nom.
Une très belle écriture, poétique et lyrique, mais une chronologie pas du tout respectée qui oblige à une attention très soutenue. Un livre puzzle sautant d'une époque à une autre, la guerre, le retour de Fanch, et les questions de Geo. Des errements de certains Bretons pendant la guerre à la prise de conscience d'autres plus de quarante ans après, se demandant pourquoi le Vietnam et l'Algérie ? Etait-ce utile de périr si loin?
A signaler que souvent les dialogues pendant la période de la guerre sont en breton, mais avec entre parenthèses, la traduction. Un excellent livre dont l'auteur n'a pas facilité la lecture.
Extraits:
- A perte de vue, un sol mousseux et fuyant où s'ébroue parfois un tapis de myrtilles.
- Certains n'ont jamais vu la mer, bien qu'elle soit à deux pas. Ce sol leur est donné; si autre chose existe, ce ne peut être pour eux, car ils n'y sont pas nés.
-Faut réfléchir avant de faire n'importe quoi. Hier à Pleyben, on a cru liquider un collabo, alors qu'on a tué son frère qui avait seize ans....
-...il est né bien plus tard, et son rôle ici-bas vise à quêter sans fin ces bribes d'une mémoire qui ne fut jamais la sienne.
- Tu t'éloignes, mais sur le monument deux inscription te narguent :
« François Quenec'h 1915/1946, Yves Quenec'h 1920/1947 ».
- « Cercueils ramenés de nuit...guerre coloniale...faux héros...perdu leur temps...jeunesse gâchée »
- On n'aime pas les compliments démonstratifs.
- Du mythe à sa dénonciation, l'irréel seul domine, qu'il fabrique des héros ou en fasse des traîtres...
- Le vieil idiome agonise sous le coup des brimades qui mutilent les cerveaux.
- Ne jamais retourner sur les lieux de l'enfance, la déchirure ne guérit pas.
- Te voici débiteur d'un passé qui t'enrobe.
- Ils sont d'un pays où les morts sont traités avec égards.
- Laissez vos oncles en paix! Vous troublez leur repos.
- En breton mon ami, KGB signifie « Kollet gant ar bouesson »! Perdu par la boisson! Il est mort en 1956, le pauvre!
- On n'existait plus en somme.
- Pourquoi troubler ainsi l'agonie d'un sommeil éternel?
-« Laisse-nous à nos limbes, la vie seule vaut la peine qu'on en fasse un roman ».
Éditions : Coop-Breizh. 1999.
Ce livre est le troisième que je lise sur cette période troublée de l'histoire bretonne. Même si celui-ci déborde largement cette période.Je rappelle les autres pour mémoire :
Les derniers feux de la vallée de Glenmor.
Au dessous du calvaire d'Hervé Jaouen.

Posté par eireann yvon à 11:26 - Littérature bretonne - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

01 juin 2008

LEGÁTOVÁ Květa / La belle de Joza.

Květa LEGÁTOVÁ.
La belle de Joza.

Note : 4 /5.
La belle et le godichon.
Premier roman tchèque que je lis depuis « Le brave soldat Chveik» fin des années 1970, si ma mémoire est bonne. L'auteure est née en 1919 en Moldavie de son vrai nom Vera Hofmanova. Ce livre fut édité l'année de ses quatre vingt deux ans. Un recueil de nouvelles « Želary » devrait sortir en France chez le même éditeur.
Nous sommes à Brno, Eliška « La belle », qui est doctoresse, travaille pour un réseau de résistance à l'envahisseur allemand. Très sûre d'elle même et un peu inconsciente, elle croit en sa bonne étoile, vit une histoire d'amour avec un autre médecin, Richard. Elle s'occupe également par bonté d'âme de Joza Jorda, être difforme qui est arrivé à l'hôpital dans un état désespéré. Faute de sang, elle a servi de donneur pour lui sauver la vie. Il vient de Želary, village des montagnes de Moldavie. La nature lui a donné une qualité indéniable, le don de raconter des histoires, dont il charme l'hôpital. Petit à petit, ces deux personnes vont se rapprocher.Mais la guerre est là, et ce n'est pas un jeu d'enfant. Richard disparaît et elle, pour échapper à la Gestapo, doit fuir dans les montagnes de Moldavie et épouser Joza.Commence pour elle une autre vie, diamétralement opposée à ses habitudes de citadine et de femme d'un certain prestige. Le voyage en train, par ailleurs très éprouvant, lui permet d'entrevoir la vie qui, semble-t'il, sera la sienne avec cet homme qu'elle connaît à peine et qui déjà devient plus sombre plus l'arrivée approche!Mais, il y a une une étape dans ce voyage, dans un village proche du but, le temps de trouver une maison pour le couple, et de faire les travaux nécessaires. La veille du mariage c'est encore loin d'être le cas! Et qui est cette mystérieuse Zena qui semble régenter la vie de Joza!Commence alors une aventure dans un village qui semble être resté à l'époque du moyen âge! Et dans ce qu'elle appelle un paysage terrifiant! Avec des gens encore plus terrifiants! Mais la guerre n'est-t'elle pas encore pire que tout cela!
Eliška, narratrice de sa propre vie, se retrouve devant le choix dramatique : être emprisonnée par la Gestapo ou se marier à un homme beaucoup moins intelligent qu'elle et devoir vivre dans une région totalement inconnue dans un village retiré de tout! Le mariage est la solution qui lui permet de rester en vie, mais est-ce réellement la vie?Joza est quasiment vendu par son père à la mort de sa mère à l'âge de quinze ans. Sa vie ne sera que brimades et exploitations, un accident lui permettra de connaître une autre manière de vivre. Richard, homme par qui la trahison arrive, l'héroïne apprend de manière fortuite qu'il est marié et père de deux enfants, il aurait à première vue regagner l'Autriche, pays de son épouse. Au grand désespoir de la narratrice.Les habitants de ce village, région montagneuse et boisée de Tchéquie servent de personnages secondaires avec leurs qualités et leurs défauts, la loi des hommes frustres et souvent imbibés d'alcool étant omniprésente.Un pays que je connais peu, à part l'espoir soulevé par « Le printemps de Prague » et huit jours passés dans une ville à la frontière avec la Pologne en 1969. Quand à cette période de l'histoire, je ne la connaissais pas du tout, tout en sachant très bien que là-bas comme ailleurs de nombreuses exactions avaient eu lieu, là comme partout.
J'ai bien aimé l'écriture, ce style changeant, variant les phrases courtes qui donnent du rythme à l'action, puis une écriture plus lyrique dans les montagnes où la vie est plus monotone. Mais la danse et le théâtre sont les rares espaces culturels. L'auteur nous parle également d'auteurs, comme Stanislav Neumann, Karel Čapek qui aurait parait-il inventé le mot « Robot », ou du poète Otakar Březina.
Une belle histoire et un beau livre.
Extraits :
- « Vous avez appris aux notions à parler la langue des gueux » a écrit Vančura*. Exécuté comme « otage ».
- Lorsque, plus tard, je rencontrais Joza, j'eus l'impression de voir le bossu de Notre-Dame.
- Ce godichon est amoureux de toi.
- C'était à leur merci que j'allais être livrée.
- Nous venons avec l'arrogance des ignares, de résoudre des questions vieilles comme l'humanité.
- Prague, jusqu'alors intouchée , joyeuse, allait en liesse à la rencontre des futurs martyrs.
Oripeaux rouges aux noires inscriptions.
- Demain, je vais épouser un idiot.
- Dès le premier jour, on m'avait fait bien comprendre mon état de femme.
- Chaque matin, je retrouvais la brutalité du quotidien.
- Je me guérissais des traumatismes de l'enfance.
- On jouait principalement des contes de fées. A travers eux, les montagnards rejoignaient leurs rêves secrets, irréalisés.
- La phase initiale d'un enfer planifié, sur les autels sans dieu, où trônait la croix gammée.
Éditions : Noir sur Blanc.
Titre original: Jozova Hanule (2002)
*Vladislav Vančura ( 1891/ 1942. Médecin et écrivain, il est arrêté en 1942 par la Gestapo, parmi d'autres otages exécutés en représailles à l'attentat contre Heydrich à Prague. Note d'Eurydice Antolin, traductrice de ce livre.

Posté par eireann yvon à 13:26 - Littérature mondiale - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

10 mai 2008

GLENMOR : Les derniers feux de la vallée.

Glenmor

Les derniers feux de la vallée.
GLENMOR.
Note : 5 /5
Tout avait changé*
Roman datant de 1995, mais c'est pour moi une première lecture, j'écoutais Glenmor, mais je ne le lisais pas !Je ne suis rattrapé depuis heureusement .
Et aussi, lire ce livre plus de dix ans après sa parution, pour rendre hommage à Glenmor et à ceux qui ont redonné à la culture et à la langue bretonne ses lettres non pas de noblesse, mais ses racines paysannes.
La première page donne le ton du livre. Jud est parti sept ans en Indochine, il revient dans un pays qui n'est plus le sien. Les talus ont été supprimés, ce n'est que la partie la plus visible du changement qui s'est produit en Bretagne pendant ce court laps de temps!Il se souvient de l'année 1943, la mort de son frère tué par les Allemands, son envie de rentrer dans la résistance, mais ses parents l'obligent à finir sa scolarité au collègue à Saint Brieuc. Il revit sa dernière journée d'école suite à l'annonce du débarquement. Enfin admis dans la résistance, il en découvre la face cachée, les rapines et les violences, les dénonciations arbitraires, la bêtise d'hommes alcoolisés, souvent auto proclamés chefs de quelques énergumènes pour qui la participation à la résistance date du moment où ils ne craignaient plus rien!Sa naïveté et son jeune âge ne pourront pas éviter l'exécution sous ses yeux du « Petit homme », instituteur il fut jeter à la vindicte populaire, sa femme fut rasée. Son crime : avoir donné depuis des années des cours de breton à ses élèves ! Que sont devenus ces assassins qui bien sûr disparurent dans la nature?
Jud restera dans l'armée, il partira au Vietnam pour découvrir le sang, les massacres. L'évidence se fit jour pour lui, pour les Vietnamiens, nous étions des « Boches » et cette armée n'était plus la sienne. Le retour en Bretagne et à la vie civile était une des solutions qui lui restaient, et peut-être même la seule!
Fin février mille neuf cent cinquante trois, démobilisé , il est dans la cour de la ferme familiale, une autre vie l'attend, mais peut-on vraiment oublier le passé avec le souvenir de cette exécution dont même plusieurs années après il se sent toujours responsable? Faut-il remuer le passé, retrouver les témoins, prendre contact avec Leda, la veuve? Pour beaucoup cet homme mérite une réhabilitation. La question est, quel est le prix à payer? Et qui va le payer?
Jud Nestour, est un de ces hommes que l'on rencontrait souvent, après la guerre l'armée où la marine était souvent la seule alternative. Confronté dans certains cas à l'horreur, ils ont souvent perdu leurs illusions, mais pour certains d'entre eux une conscience politique et syndicale s'est développée. Son frère aîné étant mort, c'est à lui selon la tradition de « reprendre la charrue ».Iwan, son copain d'enfance, ils ont été maquisards à des degrés différents, lui n'a jamais quitté la ferme familiale, il est né et il mourra là, rivé à la terre qui l'a vue naître.Denise, la petite fille dont il fut le confident durant plusieurs années, elle a 19 ans maintenant, elle lui avoue l'avoir toujours aimé, même dans sa plus tendre enfance.
Une écriture à mi-chemin entre poésie et militantisme pour réveiller les consciences. On retrouve dans ce roman une des constance de la littérature bretonne de l'époque, pourquoi se battre au Vietnam ou en Algérie contre des causes qui tôt ou tard seront perdues! La vie simple d'un monde paysan qui se meurt avec l'enquête d'un homme qui veut comprendre pourquoi un homme admiré fut exécuté , il cherche également une explication à la lâcheté des témoins. Mais cela est-il nécessaire?Des dialogues d'une pudeur extrême, très proches du langage parlé que j'ai envie de lire à haute voix, fait de phrases très courtes. Une certaine réserve qui font que les retrouvailles paraissent toujours très froides, ne pas voir un ami depuis plusieurs années , et l'accueillir comme si on s'était quitté la veille, aller boire un coup en oubliant que le temps a passé. Ne rien dévoiler et ne rien demander.
Immanquablement, en lisant ce roman, il est normal de le mettre en parallèle avec l'excellent livre d'Hervé Jaouen « Au dessous du calvaire » au moins pour la partie concernant la fin de l'occupation allemande en Centre-Bretagne.Glenmor est très dur avec les faux résistants qui se sont mis à fleurir, quand tout danger était passé! Il rappelle les vols, exactions en tout genre et même les exécutions sommaires.
Un hommage à un monde paysan dont il faisait partie, mais sans en oublier les fautes dans une période très troublée, où régnait la loi du plus fort et du plus malin . Le meilleur livre de Glenmor que j'ai lu à ce jour. Il est vrai que je suis loin d'avoir épuisé sa bibliographie. Et un des plus forts de cette année! Éternelle question, faut-il être Breton pour lire ce livre?
Extraits:
- Il quittait naguère un pays de talus, de clos, de lourdes branches et retrouvait une terre déshabillée, grelottant aux froids de mars.
- Le pauvre ne choisit jamais ses dieux.
- Le cafard? Tu traînes tes sabots comme la charité traîne la misère.
- Quand ce n'est pas les Allemands, c'est les maquisards. Ils volent même l'argent.
- Sa mère avait perdu ses habitudes de monologuer. Quand au père, son caractère taiseux s'était encore renforcé.
- ... toute une voyoucratie, sous couleurs de patriotisme, s'adonnait au vandalisme, à une soi-disant épuration.
- « Chacun porte le nom que lui donne sa naissance. Pourquoi renierait-il l'habit de son clan? »
- ...les bretons gardent mémoire de leurs anciens évêchés, qui eux tenaient compte des diversités culturelles et géographiques de la presqu'île.
- Toute chose ici avait sa place. Lui, seul, avait déserté la sienne. Lui, seul s'était éparpillé hors-limite.
- Coupables et victimes. Dans les temps troublés les lois perdent leur absolu.
- « Pensez donc Mademoiselle Menant, me dit une parente d'élève, ils parlent breton même à leur chien »
- L'homme était fait pour naître et mourir et les bêtes pour être soignées. Ce qui expliquait que si le vétérinaire s'enrichissait, le médecin, lui, ne faisait pas fortune en campagne.
Éditions : Coop Breizh 1995
* Première phrase du roman.
Autres chroniques :
La férule
La septième mort
Le sang nomade
Sur Glenmor :
KERDRAON Mickaela : Kan Ha Diskan. Correspondance Grall-Glenmor.

Posté par eireann yvon à 08:12 - Littérature bretonne - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

11 décembre 2007

GOBY Valentine / L'échappée.

L'échappée.
Valentine GOBY.
Note : 3 /5.
Errances et désespérances.
Quatrième oeuvre de cette romancière que personnellement je découvre, quelques critiques plutôt favorables m'ont donné envie de lire cet ouvrage.
Dans Rennes, l'occupation allemande est très présente, les hôtels sont réquisitionnés et leurs personnels avec. Madeleine fait partie de ceux-ci, elle est femme de chambre, âgée de seize ans, elle vient de la campagne bretonne où elle rentre toutes les fins de semaine.
Malgré la guerre, la ville lui semble plus vivante que son village de Moermel où elle s'ennuie. "Moermel" lieu imaginaire, contraction de Mordelles et de Ploermel? Cela sonne bien en tout cas!.
Un dimanche soir en rentrant tard, elle fait la connaissance d'un officier allemand, qui loge dans l'hôtel où elle travaille. Il est pianiste et demande Madeleine pour tourner les partitions pendant ses répétitions.Leur relation est une vraie histoire d'amour, mais l'Histoire avec un H majuscule les rattrape. Joseph Schimmer disparaît, Madeleine est enceinte, et son monde familial s'écroule. Le nazisme aussi s'écroule, Madeleine qui a donné naissance à une petite fille est dénoncée par un amoureux éconduit. Ce sera l'opprobre public et sa cohorte de haine, pas souvent justifiée. Il ne reste plus qu'à partir, la mère et la fille, et tenter d'oublier le passé, malgré le tatouage ignominieux qu'elle porte sur elle. Elle essayera de reconstruire également sa famille, de trouver cette mère qu'on lui a caché si longtemps. Madeleine, petite paysanne, est très attachante dans sa fausse candeur, l'ennui de sa vie la pousse à partir, mais son amour pour Joseph ne s'avérera pas la solution la plus simple, ni la plus réaliste. Joseph Schimmer, pianiste allemand de renom est-il sincèrement amoureux de Madeleine? Un gros problème de santé vient perturber sa vie, sa main droite ne lui obéit plus comme il le souhaiterait. Sa carrière semble compromise, il quitte Rennes. La famille de Madeleine : son père homme taciturne de trente ans plus âgé que son épouse, qui reporte tout son amour sur son fils, un peu benêt. Mais l'apparence est trompeuse.
Une écriture sans fioritures, c'est concis et va droit au but.
J'ai bien aimé le début du livre, la période de la guerre jusqu'à cette horreur de la tonte des femmes qui rendait les gens capables de tels actes plus ignobles que toutes ces filles ainsi exhibées.
Ensuite, malgré le fait de son amour pour sa fille et ses obligations de fuites, l'histoire de cette errance se traîne un peu. Certains personnages secondaires ne servent pas à grand chose. Seul ce mystérieux garçon amoureux d'Anne, mais qui disparaît redonne un peu d'intérêt à l'histoire. Très certainement le genre de livre qui n'est pas dans mes goûts littéraires.
Extraits :
- Elle est une paysanne de Moermel, il est pianiste et ils n'ont rien à faire ensemble.
- Les cloches sonnent, à toute volée. Elle sourit. Joseph Schimmer l'aimera.
- Elle pédale par habitude. Par devoir. Par haine de Moermel. Parce que la nuit tombe.
- Le piano n'a pas de frontières.
- Peu à peu, c'est l'hiver dans sa main. Il gèle de l'intérieur.
- Connaissez-vous une image plus triste, ma petite..... La musique jouée par un militaire, en pleine guerre.
- Ce n'est plus la mer, c'est un charnier.
- Je suis la France couchée, ils disaient, tout à l'heure, quand ils sont venus me chercher chez Jeanne.
- J'avance dans le paysage désolé, anéantie au-dedans, de Rennes il ne reste plus grand-chose, ni de Rennes ni de moi, le sol se dérobe.
- L'une sera le pays de l'autre.
- Puis elle le paiera. Des tonnes de chagrin et de haine.
- Mais Anne continue d'afficher sa naissance, perpétuant le malheur.
Éditions : Gallimard

Posté par eireann yvon à 21:55 - Littérature française - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

03 juillet 2007

POLLIER Anne / Groix Paris 1940

Groix

Port de Locmaria. Île de Groix.
400 éme chronique !!!!!!!!!!

Groix Paris 1940
Anne POLLIER
Note : 4/5.
Qui voit Groix voit sa joie!*
Originaire de Groix par sa mère, Anne Pollier est née à Dunkerque en 1910.
Elle a vécu au Havre, à Lorient et à Paris. Elle est décédée en 1994.
"L'association des amis d'Anne Pollier" tente de faire publier certaines oeuvres inédites. Ce livre est le premier de cette série.
A signaler la préface de Nancy Huston qui, en plus, a aidé au "décrytage" de l'écriture d'Anne Pollier.
Une phrase de l'avant préface me saute aux yeux :
"Mais quel choix mystérieux préside donc à tous ses sacrifices et à la protection de quelques-uns" Ces mots furent écrits en 1940.
En cette année 1940 précisément Anne est enceinte, sa première fille, Léna, est décédée subitement deux ans plus tôt.
Son journal commence le 1er janvier à Groix, c'est comme partout l'hiver, c'est aussi la fin de "La drôle de guerre", mais dans cette île, la paix règne encore, la vie simple s'écoule paisiblement.
Mais il faut retourner à Paris, attendre le courrier. Écrire des nouvelles pour espérer être édité, les amis et les sorties parfois, le froid. Les visite de R., le mari, quand il peut se libérer, la lecture pour exutoire, "Autant en emporte le vent". L'arrivée du printemps et la naissance de Pierrick, deux rayons de soleil, enfin! La guerre s'intensifie, avec le mois de mai vient le retour à Groix, mais aussi la progression des forces allemandes. L'été verra l'occupation de Lorient et de Groix. Les problèmes de santé de la famille occultent un peu la guerre. L'automne voit le retour à Paris, la pénurie, la vie chère. R. a rejoint la famille. Une visite inattendue, la mère de l'auteur arrive de Groix. L'hiver sera rude et froid, la vie continue, mais la guerre aussi.
On ne peut juger de l'écriture d'Anne Pollier sur ses écrits appelés par son mari des "carnets météorologiques". L'instantanéité, l'instant présent, des mots posés sur un bout de papier, voilà ce que représente à mes yeux ce livre. Des réflexions spontanées sur les deux choses les plus importantes du moment, Pierrick et la guerre, je pense que comme toute mère, Pierrick était plus important que la guerre.
Extraits :
- 1er janvier : Mais pour les enfants d'ici, l'enchantement fait d'ignorance, de parfaite et douce innocence.
- 7 février : Solitude, solitude-la maison sans feu-cette maison de ciment glaciale.
- 25 mars : Je suis sortie ce soir, attirée par la pluie, a cette heure bleue de fin de journée.
- 26 avril : Pierrick est né le 26 mars 1940, officiellement sous le nom de Pierre-Robert, le nom breton ayant été refusé.
- 10 mai : Tout est si beau, si calme. Et cependant, en ce même moment, l'Allemagne envahit la Belgique et la Hollande.
- 10 juin : Mais que sera, après cela, la face du monde? Le monde qui n'aura plus de trace de ce que nous aimions.
- 19 juillet : Pesé Pierrick, dont le poids n'a pas varié depuis 12 jours. J'avais été au bourg.
- 16 août : Que ferons-nous cet hiver?
- 11 septembre : Retour à Paris. Pris le train à Lorient le 11.
- 6 octobre : La faim.
- 5 novembre : R. se démène, court à la mairie et à la préfecture pour obtenir un supplément de charbon.
- 30 décembre : C'est aujourd'hui que le poussin a pris son premier repas de grand bébé.
Éditions :L'écume des jours.
*Adage îlien.
Site des amis d'Anne Pollier.
http://lyza.chez-alice.fr
Je remercie Ty Dub's :
http://groix.over-blog.com/
qui m'a permis d'utiliser une peinture figurant sur son blog, qui a été peinte par son grand-père Adolphe Barbier.
Merci encore.
Yvon.

Posté par eireann yvon à 09:06 - Littérature bretonne - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
« Accueil  1  2   Page suivante »