29 octobre 2009
GUILCHER Rozenn / La fille dévastée.

La fille dévastée.
Rozenn GUILCHER.
Note : 4 / 5.
Souffrance et errance !
Ce livre fait partie des sorties très récentes, le 13 octobre, il me semble. Donc pour une fois, je vais parler d'une nouveauté. Rozenn Guilcher est une auteure née à Brest dont c'est le premier roman. Il vaut mieux prévenir que guérir, mais âmes sensibles s'abstenir! Ce livre est très dur, très réaliste sûrement et à ne pas mettre entre toutes les mains.
Ce roman est divisé en trois parties, « Enfance », « Déchéance » et « Délivrance ». Le ton est donné! L'enfant, la petite fille, n'est pas prénommée Désirée, de cela nous sommes sûrs. Pour le reste, pas de prénom, ni elle (nous le saurons, mais vers la fin du récit), ni sa mère! Où sommes-nous? A quelle époque? Tout cela reste un mystère. Deux personnages, deux narratrices, plaintes et complaintes, les voix se juxtaposent, se rejoignent, puis s'éloignent. Le sentiment dominant, l'angoisse, la peur de rentrer trop tard, de mal faire, l'enfermement physique dans le placard, l'enfermement moral et mental. Un univers tragique au possible, et malgré tout une sorte de résignation qui confine à l'amour chez cette petite fille. Toute vie commence par la naissance, toute non-vie aussi d'ailleurs. La mère est seule dans une chambre, puis l'abandon du bébé déposé dans un coin de parc enneigé. La vie dépend alors d'un chien que son maître promène, puis la mère reprend l'enfant, pas par amour ou par remord, juste pour éviter les poursuites judiciaires! Ainsi va la vie, et dans le cas présent, non pas le meilleur, mais le pire! Trois étapes, trois parties, la naissance, les dix-huit ans, les trente ans, la violence verbale, la cruauté également, le traitement infligé aux animaux de compagnie de l'enfant . L'alcool, seul point commun entre elles, les litres de mauvais vin que l'on partage, la fille couchant la mère les mauvais soirs. Le fait d'être deux, simplement deux, mais depuis toujours, pas d'amies, de relations, un huis-clos amour-haine entres ces deux femmes, l'une dont l'autorité baisse, l'autre qui cherche à affirmer un semblant de personnalité et pourquoi pas vivre enfin!
Dieu est, si je peux m'exprimer ainsi, le seul personnage masculin du livre, sorte de confesseur, le seul à qui l'on parle, parfois. L'écriture comme thérapie, la fille tente de s'en sortir de cette manière, en de vaine tentatives de déculpabilisation, et de justification. Il y a en italique dans le texte des poèmes et divers écrits, lignes de désespoir, sombres comme la nuit de la naissance! Des titres en forme de confession, de cri pour vaincre la pire ennemie, l'angoisse, « Tu as vécu sous la terre », « Tu ne mérites que ça » « Ils cousent la bouche des morts », « On entre en vous comme dans un moulin » « Chez moi c'est ailleurs ». Et ailleurs, c'est vague, mais loin, et il faut encore attendre....
Ce livre n'est pas pour les tenants d'un certain classicisme, le style est volontairement rapide, genre coup de poing, la ponctuation, à part le point, est quasi inexistante et les phrases n'ont pas toutes un verbe, etc.....Une dernière précision, ce roman donne envie d'être lu à haute-voix!
Une découverte et une œuvre marquante, sorte d'OVNI littéraire qui frappe l'imagination. Je pense qu'il faut un certain courage pour écrire cette histoire, et question lancinante, en refermant ce livre, quelle est la part de vécu dans tout cela ?
Extraits :
- Et lorsqu'elle avait un léger retard elle s'entendait dire « Tu as traîné ». Plus tard « Tu es une traînée ».
- Violence. Mais jamais frappée. Juste des mots anodins et soupirs et regards.
- Et la force se multiplie par deux : l'autre dans sa rage vous dans l'adoration.
- Un autre embryon se serait fait la malle dans le trou des chiottes.
- Car Dieu est comme le service social : il ne voit pas tout.
- L'enfant il a bien fallu lui trouver un prénom. Un seul prénom ça suffit.
- La vraie réponse c'est que ma douleur la faisait davantage exister en mère sacrificielle. Pouvait consoler.
- Tu n'es pas laide, non, enfin.
- C'est pourquoi l'écriture est une telle liberté. C'est pourquoi.
- Et l'angoisse vous prend. Vous ne savez comment venu.
- Elle traîne en ville. Elle promène son errance et la traîne par les cheveux quand elle ne veut plus avancer.
- Je préfère qu'elle se débrouille avec sa propre mort la sienne de l'intérieur.
- La parole l'alcool, même principe : saouler. Ne dit-on pas : « Tu me saoules ?»
- C'est pareil quand je demande pour mon père. Tout devient abîme et torture. Il ne faut pas en parler non plus. Surtout pas.
- Se cogne contre le radiateur en fonte. Le mur non. Pas assez dur pas assez pointu.
- Toutes ces blessures tout ce sang. À panser penser. Tous ces pansements.
- Reproduit le même schéma fusion-rejet. Trop d'énergie ce combat incessant pour reconstruire. Où sont mes fondations. Les ai-je laissées en mère?
Éditions : Sulliver (2009)
31 août 2009
Le GALL Marie / La Peine du Menuisier

La Peine du Menuisier.
Marie Le GALL.
Note : 5 / 5.
Un silence de mort.
D'abord je tiens à remercier la charmante personne qui m'a offert ce livre. Je pense qu'elle se reconnaîtra. Ce premier roman très bien écrit de cette professeur de lettres, née à Brest, est à mon goût d'une lecture, je dirais, éprouvante. Cette chronique a été particulièrement difficile à faire, j'ai plusieurs fois envisagé de ne pas parler de cet ouvrage. Contrairement à mon habitude, elle fut faite sur plusieurs jours, ne sachant pas vraiment quoi dire! Chaque fois que je lis ce genre d'ouvrage, je me pose la question : est-ce que être imprégné de culture bretonne fausse mon jugement?
Marie-Yvonne Le Gall parle de sa vie, sorte de quête de sa famille et de son identité. Elle passe son enfance entre deux maisons, le « Penn-ti » des vacances et l'appartement brestois. Une enfance entre un père taiseux à l'extrême, une mère accaparée par Jeanne la grande sœur démente, et une grand-mère.
Les morts sont plus présents que certains vivants, les photos des défunts dans leurs cadres en bois sont des figures familiales : René-Paul, le frère mort, le grand père, Prosper. L'Ankou est un personnage familier dans la famille. Son enfance se passe, à pas lents, comme dans une procession avec les membres de sa famille, quelques amies, des voisins pas plus liants que la famille, bref une vie grise et monotone. Parfois au court de certaines discussions entre adultes, elle apprend certains événements que l'on semble taire volontairement. Existe-il autour d'elle des secrets qu'elle ne doit pas connaître? Y aurait-il aussi quelques cadavres dans les placards? Pourquoi son père est-il silencieux à ce point? Que veulent dire ces discussions en breton entre lui et ses frères? Sa mère sait, mais elle se tait! Ses oncles accepteront-ils de lui révéler la vérité? Le temps presse, l'Ankou et sa charrette sillonnent les chemins, les anciens meurent, bientôt plus personne ne saura!
Le Menuisier, que cache-t'il derrière son assourdissant silence? Quels secrets se cachent sous ce silence ? La mort le délivrera-t'elle enfin? Mais il sera silencieux jusqu'à la tombe.
La narratrice, Marie-Yvonne Le Gall, une vie dans un monde de silence, dire qu'elle fut la bienvenue dans la vie du couple serait mentir. Sa mère, Louise, refuse d'aller voir la « faiseuse d'ange », malgré son âge et qu'elle doive également s'occuper de Jeanne, sa fille ainée âgée de 19 ans et démente. Elle est secondée par la grand-mère Meli, veuve vivant avec eux. Elle est également entourée de tous les êtres disparus,de Denis, celui qui reste le premier souvenir de la narratrice aux autres dont elle va connaître leur existence au fur et à mesure de sa vie, René-Paul, le frère décédé, François, l'oncle mort des fièvres en Guinée, le grand-père, Prosper, Louis, revenu de la grande guerre, mais pas pour longtemps.
Une très belle écriture, avec une qualité que j'aime beaucoup, la pudeur, les sentiments retenus, certaines choses doivent rester enfouies dans le passé. Une histoire en forme de puzzle avec une chronologie pas toujours respectée.
En filigrane de cette histoire, ce livre est aussi un hommage à la langue bretonne et un grand regret pour moi, c'est de ne pas l'avoir appris. Étant de la même génération que l'auteur, j'ai comme elle, il me semble, le sentiment d'un manque, cette part de ma culture qu'il était, à un certain moment de l'histoire, interdit d'apprendre sous peine de punitions scolaires.
Souvenirs personnels, une tante maintenant décédée, dont le mari est mort des « fièvres » lui aussi dans un hôpital, il est enterré à Paimpol. Souvent l'armée était la seule solution pour les garçons.
Une photo trouvée par la narratrice, j'ai chez moi un cliché de ma grand-mère, qui devait avoir une douzaine d'années, avec ses parents et ses frère et sœurs. Tout le monde est endimanché, les femmes en coiffe, la pose est solennelle, l'air un peu apeuré. Souvenir également, ma mère traçant une croix sur le pain avant de le couper, ou la vaisselle de « Quimper ».
Une touche de gaîté, Le Capitaine Troy sur l'écran noir et blanc de la télévision, une maladresse de jeunesse, mettre le sac qui contient les pinces à linge dans le bouillon du « Kig-ha-fars » à la place du sac contenant le fars! Heureusement à cette époque, les pinces à linge étaient en bois.
J'ai pensé en lisant cet ouvrage à un autre traitant un peu du même sujet « Sentinelles de la mémoire » de Pascal Rannou, qui pose également la question : pourquoi chercher si loin?
Comme je l'ai dit plus haut, un livre dur comme ses personnages, une lecture éprouvante, mais un très bon moment littéraire.
Extraits :
- Je suis née à quatre ans dans un face-à-face foudroyant avec la mort. Rescapée, je ne sais comment.
- La mort était omniprésente dans nos vies. On était toujours en deuil de quelqu'un.
- Ces morts n'avaient pas été mes vivants.
- À nous voir ainsi rassemblés, on aurait presque pu croire que nous étions heureux.
- Je suis née d'un face-à-face avec un enfant mort. Sans doute ce jour-là, cet été-là, je suis morte pour la première fois.
- On ne disait pas des handicapés. Louise disait « des innocents », mot pudique et douloureux qui renvoyait à l'enfance et à la volonté de Dieu.
- En province, le dimanche est très proche de l'idée que l'on peut se faire du néant.
- On ne disait pas la plage, mais la grève.
- Ma tête est vide. Où sont camouflés les souvenirs et pourquoi ont-ils peur ?
- Pour remplacer les cadres et les morts, j'avais les vieux. Ça changeait.
- C'était interdit pour moi, le breton, la langue des pauvres paysans, ceux qui n'avaient pas d'instruction. Il fallait en avoir! Oublier tout ça, ce parler inutile !
- Il revenait naturellement à leur enfance, à leur terre, à leur identité. La langue était ce lien indéfectible qui les unissait.
- Les fantômes avaient des coiffes et des sabots, de la terre sur les mains, une langue qui n'était pas la mienne. On m'avait amputé d'un monde sans lequel je ne pouvais me construire.
- On dit les Bretons fiers et taciturnes. Plus ouvert que le Menuisier, Jean semblait assez bien connaître la loi du silence quand il le fallait. Lui aussi pouvait s'emmurer, je n'insistais pas, probablement parce que je leur ressemblais trop.
- « Je vous tue tous » dit l'Ankou sur l'ossuaire dans le cimetière de La Roche-Maurice. Où sont les morts ?
Éditions : Phébus (2009)
L'avis (autorisé) de Cuné, ici.
Et celui (non moins autorisé) de Cathulu, ici
11 mars 2009
O'FARRELL John / Un mec parfait.

Un mec parfait.
John O'FARRELL.
Note : 2,5 / 5.
Pile ou face !
Un auteur anglais inconnu au bataillon, alors pourquoi pas? Écrivain et journaliste, il collabore avec « The Independent » dans lequel il tient une chronique.
Un docteur Jenkill et Mister Hyde des temps modernes, les assassinats en moins.
Michael Adams est d'un côté de sa vie un « Glandeur » homologué par la fédération anglaise de ce sport plein de risque. Pensez, traîner au lit, vivre avec trois autres célibataires, qui n'ont pas forcément la même conception de la vie. Dans ce cadre il a aménagé un mini studio d'enregistrement de musique (il faut bien vivre). Il oublie, qu'à l'autre bout de Londres, l'attend une épouse charmante, ancienne comédienne, et deux enfants! En effet Catherine a petit à petit poussé Michael hors de la maison, devenue trop petite, et Michael n' a pas opposé beaucoup de résistance surtout qu'une autre naissance est en vue! Elle pense qu'il travaille énormément ! Dans le cadre de sa vie de célibataire un peu feignant sur les bords, il essaie de composer des musiques pour des publicités. Pour être un tant soit peu crédible, il joue les hommes débordés, toujours en retard pour rendre ses musiques. Sa chambre est aménagée de manière à faire le moindre effort. Un mini frigidaire remplace la table de chevet, mais tous les plans de rangement s'effondrent, la porte s'ouvre dans le mauvais sens! Il faut refaire l'agencement de la pièce, pour pouvoir se servir sans se lever! Il tente de percer dans la musique, mais en dilettante, comme tout le reste de sa vie, avec Jim il enregistre des cassettes, mais ne les envoie pas. Du côté vie familiale il est complètement dépassé, bref le rôle de père n'est pas son meilleur rôle, mais a t-il un rôle dans sa propre vie? Petit à petit les choses se dégradent, certaines choses et fausses opinions naissent, Michael est en porte à faux de partout.
Les personnages sont du style agaçant et pas très attachants. Michael Adams, Catherine, Millie et Alfie, la famille ; Catherine est une ex-comédienne, qui a abandonné son travail pour s'occuper de ses enfants.
Paul, Jim et Simon, les colocataires ; avec Michael, les « Quatre mousquetaires ». Ils vivent plutôt bien ensemble, mais pas toujours en parfaite harmonie, car des tensions naissent parfois. Paul est professeur dans une école pour élèves en difficulté, c'est le seul qui ait une occupation et paradoxalement c'est le seul qui s'occupe de la maison. Jim est riche et oisif, véritable tête à claque. Simon lui est le plus jeune, il manque de confiance en lui et est un peu maladroit et grand amateur de site pornographique, mais le problème est que la facture de téléphone est divisée par quatre! Quant à Michael, il vit plutôt mal des deux côtés, mais ayant, depuis l'enfance, l'habitude de ne pas voir les problèmes en face, cela ne s'arrange pas avec l'âge.
Livre sympathique sans plus, une bonne détente, mais pas réellement mon genre de lecture, preuve que parfois je me trompe complètement dans mes choix! Si ce livre se veut une étude sur un certain art de vivre, c'est plutôt gentillet et pas très profond et limite fleur-bleue, malgré quelques situations imprévues. Vite lu, vite oublié.
Extraits :
- Et je prenais le bébé avec l'air détendu et le sang froid du ministre de l'Irlande du Nord quand on lui tend un mystérieux paquet au cours d'une promenade dans Belfast-Ouest*.
- Est-ce que tu ne crois pas que le monde est déjà assez cruel pour un nouveau-né sans en plus l'accabler du prénom de Prunella?
- J'avais pensé que ma jeunesse et ma liberté dureraient éternellement.
- Très vite mes absences sont devenues une habitude.
- Dans mon cas, il fallait renoncer à tout.
- Pour toi, il n'y a pas d'étranger, juste des amis que tu ne détestes pas encore.
- Le problème, ce n'était pas Catherine, ni les enfants. Ce n'était même pas Jim, Paul et Simon. C'était moi.
- Je ne mentais pas. Je trompais juste par omission.
- Je suppose que la différence entre Catherine et moi, c'est que lorsqu'elle mentait, elle ne dépassait pas un certain point.
- Au nord du fleuve, j'étais un mari et un père ; au sud du fleuve un jeune célibataire insouciant.
- Parent âgé ou petit enfant, c'est la même chose. Juste passer du temps avec eux, et tout le monde est heureux. Et même vous pour finir.
Éditions : Plon.
Titre original: The best a man can get. (2000)
*Quartiers catholiques et républicains de Belfast
17 février 2009
AMONOU Isabelle / Morts fines à Morlaix
Morts fines à Morlaix.
Isabelle AMONOU.
Note : 4 / 5 .
Le roman d'une famille.
Je ne connais pas du tout cet auteur, née à Morlaix et vivant près de Rennes. « Morts fines à Morlaix » est son premier roman. Un second « Fournaise » a été édité depuis.
Début mai 1968, nous sommes à Morlaix, un pharmacien est retrouvé mort. À cette époque où la province considère que Paris est à feu et à sang et que la guerre civile proche, la thèse du suicide arrange tout le monde, sauf une jeune inspectrice de police Françoise Levasseur. Alfred Lebreton, son épouse Pauline et leur fille Laura forment une famille apparemment sans histoires, membres de la bourgeoisie locale. Pourquoi chercher plus loin! Trente ans plus tard, l'affaire est oubliée, mais Pauline est retrouvée assassinée. Françoise Levasseur est encore en poste à Morlaix, et elle est toujours persuadée que la mort d'Alfred n'est pas due à un suicide. Thèse qui lui semble renforcée par l'assassinat de Pauline. Pauline avait embauché Michel Cotten, biographe, pour mettre de l'ordre dans ses mémoires. Elle dictait celles-ci, puis lui faisait parvenir les cassettes. Quelques-unes étaient prêtes avant sa mort, mais la police les saisit avant lui. Cela permet à Françoise de les écouter avec un soin très particulier, et petit à petit de connaître la vie de cette femme, qui ne fut pas aussi calme qu'on aurait pu le penser. L'enquête avance plutôt doucement. Du fait de ses activités, dans le journalisme et dans des clubs sociaux, Pauline rencontrait beaucoup de monde. Mais d'après une voisine, un homme venait souvent la voir les derniers temps. Après recoupements, il s'avère qu'il s'agit de Michel Cotten, est-ce son empreinte que la police a trouvée sur les lieux ? Un soir, il invite Laura au restaurant, et ose enfin le geste dont il rêve depuis des années. Il essuie une fin de non-recevoir des plus cinglantes. Mais le proverbe dit que parfois femme varie...... Mais une autre question se pose : que sont devenues certaines des cassettes enregistrées par Pauline avant sa mort?
Michel Cotten est écrivain, mais d'un genre un peu particulier. Il gagne sa vie en racontant celles des autres . Il s 'essaye parfois à la littérature, romans et nouvelles, mais sans grand succès. La mort de Pauline lui rappelle des souvenirs parfois douloureux. Il était en effet très proche de Laura, sa fille. Mais la vie ne l'a pas épargné, il se remet doucement de problèmes d'alcool et de divorce. Ces différentes rencontres ne vont-elles pas de nouveau le faire retomber dans ses anciens problèmes.
Laura Lebreton, l'amour de jeunesse de Michel, est devenue un écrivain célèbre. Elle vit seule, et financièrement elle ne paraît pas avoir de problèmes particuliers. Et pourtant, son comportement est pour le moins déroutant.
Pauline Lebreton, sa mère, s'est remariée et est devenue journaliste, son second mariage s'est avéré rapidement une erreur, que l'on ne peut pas qualifier de jeunesse.
Albert Lebreton, pharmacien mort en mai 1968 : il était le symbole d'un homme qui avait réussi, devenant un notable apprécié dans cette ville du Finistère. Alors pourquoi cette mort, et pourquoi Françoise Levasseur a-t'elle des doutes sur la cause de ce décès ?
Thomas Lebreton est né après la mort de son père, il vend du sommeil à une clientèle aisée, il a peu d'estime pour sa mère et sa soeur et il semble abuser de certaines substances qui lui sont faciles d'accès.
Françoise Levasseur, l'inspectrice de police, se souvient du contexte de la mort de ce pharmacien. Les autorités avaient, semble-t-il, d'autres chats à fouetter que d'enquêter sur ce qui semblait être un suicide. Trente ans après, elle cherchera à faire la lumière sur le décès de son épouse. Avec Vincent son supérieur, alors que tout les oppose, ils cherchent, fouillant la moindre piste.
Des écritures croisées, nous retrouvons par exemple Michel Cotten chez le docteur Broux, son psychiatre. Il se remémore sa jeunesse et ses relations avec Laura, gâchées, de sa part, par une timidité maladive. Mais il n'est pas le seul client de ce psychiatre ! Il écrit à Laura, mais garde cette correspondance. Nous suivons également le manuscrit d'un roman policier que Laura est en train d'écrire, fiction ou pas?
L'auteur nous offre en supplément, en début de certains chapitres qui coïncident avec un jour nouveau, une leçon de pharmacopée concernant la morphine. Je ne suis pas assez scientifique pour vous en faire un résumé. Un très bon roman, avec une intrigue qui tient en haleine, mais qui réclame beaucoup d'attention, car l'auteur ne respecte pas forcément l'ordre chronologique des événements.
Extraits :
- C'est insensé, je le sais, mais je ne parviens pas à t'oublier.
- Gauche caviar, celle-là, pas comme Vincent, plutôt droite champagne.
- Elle semblait épuisée, au bord de la rupture nerveuse. Je l'ai laissé parler.
- J'ai changé de milieu, comme on dit, j'ai intégré la bourgeoisie bien-pensante d'une petite ville de province.
- ... le type n'a pas aimé la façon dont je parlais de Kerouac, et pourtant....
- Les morts finalement étaient toujours des gens extraordinaires... quand ils sont morts.
- Je préfère encore avaler des pesticides, des nitrates et autres saloperies bien de chez nous.
- Ma vie est vraiment mal faite. Depuis que je ne bois plus, je n'ai plus de femme.
- Absurdement, tout à coup, me sont venues à l'esprit les paroles de la chanson de Brel....
ils ont nagé si bien, ils ont nagé si loin, qu'on ne les revit plus...
Faut dire, qu'on ne nous apprend pas à se méfier de tout....
- Parce que je le manipule. Et je n'aime pas ça.
Éditions : An Tu All Ar Mor. (2004).
Ce roman a obtenu le grand prix 2005 du « Goéland masqué » au festival du roman policier de Penmarc'h.
14 janvier 2009
O'FARRELL Maggie/ L'étrange disparition d'Esme Lennox

L'étrange disparition d'Esme Lennox.
Maggie O'FARRELL.
Note : 3,5 / 5
Une vie escamotée!
Quatrième roman de cet auteur Nord-irlandaise née à Belfast. J'ai toujours un avis mitigé sur ses romans, et je n'ai pas pu finir « La maîtresse de mon amant ». Mais j'avais bien aimé « La distance entre nous ».
Entre l'Inde et l'Ecosse la non vie d'une femme enfermée pendant soixante ans dans un asile.
Iris a ses habitudes, un petit magasin qui la fait vivre, un chien qu'elle aime et un amant marié, bref une vie tranquille. Des lettres et des appels téléphoniques lui signalent que l'asile Caulstone va fermer ses portes et qu'il faudrait prendre une décision pour une dénommée Esme Lennox, soeur de sa grand-mère! Elle n'avait jamais entendu parler de cette parente, et tombe des nues.
Suite à différentes complications, elle doit héberger cette femme pour le week-end malgré la désapprobation de l'ensemble de la famille et de ses amis. Petit à petit, les deux femmes apprennent à se connaître, mais Iris se pose malgré tout beaucoup de questions. Pourquoi Esme, qui est sa grand-tante, a t-elle été enfermée et quasiment rayée de la mémoire collective de la famille ?Une enfance aux Indes, un retour en Écosse dans le monde austère de la bourgeoisie et pas très bien vécu, surtout par Esme. Une adolescence et une éducation dont le seul but est de trouver un mari. Un avenir étroit et une vie terne semblent les seules perceptives des deux filles Lennox, mais si Kitty trouve cette situation normale, ce n'est pas l'avis d'Esme. Mais la vie peut être cruelle pour une jeune fille de seize ans dans un monde où les conventions servent de mode de pensées.
Soixante ans plus tard, elle retrouve la maison de son séjour écossais et tous ses souvenirs, et revient sur son admission dans cet asile.
Une multitude de personnages qui sont dus à un changement d'époque et un imbroglio familial!Esme dont l'existence était un secret enfoui dans l'histoire de la famille. Indépendante et volontiers rebelle, elle était en avance sur l'époque. Elle le paiera au prix fort et deviendra une paria pour son entourage.
Kitty, sa soeur se mariera, elle aura un fils, père d'Iris. Iris Lockhart, petite-fille de Kitty, se trouvera un peu contrainte et forcée de recueillir Esme. Mais une complicité réelle naîtra entre ces deux femmes.
Alex, frère de Kitty par alliance, mais pas par le sang, désapprouve sa sœur. Luke, amant de Iris, avocat et homme marié, n'approuve pas non plus le dévouement de celle-ci.
Les personnages du passé, Hugo, le frère d'Esme et de Kitty, décédé en Inde, James, un voisin des années écossaises, Duncan, le mari fantôme de Kitty, passent aussi dans ce livre. Entre le début de l'histoire,et maintenant, plus de soixante ans se sont passés, la vie d'une famille en Inde n'est pas la même que dans l’Écosse contemporaine. Les mœurs ont heureusement évoluées.
Différentes narratrices et de nombreux retours en arrière ne rendent pas cette lecture aisée, et l'histoire en elle même est à mon goût trop compliquée. Pas le meilleur roman de cet auteur, qui me laisse l'impression que ce genre d'ouvrage n'est pas ma tasse de thé, car j'ai vu de très bonnes chroniques pour ce roman. Pour Maggie O'Farrell, j'ai l'impression d'aimer un livre sur deux, alors vivement le prochain !
Extraits :
- Vous êtes la parente à contacter, affirme tranquillement l'homme.
- « Ça fait soixante ans qu'elle est enfermée? hurle presque Iris. Qu'est-ce qui cloche chez elle? »
- Elle a peine à y croire. L'espace d'un instant, elle a reconnu les traits de son père dans ceux d'Esme.
- Ses doigts crispés referment les bords de son manteau. « C'est pareil, et pas pareil. »
- « État maniaco-dépressif. Réagit aux électrochocs par des convulsions »
- « La mer dit Esme en posant le couteau. J'aimerais que vous m'emmeniez au bord de la mer .»
- Toute sa famille -elle même, Kitty, Hugo, tous les autres bébés et ses parents- se résume à présent à cette fille, la seule qui reste.
- Nous venons au monde en tant qu'anagrammes de nos ancêtres.
- Ils avaient dû se marier en Inde, bien sûr, maman était une jeune fille des colonies, et papa venait de débarquer de la mère patrie.
- Les sorcières étaient étranglées dans certaines régions écossaises, n'est-ce pas? Ou enterrées vivantes.
- Il n'est pas un vrai frère non plus, pas un frère de sang. Une sorte de pièce rapportée.
Éditions : Belfond
Titre original : The Vanishing Act of Esme Lennox.
Voir la chronique de Florinette.
22 octobre 2008
SEGALEN Laurent / Généalogie mortelle à Quimper.

Généalogie mortelle à Quimper.
Laurent SEGALEN.
Note : 4 / 5.
Cousins à la mode de Bretagne*
Je me replonge dans les aventures de Gaetan Letrusel, ancien journaliste devenu détective privé. Le voilà aux prises pour cette troisième aventure avec un meurtre de famille, dirais-je! C'est empoisonnant ces grandes familles!
Hubert Hélias organise la rencontre de tous les descendants de Hyacinthe Hélias. L'ambiance est festive, certaines personnes se rencontrent pour la première fois, le repas est excellent, bref une bien agréable façon de renouer les liens familiaux. Seule fausse note, mais de taille, Hubert meurt en buvant son café. Le cyanure présent dans le breuvage n'a pas été mis là par erreur et pas du tout pour faire une farce amicale! Gérard Strullys, policier brestois, cousin par alliance de la victime était de ce fait présent à la fête. Son épouse Lucie ne surmontant pas son chagrin, il demande à Gaetan de l'aider, mais d'une manière tout à fait officieuse ; il interrogera les cousins les plus proches, en particulier ceux qui ont aidé à la préparation de la fête sous le prétexte de recherche généalogique. Notre détective se trouve pris entre deux feux et deux villes, Brest et Quimper, entre Léonards et Cornouaillais, entre Nord et Sud Finistère! Les motifs apparents manquent, seul un différend sur une parcelle de terrain opposait Hubert et certains de ses cousins. En effet ceux-ci envisageaient d'agrandir le terrain de golf, et pour cela il devait acheter du terrain à Hubert, chose que celui-ci refusait catégoriquement. Jean Jacques, un des partisans de l'agrandissement du golf, est mis en prison, incrédulité de la fratrie. On ne tue pas pour un bout de terre, même si le désaccord est profond. Gaetan envisage, pourquoi pas, une erreur de victime. Si l'homme à abattre n'était pas Hubert? Logiquement un autre meurtre devrait suivre, le coupable ne pouvant s'arrêter sur un échec. Une enquête chez le traiteur fait chou blanc, celui-ci jouissant d'une réputation bien établie. Mais pour Gaetan, c'est la routine qui fait bouillir la marmite. Des vols de caddies sur une grande échelle, qui semblent être l’œuvre d'un gang de voleurs de métaux. Il s'occupe de la logistique d'un magasin de motos , de trafic de drogue dans le train entre Rennes et Brest et également d'un marin-pêcheur qui semble s'enrichir de manière suspecte, un possible trafic de godaille avec certains restaurants du centre ville. En tant qu'ancien journaliste, il suit l'actualité de près, un accident de voiture coûte la vie au propriétaire du plus grand restaurant de Quimper et à son épouse, un homme d'affaire hollandais arrêté par la police, car le fisc semblerait avoir un sérieux contentieux avec lui, bref la vie continue. Et au fond de sa prison, Jean-Jacques se tait encore et toujours! L'enquête de police semble piétiner. Pour Gaetan, la solution vient peut-être de l'histoire de la famille, tous ces cousins qui ont grandi ensemble dans le même village, un problème social, une rivalité amoureuse bien cachée? Car enfin, on ne tue pas un homme sans motif sérieux!
Gaetan Letrusel est toujours perspicace, Evi toujours aussi jolie, mais efficace, ce qui ne gâche rien, bien au contraire. Gérard Strullys, copain et policier brestois, est partie prenante dans cette affaire qui concerne une grande partie de la famille Hélias des plus anciens aux plus jeunes, ce qui donne une belle galerie de personnages secondaires.
J'aime bien l'écriture de Laurent, elle est simple, proche du parler, c'est peut-être vrai, mais c'est facile à lire ce qui parfois fait du bien. Bref un roman de bonne qualité avec quelques rebondissements que l'on attendait pas. Et un changement complet de décor par rapport à ses premiers romans. Ici nous entrons de plein pied dans l'histoire d'une fratrie bretonne, solidement ancrée dans sa terre, ses valeurs et son mode de vie.
Comme d'habitude une note d'humour, ici c'est le nom de certaines rues : rue Burma, (où Gaetan a ses bureaux, respect oblige!) rue Rapp, place Claude Sérillon ou quai Bruno Masure!
Extraits:
- Baptêmes, Mariages et Sépultures, c'est à dire les trois moments dans le passage sur cette terre pour tout un chacun, du moins en bonne terre de Bretagne catholique.
-Le drapeau tricolore et le « Gwenn ha du » flottent de concert fièrement au fronton (de la mairie).....
- La conviction du policier est très forte, mais sans être définitive.
- Ici j'ai affaire à des bigoudens, des glaziks et des cornouaillais. Chez ces gens là, il ne faut pas demander de légèreté.
- Pour moi la plupart des meurtriers sont des gens ordinaires. Peu sont des esprits supérieurs même s'ils croient tous en être.
- Le détenu peut moisir tranquillement à l'ombre, il n'intéresse plus personne.
- Le matriarcat en Bretagne n'est pas encore une chose révolue, pensa l'ex-journaliste.
- « Tiens, ces deux là, Hubert et Jean-Jacques sont des bébés « trédudon** ! »
- La révolution sociale qui était en cours dans le pays n'avait pas encore déteint sur les fermes aux abords du pays glazik.
Édition : Astoure.
Autres chroniques de cet auteur :
Crédit fric à Brest.
Meurtre d'un Léonard.
*Phrase qu'employait très souvent ma mère pour des cousinages pas trop orthodoxes. (Ni catholique non plus d'ailleurs).
** Roc'h Tredudon, un des sommets des monts d'Arrée, célèbre pour son émetteur de télévision qui fut plastiqué dans les années 1970. L'explosion elle même fut suivie, environ neufs mois plus tard d'une explosion .... démographique! Comme quoi l'abus de télé nuit!
16 août 2008
TÓIBÍN Colm / L'épaisseur des âmes .

L'épaisseur des âmes.
Colm TÓIBÍN.
Note : 3,5 / 5.
Au nom.... de la mère et du fils.
Colm Tóibín est un de mes écrivains irlandais préférés, je pense que ce recueil de neuf nouvelles est le premier traduit en français. Ici il analyse les relations parfois tendues entre mère et fils dans des récits relativement longs.
Par le choix délibéré de l'auteur de toujours présenter la même trame pour toutes les histoires, ce livre gagne en unité, mais traite toujours du même problème.
« L'usage de la raison », en lisant ce texte j'ai pensé à Martin Cahill, surnommé « Le Général ». Même personnalité énigmatique, gangster devenu personnage de légende. Son dernier vol est une réussite, mais certaines marchandises ne se vendent pas au coin de la rue.
« Une chanson », une nouvelle sur l'abandon d'un enfant par sa mère partie avec un autre homme. Mais également un hommage à la musique irlandaise, à ses chanteuses gaéliques qui perpétuent une tradition orale dans des pubs retirés. Il évoquait déjà ce genre de rencontres dans « Bad Blood » ayant un soir entendu chanter Maighread Ní Dhomhnaill dans un pub le long de la frontière. A lire et à écouter.
« Le ticket gagnant », une mère veuve avec trois enfants, une supérette et plein de dettes!. La vie est dure dans un petit village où tout le monde se connaît, l'argent manque, elle est obligée de passer un peu dans l'illégalité, mais un jour un représentant va lui donner la clé de la réussite et de la fortune. Mais il y a un prix à payer, rien n'est comme une mère le désire.
« Famous Blue Raincoat », le progrès qui permet de transformer de vieux disques en CD, rappelle à une femme sa brève carrière de chanteuse, et le drame qui en résulta.
« Un prêtre dans la famille » fait partie d'une idée de la respectabilité irlandaise de jadis,
- "un puits dans la cour, un taureau dans le pré et un prêtre dans la famille"
Quant est-il maintenant?
« Un trajet » est le voyage d'une femme et de son fils en voiture. Elle devant, lui sortant de l'hôpital pour dépression nerveuse, derrière, comme pour marquer le peu d'intimité entre eux, la fumée des cigarettes de l'homme crée un brouillard qui les enveloppe, chacun dans ses préoccupations.
« Trois amis » dont l'un deux vient d'enterrer sa mère. La vie reprend le dessus! Pour oublier, une nuit de musique de drogue, d'alcool et de sexe, est-ce la solution?
« Un job d'été » est une chose que tout jeune a besoin un jour ou l'autre, mais quand cela contrarie la mère de John, l'ambiance de la maison s'en ressent. John a l'habitude de passer ses vacances chez sa grand mère, qui vieillit inexorablement, ce sera peut-être son dernier été?
« Un long hiver » est la seule nouvelle ne se passant pas en Irlande, mais en Espagne, pas l'Espagne des cartes postales, mais celle des montagnes et de la neige, une femme quitte le domicile conjugal. Qu'est-elle devenue?
Un gangster dont le dernier butin lui brûle les doigts, une femme qui a constaté que toutes les musiques n'adoucissent pas les moeurs. Des personnages très souvent émouvants, gens ordinaires aux prises avec une vie qui parfois leur échappe. Un enfant adoré de sa grand-mère, un père mourant qui espère revoir son unique enfant, une mère qui attend la visite de son fils avant son procès, la vie simple avec la mort au bout du chemin.
Des paroles qui restent dans un coin de la mémoire ou des silences pesants, ce qui donne aux relations humaines toutes leurs difficultés et leurs charmes.Très belle écriture, très étudiée et agréable comme d'habitude. En plus des relations mère-fils, l'auteur parle de faits de la société irlandaise contemporaine, l'argent et la richesse soudaine, le catholicisme et ses dérives, la drogue et le monde politique.
La lecture de ce livre me repose la question sur l'écriture du roman et de la nouvelle, et des capacités des auteurs pour l'un ou pour l'autre des genres. Chez les écrivains irlandais, je dirais que John McGahern était aussi bon pour les nouvelles que pour le roman, Trevor William est un meilleur nouvelliste que romancier (tout en étant un très bon romancier). Suite à cette lecture, je crois que pour Tóibín, c'est l'inverse, ses romans sont meilleurs que ses nouvelles. Mais c'est un avis personnel, qui n'engage que moi!
Extraits:
- Un sourire, venant d'elle, était plus inquiétant qu'un regard noir.
- ...mais ce qui impressionnait surtout, c'était son naturel dans le maniement de la langue ; l'irlandais était sa première langue, comme elle aurait dû l'être aussi pour lui......
- Elle savait qu'il le savait ; il connaissait les allégeances de tout un chacun en ville.
- Elle était dans les coulisses avec son appareil photo, elle avait fini de photographier Planxty et concentrait son attention sur Tríona et Maighread Ní Dhomhnaill*.
- Je fais partie de ces mères qui préfèrent leurs petits-enfants à leurs enfants.
- La route n'était plus cette chose dissimulée, presque coupable, qu'elle avait été autrefois, comme dérobée à la terre alentour.
- Jusque-là, pensa-t-il, elle aurait pris plaisir à ces funérailles.
- Les noms irlandais sont les pires, Frances. On ne sait même pas comment les prononcer.
- Dieu vienne en aide à la femme qui t'épousera.
Éditions : Robert Laffont
Titre original: Mothers and Sons. (2006).
Lire la chronique de mon ami Eeguab, ici.
* Ces deux soeurs sont parmi les plus célèbres chanteuses gaéliques. Quelques-uns de leurs disques sont disponibles en France.
Autres chroniques de cet auteur :
Bad Blood
Le Bateau-Phare de Blackwater
Le maître
Désormais notre exil
La bruyère incendiée.
14 novembre 2007
CARONE Modesto / Résumé d'Ana

Résumé d'Ana.
Modesto CARONE.
Malchance!
Note :2,5 / 5.
Écrivain plutôt prolifique. Ayant enseigné à Vienne, il est surtout connu comme traducteur de Kafka dont il est un des spécialistes.
Une saga familiale qui se confond avec l'histoire de la région de Sao-Paulo. Ce livre se présente en deux parties : la première "Résumé d'Ana", la seconde "Ciro". Personne dans la famille ne parle volontiers de la grand-mère maternelle, Ana Badochi, née Godoy de Almeida. Il faudra toute la persévérance d'un enfant pour, bribes par bribes, reconstituer son destin. Orpheline, Ana est passée de famille en famille. Parfois considérée comme la bonne, parfois d'une manière plus amicale, elle partira à Sao-Paolo. Puis reviendra dans son village pour se marier avec un boulanger avec qui elle gravira les échelons de la notoriété, agrandissant leur affaire, faisant des enfants dont un fils Circo, mais sans sauver leur couple. L'alcool et la tuberculose auront raison du peu de vie qui lui restait, elle avait 45 ans. Dans "Ciro" l'auteur reprend la même histoire dans une narration un peu différente de la naissance de l'enfant jusqu"à la mort de la mère, puis son départ sur les routes avec son père. Ensuite nous suivrons ses errances professionnelles et familiales, avec son cortège de malheurs et une mort sans gloire, suivi d'un enterrement de troisième classe.
Un échantillonnage de personnages, aux sorts plus tragiques les uns que les autres, je cherche quelqu'un qui ne soit pas victime de tous les malheurs du monde. Les filles Lazinha et Zilda peut-être, parce que l'auteur en parle peu!
Le fils Ciro, genre pauvre garçon malade et soigné par sa mère, résultat, il ne peut plus tourner le cou d'où son surnom "Couraide". Il apprend à lire sur les étiquettes de diverses potions magiques que vend son père. Il tombe amoureux d'une superbe blonde de 16 ans, qui se prostitue depuis plusieurs années. Il en épouse une autre qui souffre de tuberculose! Il la trompe pour une belle rousse qui finira en prison pour avoir assassiné son père à coups de couteau!C'est bien écrit et cela évite le mélodrame lacrimal, mais de justesse! Sinon, ce n'est pas la Bibliothèque Rose, c'est plutôt "Sans famille", façon Samba, "Les misérables" version cariocas! Tous les malheurs du monde sur la même famille et sur un siècle. Par moment, on a envie de dire cela devient grotesque et cela le devient. Trop c'est trop, dommage. J'avais une forte envie de lire ce livre, ne connaissant pas grand-chose du Brésil ni de sa littératur ni de son histoire.
Les soubresauts politiques de la seconde moitié du 20ème siècle ont rendu misérables des gens qui vivaient petitement comme Ciro et sa famille, c'est ce côté historique, je pense qui sauve un peu ce livre.
Extraits :
- La vie d'Ana ne fut en rien amène, ainsi soumise au zèle et au bon vouloir de sa maîtresse et du mari.
- D'ailleurs quel enfant peut juger avec discernement la vie affective de ses parents?
- A ce qu'il semble, Joao France ne resta pas insensible à l'intérêt d'Ana mais, pour une raison impénétrable, il décida de l'en punir.
- Lazinha parvint à le retenir sur le pas de la porte et il ne dut qu'à cette circonstance d'assister au décès de son épouse.
- Pour Ciro, pleurer devint une seconde nature.
- Quand il se fut ainsi alphabétisé avec son père, les notices et les almanachs devinrent ses lectures aux heures de détente.
- La relation ne fut guère sereine : il s'irritait de ne pas voir sa bien-aimée tous les jours.
- La vie du couple s'écoulait tranquillement jusqu'au jour où Anita eut une altercation avec le patron.
- Ils vécurent dès lors des expériences pénibles qui, d'après Anita, les firent vieillir tous deux avant l'heure.
Éditions : Editions Chandeigne.
Titre original: Résumo de Ana. (Brésil) Traduit du Portugais.
Un dernier petit mot, j'aime beaucoup la couverture qui a été la première chose qui a guidé mon choix.
09 novembre 2007
JOHNSTON Jennifer / De grâce et de vérité.

De grâce et de vérité.
Jennifer JOHNSTON.
Note :3,5 / 5.
Mon père ce.................!
Dernier roman (pour l'instant du moins) de Jennifer Johnston. Comme j'ai été plutôt déçu par ses deux ouvrages précédents, j'ai quelques appréhensions en commençant ce livre.
La conquête de l'Irak vient de commencer. Sally, actrice de 35 ans, rentre chez elle en Irlande. Elle est comme elle dit "vannée" par cette tournée. Lucidement elle pense que pour les prochaines représentations de la pièce de J.M. Synge "Le baladin du monde occidental", elle devrait abandonner le rôle de Pegeen pour celui de la veuve Quin et laisser la place à quelqu'un de plus jeune.
Dans ce chaos de pensées plutôt moroses, Charlie, son mari, lui annonce qu'il la quitte! Tout en se débattant avec ses problèmes de carrière qui est arrivée à un tournant, elle voudrait changer de rôle, partir aux Etats-Unis faire du cinéma, bref vivre pour elle. Mais avant, elle se souvient du suicide de sa mère et surtout du secret bien gardé qui entoure son père. Qui est-il, pourquoi cette chape de plomb qui semble de rigueur dans la famille, ou plutôt ce qui reste de cette famille. Seul son grand-père, évêque de l'église d'Irlande, pourrait encore la renseigner, mais le veut-il? Est-ce bien nécessaire dans la période déjà assez agitée que vit Sally?
Le personnage de Sally est très attachant. Comme actrice, elle se rend compte que l'âge venant, elle doit évoluer dans sa carrière.
Charlie, son mari, la trompe depuis longtemps, mais cette fois-ci, il veut partir, elle ne le retient pas.
Le grand-père de Sally dont la vie fut vouée à cette étrangeté irlandaise "L'Eglise d'Irlande" est maintenant un vieil homme près de son lit de mort. Austère et rigoureux, il s'est élevé dans la hiérarchie de son église.
J'ai bien aimé l'hommage rendu au théâtre irlandais par l'auteur : John M.Synge et son "Baladin du Monde Occidental, Beckett pour "En attendant Goddot", G.B Shaw. Hommage également à Siobhan McKenna, actrice irlandaise de renom. Jennifer Johnston reprend un thème dont elle a déjà parlé, le secret de famille. J'aime mieux ce livre que "Ceci n'est pas un roman" bien que la trame soit pratiquement la même. C'est bien écrit et le personnage de Sally est plus profond que celui de Sylvia, la mère de famille du roman cité plus haut.
Cela dit, ce n'est pas non plus un roman exceptionnel, agréable soit, mais il manque un petit quelque chose qui semble échapper à Jennifer Johnston depuis quelques temps!
Le théâtre est un monde que connaît bien Jennifer Johnston, son père Denis Johnston fut un des plus grands dramaturges de son époque.
Extraits:
- Aujourd'hui, la somme que j'avais alors payée suffirait à peine à m'offrir une cabane à outils dans une cour.
- Ma vie, cette vie est devenue une prison.
- Fin d'un mariage.
D'une époque.
- J'avais perdu le seul vrai baladin du monde occidental.
- Je n'ai jamais eu de père.
Ni de frère ou de cousin, aucun personnage masculin dans ma vie que j'aurais pu aimer ou haïr.
- Elle n'était pas âgée. Elle n'était pas malade. Simplement, elle ne pouvait pas supporter de vivre plus longtemps.
- Qui est mon père ?
- Je n'ai pas de passé. J'ai grandi dans le secret. Je déteste ça.
- Et c'est un parpaillot. Un vrai protestant du Nord.
- La porte d'Irlande voilà ce qu'il fut pendant longtemps.
- Tu ne jouais pas aussi bien que Siobhan McKenna. Elle a été la meilleure Pegeen que je n'ai jamais vue. Un peu âgée......
- Oui. Mais assez, c'est assez. Ruth devra apprendre à m'aimer à présent et à m'obéir.
- Aucun enfant de son âge n'écoute ses parents.
- J'ai horreur d'être aussi indécise.
Tout le monde a horreur de cela.
Éditions : Belfond (2005)
Titre original: Grace and Truth.
Autres chroniques de cet auteur :
Le sanctuaire des fous.
Les ombres sur la peau.
Une histoire irlandaise.
L'illusionniste.
01 novembre 2007
DRESSLER Mylène / Petits ouragans en famille.

Petits ouragans en famille.
Mylène DRESSLER.
Note : 3,5/5.
Turbulences force 5.
Premier roman que je lis de cet auteur hollandaise au parcours surprenant. Elles est en effet professeur de littérature au Texas et écrit en anglais.
Une réunion de famille dans la résidence secondaire des parents au bord de mer, dans un coin de plage retiré dans le golfe du Texas. Ce qui au départ devait n'être qu'une occasion de terminer un reportage qu'effectue Sarah, la fille, sur son père, se terminera en grand déballage familial. Harry arrive en premier, lui et sa soeur ensuite se poseront la question, pourquoi au bord de la mer et non pas dans la maison en ville ? L'ambiance et le bruit incessant des vagues, l'absence de voisins créant une espèce de huis-clos qui devient de plus en plus pesant! Un fou brun, oiseau blessé recueilli par Dee, complète le côté bizarre du roman.
Et les personnages sont tous ambiguës à plaisir dans la famille Buelle. Le père Dee, ancien dramaturge qui eu son heure de gloire et d'aisance financière. Désormais malade et n'ayant plus réellement toute sa tête, et dans l'instant présent, il ne s'occupe que d'un oiseau blessé. Il joue les patriarches sans se rentre compte qu'il ne règne plus sur rien. En effet, c'est sa seconde épouse Jeanie, qui depuis des années, dirige la maison d'une main de fer dans un gant de velours. Ancienne championne de golf, elle est la seule à ne pas appartenir au clan Buelle, plutôt bohème et artistique. Le fils Harry, homosexuel, lui aussi auteur, et Sarah, sa soeur, réalisatrice de cinéma ayant pleins d'autres occupations dans l'art, tous deux issus d'un premier mariage, sont professionnellement très instables. Paul, le mari de Sarah, est le souffre-douleur de tout ce beau monde. Lui aussi tente d'écrire, mais n'ose le dire à son beau-père. Pour arranger l'ambiance, Sarah et Paul décident d'adopter un enfant au grand dam de la famille. Ils partiront avant la fin du week-end laissant Harry face à la confession de Dee et Jeanie.
Un livre agréable avec une fin un peu compliquée à suivre, car la construction de l'histoire est pleine de retour en arrière. Bref le genre de week-end, réunion de famille qu'il vaut mieux éviter, mais qui fera découvrir des secrets enfouis. Un bon moment de lecture que ce roman relativement court (174 pages).
Extraits:
- La frontière se brouille entre "auteur dramatique au rencart" et cardiologue à la retraite"
- Dans notre famille, c'était une règle : des problèmes, il n'y en avait pas. Parce que le contraire aurait signifié qu'il eût fallu les affronter.
- Aucun des deux n'acceptera jamais de ne pas avoir le dernier mot.
- "Chétif" pour elle, ne signifie pas "de constitution fragile". C'est un euphémisme pour "cadavérique".
- Car voici une autre règle tacite de la maisonnée Buelle : l'expression de l'attirance physique reste cantonnée à la chambre à coucher.
- Qu'est-ce que "la règle générale des Buelle?" Aucun d'entre nous n'a de mal à jouer les irrités. Les exaspérés. Les consternés. Les offensés. Les contrariés.
- Seuls les esprits mesquins voient la forêt quand il n'y a que des arbres.
-Quant à avoir un fils gay, mes poussins, autant qu'il se rende utile!
- L'amour irréfléchi équivaudrait, en fin de compte, si l'on n'y prenait garde, à mettre le canon d'un pistolet sur la tempe de l'autre.
- Il aurait dû savoir que deux âmes tellement dissemblables ne pourraient jamais se rejoindre. Une fille de bonne famille baptiste et un bourreau de travail.
- Ils survivent physiquement à tout ce qu'ils ont pu faire de bien dans leur vie.
- Je vous hais. Je vous hais. Je vous hais.
Éditions : Philippe Rey.
Titre original: The Floodmakers.






